Qui donc peut être diacre ?

Cette article s’insère dans une série d’articles de Charles Nicolas sur le ministère de pasteur, d’ancien et de diacre. N’hésitez pas à les consulter pour avoir une vision plus complète de ces différents ministères

Ces notes ont été préparées de telle sorte que tous les membres de l’Eglise puissent les lire et les méditer, même si elles concernent plus directement ceux ou celles qui sont appelés pour le ministère de diacre.

Elles devraient d’abord faire l’objet d’une lecture personnelle, Bible en main. Ensuite, il sera utile de reprendre chacun de ces points avec le pasteur et/ou en groupe.

Désirer servir le Seigneur et l’Eglise est une bonne disposition (1 Tm 3.1) ; cependant aucun engagement ne devrait être pris avec précipitation (1 Tm 5.22). Au sujet des diacres, Paul écrit : Qu’on les éprouve d’abord (1 Tm 3.10). La décision qui sera prise sera tout à la fois personnelle et collégiale.

Tout service légitime suscite en même temps de la crainte et de la joie.

1. Servir au nom de Jésus

Quand Jésus dit qu’il est venu non pour être servi mais pour servir (Mt 20.28), il utilise le verbe diakonéô. Quand Pierre écrit que chacun doit mettre au service des autres le don qu’il a reçu (1 Pi 4.10), il utilise le même verbe.

Nous appelons diaconie l’ensemble de ces services, visibles ou discrets, accomplis dans l’Eglise par l’ensemble de ses membres, sous l’inspiration de la grâce et la direction du Saint-Esprit. On peut dire que chacun de ces services, ponctuel ou régulier, est accompli au nom de Jésus-Christ (Co 3.17), c’est-à-dire de sa part et avec la ressource qu’il accorde. C’est comme cela que s’édifie l’Eglise en tant que corps de Christ (Ro 12.12-13 ; Ep 4.16 ; 2 Co 9.12 ).

Nous appelons diaconat le service des diacres. Mais si tous sont appelés à servir, pourquoi y a-t-il des diacres ? Le principe de tout ministère n’est pas d’agir à la place des membres de l’Eglise, mais pour eux et avec eux. Ainsi, pasteurs et anciens développent la dimension du soin pastoral parmi tous les membres ; et l’évangéliste développe le désir d’annoncer l’Evangile parmi tous les membres. Les ministères fécondent l’Eglise, comme Jésus le ferait en étant là.

Il en est de même avec les diacres : ils inspirent, développent et organisent l’esprit de service au sein de l’église par leur manière d’être et d’agir.

Il est courant d’entendre que le service des diacres serait moins spirituel que celui des anciens. Cela n’est pas juste. En vue de nommer des diacres dans l’église de Jérusalem, Pierre demande qu’on choisisse des hommes de qui on rende un bon témoignage, qui soient pleins d’Esprit-Saint et de sagesse (Ac 6.3). Une fois choisis, ces hommes ont reçu l’imposition des mains, c’est-à-dire une délégation, un envoi en mission (Ac 6.6).

2. Veiller sur soi-même et sur sa maison

1. La notion dynamique de modèle

Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-même de Christ (1 Co 11.1).

Les diacres, comme les anciens, édifient d’abord l’Eglise par la manière avec laquelle ils servent. Cette manière porte la marque de leur amour pour le Seigneur et pour son Eglise, c’est-à-dire pour les frères et sœurs chrétiens.

Il manque sans doute d’enseignants dans les Eglises ; il manque surtout des modèles.

Etre un modèle peut faire peur, mais peut aussi faire envie.

Etre un modèle est généralement contagieux (Ph 3.17).

Etre un modèle n’est pas principalement une question d’âge (1 Tm 4.12).

La parabole de la poutre et de la paille (Mt 7.3-5) rappelle la nécessité de commencer par soi-même. C’est un passage obligé. Celui qui veille sur lui-même est en mesure d’aider les autres quand cela est nécessaire. Alors tu verras comment ôter la paille…

2. Le caractère et le comportement

Les indications que Paul donne sur le comportement des diacres sont assez semblables à celles qui concernent les anciens : ils doivent être honnêtes (sérieux), sans duplicité (fiables), sobres (maîtres de leurs désirs), sans recherche d’intérêt personnel (désintéressés). Cela est-il important ? La réponse est oui, pour eux et pour ceux qui seront au bénéfice de leurs services.

La seule différence notable concerne l’aptitude à enseigner. Elle n’est pas requise. Par contre Paul écrit que les diacres doivent conserver le mystère de la foi dans une conscience pure (1 Tm 3.9). Cela signifie qu’ils doivent avoir une connaissance intime du sens de l’Evangile et en être profondément marqués dans leur manière d’être et d’agir.

3. La maison

Ces qualités spirituelles sont-elles suffisantes pour être diacre ? La réponse est non. Il y a aussi la gestion de la maison et la maturité quant à l’esprit de service et la gestion des équipes engagées dans un service.

Comme pour les anciens, Paul évoque en termes précis la gestion de la maison : vie conjugale et éducation des enfants (si le diacre est marié), hospitalité, argent, loisirs, etc. Pourquoi cela ? Parce que l’église locale est le prolongement des maisons. Bien diriger sa maison1, c’est démontrer une aptitude à gérer l’ordre des priorités, à user tout à la fois de douceur, de patience et de fermeté. Cela sera également nécessaire pour assurer des responsabilités dans la maison de Dieu (1 Tm 3.15).

3. Le ministère des diacres

Les diacres sont associés aux anciens (Ph 1.1 ; 1 Tm 3.1-13). On a parfois dit qu’ils étaient les assistants des anciens. En un sens, l’objectif de leurs missions est le même : favoriser l’unité et le développement de l’église locale.

1. Assister les anciens

Dans son livre Les Diacres, qu’en dit la Bible ?2 Alexander Strauch écrit qu’ils aident les anciens à prendre soin de l’Eglise. Le récit d’Actes 6 est généralement utilisé pour illustrer cette vocation à la fois large et précise. L’Eglise de Jérusalem a beaucoup grandi et continue de grandir (Ac 2.41 ; 6.1). Les apôtres sont présents et enseignent ces chrétiens de fraîche date (Ac 2.42). Est-ce nécessaire ? Oui. Est-ce suffisant ? Non. L’église n’est pas qu’une école.

Une difficulté est apparue au cœur de cette grande Eglise : les veuves d’origine grecque ont estimé être moins bien traitées que les veuves d’origine juive. Un détail ? Non, une potentielle rupture d’unité, de communion, de témoignage, de croissance (Ac 6.1). C’est la raison pour laquelle les apôtres, pour ne pas délaisser leur ministère propre (Ac 6.2,4), ordonnent de choisir sept diacres qui s’occuperont de cette situation.

Les diacres apparaissent bien comme les assistants des anciens : ils les déchargent pour que ceux-ci puissent poursuivre leur engagement propre qui ne peut être ajourné.

2. Deux ministères complémentaires

La situation que les diacres ont prise en charge était-elle logistique ou relationnelle ? L’expression ‘service des tables’ (Ac 6.2) permet de répondre : les deux. Il y avait bien un problème relationnel puisqu’une dissension était en train de naître ; il y avait aussi un problème de logistique car il s’agissait de gérer la prise en charge des veuves dans cette Eglise (pas seulement installer des tables, mais gérer l’assistance destinée aux veuves qui pouvaient être nombreuses, et cela dans la durée).

La tâche des anciens (parmi lesquels se trouvaient les apôtres) est constante : il s’agit de veiller à la fidélité de l’enseignement et à l’application pratique de cet enseignement pour tous les fidèles, dans tous les domaines de la vie. Le but est la croissance.

La tâche des diacres est pragmatique : il s’agit de répondre aux besoins qui surviennent, de telle sorte que la croissance ne soit pas remise en cause. Cet engagement des diacres se développe selon deux axes distincts :

  • le soutien logistique
  • le soutien des membres vulnérables.

3. Deux domaines de service distincts

a. Le soutien des membres vulnérables. C’était le cas avec les veuves de l’Eglise de Jérusalem. L’Eglise a la faiblesse de ses membres les plus faibles, exactement comme dans notre corps. Or, si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui (1 Co 12.26). Avec la souffrance, en effet, viennent le découragement, l’incrédulité, les murmures, les critiques, les doutes… Il est normal, il est nécessaire qu’une veille particulière soit mise en œuvre à ce niveau.

Présentement, je vais à Jérusalem pour le service des saints, écrit Paul. Pour les enseigner ? Non, pour apporter une contribution en faveur des pauvres parmi les saints (Ro 15.25-26). Il écrit encore : Persévérez dans la prière. Pourvoyez aux besoins des saints (Ro 12.12-13). Ce n’est pas de l’humanitaire ou du social3 : c’est préserver la communion, la santé spirituelle, le témoignage et la croissance de l’Eglise.

Une expression résume cela : l’assistance destinée aux saints (2 Co 9.1). Le secours de cette assistance, ajoute Paul, non seulement pourvoit aux besoins des saints, mais il est encore une source abondante de nombreuses actions de grâce envers Dieu (2 Co 9.12).

Notre Discipline mentionne 4 catégories de personnes vulnérables : les membres âgés, les membres malades, les membres isolés et les membres démunis (art. 44). Ces personnes existent dans toutes les Eglises. Comment sont-elles accompagnées ? Ce n’est pas facultatif.

Les anciens ne délaissent pas ces personnes (Jc 5.13-15), mais elles n’ont pas seulement besoin d’être enseignées et exhortées. Souvent leur situation nécessite un soutien adapté, régulier, organisé dans la durée. Cela relève du ministère des diacres.

Les diacres n’assurent pas seuls ce soutien : ils veillent à ce qu’il se mette en place, qu’il soit de qualité et qu’il tienne dans la durée si nécessaire. Une partie de leur tâche est donc de susciter chez tous dans l’église le désir de servir le Seigneur4 en servant les membres les plus faibles, et d’accompagner les équipes mises en place. Ce service, souvent discret, est de toute première importance. Ce ministère dit la maturité de l’Eglise autant que la prédication ou la louange.

Les personnes vulnérables sont parfois susceptibles, irritables, exigeantes. Les accompagner nécessite des qualités humaines et spirituelles. Les personnes qui les assisteront auront besoin d’une formation adéquate et d’être elles-mêmes accompagnées.

Enfin, si ce ministère est distinct de celui des anciens, il n’en est pas indépendant. Un appui mutuel sera souvent nécessaire.

b. Le soutien logistique. Le soutien logistique ne relève pas de la charge des anciens ; c’est l’autre domaine qui est confié aux diacres – à d’autres diacres.

L’ensemble de ces tâches peut paraître à bien des égards profane. Ce sont des obligations matérielles ou administratives, dira-t-on. L’important est que ce soit fait correctement. Correctement est bien mais n’est pas suffisant : il est important, il est nécessaire que ce soutien soit mis en œuvre dans la foi, dans un esprit de prière et de discernement, par amour pour le Seigneur et par amour pour les frères. Sinon, l’Eglise ne sera pas édifiée.

La liste des tâches qui relèvent de ce domaine ne peut pas être établie une fois pour toutes car elle peut varier selon les lieux et les moments. On peut cependant mentionner :

  • ce qui relève des démarches administratives, du secrétariat, des archives…
  • ce qui relève de la communication : lettres de nouvelles, communiqués divers, enregistrements audio et vidéo, site internet, publications…
  • ce qui relève de la comptabilité, de la trésorerie…
  • ce qui relève de l’entretien : bâtiments, matériels (réparations, nettoyage)…
  • ce qui relève de l’organisation des événements réguliers : repas, réunions…
  • ce qui relève de l’organisation des événements ponctuels : séminaire, week-end, formation…
  • …

Les diacres ne vont pas prendre eux-mêmes en charge tout ce travail : ils vont veiller à ce que cela soit fait. Pour cela, ils vont choisir des personnes compétentes qu’il faudra former et accompagner de telle sorte que personne ne soit trop chargé et en vienne à servir en soupirant.

Dans ce sens, les diacres n’ont pas seulement une compétence “technique” : ils ont une vision spirituelle de l’œuvre de Dieu, ils savent transmettre cette vision et la motivation qui va avec, ils savent discerner les dons, ils savent déléguer ; ils savent former, diriger et accompagner des équipes.

4. Reconnaissance de ministère et consécration

Les diacres et les anciens forment deux équipes rapprochées. Ils n’ont pas besoin d’être nombreux : ils vont responsabiliser, déléguer et accompagner.

Notre Discipline dit que lorsqu’un ancien ou un diacre est élu pour la première fois, le Conseil l’établit dans sa charge au cours d’une cérémonie de reconnaissance et de consécration qui se déroule selon la liturgie prévue à cet effet (art. 47 sur les ministères).

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1Noter que les femmes participent à la direction de la maison (1 Tm 5.14).

2Editions Impact, 2018)

3L’engagement humanitaire ou social n’a pas à être dénigré, mais ce n’est pas un ministère d’Eglise. En mettant ces engagements sur le même plan, beaucoup ont contribué à faire de l’Eglise “une ONG caritative” (l’expression est du Pape François).

4Mt 10.42 ; 25.40 ; Hé 6.10…

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