Dieu donne au-delà de ce qu’il ordonne, Exode 3,16-4,17

Je vous invite à continuer notre étude du livre de l’Exode avec moi ce matin. Comme ça fait deux dimanches que je n’ai pas prêché sur le livre de l’Exode, j’espère que vous n’avez pas tout oublié de l’histoire de ce livre. Jusqu’ici, on avait vu que Dieu avait béni Jacob et ses enfants jusqu’à ce qu’ils deviennent un peuple nombreux, le peuple d’Israël. Mais le pharaon avait pris les Israélites en aversion et a décidé de les tuer. Sauf que Dieu envoie une personne pour délivrer Israël : Moïse. Moïse avait beaucoup de choses à apprendre, mais Israël n’a pas su voir en lui le sauveur que Dieu leur a donné. Il a donc été chassé en exil pendant quarante ans dans le désert. C’est là que Dieu l’a transformé jusqu’à ce qu’il soit prêt à vivre sa mission. Et la dernière fois, nous en étions à ce moment si important où Moïse fait la rencontre de Dieu dans le buisson ardent. C’est là que Dieu lui dit clairement qu’il a entendu les souffrances de son peuple et qu’il envoie Moïse. Mais Moïse n’est pas tout à fait emballé par l’idée. Dans ma dernière prédication sur ce passage, j’avais terminé en disant que Dieu nous envoie mais que ce qui nous rassure et nous encourage c’est que Dieu « est avec nous » (Ex 3,12). Peut-être que vous savez que Dieu existe et que vous avez fait une rencontre personnelle avec lui, mais que vous n’êtes pas prêts à être envoyés. Figurez-vous que Moïse est dans la même situation que nous. Il a rencontré Dieu, il l’a vu dans sa sainteté, il a même entendu son nom mais il a toujours peur de vivre en conséquence avec ça. Je vous invite donc à regarder cette histoire avec moi qui se trouve dans l’Exode au chapitre 3,16 jusqu’à 4,17.

« Va, rassemble les anciens d’Israël, et dis-leur: L’Éternel, le Dieu de vos pères, m’est apparu, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Il a dit: Je vous ai vus, et j’ai vu ce qu’on vous fait en Égypte, 17 et j’ai dit: Je vous ferai monter de l’Égypte, où vous souffrez, dans le pays des Cananéens, des Héthiens, des Amoréens, des Phéréziens, des Héviens et des Jébusiens, dans un pays où coulent le lait et le miel. 18 Ils écouteront ta voix; et tu iras, toi et les anciens d’Israël, auprès du roi d’Égypte, et vous lui direz: L’Éternel, le Dieu des Hébreux, nous est apparu. Permets-nous de faire trois journées de marche dans le désert, pour offrir des sacrifices à l’Éternel, notre Dieu. 19 Je sais que le roi d’Égypte ne vous laissera point aller, si ce n’est par une main puissante. 20 J’étendrai ma main, et je frapperai l’Égypte par toutes sortes de prodiges que je ferai au milieu d’elle. Après quoi, il vous laissera aller. 21 Je ferai même trouver grâce à ce peuple aux yeux des Égyptiens, et quand vous partirez, vous ne partirez point à vide. 22 Chaque femme demandera à sa voisine et à celle qui demeure dans sa maison des vases d’argent, des vases d’or, et des vêtements, que vous mettrez sur vos fils et vos filles. Et vous dépouillerez les Égyptiens.

4 Moïse répondit, et dit: Voici, ils ne me croiront point, et ils n’écouteront point ma voix. Mais ils diront: L’Éternel ne t’est point apparu. L’Éternel lui dit: Qu’y a-t-il dans ta main? Il répondit: Une verge. L’Éternel dit: Jette-la par terre. Il la jeta par terre, et elle devint un serpent. Moïse fuyait devant lui. L’Éternel dit à Moïse: Étends ta main, et saisis-le par la queue. Il étendit la main et le saisit et le serpent redevint une verge dans sa main. C’est là, dit l’Éternel, ce que tu feras, afin qu’ils croient que l’Éternel, le Dieu de leurs pères, t’est apparu, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. L’Éternel lui dit encore: Mets ta main dans ton sein. Il mit sa main dans son sein; puis il la retira, et voici, sa main était couverte de lèpre, blanche comme la neige. L’Éternel dit: Remets ta main dans ton sein. Il remit sa main dans son sein; puis il la retira de son sein, et voici, elle était redevenue comme sa chair. S’ils ne te croient pas, dit l’Éternel, et n’écoutent pas la voix du premier signe, ils croiront à la voix du dernier signe. S’ils ne croient pas même à ces deux signes, et n’écoutent pas ta voix, tu prendras de l’eau du fleuve, tu la répandras sur la terre, et l’eau que tu auras prise du fleuve deviendra du sang sur la terre. 10 Moïse dit à l’Éternel: Ah! Seigneur, je ne suis pas un homme qui ait la parole facile, et ce n’est ni d’hier ni d’avant-hier, ni même depuis que tu parles à ton serviteur; car j’ai la bouche et la langue embarrassées. 11 L’Éternel lui dit: Qui a fait la bouche de l’homme? et qui rend muet ou sourd, voyant ou aveugle? N’est-ce pas moi, l’Éternel? 12 Va donc, je serai avec ta bouche, et je t’enseignerai ce que tu auras à dire. 13 Moïse dit: Ah! Seigneur, envoie qui tu voudras envoyer. 14 Alors la colère de l’Éternel s’enflamma contre Moïse, et il dit: N’y a t-il pas ton frère Aaron, le Lévite? Je sais qu’il parlera facilement. Le voici lui-même, qui vient au-devant de toi; et, quand il te verra, il se réjouira dans son coeur. 15 Tu lui parleras, et tu mettras les paroles dans sa bouche; et moi, je serai avec ta bouche et avec sa bouche, et je vous enseignerai ce que vous aurez à faire. 16 Il parlera pour toi au peuple; il te servira de bouche, et tu tiendras pour lui la place de Dieu. 17 Prends dans ta main cette verge, avec laquelle tu feras les signes » (Exode 3,15-4,17).

  1. Le message de Dieu

Essayez de vous imaginer être à la place de Moïse. Vous avez vécu une grande désillusion en essayant de délivrer Israël de son esclavage et en vivant 40 ans dans le désert. Il avait sans doute abandonné tous ses plans, fondé sa famille et il pensait que Dieu allait le laisser tranquille. Mais sa rencontre avec Dieu change toutes les perspectives et il lui donne un message à partager : dit aux Israélites que je vais les libérer, même si je sais que le pharaon va refuser de vous laisser partir. Vous repartirez d’Egypte, plus en tant qu’esclaves mais en étant des hommes libres et riches. Je ne sais pas si vous comprenez, Moïse était appelé à voir un peuple qui était en esclavage depuis des siècles. Il fallait être sacrément sûr de son coup pour ne pas être lynché par le pharaon ou les Israélites si la révolte ne fonctionnait pas. Vous comprenez ? Il fallait que Moïse aie une confiance totale dans le message que Dieu lui avait transmis.

C’est comme si vous remontiez dans le temps en plein milieux de la ségrégation aux États-Unis et que vous disiez aux noirs américain que la ségrégation ne sera plus, que les noirs seront traités en égaux avec les blancs et qu’il y aura même des noirs très éduqués, voire même certains qui deviendront présidents ! Si vous teniez un tel discours à l’époque de la ségrégation, il y a de bonnes chances que vous finissiez comme Martin Luther King, c’est-à-dire exécuté par les blancs et parfois très mal compris par les noirs.

Alors, faisons-nous confiance en la parole de Dieu ? Est-ce qu’on a confiance en ses promesses, lui qui nous envoie ? Je crois qu’on s’appuie souvent sur les réalités visibles qui nous semblent tangibles, plutôt que sur les réalités invisibles qui, elles sont beaucoup plus importantes (Cf 2 Rois 6,16-17).

  1. Moïse qui a peur d’accomplir sa mission

Moïse, lui, a peur que les Israélites ne croient pas en lui (Ex 4,1). Il a trop peur de revenir vers le peuple qui l’a rejeté, parce qu’il a peur que ce qui s’était passé la première fois, ce renouvelle encore une fois. Il est croyant, mais il n’est pas encore prêt à vivre en conséquence de ce qu’il sait être vrai. Moïse a besoin de savoir que Dieu va vraiment accomplir ce qu’il a promis, il a besoin de savoir que Dieu est vraiment tout-puissant et qu’il va convaincre les Israélites.Alors, qu’est-ce que Dieu fait, il lui envoie des signes miraculeux. D’abord, il y a son bâton qui se transforme en serpent, ensuite il a la lèpre sur sa main et enfin, si ça ne suffit pas il doit prendre de l’eau du Nil et la transformer en sang. Alors, si vous lisez l’histoire de Moïse depuis que vous êtes enfants, peut-être que ces signes ne vous choquent pas et que vous les connaissez par coeur. Mais, comme on le fait depuis le début de cette série de prédication, je vous invite à y réfléchir comme si c’était la première fois que vous les lisiez. En fait, ce sont des signes qui ne donnent pas du tout envie. Que notre fidèle bâton de marche (ce sur quoi on s’appuie) se transforme en serpent et nous poursuive ou que nous attrapions une maladie incurable à l’époque, ça n’est pas quelque chose qui nous fait rêver. En fait, Dieu donne à Moïse un avant-goût de ce que va subir l’Égypte à cause de son incrédulité. Je ne dirais pas que c’est une punition, mais je ne dirais pas non plus que Moïse a été béni de vivre ces signes dans le désert (d’ailleurs on va que Dieu se met en colère en 4,14). On comprend à travers ça que Moïse aurait dû faire confiance à Dieu directement et que tout le début du chapitre 4 (voire même depuis 3,10) existe parce que Moïse n’a pas encore tout à fait confiance en Dieu. En voyant ces miracles, Moïse comprend que Dieu et tout-puissant mais il n’ose pas encore aller de l’avant.

Je ne sais pas si vous avez déjà fait de la descente en rappel. La descente en rappel, c’est quand on descend d’une falaise ou d’un mur en laissant tout son poids sur la corde pour descendre petit à petit. Ce n’est pas de l’escalade parce qu’on ne touche pas la paroi ou bien simplement avec les pieds. Et ce que j’ai remarqué, c’est que ce qui est le plus dur c’est de mettre tout son poids sur la corde au tout départ mais qu’une fois qu’on l’a fait et que tout notre poids est sur la corde et qu’on voit que ça marche, on n’a plus trop peur de descendre et on peut descendre très rapidement.

Je crois que c’est à peu près pareil dans la vie chrétienne. On a souvent de la peine à lâcher le contrôle pour que ce soit Dieu, à travers son Esprit, qui dirige nos vies et notre Église. On est comme une personne qui descend en rappel, au début on lutte pour garder le contrôle, parce qu’on sait intellectuellement que la corde peut nous retenir mais on ne fait pas assez confiance pour y mettre tout notre poids. Et petit à petit, au fur et à mesure que nous nous laissons aller, de toute manière on n’a plus le choix et on a de moins en moins peur et on avance avec plus d’assurance. Mais pour ça, il faut commencer à expérimenter la dépendance à Dieu par la prière. En reconnaissant que l’on n’est pas capables mais que s’il nous envoie, il va nous soutenir.

  1. La réponse de Dieu

On arrive maintenant à la dernière partie de notre passage. Moïse sait que Dieu est tout-puissant, il sait qu’Israël va accepter les signes qu’il vient de voir et qu’ils vont l’écouter mais Moïse n’est toujours pas convaincu que c’est lui qu’il faut envoyer. À ses yeux, il ne sait pas bien s’exprimer comme le faisaient les conseillers du pharaon et du coup, il essaie de se dérober à sa mission. Encore une fois, Moïse s’appuie sur ce qui est tangible et visible plutôt que de vivre en conséquence avec ce que Dieu dit. Alors, qu’est-ce que Dieu fait ? Il envoie Aaron pour soutenir Moïse dans sa mission. C’est très beau parce que Dieu aurait très bien pu dire à Moïse : « Tu es tout à fait capable je t’ai déjà dit plusieurs fois d’y aller, alors qu’est-ce que tu attends ? ». Mais en fait, Dieu est plein de grâce parce qu’il répond même au-delà des besoins de Moïse, il envoie Aaron alors qu’il pouvait très bien se débrouiller sans lui. Et d’ailleurs, on voit que dans les prochains chapitres, Moïse prend de plus en plus la parole et Aaron de moins en moins. Dieu sait que nous avons besoin d’aide et il nous envoie même plus que ce dont on a réellement besoin, pour nous rassurer. Un père de l’Église du Ivème siècle, Saint Augustin disait que « Dieu donne ce qu’il ordonne ». Et je crois qu’on peut même dire que Dieu donne plus que ce qu’il ordonne. Il donne en abondance, au-delà même de nos besoins. Même par rapport à la vie éternelle, Jésus nous dit : « moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu’elles soient dans l’abondance. 11 Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10,10-11). Jésus a donné sa vie à la croix pour nous, et il ressuscité pour que nous puissions avoir la vie en abondance ! Pas pour que nous survivions dans la vie, pas pour que nous ayons une petite vie spirituelle tranquille mais pour que nous transpirions de sa grâce.

Je crois que cette histoire nous montre à quel point on peut s’en remettre à Dieu. On construit souvent nos vies, et même l’Église, sur les choses visibles plutôt que sur les promesses de Dieu. On n’est pas à l’écoute de Dieu parce qu’on ne veut pas aller là où il nous envoie. Peut-être qu’il nous envoie en mission à l’autre bout du monde, ou peut-être qu’il nous envoie demander pardon à un ami proche qu’on a offensé dernièrement. Peut-être qu’il nous envoie vers les pauvres ou peut-être qu’il nous envoie vers les personnes plus âgées ou plus jeunes que nous. Peut-être qu’il nous demande d’abandonner certaines choses pour aller de l’avant. Et dans tout ça, il va nous aider au-delà de nos besoins et il va nous donner le soutien nécessaire pour vivre ce à quoi il nous appelle : « Dieu donne au-delà ce qu’il ordonne » ! Que ce soit la phrase qui nous accompagne cette semaine dans toutes nos activités.

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