On continue notre étude du livre de l’Exode avec une histoire assez étonnante. Et c’est justement pour ça que j’aime beaucoup faire des séries dans un livre biblique, ou bien lire la Bible de manière. C’est parce que ça nous oblige à réfléchir et à méditer autour de passages vers lesquels on ne se tournerait pas naturellement mais qui font tout de même partie de la Bible. Souvent, quand on ne lit que les parties de la Bible qui nous intéresse, on finit par avoir une vision de Dieu qui correspond plus à ce qu’on aimerait qu’il soit, qu’à ce qu’il est vraiment. Il y a un véritable enjeu à lire ces passages seuls et en communauté pour qu’on puisse avoir une image vraie de Dieu. Alors, même si cette histoire peut vous sembler bizarre et spécialement si vous lisez la Bible pour la première fois ou que vous n’êtes pas chrétien, je vous invite à vous accrocher parce qu’il y a un enjeu qui nous dépasse. Et pour ma part, je vais faire de mon mieux pour répondre aux questions que peuvent poser ce texte. Nous lisons donc Exode 4,18-31.
Moïse s’en alla; et de retour auprès de Jéthro, son beau-père, il lui dit: Laisse-moi, je te prie, aller rejoindre mes frères qui sont en Égypte, afin que je voie s’ils sont encore vivants. Jéthro dit à Moïse: Va en paix. 19 L’Éternel dit à Moïse, en Madian: Va, retourne en Égypte, car tous ceux qui en voulaient à ta vie sont morts. 20 Moïse prit sa femme et ses fils, les fit monter sur des ânes, et retourna dans le pays d’Égypte. Il prit dans sa main la verge de Dieu. 21 L’Éternel dit à Moïse: En partant pour retourner en Égypte, vois tous les prodiges que je mets en ta main: tu les feras devant Pharaon. Et moi, j’endurcirai son coeur, et il ne laissera point aller le peuple. 22 Tu diras à Pharaon: Ainsi parle l’Éternel: Israël est mon fils, mon premier-né. 23 Je te dis: Laisse aller mon fils, pour qu’il me serve; si tu refuses de le laisser aller, voici, je ferai périr ton fils, ton premier-né. 24 Pendant le voyage, en un lieu où Moïse passa la nuit, l’Éternel l’attaqua et voulut le faire mourir. 25 Séphora prit une pierre aiguë, coupa le prépuce de son fils, et le jeta aux pieds de Moïse, en disant: Tu es pour moi un époux de sang! 26 Et l’Éternel le laissa. C’est alors qu’elle dit: Époux de sang! à cause de la circoncision. 27 L’Éternel dit à Aaron: Va dans le désert au-devant de Moïse. Aaron partit; il rencontra Moïse à la montagne de Dieu, et il le baisa. 28 Moïse fit connaître à Aaron toutes les paroles de l’Éternel qui l’avait envoyé, et tous les signes qu’il lui avait ordonné de faire. 29 Moïse et Aaron poursuivirent leur chemin, et ils assemblèrent tous les anciens des enfants d’Israël. 30 Aaron rapporta toutes les paroles que l’Éternel avait dites à Moïse, et il exécuta les signes aux yeux du peuple. 31 Et le peuple crut. Ils apprirent que l’Éternel avait visité les enfants d’Israël, qu’il avait vu leur souffrance; et ils s’inclinèrent et se prosternèrent. (Exode 4,18-31)
- Un combat pour un premier-né
La semaine dernière on avait vu à quel point Moïse était réticent (c’est le moins qu’on puisse dire) à partir en Egypte pour annoncer la délivrance que Dieu allait opérer pour les Israélites. Avec tous les miracles que Dieu a accompli et parce qu’il lui a promis qu’Aaron allait le rejoindre, Moïse prépare enfin son voyage. Il demande à Jéthro l’autorisation de partir, il prend son bâton et il prépare sa famille. Entre-temps, il a eu deux fils : Guerschom et Éliézer. Etjuste avant que Moïse ne parte, Dieu répète les instructions qu’il lui a donné. C’est un passage important parce que, pour la première fois de la Bible, le peuple de Dieu est appelé son fils premier-né (v. 22). On apprend que Dieu aime vraiment Israël comme son propre fils et qu’il est prêt à tout pour le défendre et le libérer, pour qu’il vive réellement ce pour quoi il a été créé. Dieu veut libérer Israël pour qu’il le serve (v. 23). Et en fait, en hébreux le mot servir peut aussi renvoyer à la notion d’adoration et de rendre un culte. En fait, Dieu veut libérer Israël parce qu’il aime comme son fils, mais aussi pour qu’il puisse l’adorer et lui rendre un culte. Pour l’instant, Israël est sous l’esclavage de Pharaon, il le sert, et ça rend l’adoration de Dieu difficile. Et là, Dieu lâche deux bombes : Il va endurcir le coeur de pharaon et il dit que s’il refuse de libérer Israël, il tuera son fils premier-né. Ça nous semble tellement injuste à notre époque. Comment est-ce que Dieu pourrait endurcir le coeur de pharaon et comment est-ce qu’en plus de ça il pourrait tuer son fils alors qu’il se dit être un Dieu d’amour ? Je ne vais pas pouvoir répondre à toutes les question, surtout en l’espace de quelques minutes mais ce qui est intéressant c’est qu’en lisant la suite du récit de l’Exode, on voit très rapidement que le pharaon ne voulait pas laisser partir Israël et qu’il va s’endurcir lui-même et que ce n’est qu’au chapitre 9 qu’on commence à voir que Dieu endurcit le coeur de pharaon. Ça veut dire que Dieu ne change pas la disposition de coeur du pharaon, mais qu’il le renforce dans la conviction qu’il avait déjà. En même temps, on voit aussi que Dieu est plus grand que le pharaon et qu’à un moment, le pharaon va craquer et il va obéir à Dieu. Et c’est pour ça qu’il est question du premier-né. Dieu dit au pharaon, tu veux tuer mon fils premier-né ? Et bien, si tu continue comme ça, c’est ton propre fils premier-né qui va mourir pour que tu comprennes ce que tu es en train de faire subir à Israël en tuant tous ses enfants et en tuant mon premier-né. Dieu fait cela à la fois parce qu’il est juste mais aussi parce qu’il nous aime.
Si quelqu’un kidnappait vos enfants ou votre conjoint sous vos yeux, qu’est-ce que vous feriez ? Est-ce que vous diriez que parce que vous aimez tout le monde, vous n’allez rien faire ? Non, il y a de bonnes chances que vous essayerez de protéger votre famille quitte à attaquer les agresseurs.
Dieu fait exactement la même chose. En fait, il est tellement attaché à nous, qu’il va combattre tout ce qui peut détruire nos vies. Et on va peut-être le voir plus tard quand on arrivera sur ce passage mais il y a quelque chose d’extrêmement rassurant à savoir que Dieu est capable faire tomber à genoux tous les grands de la terre pour qu’ils fassent sa volonté. Un peu comme un enfant qui a une totale confiance en la protection de son père.
- L’appel d’une famille
Donc Moïse entend ce message et il part enfin en direction de l’Egypte en passant par le mont Sinaï. Mais il y a un nouvel épisode qui nous étonne un peu. Alors qu’il a établi son campement pour la nuit, Dieu veut tuer Moïse ou son fils (on ne sait pas trop qui est « le » dans le texte) (v. 24). Pourquoi est-ce que Dieu voudrait tuer Moïse alors qu’il vient de l’envoyer en mission ? C’est intéressant de voir que c’est souvent avant des moment clés que Dieu fait des choses comme ça. Déjà dans le livre de la Genèse on peut penser à l’histoire d’Abraham à qui Dieu a demandé de sacrifier son fils mais qu’il a épargné in extremis (Gn 22). On peut penser aussi à l’histoire de Jacob qui se bat contre un ange de Dieu (Gn 32). À chaque fois, Dieu a employé ces moments pour apprendre quelque chose d’important. Ici, la raison pour laquelle Dieu semble attaquer Moise et/ou son fils c’est parce qu’il ne l’avait pas circoncis. La circoncision nous semble tellement bizarre à notre époque en France mais pour les Israélites et pour plusieurs tribus qui les entouraient, la circoncision était totalement normal. Pour les Israélites, elle signifiait qu’ils appartenaient à Dieu ainsi que leur enfants. Les enfants devaient grandir en sachant qu’ils font partie du peuple de Dieu, qu’ils doivent se comporter comme tel parce que Dieu les aime et les appelle. Dieu l’a ordonné à Abraham en disant « Vous vous circoncirez comme signe d’alliance entre vous et moi. À l’âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis, dans toutes vos générations… Un mâle incirconcis, qui n’aura pas subi la circoncision dans sa chair, sera retranché du milieu de son peuple : il aura rompu mon alliance » (Gn 17,11-14). Dans ce passage, on voit que la circoncision est très importante et que ne pas la vivre signifie que l’on ne veut pas de Dieu pour soi ou pour sa famille. Si on revient à notre passage, on comprend à quel point la situation était grave : Moïse était en train de partir pour délivrer Israël et le faire adorer Dieu, mais il agissait comme si sa famille n’avait rien à voir avec le peuple de Dieu. Il n’avait pas consacré sa famille. Il faisait comme si son appel n’avait aucun impact sur sa vie de famille.
Comment est-ce que vous réagiriez si vous aviez un pasteur qui n’amène jamais ses enfants au culte, qui ne leur parle jamais de Dieu, qui ne leur enseigne pas à prier ou qui ne leur parle pas de la Bible ? Pour moi, je me dirais : « il ferait mieux de s’occuper de sa famille avant de nous dire ce que nous devons faire ». Et c’est d’ailleurs ce que dit la Bible à propos des anciens.
Si vous êtes mariés ou que vous avez de jeunes enfants, je crois que la même question se pose pour nous. On peut faire plein de belles choses mais avons-nous consacré notre famille dans la prière et l’étude de la Parole avec eux ? Est-ce qu’on attend qu’ils fassent un choix ou est-ce qu’on leur montre déjà ce que ça signifie d’être chrétien et ce qu’ils sont appelés à vivre parce que Dieu les aime tellement. Dans les Églises réformées évangéliques, on va même jusqu’à baptiser les enfants pour témoigner de cette réalité. Si nos enfants sont plus grands, c’est plus compliqué. Je crois que la première étape c’est d’essayer de vivre plus la foi chrétienne en tant que couple et de prier pour les enfants qui sont grands. Et ça sera ensuite plus naturel de parler de Dieu avec eux.
- La réaction d’Israël
Une fois que Moïse et Séphora ont consacré leur enfant, Moïse peut enfin rencontrer son frère et annoncer à Israël le message qu’il avait reçu de Dieu. Israël entend pour la première fois qu’il est considéré comme le fils de Dieu. Ils ont vu les signes de Dieu et ils ont cru à Dieu. Le verset 31 le résume bien : « Le peuple crut. Ils apprirent que l’Éternel avait visité les Israélites, qu’il avait vu leur misère ; et ils s’inclinèrent et se prosternèrent ». On ne parle plus de quelque chose de lointain : Dieu est train d’agir pour délivrer son peuple. Et bien sûr, ce verset fait écho à un autre verset dans le nouveau testament : « C’était la véritable lumière qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a pas connue. Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçue, mais à tous ceux qui l’ont reçue, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom et qui sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. La Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père » (Jn 1,9-14). Cette lumière et cette Parole c’est Dieu lui-même qui s’est incarné en la personne de Jésus pour donner sa vie à la croix pour nous et ressusciter pour que nous puissions devenir des enfants de Dieu.
Face à cette grâce, la seule réaction à avoir c’est celle qu’a eu Israël : se mettre à genoux et adorer Dieu.Dire merci à Dieu.



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