Comment tenir nos engagements sur la durée, intervention à la convention chrétienne des Cévennes, Hébreux 10,19-25

Cette intervention est la dernière donnée lors de la convention chrétienne des Cévennes de 2026, sur le thème: prends courage, il t’appelle!

Nous avons vu jusqu’ici que Dieu nous appelle à une vocation extraordinaire, mais qu’on a souvent peur de vivre cet appel. C’est pourquoi Dieu nous appelle à prendre courage parce qu’il est là avec nous sur le chemin, parce qu’il nous a précédé sur le chemin et qu’il a déjà vaincu le monde. Dieu veut qu’il y ait une génération qui se lève et qui aie du courage pour vivre sa foi chrétienne et la proclamer à notre monde qui en a tant besoin. Seulement, quand on vit des moments forts comme ceux-là, que ce soit dans des colonies, dans des camps, dans des conventions, dans des festivals de louanges dans des retraites spirituelles, dans des moments à part, dans des temps de service à l’étranger ou en France, souvent on arrive à garder nos résolutions et nos engagements pendant un mois ou deux, maximum sans réussir à aller plus loin. On a ce désir de faire des grandes choses et du coup on va à toutes les grandes rencontres possibles, on veut que le culte soit entrainant et nous porte jusqu’au ciel mais on finit toujours par lâcher ou à désespérer. Alors, la grande question est la suivante : comment faire pour que nos engagements restent sur la durée ? Comment faire pour que notre coeur soit tout entier attaché à Jésus-Christ ? Le texte que l’on va lire nous parle de cela et nous donne une réponse toute simple : on arrive à tenir dans la durée grâce à la redevabilité dans l’Église. Je vous invite donc à lire ce texte si important.

« Ainsi donc, frères, puisque nous avons, au moyen du sang de Jésus, une libre entrée dans le sanctuaire par la route nouvelle et vivante qu’il a inaugurée pour nous au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair, et puisque nous avons un souverain sacrificateur établi sur la maison de Dieu, approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs purifiés d’une mauvaise conscience, et le corps lavé d’une eau pure. Retenons fermement la profession de notre espérance, car celui qui a fait la promesse est fidèle. Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à la charité et aux bonnes œuvres. N’abandonnons pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns; mais exhortons-nous réciproquement, et cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le jour. » (Hébreux 10,19-25)

  1. La vie d’Église

Vous voyez à quel point tout se rejoint bien : durant cette convention, tout ce qu’on a dit se résume dans ces quelques versets. Dieu nous appelle à prendre courage parce qu’en Jésus il a inauguré la route au paradis, parce qu’il nous a lavé de nos péchés. Parce que Jésus est mort sur la croix pour nous et parce qu’il est ressuscité, on peut maintenant s’approcher de Dieu avec une conscience qui a été purifiée et lavée. Peut-être que ce week-end vous avez reçu ce don de Dieu et peut-être qu’avec tout ce qui a été dit ici, nous nous sommes engagés ce week-end à nous approcher de Dieu, peut-être que vous avez décidé de vous faire baptiser (laver d’une eau pure) ou peut-être que vous avez été baptisés et que vous voulez vivre pleinement la signification de ce baptême et donc que vous avez à nouveau choisi de retenir fermement la profession de votre espérance. Comme Stéphane et William l’ont rappelé ce matin, la foi est un trésor qu’il nous faut chérir et partager autour de nous. N’oublions jamais cela ! Mais peut-être que vous avez déjà pris des engagements devant Dieu très régulièrement mais que vous n’avez pas réussi à les tenir. Les versets suivants nous montrent comment est-ce qu’on peut vivre tout ce qu’on a dit sur le long terme : « Veillons les uns sur les autres pour nous inciter à l’amour et auxœuvres bonnes. N’abandonnons pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns, mais exhortons-nous mutuellement et cela d’autant plus que vous voyez le jour s’approcher » (v. 24-25). D’une certaine manière, ce que ce passage nous dit est très simple : si vous voulez tenir bon dans votre foi, il faut aller à l’Église et y trouver sa place. Et c’est particulièrement frappant parce que l’auteur de cette lettre écrit à une Église qui vivait une certaine forme de persécution et où beaucoup de chrétiens étaient tentés d’abandonner leur foi chrétienne et revenir à la foi juive qu’ilsavaient avant pour éviter la persécution. 

En méditant ce texte, ça m’a vraiment frappé de voir à quel point à notre époque on a une vision de l’Église qui a tellement changé ! Parce que, pour l’auteur de l’épitre aux Hébreux l’Église est un non-négociable. Et quand on parle de l’Église on ne parle pas simplement « d’aller à l’Église » mais de vivre une vie spirituelle commune. Je n’avais jamais remarqué que les versets 19 à 23 sont au pluriel ! On lit souvent ces versets de manière individuelle en se disant : « je peux maintenant m’approcher du trône de Dieu et confesser la foi » mais en fait dans ces versets ici, l’auteur fait référence à un moment de culte où on est tous ensemble, en tant qu’Église, à adorer Dieu et à proclamer la foi que nous avons en lui. Il dit que Jésus a appelé et sauvé un peuple dont il m’en a fait membre. Et souvent on peut s’en arrêter là et on s’imagine les moments forts de notre vie où l’on a eu l’impression d’avoir été transportés au ciel (alors que ce n’est pas tout à fait ça que le texte dit).

  1. Veiller les uns sur les autres

Comme je l’ai dit au début, on veut vivre des moments forts qui nous font vivre des extases spirituels mais dès que l’on n’a plus ces moments riches en émotions, on se décourage. C’est pour cela que l’auteur de la lettre va beaucoup plus loin. Il veut que l’on veille les uns sur les autres (v. 24) et qu’on s’exhorte mutuellement (v. 25). J’aimerais vraiment qu’on prenne le temps de réfléchir à ce que ça implique concrètement parce que c’est là qu’on entre vraiment dans le concept de redevabilité mais aussi parce que je pense que ça remet en question notre compréhension de l’Église moderne. Pour l’auteur de cette lettre de la Bible, l’Église c’est un lieu où on est responsables de la foi des autres dans l’Église. Peu importe depuis quand je me suis converti, si je suis pasteur ou pas, si je suis un enfant ou une personne âgée : j’ai la responsabilité de veiller sur la foi de mes frères et sœurs en Christ. Mais l’inverse est aussi vrai : n’importe quel frère ou sœur a la responsabilité de veiller sur ma foi. Qu’est-ce que ça signifie concrètement ? On est appelé à « inciter » à l’amour et aux bonnes œuvres, ou plus littéralement en grec à « provoquer » à l’amour et aux bonnes œuvres. C’est-à-dire que l’on doit faire tout notre possible pour que les personnes qui nous entourent dans l’Église vivent une éthique qui est en accord avec la foi, avec ce que Jésus et la Bible toute entière nous demande de vivre. On est appelé à aider nos frères et sœurs dans la foi à aimer et à pardonner, à prendre soin des autres, à lâcher nos péchés et à avancer dans la sainteté. Mais comment faire ça ? Notre passage nous dit que c’est tout simplement en s’exhortant mutuellement (v. 25). Ce qu’il faut savoir c’est que le mot « exhorter » en grec est assez différent du mot français et qu’il renvoie à beaucoup de notions différentes et peut-être que vos différentes traductions de la Bible le reflètent. Dans certaines traductions le mot qui est employé c’est « encourager » dans d’autres c’est « exhorter ». En fait ce mot grec veut dire à la fois encourager, consoler, reprendre et exhorter. Donc, si je récapitule depuis le début : comment est-ce qu’on peut veiller les uns sur les autres ? En s’incitant les uns les autres à l’amour et aux œuvres bonnes. Mais comment est-ce qu’on fait pour s’inciter les uns les autres à l’amour et aux œuvres bonnes ? En s’encourageant les uns les autres à continuer à marcher dans la foi, en se reprenant les uns les autres lorsqu’on s’éloigne de Dieu, en se consolant les uns les autres dans les moments difficiles et en s’exhortant les uns les autres, c’est-à-dire en se rappelant les uns aux autres ce que Dieu nous appelle à vivre. Vous imaginez une communauté où cela se vit réellement pleinement ? La lettre aux Hébreux nous dit que c’est tellement puissant que ça permet de tenir même dans les persécutions.

Vous savez, les braises toutes seules elle se refroidissent très rapidement. Les manchots, lorsqu’ils ne sont pas en groupe, meurent par les tempêtes de neige.

Alors cet après-midi de fin de convention, j’aimerais qu’on se pose cette question : Qui est-ce qui veille sur vos âmes ? Qui a cette responsabilité et envers qui avez-vous la responsabilité de soutenir la foi, l’amour et la piété ?Parce que vous voyez, les conventions, les colonies, les festivals c’est extraordinaire mais on peut facilement passer inaperçu ou cacher notre péché. Personne ne va regarder votre vie privée et les tréfonds de votre coeur. C’est pareil avec toutes les ressources ou les prédications que l’on trouve sur internet ou dans des livres. Un des dangers avec les livres ou les vidéos tiktok (ou autre) c’est que l’on va toujours finir par regarder le même type de ressources, entendre des personnes qui n’ont pas forcément la responsabilité de nous reprendre quand on s’égare. En particulier avec internet, l’algorithme nous conduit à écouter, regarder ou lire que les choses qui nous plaisent et qui nous confirment dans notre pensée et notre compréhension des choses. Et même si à ces moments-là, peut-être on se confie à quelqu’un en ligne ou en présentiel, qui est-ce qui va continuer à nous exhorter sur la durée ? Qui peut voir votre vie réelle au quotidien et vous encourager ? Ce passage nous dit que c’est l’Église qui est appelée à faire cela. En disant ça, je ne dis pas que les conventions ou écouter des prédications sur internet c’est mauvais (sinon je ne serais pas là) mais que l’on ne peut pas se contenter de ça. Alors, si vous n’allez pas à l’Église, allez à l’Église ! Et je m’adresse en particulier aux jeunes où parfois on se contente de ce qu’on trouve sur internet, parce que les cultes dans les Églises des Cévennes ne sont pas toujours entraînants. Mais on ne doit pas rechercher uniquement ce qui est exaltant, on veut persévérer, grandir et tenir sur la durée. Alors, même si les Églises ne nous accueillent pas toujours très bien, persévérons, parce qu’on sait à quel point c’est important. Mais j’aimerais aussi m’adresser aux personnes plus âgées ou celles qui sont déjà plus régulières au culte : créez cette atmosphère où l’on veille sur la vie spirituelle des uns et des autres. Où les jeunes savent que vous allez les exhorter pour aller de l’avant et où ils savent qu’ils peuvent aussi vous reprendre lorsque vous perdez du zèle. On dit souvent dans les Églises que l’on veut des jeunes mais est-ce qu’on est prêts à vivre cela ? Les jeunes ne vont pas vouloir venir dans les Églises s’ils n’y voient pas un engagement concret et profond. Peut-être que ça peut commencer en faisant des groupes de croissance à deux ou trois personnes où chaque semaine on se demande les uns aux autres quelques questions personnelles comme :

  • Comment Dieu s’est-il manifesté dans ta vie cette semaine ?
  • Qu’est-il en train de t’enseigner ?
  • Comment réponds-tu à son encouragement ?
  • As-tu un péché à confesser (voir Jc 5.16) ?

Je fais un groupe de croissance depuis 6 ans, et je peux vous dire que ça en vaut vraiment la peine.

  1. Faisons cela d’autant plus que l’on voit venir le jour !

Il y a un dernier point que j’aimerais souligner sur ce passage : c’est qu’on est appelés à vivre cette redevabilité dans l’Église et cela d’autant plus que l’on voit venir le jour du retour du Christ s’approcher (v. 25). Cette précision est intéressante, n’est-ce pas ? Plus on avance dans le temps et plus le combat spirituel va s’intensifier. Parce que notre Seigneur Jésus nous a averti que dans les derniers temps, avant son retour, il y aura des épreuves et des tribulations. Et du coup, plus on avance dans le temps et plus ce sera important de s’accrocher à l’Église qui est le corps de Christ, qu’il a choisi pour le représenter sur terre. Alors, peut-être que ce que j’ai dit ici nous met au défi et nous remet beaucoup en question, mais j’aimerais terminer sur une note un peu plus positive. L’Église n’a pas toujours réussi à vivre ce passage et je crois qu’on a encore beaucoup de choses à apprendre mais qu’est-ce qui est dit dans ce passage ? C’est que « celui qui a fait la promesse est fidèle ». En travaillant cette conférence, je me suis beaucoup demandé : « de quelle promesse s’agit-il en particulier » ? Et il se trouve que l’on retrouve exactement la même expression au chapitre 11 et au chapitre 6. Je vous lis ce passage :

« Lorsque Dieu fit la promesse à Abraham, ne pouvant jurer par un plus grand que lui, il jura par lui-même, et dit: Certainement je te bénirai et je multiplierai ta postérité. Et c’est ainsi qu’Abraham, ayant persévéré, obtint l’effet de la promesse. Or les hommes jurent par celui qui est plus grand qu’eux, et le serment est une garantie qui met fin à tous leurs différends. C’est pourquoi Dieu, voulant montrer avec plus d’évidence aux héritiers de la promesse l’immutabilité de sa résolution, intervint par un serment, afin que, par deux choses immuables, dans lesquelles il est impossible que Dieu mente, nous trouvions un puissant encouragement, nous dont le seul refuge a été de saisir l’espérance qui nous était proposée. Cette espérance, nous la possédons comme une ancre de l’âme, sûre et solide; elle pénètre au delà du voile, là où Jésus est entré pour nous comme précurseur, ayant été fait souverain sacrificateur pour toujours, selon l’ordre de Melchisédek » (Héb 6,13-20). 

Qu’est-ce que ça implique ? Tout simplement que Dieu a promis de faire grandir son Église et de la bénir pour qu’elle bénisse à son tour les nations. C’est vrai, l’Église n’a pas toujours été le modèle qu’on voudrait qu’elle soit. Peut-être que l’Église la plus proche de nous ne vit pas tout ce qu’on a lu et que ça nous pèse. Mais rappelons-nous que malgré tous les péchés de l’Église et tous ses égarements, Dieu la garde et les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur elles. Qu’importe les difficultés que l’on traverse en assemblée ou les égarements, Dieu qui a fait la promesse de protéger son Église, de la bénir et de la faire fructifier est fidèle. Il la mènera à sa plénitude. En disant ça, je ne veux pas dire qu’il n’y a pas de raison légitime de quitter une Église (le fait qu’elle ne prêche pas l’Évangile, le fait que Dieu nous appelle ailleurs, etc) mais je voudrais qu’on aie un regard différent sur l’Église. Le livre « Être membre d’une Église locale » peut vous aider à entrer dans cette démarche. L’Église est ce que Jésus a choisi pour le représenter sur terre. Elle est le corps du Christ et ça veut dire que Christ y est présent d’une manière toute particulière, qu’il y fait son œuvre et qu’il l’amène à sa plénitude.

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