Cette article s’insère dans une série d’articles de Charles Nicolas sur le ministère de pasteur, d’ancien et de diacre. N’hésitez pas à les consulter pour avoir une vision plus complète de ces différents ministères
Ces notes ont été préparées de telle sorte que tous les membres de l’Eglise puissent les lire et les méditer, même si elles concernent plus directement ceux qui sont pressentis pour le ministère d’ancien.
Chaque partie, chaque paragraphe, chaque ligne devrait d’abord faire l’objet d’une lecture personnelle, Bible en main. Ensuite, il sera utile de reprendre chacun de ces points avec le pasteur et/ou en groupe.
Désirer servir le Seigneur et l’Eglise est une bonne disposition (1 Tm 3.1) ; cependant aucun engagement ne devrait être pris avec précipitation (1 Tm 5.22). La décision qui sera prise sera tout à la fois personnelle et collégiale.
Tout service légitime suscite en même temps de la crainte et de la joie.
1. Veiller sur soi-même
Deux principes élémentaires
Tout ce que nous pouvons dire au sujet d’un ancien concerne aussi n’importe quel autre chrétien : il y a un seul Seigneur, un seul Evangile, un seul Esprit, une seule foi, une seule espérance, qui sont donc les mêmes pour tous (Ep 4 .4-6 ; Ph 1.1-2).
La vie d’un ancien enseigne les autres sans qu’il ait toujours besoin de parler. Normalement, c’est vrai aussi pour les autres chrétiens, y compris les enfants (Jc 3.13).
La notion dynamique de modèle
Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-même de Christ (1 Co 11.1).
La parabole de la poutre et de la paille (Mt 7.3-5) rappelle la nécessité de commencer par soi-même. C’est un passage obligé. Celui qui veille sur lui-même enseigne les autres par sa manière de vivre (1 Th 1.6-8). De plus, il est en mesure d’aider les autres quand cela est nécessaire. Alors tu verras comment ôter la paille…
Beaucoup pensent qu’un modèle est nécessairement prétentieux. Si quelqu’un est prétentieux, il n’est plus un modèle. Si un père demande pardon à son enfant, ce père est un modèle ; l’enfant saura lui aussi demander pardon le moment venu. Il deviendra à son tour un modèle pour d’autres enfants1.
Il manque sans doute d’enseignants dans les Eglises ; il manque surtout des modèles.
Etre un modèle peut faire peur, mais peut aussi faire envie (Ph 3.17 ; 1 Th 1.6-7).
Etre un modèle n’est pas principalement une question d’âge (1 Tm 4.12).
Marcher d’une manière digne
Seulement, conduisez-vous d’une manière digne de l’Evangile de Christ (Ph 1.27).
Une des difficultés est de savoir à quelle hauteur placer l’exigence. Si elle est placée trop bas, il y aura de la légèreté, ce qui ne convient pas ; si elle est placée trop haut… il n’y aura personne !
L’expression ‘marcher d’une manière digne de l’Evangile’ – l’appel s’adresse à tous les chrétiens de cette église – signifie : d’une manière qui ait du poids2. C’est sans doute là un critère qui peut aider à évaluer (soi-même et les autres) correctement. Cela implique, par exemple, de ne pas s’accorder des excuses trop facilement.
Concernant l’ancien, Jean Calvin écrit que c’est une personne grave, qu’on ne peut corrompre aisément. Cela signifie qu’il n’est pas dépendant du regard des autres (Ga 1.10). Cela signifie qu’il sait maîtriser ses envies, ses émotions. Cela signifie qu’il est en mesure de dire non par motif de conscience.
Le caractère et le comportement
Nous devons accepter que nous n’ayons pas tous le même tempérament. Cette diversité, cependant, ne doit pas justifier certains défauts jugés »plus forts que moi ». Le fruit de l’Esprit (Ga 5.22), c’est pour tous les chrétiens. La crucifixion de la chair, c’est l’expérience commune de tous les disciples du Seigneur (Ro 6.3-5 ; Ga 6.14). Chacun doit connaître ses propres points de défaillance et y placer une double veille3.
Les indications que Paul donne au sujet du comportement des anciens sont assez claires (1 Tm 3.2-3 ; Ti 1.6-9) : ils doivent être sobres, pondérés (indulgents), disciplinés, généreux, doux, avenants, calmes, justes (droits). Doivent-ils l’être vraiment ? La réponse est oui. Il faut que, dit Paul, c’est un impératif. En d’autres termes, la ressemblance avec le comportement de Jésus doit être perceptible (Ga 4.19).
L’adjectif désintéressé (1 Tm 3.3) parle de la motivation : en aucun cas un ancien ne recherche son intérêt personnel.
Cette maturité personnelle est-elle suffisante pour être ancien ? La réponse est non. Il y a aussi la gestion de la maison (conjoint, enfants) et la maturité quant à l’enseignement (les principales doctrines). Nous y reviendrons.
Un ancien a-t-il réglé tous ses problèmes ?
Un ancien n’a pas réglé tous ses problèmes ; mais il en a réglé beaucoup et il est en train de régler ceux qui ne le sont pas encore. Il n’est pas négligent à ce sujet. C’est le sens du mot irréprochable (1 Th 2.10 ; 1 Tm 3.2 ; Ti 1.6-7).
Cela permet à un ancien d’être relativement stable face aux épreuves, aux tentations et aux critiques, tout en étant accessible à ce qu’on a à lui dire. Un ancien a une attitude d’écoute (Pr 19.20). Un ancien sait demander de l’aide.
Trois tentations peuvent exister :
- Croire qu’on est déjà arrivé au but (Lc 18.11 ; 1 Jn 1.8).
- Revendiquer le droit de rester comme on est (Pr 28.9 ; Jn 3.19 ; Ro 6.1-2).
- S’arrêter en chemin (Lc 6.40).
Un ancien peut-il se tromper ?
La réponse est oui ! Mieux vaut cependant qu’un ancien ne se trompe pas tout le temps ; et même pas trop souvent. Normalement, un ancien est fiable. Sinon, il a peu d’autorité.
Un ancien est modeste. Deux attitudes simples vont favoriser sa fiabilité :
- il sait dire : Je ne sais pas, quand il ne sait pas. Un ancien n’a pas la science infuse, pas plus que les parents, pas plus que les pasteurs.
- quand il s’est trompé, il sait le reconnaître ouvertement.
- il sait travailler en équipe.
Deux démarches simples vont favoriser sa sécurité :
- il n’est pas obligé de donner une réponse ou un avis tout de suite. La sagesse conduit à dire, chaque fois que cela est nécessaire : Je vais y réfléchir et on en reparle la semaine prochaine.
- il peut consulter à tout moment le pasteur et/ou un autre ancien sur tout sujet qui se présente à lui. Les questions difficiles sont abordées entre anciens.
2. Veiller sur sa maison
Ces commandements seront dans ton cœur ; tu les inculqueras à tes enfants, tu en parleras quand tu seras dans ta maison (Dt 6.6-7).
Depuis le sang de l’agneau sur le linteau des portes, en Egypte (Ex 12.7), nous savons que la maison, aux yeux de Dieu, est un lieu de toute première importance. En un sens, l’Eglise est le prolongement des maisons (plutôt que l’inverse). La lecture de la Bible, la prière, la recherche de la volonté de Dieu, les demandes de pardon, l’esprit de service, la fidélité, l’hospitalité…, tout cela doit s’apprendre et se vivre premièrement dans les maisons. Si la maison est bénie, l’église le sera aussi, inévitablement. La maturité d’une église dépend de la maturité des maisons des chrétiens de cette église.
Publiquement et dans les maisons
Je n’ai pas craint de vous prêcher et de vous enseigner publiquement et dans les maisons (Ac 20.20). Le pupitre dans la salle de réunion n’est pas le seul lieu où s’exerce le ministère ! Le ministère des anciens les conduira à aller dans les maisons, ce qui est à la fois délicat et important.
Pourquoi est-ce délicat ? Parce que l’attachement à la notion d’espace privé – légitime par ailleurs – ne permet pas toujours d’aborder comme cela devrait l’être certains aspects de la vie familiale, comme par exemple la relation entre l’homme et la femme, l’éducation des enfants, la gestion de l’argent, des loisirs, etc.
Il ne s’agit pas, pour les anciens, de gérer la maison des chrétiens. Mais il s’agit de rechercher avec eux la volonté de Dieu, y compris dans ces domaines qui sont regardés aujourd’hui comme profanes. En réalité, un certain nombre de problèmes constatés au niveau de la vie des églises ont leurs racines dans les maisons. Mais cela pourra-t-il être mis en lumière ?
C’est pourquoi Paul demande que les anciens dirigent (gouvernent) bien leur propre maison. C’est à cette condition qu’ils pourront prendre soin de l’Eglise de Dieu (1 Tm 3.4-5)4. Cela comprend la qualité de la relation au sein du couple si l’ancien est marié (cf. 1 Pi 3.7) ; cela comprend la soumission et l’honnêteté des enfants qui vivent sous le toit familial. Les parents sont les pasteurs de leurs enfants, écrit Calvin5. Cela comprend la vocation de l’hospitalité (1 Tm 3.2 ; Ti 1.8) : cette maison est ordonnée de telle sorte qu’il y a de la place pour ceux qui ont besoin d’être accueillis, écoutés, consolés, instruits. Si les maisons sont hospitalières, l’église le sera aussi.
__________________
3. Veiller sur l’enseignement
Veille sur toi-même et sur ton enseignement (1 Tm 4.16).
Ce point est important. Tout ancien n’est pas nécessairement un enseignant dans l’église. Mais tout ancien doit être apte à enseigner (1 Tm 3.2), ce qui signifie attaché à la vraie parole telle qu’elle a été enseignée, afin d’être capable d’exhorter selon la saine doctrine et de réfuter les contradicteurs (Ti 1.9). Au niveau des conditions requises, c’est la principale différence entre un ancien et un diacre.
Quand l’apôtre Pierre s’adresse aux anciens, il se dit ancien comme eux (1 Pi 5.1) ; mais tous les anciens ne sont pas apôtres ! Paul établit aussi cette distinction en évoquant les anciens qui travaillent (qui prennent de la peine) à la prédication et à l’enseignement (1 Tm 5.17). Ce n’est donc pas le cas de tous les anciens, même si tous doivent être aptes à enseigner.
Cette aptitude, qui qualifie les anciens pour une responsabilité de nature pastorale, peut se décliner à plusieurs niveaux :
- un ancien est en mesure d’exposer clairement un certain nombre de doctrines élémentaires à quiconque le lui demande,
- un ancien est en mesure d’indiquer plusieurs implications pratiques et immédiates pour chacune de ces doctrines,
- un ancien se rend compte si une prédication ou un enseignement manque d’équilibre ou dévie,
- un ancien est en mesure de réfuter un contradicteur.
Notre Discipline le dit ainsi : Les anciens veillent à la pureté du message proclamé.
L’enseignement est un sujet de joie
Les doctrines n’ont pas bonne presse aujourd’hui. Selon certains, elles seraient la cause de toutes les divisions. Elles ne correspondent pas à une compréhension de la foi qui privilégie le relationnel, le ressenti. Pourtant, la Bible est sans ambiguïté : l’objet de la foi (ce en quoi je crois) est aussi important que la foi elle-même (1 Co 15.1-2). En d’autres termes, mieux vaut commencer à croire quelque chose de vrai que croire de toutes ses forces quelque chose de faux (1 Tm 1.4 ; 2 Tm 3.16-17)6. L’église n’est pas qu’une école où on enseigne, mais les premiers chrétiens persévéraient dans l’enseignement des apôtres (Ac 2.42).
Le Psaume 119 dit et redit la nécessité de porter ses regards, de méditer, de serrer dans son cœur, d’observer les commandements de Dieu, plus doux que le miel, plus précieux que mille objets d’or et d’argent (v. 72). Jean écrit que l’amour pour Dieu consiste à garder ses commandements (Jn 15.10 ; 1 Jn 3.24 ; 5.2-3). Aux prédicateurs, aux enseignants (aux parents) de rendre l’enseignement agréable et fécond !
Demeurez donc fermes7
Rien ne remplace la lecture personnelle de la Bible. Pour les anciens, cependant, cette simple lecture ne suffit pas. Les chrétiens, aujourd’hui, vivent dans un contexte hostile, parfois agressifs ; ils sont confrontés à de multiples lectures parfois divergentes ; ils peuvent poser des questions difficiles sur des sujets délicats ; ils sont amenés parfois à contester. Citer un ou deux versets peut ne pas suffire. Il y a des textes qui semblent se contredire…8 La simplicité de cœur est une chose ; la naïveté en est une autre. Il y a des règles de saine interprétation qui permettent de ne pas s’égarer. En respectant ces règles, la Bible s’éclaire par la Bible. C’est la condition pour acquérir une raison saine (Pr 13.15), pour ne pas être séduits, pour demeurer fermes dans la foi (1 Co 16.13).
4. Veiller sur l’Eglise
Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau (Ac 20.28).
Les anciens ne sont pas des docteurs ; ce sont plutôt des bergers. Un berger est à la fois doux et ferme, qualités qui ont déjà été mentionnées.
A Ephèse, Paul a enseigné les anciens jour et nuit pendant trois ans avant de prendre congés d’eux (Ac 20.17-38). Je vous ai annoncé tout le conseil de Dieu sans en rien cacher, leur dit-il (20.27). Puis il redit leur mission : Prenez garde au troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis surveillants (gardiens) pour paître l’Eglise du Seigneur qu’il s’est acquise par son propre sang… Car il s’élèvera du milieu de vous des hommes qui enseigneront des choses pernicieuses… (20.28-30). La justification de telles paroles, c’est que l’Eglise n’est pas un peuple idéal qui évoluerait dans un monde idéal.
Le verbe paître (même racine que le mot berger) signifie conduire, nourrir, protéger, soigner. En réalité, c’est le Seigneur qui le fait, mais il le fait en grande partie par l’intermédiaire des pasteurs et des anciens. Ensuite, tous ceux qui sont au bénéfice de leur ministère contribueront à cette veille de nature pastorale.
La dimension communautaire
Si chaque chrétien veille sur lui-même et grandit en maturité, l’Eglise tout entière grandit en maturité. Veiller sur soi-même est une manière d’aimer le Seigneur et les frères.
Chaque brebis est importante (Lc 15.4), mais les bergers ont la vision du troupeau : c’est la vision del’Eglise comme un corps, comme le corps de Christ. Cette vision du corps doit se communiquer à chaque membre. En un sens, le corps, c’est Christ (1 Co 12.12).
Les anciens avec les pasteurs veillent à la fidélité dans l’administration du baptême et de la cène. La cène devrait être apportée aux fidèles empêchés de se réunir.
Les anciens avec les pasteurs veillent à la discipline dans l’Eglise. La discipline vise à corriger ceux qui s’égarent et à préserver les membres les plus vulnérables.
Les étapes de croissance
L’Eglise est appelée à grandir en maturité : ce sera son meilleur témoignage (Ep 4.12-16).
Les anciens, avec les pasteurs, ont le souci de la croissance de chaque membre et de l’Eglise tout entière. Où en est-il, où en est-elle, où en sommes-nous dans cette étape ? Quand conviendra-t-il de passer à l’étape suivante ? C’est paître l’Eglise de Dieu.
Que les ministres de la Parole osent donc toutes choses hardiment par cette Parole dont ils ont été établis les dispensateurs. Par cette Parole, qu’ils commandent à tous, des plus grands aux plus petits, qu’ils édifient la maison de Christ, qu’ils démolissent le règne de Satan, qu’ils paissent les brebis, qu’ils tuent les loups, instruisent et exhortent les dociles, accusent, reprennent et convainquent les rebelles et les obstinés ; mais tout par la Parole de Dieu (Jean Calvin).
Les diacres9 prennent en charge les tâches administratives et logistiques ainsi que l’assistance des membres les plus fragiles (2 Co 9.1) afin que les anciens puissent se consacrer au mieux à leur tâche de nature pastorale.
5. Reconnaissance de ministère et consécration
Les anciens forment une équipe rapprochée avec le ou les pasteurs. Ils n’ont pas besoin d’être nombreux : ils vont responsabiliser, déléguer et accompagner.
Notre Discipline dit que lorsqu’un ancien est élu pour la première fois, le Conseil l’établit dans sa charge au cours d’une cérémonie de reconnaissance et de consécration qui se déroule selon la liturgie prévue à cet effet. Cette cérémonie de reconnaissance du ministère se distingue de celle d’installation (Art. 6 de la Discipline sur les ministères).
La dernière phrase de cet article laisse entendre que le fait d’être reconnu comme ancien n’implique pas d’assumer cette charge sans limite dans le temps. Dans beaucoup d’Eglises, les anciens peuvent assurer deux mandats consécutifs avant de prendre un temps sabbatique. Cette pratique les incite à former d’autres anciens.
Notre Discipline prévoit une formation permanente pour les anciens, organisée soit dans le cadre de l’église locale, soit de manière régionale ou nationale (art. 8). Cette formation porte essentiellement sur les deux points suivants :
- la connaissance de la Bible, des textes de base de l’Union nationale, de la Discipline ;
- le développement de l’aptitude à exercer, avec les autres anciens et le pasteur, la fonction pastorale de l’église.
Ch. Nicolas
_____________________
1Vis de telle sorte qu’on t’interroge ! écrit François de Sales (1567-1622).
2Ce qui ne signifie pas d’une manière pesante !
3Avoir un compagnon de prière à ce sujet est loin d’être superflu.
4Il est intéressant de voir juxtaposés ainsi les verbes diriger et prendre soin. En 1 Tm 5.14, l’expression diriger sa maison est attribuée aux épouses.
5Rappel : les enfants de chrétiens sont considérés comme de petits disciples (Ep 6.1).
6On constate qu’aujourd’hui peu importe si une chose est vraie ou fausse, pourvu qu’elle fasse du bien.
7Ga 5.1 ; 2 Th 2.15
8Aucun malheur n’arrive au juste (Pr 12.21)/ Chaque jour je suis frappé (Ps 73.13-14) ; Jouir d’une bonne réputation (Ac 6.3 ; 1 Tm 3.7)/ Ne pas chercher à plaire (Mt 5.11 ; Ga 1.10) ; Obéir aux autorités (Ro 13.1ss)/ Obéir d’abord à Dieu (Ac 4.19 ; 5.29).
9Voir le document Qui donc peut être diacre ?



Laisser un commentaire