Dernièrement j’ai été amené à relire la nouvelle stratégie d’implantations d’Églises pour l’UNEPREF qui a été voté au dernier synode de Berre. Il m’a beaucoup touché et encouragé, c’est pour cette raison que je voulais partager ce document écrit par Clémence Bury et par Stéphane Kouyo.
Préambule
Je reprends ici quelques mots du rapport d’orientation du dernier synode : « nous voulons nous engager avec confiance dans le domaine de la croissance et du changement de mentalité ; nous voulons « Être une Église pour ceux qui ne sont pas encore dans l’Église, être une Église missionnelle, c’est-à-dire faire des disciples là où Dieu l’a placée, en assumant pleinement son identité évangélique et réformée. »
Cela revient à dire que nous voulons travailler ensemble à la bonne santé de nos églises afin qu’elles soient capables d’être intentionnellement missionnelles, tournées vers la multiplication, l’évangélisation, le témoignage et les besoins de ceux qui les entourent. Cet appel à la croissance et à la mission constitue la vision dans laquelle nous nous sommes engagés ensemble pour 3 ans. Suite au rapport l’an dernier sur la stratégie de desserte – qui était un des moyens proposés pour « garantir l’autonomie et la vitalité spirituelle de chaque communauté » –, nous vous présentons aujourd’hui un rapport sur la stratégie d’implantation.
Voilà pourquoi nous voulons proposer des pistes et une stratégie afin de répondre à la problématique suivante : Avec la faiblesse numérique et financière qui est la nôtre mais conscients de la puissance donnée par l’Esprit Saint ainsi que de la présence du Christ avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde, comment implanter aujourd’hui – dans le contexte séculier français – des Églises réformées évangéliques de disciples et de témoins ?
Ce présent rapport s’appuie sur plusieurs documents de référence : « Éléments stratégiques retenus par la CGE1 pour l’implantation d’Églises », « Les bases de l’implantation d’Églises », « Se recentrer – Une vue d’ensemble du processus de santé de l’Église EPC2 », « Bâtir une culture évangélique », « La nécessité du pasteur de transition », « Planter des Églises : Quel modèle pour une croissance saine ? »3
Introduction
Pourquoi implanter des églises ?
Les différentes réponses que nous apportons à cette question ne sont pas contradictoires mais complémentaires. Elles n’ont pas toutes la même importance. Certaines, de l’ordre de l’obéissance à Dieu, sont capitales. D’autres, inhérentes à la réalisation de notre projet d’Église, peuvent paraître secondaires, mais il convient de les mentionner en reconnaissant la force de leur influence sur notre volonté.
1. Par obéissance à Dieu qui nous rend participant à son œuvre.
Si l’implantation d’Églises locales est contraire à la volonté de Dieu, il serait vain d’œuvrer dans cette direction. Nous reconnaissons que le NT ne transmet pas explicitement d’ordre aux chrétiens pour implanter des Églises mais pour faire des disciples4, être lumière du monde5, être sel de la terre6, annoncer la Bonne Nouvelle de l’Évangile7, baptiser8, prêcher9… Cependant nous observons à la lecture du NT, le témoignage de l’action des apôtres, et en particulier de l’apôtre Paul, concernant l’implantation d’Églises. Lors de ces voyages missionnaires, il rassemble les personnes qui reçoivent l’Évangile, il nomme à leur tête des anciens10, il organise la communauté qu’ils forment, il leur écrit… Il accomplit tout cela par la grâce de Dieu, le Père qui appelle les hommes11, le Fils qui a dit « je bâtirai mon Église »12 et le Saint-Esprit qui unit les chrétiens en un même corps13.
L’implantation d’Églises locales partout dans le monde, n’est donc pas un projet personnel des apôtres mais bien un projet de Dieu par lequel nous obéirons aux ordres de Christ mentionnés précédemment (notes 1 à 6).
2. Parce que Dieu agit sur terre par l’Église.
A travers une communauté accueillante et engagée dans l’amour du prochain, Dieu offre au monde différentes grâces dont il a besoin.
A travers une communauté prêchant et vivant l’Évangile, Dieu offre à l’homme la découverte de la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ14.
A travers une communauté administrant les sacrements, Dieu témoigne aux membres de son peuple l’alliance qui les unit à lui.
3. Pour développer le nombre de lieux de culte.
Le but de l’Église n’est-il pas de glorifier Dieu, notamment par le culte que lui rend son peuple rassemblé en différents lieux ? Il peut être intéressant de considérer que nous implantons des Églises pas seulement en raison de ce qu’elles peuvent apporter au monde en général et aux hommes en particulier, mais aussi de ce qu’elles offrent à Dieu.
4. Pour enseigner la théologie réformée évangélique.
Toute union d’Églises vit un projet qui envisage une croissance numérique des associations cultuelles qui en sont membres, afin de favoriser les valeurs et les convictions qu’elle incarne.
5. Pour continuer d’exister.
Toute union d’Églises doit implanter de nouvelles Églises locales pour remplacer celles qui naturellement disparaissent, ou pour suivre la migration de ses membres vers leurs nouveaux lieux de résidence. Faute de veiller à son renouvellement, une union d’Églises disparaît peu à peu.
Conformément au projet d’Église de notre Union d’Églises, nous voulons implanter des Églises avec une identité réformée évangélique claire (confessante, presbytérienne synodale ) mais ouverte à tous.
Autrement dit, nous ne voulons pas implanter une Église pour tous, mais une Église Réformée Évangélique ouverte à tous.
1- État des lieux, problèmes identifiés et besoins
1.1. Un consensus théologique réel, mais une dynamique encore limitée
L’UNEPREF bénéficie bien d’un socle théologique solide concernant la nécessité de l’implantation d’églises. Celle-ci est comprise comme une réponse à l’appel missionnaire de Dieu, un moyen de rendre témoignage à l’Évangile, et une expression de la vitalité d’une Église fidèle à sa vocation.
Cependant, ce consensus ne se traduit pas encore vraiment dans les faits. La croissance du nombre d’églises est pour l’instant inexistante, et l’implantation demeure une démarche exceptionnelle plutôt qu’un mouvement naturel et régulier au sein de l’Union.
La dynamique actuelle repose largement sur des initiatives ponctuelles, la plupart du temps portées par des décisions synodales ou des soutiens extérieurs.
1.2. Un modèle historique fécond mais difficilement reproductible
Le modèle principal d’implantation développé ces dernières décennies a permis l’émergence de nouvelles Églises (l’église de Plan-de-Cuques devenue l’ERE d’Allauch, l’ERE du Roy d’Espagne, l’ERE de Bordeaux, la Chapelle de Nesle dans le centre de Paris, l’ERE de Tournefeuille) et constitue un héritage précieux pour l’Union. Il repose généralement sur une mission exploratoire, la mise en place d’un poste pastoral, un accompagnement structuré et un soutien financier significatif sur plusieurs années.
Ce modèle a porté du fruit et demeure pertinent dans certains contextes. Toutefois, il présente aujourd’hui plusieurs limites : son coût élevé, la dépendance prolongée aux soutiens extérieurs qu’il peut engendrer, la lenteur de sa mise en œuvre, ainsi que la difficulté à le reproduire à grande échelle.
Dans ce contexte, il apparaît difficile d’en faire le moteur principal d’une dynamique de multiplication pour l’Union. D’autres formes, plus souples et plus accessibles, doivent pouvoir être développées en complément.
1.3. Une culture missionnelle encore insuffisamment développée
Le diagnostic principal est de l’ordre de la culture d’église. Beaucoup d’Églises locales apparaissent davantage orientées vers leur maintien et leur structuration interne que vers l’engendrement de nouvelles communautés.
Les groupes de maison, en particulier, sont souvent centrés sur l’édification des membres existants et peu tournés vers l’accueil de personnes extérieures. L’évangélisation, bien que reconnue comme essentielle, n’est pas toujours intégrée de manière organique dans l’ensemble des ministères de l’Église.
Dans ce contexte, l’implantation est perçue comme une initiative spécialisée, réservée à certains profils ou à certaines situations, plutôt que comme le prolongement naturel d’une Église en bonne santé.
1.4. Un manque de lisibilité dans les parcours d’implantation
Des documents existent pour définir les étapes, les critères et les cadres d’accompagnement des projets d’implantation. Cependant, ils restent encore mal connus.
Dans la pratique, cela se traduit par un manque de clarté dans la conduite des projets : les étapes ne sont pas toujours bien identifiées, les responsabilités respectives des Églises locales, des secteurs et de l’Union peuvent prêter à hésitation, et les critères permettant de passer d’une phase à une autre (mission exploratoire, poste, affiliation) demeurent parfois flous.
Cette situation peut freiner l’engagement et susciter de l’incertitude. Une meilleure lisibilité du parcours d’implantation apparaît donc nécessaire pour sécuriser les démarches et encourager les Églises à s’inscrire dans une dynamique de multiplication.
1.5. Une fragilité structurelle de nombreuses Églises locales
Plusieurs Églises de l’Union, y compris parmi les plus dynamiques, présentent des fragilités structurelles qui limitent leur capacité à s’engager dans une dynamique de multiplication.
Ces fragilités peuvent concerner le manque d’anciens ou de diacres, une organisation administrative encore perfectible, une dépendance financière, une certaine instabilité (locaux, équipes), ou encore une insuffisance dans la formation de disciples et de responsables.
Or, une Église appelée à engendrer de nouvelles communautés doit elle-même être suffisamment établie, tant sur le plan spirituel que dans son fonctionnement et son gouvernement. Le renforcement de la santé des Églises locales apparaît ainsi comme une condition essentielle pour soutenir une dynamique durable d’implantation.
1.6. Un déficit dans la formation et l’identification des responsables
L’un des freins majeurs à la multiplication réside dans le manque de responsables formés et identifiés au sein des Églises.
Les vocations explicites d’implanteurs demeurent rares, et la formation des anciens, des diacres ou des responsables de groupes pourrait être mieux structurée. De plus, il manque des parcours permettant d’accompagner progressivement des personnes vers des responsabilités.
Ce besoin ne concerne pas uniquement les implanteurs, mais l’ensemble des responsables nécessaires à la vie et au développement des Églises. Sans un effort intentionnel pour identifier, former et accompagner ces responsables, il devient difficile d’envisager une dynamique de multiplication à long terme.
1.7. Des besoins clairement identifiés
À partir de ces constats, plusieurs besoins apparaissent :
- Un besoin de conversion culturelle : passer d’une logique de préservation à une logique d’engendrement.
- Un besoin d’Églises plus saines et structurées : capables de porter une vision missionnelle, c’est-à-dire tournée vers ceux qui ne sont pas encore là.
- Un besoin de modèles diversifiés : adaptés aux réalités locales et moins dépendants de structures lourdes.
- Un besoin de formation : pour tous les niveaux de responsabilité.
- Un besoin de lisibilité : dans les parcours d’implantation et les critères d’évaluation.
- Un besoin d’accompagnement : par des équipes et des dynamiques de secteur notamment.
- Un besoin de cohérence institutionnelle : dans le rôle de l’Union comme garante et facilitatrice.
2– Vision et objectifs
Depuis le travail qui a été fait sur le changement de structure de notre Union, la volonté affichée était de remettre l’église locale au centre, notamment en encourageant le fait que l’impulsion (les projets, etc.) devait venir des églises locales. L’Union Nationale est ainsi devenue davantage un facilitateur, un soutien, un accompagnant, répondant ainsi au désir que la structure ne soit plus « pyramidale » avec des projets, des implantations, des engagements « imposés » par « le haut ». Ce rapport sur la stratégie d’implantation veut donc proposer une stratégie en cohérence avec notre vision et notre structure actuelle d’Union d’Églises.
De ce fait, il ne nous semble plus prioritaire aujourd’hui – d’autant plus avec la disparition de la CGE et du travail important qu’elle accomplissait – que l’implantation d’églises soit pensée, décidée, financée par l’Union pour être « imposée » à tous, même si cette stratégie peut encore être pertinente dans certains cas.
En effet, la stratégie de la CGE a permis de poser des repères importants : une progression par étapes, un accompagnement des projets, une articulation entre l’initiative des Églises locales et la validation par l’Union, ainsi qu’un souci de viabilité à la fois spirituelle, organisationnelle et financière. Ce cadre demeure pertinent et constitue un acquis précieux pour l’Union. Toutefois, les constats actuels nous conduisent à en élargir la mise en œuvre en lui adjoignant plus explicitement une dynamique d’essaimage. Il ne s’agit pas de remplacer la stratégie existante, mais de la compléter, afin de favoriser une multiplication plus souple, plus progressive et plus largement portée par les Églises locales.
Cette nouvelle logique voudrait donc que soient encouragés les projets et dynamiques locaux et que l’accent soit mis sur la volonté et la capacité des églises locales à vouloir se développer, se multiplier, par l’implantation, l’essaimage.
Cette volonté d’essaimage et de multiplication pourrait même être pensée et vécue dans le cadre d’une dynamique de secteur, dans un esprit d’équipe en travail pour le Royaume, soulageant ainsi les coûts financiers et humains d’un tel projet parce qu’ils seraient répartis sur plusieurs églises porteuses du projet…
Une stratégie de multiplication à deux vitesses
Afin de répondre aux enjeux identifiés, nous proposons donc une stratégie de multiplication articulée autour de deux dynamiques complémentaires :
- une dynamique prioritaire d’essaimage, portée par les Églises locales et les secteurs ;
- une dynamique exceptionnelle d’implantation choisie au niveau des instances, mise en œuvre dans certains contextes définis, avec des moyens importants (poste, financement, accompagnement).
Cette approche permet de conjuguer fidélité, souplesse, réalisme et ambition.
Développer une culture missionnelle dans toutes les Églises
La stratégie repose sur une transformation progressive de la culture des Églises locales.
L’évangélisation est appelée à être intégrée dans l’ensemble des ministères, et les groupes de maison à être orientés vers une dynamique missionnelle. L’accueil et l’hospitalité doivent être encouragés, et une sensibilisation régulière à la multiplication doit être cultivée.
Dans cette perspective, chaque conseil presbytéral est invité à travailler explicitement ces dimensions. Il s’agit d’aider chaque Église à se comprendre non seulement comme une communauté qui se rassemble, mais comme un peuple envoyé, appelé à annoncer l’Évangile, accueillir, former et multiplier.
Nous voulons développer ici le concept d’Église mère.
- Il s’agit d’une église en bonne santé qui porte en elle la vision du témoignage, de l’évangélisation et de la multiplication.
- Cette église prie pour l’élargissement du peuple de Dieu, pour la conversion de ceux qui l’entourent et développe un projet en lien avec cette vision.
- Cette église-mère est donc appelée à être le « parent » du nouveau noyau qui va se former à partir d’elle. Comme tout parent, elle va contribuer à l’émergence à terme d’une nouvelle communauté, en assumant volontiers la responsabilité de nourrir, prendre soin et pourvoir aux besoins de ce noyau qui est envisagé potentiellement comme église en devenir.
La maturité d’une Église et sa capacité à devenir « mère » ne se mesure pas d’abord à son nombre de membres, mais à sa fidélité à l’évangile et à la qualité de la vie chrétienne qu’elle cultive. Une Église mature se reconnaît notamment :
- à la capacité de ses membres à vivre et à exprimer leur foi : rendre témoignage avec simplicité et enthousiasme, connaître les éléments essentiels de la foi chrétienne, et être en mesure d’en donner une explication accessible et fidèle.
- une vie spirituelle réelle, marquée par le désir de plaire à Dieu, l’écoute de sa Parole et une pratique de la repentance ;
- une vie communautaire incarnée, où la communion, l’hospitalité et le soin des personnes sont effectivement vécus ;
- une dynamique de service, où chaque membre est engagé et où des responsables sont identifiés et formés ;
- une orientation missionnelle, se traduisant par l’accueil de nouvelles personnes et la capacité à engendrer de nouvelles communautés.
Dans cette perspective, la capacité à se reproduire apparaît comme un signe de maturité ecclésiale.
Ainsi, chaque Église est appelée soit à entrer dans une dynamique d’essaimage, soit à se mettre en chemin pour le devenir. Les Églises qui ne se reconnaissent pas encore prêtes à s’engager dans une telle dynamique sont encouragées à s’y préparer intentionnellement, en travaillant à leur croissance spirituelle, à la formation de responsables et au développement d’une vision missionnelle.
Si nous attendons que nos églises soient « parfaites », avec au moins 80 personnes au culte et des finances largement supérieurs à nos propres besoins, nous risquons de ne jamais oser entrer dans cette dynamique.
A l’inverse, nous croyons que chaque église locale peut un jour devenir une église-mère.
- Cela suppose de travailler à l’établissement, la formation et la reconnaissance d’anciens et de diacres selon le modèle biblique, et donc au discernement des dons spirituels.
- Cela implique aussi de veiller à une grande fidélité dans la Parole prêchée, à un soin attentif des brebis du troupeau, à une communion fraternelle riche, et à se saisir tout à nouveau de l’appel du Christ à « faire de toutes les nations des disciples ».
- Mais avant tout, cela suppose d’en faire un sujet de repentance et de prière prioritaire mais aussi régulier. Prier pour que Dieu nous montre le projet qu’Il a pour notre communauté, prier pour les âmes de ceux qui ne le connaissent pas encore, prier pour que Dieu nous donne des occasions de rencontre et de partage, …
- La prière se trouve en amont de tout projet, mais aussi pendant et après.
Nous croyons que Dieu nous appelle à cela, mais nous confessons aussi notre peur à nous lancer dans une telle dynamique. Voilà pourquoi c’est ensemble que nous voulons entrer dans Son plan.
Ce concept d’Église mère peut aussi se vivre en secteur. Le secteur réunissant plusieurs Églises en bonne santé et désireuses d’implanter dans un projet commun serait alors le « parent » de la nouvelle implantation. Cela offre l’opportunité d’une plus grande disponibilité humaine sans pour autant affaiblir l’Église de départ, ainsi qu’une plus grande facilité à assumer les coûts d’un tel projet. Enfin, l’équipe porteuse du projet est liée dans la prière autour d’un même objectif.
Les objectifs que nous voudrions poursuivre sont :
- Que chaque église locale poursuive le travail sur les dons spirituels et sur les ministères et que chacune ait, d’ici 2028, un conseil d’église comprenant des anciens et des diacres reconnus et formés.
- Que chaque église locale veille à ce que les membres soient formés pour rendre compte de leur foi avec clarté, simplicité et conviction.
- Que chaque église locale se donne comme sujet de prière de partager l’Évangile à ceux qui ne le connaissent pas, cherchant par l’Esprit la forme qu’il conviendra de donner à cette mission dans son contexte particulier.
- Que chaque église locale développe une mentalité de témoignage, d’évangélisation, de multiplication et que chacune puisse mettre en place, d’ici 2028, un projet à long terme dans ce sens.
3- Stratégie opérationnelle
3.1. Faire de l’essaimage le mode principal de multiplication
L’essaimage consiste à faire émerger de nouveaux noyaux à partir d’Églises existantes, selon des formes simples, souples et adaptées aux contextes locaux.
Le nouveau noyau peut naître :
- d’un groupe de maison particulièrement ouvert sur l’extérieur et orienté vers l’accueil et le témoignage de l’Évangile ;
- d’un groupe de chrétiens présents sur une zone géographique donnée (quartier, ville ou zone peu ou pas atteinte) qui choisit de se rattacher à une Église locale ;
- de l’envoi volontaire d’un petit groupe de personnes pour initier une nouvelle dynamique avec le soutien de l’Église d’origine ;
- ou encore d’une implantation progressive, sans structure lourde initiale, qui se développe au fil des besoins à partir d’un groupe existant.
Dans cette perspective, chaque Église est appelée à s’interroger sur son potentiel d’essaimage, en tenant compte de son contexte et de son niveau de maturité.
3.2. Mettre en place un parcours unifié de multiplication
Afin d’accompagner concrètement cette dynamique, un parcours commun est proposé à l’ensemble des Églises de l’Union. Il ne s’agit pas de rigidifier les initiatives, mais de fournir un chemin commun qui facilite l’engagement, encourage la progression, et garantit l’unité dans la diversité des contextes. Ce parcours n’est pas d’abord un cadre administratif, mais un outil au service d’une dynamique spirituelle et missionnelle.
Un parcours en plusieurs étapes15 (Voir annexe 1)
- Phase de discernement d’une Église-mère
- Phase de constitution d’un noyau missionnel
- Phase de mission exploratoire reconnue
- Phase de mise en place d’un poste d’implantation (si nécessaire)
- Affiliation progressive à l’Union
Ce parcours de multiplication s’articule entre responsabilité locale et cohérence d’ensemble : Il repose sur une conviction forte : la dynamique missionnelle naît d’abord des Églises locales, qui discernent, envoient et portent les projets.
L’Union intervient pour reconnaître, accompagner, soutenir et garantir la cohérence d’ensemble.
Ainsi, la liberté et la responsabilité des Églises sont pleinement respectées, tout en étant inscrites dans un cadre commun qui favorise l’unité, la fidélité confessionnelle et la solidité des projets.
3.3. Construire un chemin pour former de nouveaux responsables
Le développement de responsables constitue une priorité pour soutenir une dynamique de multiplication. Il s’agit d’identifier, de former et d’accompagner des personnes à différents niveaux de responsabilité : animateurs de groupes missionnels, anciens et futurs anciens, diacres, responsables opérationnels et implanteurs potentiels.
Pour aller concrètement dans ce sens, un fascicule simple et immédiatement accessible aux conseils presbytéraux pourrait être élaboré. Il présenterait de manière synthétique la nature des ministères d’ancien et de diacre, ainsi que leurs responsabilités respectives, afin d’aider les conseils presbytéraux à discerner les personnes à appeler lors des élections et permettre aux candidats de mieux comprendre cet engagement.
Des éléments existent déjà (textes de référence, formations, pratiques locales), mais ils restent dispersés et inégalement accessibles. Ce fascicule en proposerait une synthèse claire et directement utilisable.
Il ne serait pas là pour se substituer à une formation plus complète, mais à en constituer une première étape, au service du discernement et de la mise en place des ministères dans les Églises locales.
Un travail global d’élaboration de parcours de formation commun est également à développer, intégrant à la fois des dimensions théologiques (théologie, ecclésiologie), missionnelles (évangélisation, conduite de groupe), et pratiques (gouvernement d’Église, gestion administrative et financière).
Ce travail pourra s’appuyer sur l’expérience de partenaires déjà engagés dans ce domaine, afin de bénéficier de ressources éprouvées et adaptées.
3.4. Adapter les modèles de financement
L’engagement financier de l’Église-mère
Dans une logique d’engagement missionnel, il est souhaitable que l’Église-mère participe, selon ses capacités, au financement du projet qu’elle porte (soutien financier, ressources, engagement de membres).
Cette participation :
- manifeste son implication concrète,
- favorise l’appropriation du projet,
- limite les logiques de dépendance.
Adapté à la réalité des Églises, l’engagement financier ne constitue pas un frein, mais participe à une progression vers l’autonomie financière du projet.
Un projet d’essaimage peut être porté, lorsque cela est possible, en collaboration avec plusieurs Églises du secteur (soutien fraternel, mutualisation).
Le financement de l’Union : trois niveaux de soutien :
Micro-financement — pour les débuts
Petites aides pour lancer des initiatives (groupes, présence locale, mission exploratoire), afin de démarrer sans lourdeur et encourager l’initiative.
Financement intermédiaire — pour les projets en structuration
Soutien plus important pour des projets déjà engagés, afin d’aider à leur structuration sans créer de dépendance.
Financement renforcé — pour les projets stratégiques
Soutien significatif pour des projets avancés nécessitant des moyens importants (poste, implantation dans une zone prioritaire), afin d’établir durablement une Église.
Les ressources financières déjà mobilisées par l’Union dans le cadre des propositions d’actions synodales pourraient être en partie réorientées pour soutenir les niveaux de micro-financement et de financement intermédiaire. Pour les projets nécessitant un financement renforcé, un fond dédié pourrait être prévu dans le budget afin d’en assurer le soutien de manière ciblée et durable. Ce soutien pourra, le cas échéant, être complété par des partenaires extérieurs, qui pourraient être mobilisés en cohérence avec la vision et les priorités de l’Union.
3.5. Renforcer les dynamiques de secteur
Afin de favoriser la durabilité des projets et la communion entre les Églises, il est souhaitable que les initiatives d’essaimage et d’implantation s’inscrivent, autant que possible, dans une dynamique de secteur.
Cette dynamique permet de ne pas isoler les projets, mais de les inscrire dans une logique de collaboration fraternelle et de soutien mutuel. Elle peut se traduire concrètement par :
- des temps de prière communs,
- un accompagnement fraternel régulier,
- une mutualisation des ressources humaines et matérielles,
- des visites et des temps d’encouragement,
- un soutien actif aux responsables engagés dans le projet.
Cette dynamique offre plusieurs bénéfices :
- une plus grande disponibilité de personnes engagées,
- une capacité financière élargie,
- un soutien spirituel et fraternel renforcé,
- une équipe porteuse unie dans la prière et dans l’objectif commun.
3.6. Clarifier le rôle de l’UNEPREF
Dans cette stratégie, l’Union se positionne comme garante de la fidélité confessionnelle, validatrice des étapes clés, organisatrice de l’accompagnement, et facilitatrice de la communion entre les Églises.
Elle apporte également un soutien renforcé à certains projets stratégiques, c’est-à-dire à ceux qui s’inscrivent dans la dynamique d’implantation discernée par ses instances.
L’Union n’a pas vocation à être l’initiatrice première des projets, mais à soutenir, structurer et accompagner les initiatives portées par les Églises locales.
Conclusion
Au terme de ce travail, il apparaît clairement que la question de l’implantation d’Églises ne peut être dissociée de celle de la santé et de la maturité de nos communautés.
La problématique posée était la suivante : comment, malgré notre faiblesse numérique et financière, mais confiants dans l’action de l’Esprit et la présence du Christ, pouvons-nous implanter aujourd’hui des Églises réformées évangéliques dans le contexte séculier français ?
- Commission Générale d’Évangélisation ↩︎
- Evangelical Presbyterian Church ↩︎
- https://www.foietviereformees.org/planter-eglises-modele-de-croissance-eglise-dressee/ ↩︎
- Mat.26,19. ↩︎
- Mat.5,14. ↩︎
- Mat.5,13. ↩︎
- 1 Co.1,17. ↩︎
- Mat. 26,19. ↩︎
- Marc 16,15. ↩︎
- Actes 14,23. ↩︎
- 1 Co.1,9. ↩︎
- Mat.16,18. ↩︎
- 1 Co.12,13. ↩︎
- « C’est par la présence de croyants nés de nouveau, fonctionnant localement comme un corps (en Christ), que l’Évangile devient ordinairement visible et compréhensible. » « Les récents efforts d’évangélisation en France démontrent selon nous que la meilleure méthode de développement pérenne du protestantisme évangélique est probablement l’implantation de nouvelles Églises. » (Extraits de la présentation par le CNEF de l’objectif une Église pour 10 000 habitants.) ↩︎
- Ce parcours concerne la dynamique d’essaimage à partir de l’église locale.
Pour les parcours concernant les affiliations des postes d’implantation ouverts par le synode, les affiliations et associations des églises extérieures, se référer à l’annexe 2. ↩︎



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