Ce matin on va continuer notre série de prédications sur le Saint-Esprit. Jusqu’ici on avait vu qu’il nous fallait regarder les choses autrement. Souvent on regarde le monde autour de nous avec nos yeux humains, mais vivre par le Saint-Esprit va parfois nous conduire à faire des choses folles. Et justement, la dernière fois on avait vu que c’est le Saint-Esprit, à travers la Bible, qui nous fait connaître Dieu et quelle est sa volonté. Le Saint-Esprit n’agit pas indépendamment de la Bible, c’est comme le cachet effervescent et l’eau. Ils ne peuvent fonctionner que s’ils sont ensemble. C’est ensemble qu’ils vont transformer notre coeur pour que nous devenions des chrétiens matures. Maintenant, la question qu’on doit se poser c’est : « à quoi ressemble un chrétien mature ? ». Je ne sais pas si vous vous êtes déjà posé cette question. Je crois que c’est une question importante parce que ça nous montre là où on veut aller en tant chrétiens mais aussi en tant qu’Église. Si on n’a pas une petite idée de ce qu’est un chrétien ou une Église mature, on ne saura pas dans quelle direction aller. Je vous invite donc à lire avec moi 1 Corinthiens 3,1-23 :
Pour moi, frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ. 2 Je vous ai donné du lait, non de la nourriture solide, car vous ne pouviez pas la supporter; et vous ne le pouvez pas même à présent, parce que vous êtes encore charnels. 3 En effet, puisqu’il y a parmi vous de la jalousie et des disputes, n’êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas selon l’homme? 4 Quand l’un dit: Moi, je suis de Paul! et un autre: Moi, d’Apollos! n’êtes-vous pas des hommes? 5 Qu’est-ce donc qu’Apollos, et qu’est-ce que Paul? Des serviteurs, par le moyen desquels vous avez cru, selon que le Seigneur l’a donné à chacun. 6 J’ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître, 7 en sorte que ce n’est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui fait croître. 8 Celui qui plante et celui qui arrose sont égaux, et chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail. 9 Car nous sommes ouvriers avec Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu. 10 Selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée, j’ai posé le fondement comme un sage architecte, et un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit dessus. 11 Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Jésus Christ. 12 Or, si quelqu’un bâtit sur ce fondement avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l’oeuvre de chacun sera manifestée; 13 car le jour la fera connaître, parce qu’elle se révèlera dans le feu, et le feu éprouvera ce qu’est l’oeuvre de chacun. 14 Si l’oeuvre bâtie par quelqu’un sur le fondement subsiste, il recevra une récompense. 15 Si l’oeuvre de quelqu’un est consumée, il perdra sa récompense; pour lui, il sera sauvé, mais comme au travers du feu. 16 Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous? 17 Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira; car le temple de Dieu est saint, et c’est ce que vous êtes. 18 Que nul ne s’abuse lui-même: si quelqu’un parmi vous pense être sage selon ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage. 19 Car la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu. Aussi est-il écrit: Il prend les sages dans leur ruse. 20 Et encore: Le Seigneur connaît les pensées des sages, Il sait qu’elles sont vaines. 21 Que personne donc ne mette sa gloire dans des hommes; car tout est à vous, 22 soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir. 23 Tout est à vous; et vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu. (1 Corinthiens 3,1-23)
- Des chrétiens charnels et immatures
Pour mieux comprendre cette lettre de Paul aux Corinthiens que l’on est en train d’étudier, il faut avoir une petite idée de ce à quoi ressemblait l’Église de Corinthe quand Paul leur a écrit cette lettre. En fait, ce qu’il faut savoir c’est que Paul écrit ici à une Église florissante qui a reçu un message de Dieu disant qu’il avait un peuple nombreux à Corinthe (Ac 18,10), elle vit beaucoup d’expériences spirituelles, de dons miraculeux extraordinaires (1 Co 12-14), des personnes respectables en font partie, notamment Crispus le chef de la synagogue (Ac 18,8), elle est située dans une grande ville de Grèce et Paul y a enseigné pendant un an et six mois (Ac 18,11). En allant à cette Église, certains disaient même que le royaume de Dieu était déjà installé et que ce royaume était encore plus présent à Corinthe que dans le ministère de Paul (1 Co 4,8) ! Au premier abord, on pourrait penser que l’Église de Corinthe était l’Église parfaite ou en tout cas, une Église qui est solide et où on a envie d’aller. Et c’est clair qu’il se passait beaucoup de choses et que Dieu y était à l’oeuvre d’une manière particulière. Mais le problème c’est que toutes ces choses l’ont conduit à de l’orgueil spirituel. L’Église de Corinthe vivait des choses extraordinaires mais ils avaient perdu de vue le b-a ba de la vie chrétienne. Quand on creuse un peu la lettre aux Corinthiens, on voit qu’ils vivaient dans la débauche et le péché. Mais plus précisément, que dit Paul dans ce passage ? Il dit que l’Église à Corinthe se comporte comme des bébés dans la foi. Ils ne peuvent pas vraiment entendre la prédication de la Parole. Il y a des choses de base qu’ils n’ont pas acquises, à tel point qu’ils sont obligés à écouter toujours un message édulcoré de la Parole et pas la Parole dans son entièreté. Alors, déjà là c’est un grand reproche, mais il va même plus loin puisqu’il dit que les chrétiens dans cette Église se comportent comme des personnes charnelles. En gros, ce qu’il est en train de dire c’est que, bien qu’il sache que les Corinthiens de l’Église sont chrétiens et que l’Esprit habite en eux (v. 16), il ne voit pas fondamentalement la différence entre leur manière de vivre et celle qu’il voit dans le monde. Et ça c’est problématique, parce que si l’on ne voit pas de différence, quel est le sens de l’Église ? Elle devient une association, un club de personnes qui veulent se rencontrer pour parler un peu de choses spirituelles mais pas l’ambassade du royaume de Dieu. En fin de compte, même si l’Église était nombreuse, qu’il s’y passait des miracles, qu’il y avait des orateurs brillants, Paul dit qu’ils sont restés comme des bébés spirituels.
Je ne sais pas si vous imaginez une Église entière de bébés. Alors, bien sûr on aime les bébés et il n’y a aucun souci pour qu’ils restent pendant le culte mais imaginez qu’à l’Église ici ou ailleurs le dimanche matin il n’y ait que des bébés sans leurs parents. Ma prédication serait très différente et je devrais constamment surveiller chaque bébé pour qu’il ne tape pas un autre, pour qu’il ne mette pas les mains dans les prises, etc. Ce serait assez compliqué. Mais maintenant, imaginez que parce que ces bébés se sentent à l’aise comme ça, ils sont bien entourés, ils décident de ne jamais grandir. Et au bout de dix ans, la situation est toujours pareil. Je peux vous dire qu’à force de surveiller une centaine de bébés, le pasteur serait assez fatigué et découragé de ne pas les voir grandir. Ce que dit Paul c’est qu’à Corinthe ils vivaient exactement cette situation sur le plan spirituel. Voilà que certaines personnes se sont converties depuis des années mais qu’elles se comportent comme si elles s’étaient converties cette année.1
Ça nous pose plusieurs questions par rapport à notre vie spirituelle et notamment, quel est notre rapport à la Parole de Dieu ? Est-ce qu’on se satisfait de notre lait ou est-ce qu’on a soif de nourriture solide ? Est-ce qu’on a un désir profond de lire la Parole, est-ce qu’on se donne les moyens pour chercher à la comprendre et à l’appliquer dans nos vies ? Mais aussi est-ce qu’on arrive à pardonner lorsque l’on vit des divisions ou des conflits ?
- Des chrétiens spirituels et matures : voir l’action de Dieu
C’est intéressant parce que dans tout ça, Paul ne dit pas que la maturité d’une Église est liée à la croissance numérique, où à la présence ou l’absence de dons miraculeux, à l’art oratoire de leur prédicateur mais bien au fait de se laisser diriger par l’Esprit. En grec, le mot « spirituel » veut littéralement dire « animé par l’Esprit ». En fait, être des chrétiens matures/spirituels, ça veut tout simplement dire se laisser diriger par l’Esprit. Et un des domaines où l’action de l’Esprit se voit c’est quand on accorde plus d’importance à Dieu qu’aux êtres humains. À Corinthe, il y avait des personnes qui préféraient quand c’était Paul qui était pasteur ou quand c’était Apollos. On peut imaginer certains Corinthiens qui disaient : « Oh non, c’est encore Paul qui va expliquer la Parole ce matin, j’aurais préféré que ce soit Apollos qui parle tellement bien ». Mais être un chrétien mature, c’est d’abord regarder à ce que Dieu fait à travers les uns et les autres. C’est regarder à la manière dont Dieu construit l’Église et s’en émerveiller (c’est ce que l’on avait vu il y a deux semaines).
Le théologien N. T. Wright donne un exemple assez frappant pour nous aider à comprendre ce passage. Il dit que c’est comme si on était au restaurant et qu’on voulait absolument que ce soit un tel qui nous serve et pas un autre. C’est complètement stupide parce qu’ils servent le même repas qui a été concocté par le même chef étoilé.
En fait, peu importe qui prêche ou qui rend service, ce qui est important c’est que Dieu fasse son œuvre. J’ai envie de dire, peu importe si c’est Lucas ou Pierre ou Richard ou Luc qui prêche, tant que l’Évangile est prêché et que le Saint-Esprit transforme les coeurs, c’est ce qui est le plus important. Peu importe si Dieu a donné un don oratoire à quelqu’un ou un don d’hospitalité à un autre, tant que Dieu agit. En fait, on peut tout faire, donner toutes nos possessions aux pauvres, mourir en persécutés, si on ne le fait pas pour le Christ et par l’Esprit, ça ne sert à rien. Si on fait ça, on est comme des serveurs qui servent une assiette vide au restaurant.
- La construction de l’Église
On arrive justement à la dernière partie de ce texte qui nous évoque cela. Tout ce que l’Église peut faire repose sur un fondement : Jésus-Christ. C’est son qu’on a dit il y a deux semaines : On prêche Christ, Christ crucifié, Christ ressuscité pour nos péchés. Au final on revient là-dessus. Une Église mature, c’est une Église qui ne se lasse jamais d’entendre ce message, c’est une Église qui veut construire toutes ses activités là-dessus, où chacun veut construire sa vie sur ce message. On arrive maintenant à cette image assez intéressante qu’on trouve dans les versets 12 à 15. Ici, Paul nous dit qu’on peut faire plein de choses pour construire le royaume de Dieu mais que tout n’a pas la même valeur. En fait, ici Paul critique à nouveau les personnes qui veulent construire l’Église avec leur propre sagesse et leur propre intelligence (v. 18-19). Ils ont essayé de rendre leur Église attractive en ayant des bons orateurs, en vivant des dons miraculeux, etc mais en oubliant ce qui est vraiment important pour Dieu, ils ont construit l’Église avec de la paille, de la chaume qui va brûler. Alors, l’idée ici n’est pas de dire qu’il n’y aura aucun fruit, mais c’est de dire qu’à un moment donné, ce travail va devoir être purifié par Dieu et on va voir qu’il ne reste pas toujours grand-chose.
Alors, peut-être que vous vous dites que vous n’êtes pas pasteur ou ancien et que ça ne vous concerne pas. Mais en fait, un des choses que l’on va voir la semaine prochaine c’est que Dieu donne à chacun d’entre nous qui avons reçu l’Esprit-Saint, nous avons reçu des dons de l’Esprit pour construire l’Église. On a chacun un rôle à jouer là-dedans.Seulement, on a plusieurs manière d’employer ces dons : soit on les utilise avec notre propre intelligence, soit on l’emploie par l’Esprit en faisant parfois des choix qui sont fous au yeux du monde mais qui sont sages au yeux de Dieu. Soit on emploie ces dons de manière « naturelle », par nos propres forces, soit on les vit de manière spirituelle, avec la force de Dieu. Si on les vit de cette manière, peut-être qu’on aura l’impression qu’il n’y aura pas beaucoup de fruits au début, mais un jour on verra que ces dons ont eu un impact éternel.
- Cet exemple a été repris de la prédication d’Alexandre Sarran: https://www.egliselyongerland.org/blog/post/2879 ↩︎



Laisser un commentaire