Comment est-ce que la folie de la croix nous appelle à construire l’Église? 1 Corinthiens 1,17-2,5

Comme je vous l’avais annoncé la dernière fois, on vient de terminer notre série de prédications sur le livre de l’Exode. Je regrette de ne pas avoir eu le temps d’aller au moins jusqu’à la délivrance d’Israël mais je vous invite à continuer la lecture de l’Exode de votre côté et vous verrez que Dieu tient vraiment ses promesses. Mais, avant de partir, je voulais vraiment faire une dernière série de prédications sur le Saint-Esprit. J’en avais déjà parlé l’année dernière en survolant la lettre de Paul aux Galates, mais je voulais approfondir à nouveau le sujet. Si vous n’êtes pas chrétien, peut-être que vous avez déjà entendu parler du Père, du Fils et du Saint-Esprit. En fait, on croit que le Saint-Esprit est Dieu, tout comme l’est le Père et le Fils mais la particularité du Saint-Esprit c’est qu’il vient sur les chrétiens pour qu’ils soient transformés et vivent une vie sainte. Si vous êtes chrétiens, vous savez que parler du Saint-Esprit est un peu risqué, parce que ceux qui ont plus un penchant charismatique vont probablement penser que je ne suis pas assez charismatique et ceux qui ont plus grandi dans les Églises réformées vont probablement penser que ce dont je vais parler ressemble trop à un discours charismatique. Je vous invite donc à être indulgent avec moi mais surtout à rechercher si ce que je dis est bien conforme avec la Bible. Parce que moi, je peux me tromper, mais pas la Bible. Et donc, pour éviter que ça ne soit mes idées qui parlent, je vais vous inviter pendant les prochaines prédications à survoler l’épître de Paul aux Corinthiens qui parle beaucoup du Saint-Esprit. À la fin, on va être un peu frustré, parce qu’on n’aura pas abordé toutes les questions que l’on voudrait. Je ne veux pas que ce soit une frustration qui reste, mais plutôt qu’on s’émerveille ensemble des passages que l’on va lire durant ces deux prochains mois. Et ce matin, on va commencer par un passage qui ne mentionne le Saint-Esprit qu’une seule fois mais qui va servir de base à toutes les autres prédications. Et pour commencer, on va lire 1 Corinthiens 1,17-2,5 qui nous enseigne quelle est la base de la foi chrétienne et comment est-ce qu’on veut construire l’Église. 

« Ce n’est pas pour baptiser que Christ m’a envoyé, c’est pour annoncer l’Évangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix de Christ ne soit pas rendue vaine. 18 Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu. 19 Aussi est-il écrit: Je détruirai la sagesse des sages, Et j’anéantirai l’intelligence des intelligents. 20 Où est le sage? où est le scribe? où est le disputeur de ce siècle? Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde? 21 Car puisque le monde, avec sa sagesse, n’a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication. 22 Les Juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sagesse: 23 nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens, 24 mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs. 25 Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. 26 Considérez, frères, que parmi vous qui avez été appelés il n’y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. 27 Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes; 28 et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu’on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont, 29 afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. 30 Or, c’est par lui que vous êtes en Jésus Christ, lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption, 31 afin, comme il est écrit, Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur. Pour moi, frères, lorsque je suis allé chez vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis allé vous annoncer le témoignage de Dieu. Car je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Moi-même j’étais auprès de vous dans un état de faiblesse, de crainte, et de grand tremblement; et ma parole et ma prédication ne reposaient pas sur les discours persuasifs de la sagesse, mais sur une démonstration d’Esprit et de puissance, afin que votre foi fût fondée, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. » (1 Corinthiens 1,17-2,5)

  1. Le fondement de notre foi

Le premier verset de notre passage est étonnant, n’est-ce pas ? Pourquoi est-ce que Paul dit qu’il n’a pas été envoyé pour baptiser ? C’est pourtant un des ordres que Jésus a donné avant de partir : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et en leur enseignant à mettre en pratique tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28,19-20a). En opposition avec cela, Paul dit qu’il a plutôt été envoyé par Dieu pour annoncer l’Évangile. En fait, c’est comme si Paul disait que son but n’était pas d’amener les gens à lui ou à l’Église mais plutôt à Jésus-Christ. Et c’est ça qui nous différencie d’une secte : notre but réel n’est pas de faire grandir Église, on veut que les personnes rencontrent Jésus et le suivent. Si on voit les choses de cette manière, on n’aura pas de jalousie qu’une Église grandisse plus que la nôtre ou qu’il y ait le sentiment que Dieu y travaille plus. Ça recentre bien les choses. Ce qui est le plus important c’est le message qu’on communique au monde, ce qui est le plus important c’est de prêcher l’Évangile. Et quel est cet Évangile ? Paul nous dit que c’est tout simplement le message de la croix : le fait que Jésus soitmort sur une croix pour nos péchés, le mal qu’on a commis, pour qu’on soit réconcilié avec Dieu (1 Co 2,2). Jésus est mort et il est ressuscité trois jours plus tard pour qu’on devienne sage, juste, saint et qu’on soit sauvé par lui (1 Co 1,30). Et notre espoir c’est que tout le monde autour de nous entende ce message si beau et si puissant et qu’ils s’en saisissent.Ce n’est pas que l’Église de Saint-Christol devienne une Église de 300 membres ou qu’on aie un beau culte où tout soit parfait.

Dernièrement, une amie a dû refaire son alliance et elle est allée voir le bijoutier du coin pour qu’il refasse son alliance et il l’a conseillé d’aller voir un autre bijoutier. Alors, bien sûr ça l’a beaucoup surprise parce que c’est assez rare qu’un vendeur conseille d’aller voir un autre vendeur que lui. Et du coup, elle est retournée là-bas pour faire uneautre retouche sur son alliance une fois qu’elle était allé voir le premier bijoutier et en voyant que ça serait trop cher pour elle, le bijoutier lui a proposé de diminuer le prix parce qu’il était tellement emballé par le projet, qu’il a préféré baisser le prix de moitié. En fait, on a compris que le bijoutier était tellement émerveillé par l’art que ça ne le dérangeait pas de perdre des clients pour que l’oeuvre d’art soit encore plus belle.

Vous voyez où je veux en venir. On est appelé à tellement s’émerveiller de l’Évangile et de ce qu’il fait autour de nous, de comment il transforme les personnes, qu’on ne se préoccupe plus de notre petite paroisse mais du royaume de Dieu dans son ensemble. Gloire soit rendu à Dieu si l’Église d’à côté grandit. Ce qu’on veut c’est que cet Évangile transforme les coeurs autour de nous.

  1. Ne pas penser comme le monde

Seulement, ce message de la croix a de la concurrence. À notre époque, on essaie de nous faire croire que ce dont on a besoin c’est la dernière nouveauté qui apparaît sur nos pubs, que c’est le dernier livre de foi qui est sorti, que c’est la nouvelle spiritualité de Yoga ou de Thai Chi qui va nous donner la paix et nous mettre en forme physique, que c’est d’un travail qui va nous mettre en avant, que c’est un relation amoureuse qui va nous combler, etc. Mais ce que nous dit Paul ici c’est que ce dont on a fondamentalement besoin, ce n’est pas des signes miraculeux, ce n’est pas des choses grandioses, une philosophie de vie ou de l’intelligence. Non, ce dont on a réellement besoin c’est d’être réconcilié avec Dieu à travers la mort de Jésus-Christ. Ce n’est pas un message qui est toujours facile à accepter parce qu’il va exactement à l’inverse de toutes les publicités que l’on entend, de tout ce que l’on lit ou de tout ce qu’on vit avec nos collègues de travail. Et c’était pareil à l’époque de Paul ! Pour les Juifs, la croix est un scandale et pour les Grecs (qui recherchaient l’intelligence) la croix est une folie. On pourrait presque adapter ça à notre contexte actuel et dire que la croix est scandale pour les musulmans et folie pour les sceptiques. Alors, que faire ? Ce message semble tellement aller à contre-courant. Est-ce qu’on doit le changer ? Non, Paul dit que tout ce qu’il a voulu prêcher c’est « Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié » (1 Co 2,2). Et pourquoi cela ? Parce que Christ est « puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes » (1 Co 1,24-25). Le monde nous propose tant d’alternative mais il n’y a qu’une chose qui peut nous combler : c’est l’Évangile. En fait, ce message est tellement puissant qu’il comble réellement notre besoin le plus profond, qu’on soit chrétien ou non.

Pascal disait qu’il y a en chaque être humain un vide qui a la forme de Dieu. Ça veut dire que tout ce par quoi on veut combler ce vide ne va pas nous aider. On a l’impression que ça va nous combler alors que ce qu’il reste vraiment c’est un vide. Une vidéo sur internet en appelle une autre, un verre de vin en appelle un autre, etc.

Comprendre l’Évangile va nous amener à voir les choses très différemment. Ce qui avait beaucoup d’importance va tout à coup en avoir moins. On va accorder plus de place à vivre d’une manière pieuse, aimante, à pardonner et à demander pardon. On ne va plus se mettre à mépriser ceux que le monde considère comme petits ou indignes mais on va les aimer et leur témoigner de l’amour de Dieu.

  1. Ne pas construire comme le monde

Cette nouvelle manière de voir les choses va nous amener à construire l’Église très différemment que ce que le monde fait habituellement. Paul nous dit que la manière que Dieu a de construire son Église, c’est d’appeler des personnes qui sont méprisées par le monde pour les transformer, c’est de mettre en avant des personnes qui ne sont pas puissantes ou fortes en apparence mais qui sont attachées à Dieu. Paul dit que lorsqu’il prêchait il était dans un « état de faiblesse, de crainte et de grand tremblement » (1 Co 2,3). Dans notre monde moderne, ça serait de la folie de faire d’un tel homme une des plus grandes figures emblématiques d’un mouvement. Mais qu’est-ce que ce passage nous enseigne c’est que Dieu emploie « les choses viles du monde, celles qu’on méprise, celles qui ne sont pas, pour réduire à rien celles qui sont » (1 Co 1,28). Il nous dit aussi que l’on ne construit pas l’Église comme n’importe quelle entreprise ou association. On construit l’Église par une « démonstration d’Esprit et de puissance » pour que notre foi ne soit pas fondée sur la sagesse des hommes mais sur la puissance de Dieu (1 Co 2,4-5) parce qu’autrement « la croix du Christ [aurait été] vaine » (1 Co 1,17). Vous comprenez ? Dieu veut que dans notre manière même de construire l’Église et d’annoncer l’Évangile on explique ce que c’est. Dieu veut qu’on montre que ce qu’on vit nous dépasse pour que le monde comprenne que ce qu’on vit ne peut pas être expliqué autrement que par Jésus-Christ. Dieu nous appelle à faire des choix que le monde considèrerait comme fou mais qui sont sages aux yeux de Dieu. Et c’est ça qui va faire grandir l’Église !

En ce moment, le club d’échecs dont je fais partie est en train de vivre une transition et parce que le conseil d’administration a démissionné. Et c’est très intéressant de voir leur manière de faire. Ils cherchent à voir quelle est la demande et est-ce que l’offre qu’ils proposent correspond à la demande. Ils prévoient d’inviter des formateurs réputés qu’il faudrait payer, etc.

Et parfois, on peut faire pareil dans l’Église. On peut essayer d’employer des centaines de moyens différents pour attirer les personnes. On peut parfois édulcorer ce que dit la Bible, ou changer le message de la croix pour attirer des personnes. Mais tout ce que Dieu nous demande c’est d’annoncer l’Évangile et de vivre par l’Esprit en faisant des choix fous que le monde ne peut pas expliquer dans son cadre rationnel, matérialiste ou même religieux. Par exemple, si un ado s’engage dans l’école du dimanche parce qu’il sent que Dieu l’appelle à s’engager dans la transmission de la foi. Comment est-ce qu’on réagirait ? Ou bien si un jeune renonce à une relation amoureuse parce qu’elle l’éloigne du Christ, ou bien si quelqu’un abandonne un bon métier pour partir en mission, ou si quelqu’un demande pardon pour une faute dont personne n’est au courant, etc. Voilà quelques exemples de vie par l’Esprit au quotidien qui vont construire l’Église parce que ça communique un message tellement important : Christ est mort sur la croix pour nous. Il est ressuscité, l’Esprit-Saint vit en nous et il nous transforme tellement qu’on rejette les choses passées pour réfléchir comme Dieu. Puissions-nous vivre cela.

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