Cette article s’insère dans une série d’articles de Charles Nicolas sur le ministère de pasteur, d’ancien et de diacre. N’hésitez pas à les consulter pour avoir une vision plus complète de ces différents ministères
Quand Paul s’adresse à l’église de Philippe, il écrit : à tous les saints en Jésus-Christ qui sont à Philippes, aux anciens1 et aux diacres (1.1). Il est très significatif que la même lettre soit adressée ainsi à tous. Les ministères d’ancien et de diacre ne constituent en aucun cas un clergé. Ils sont d’abord des membres de l’Eglise de Jésus-Christ, comme les autres. Cependant, une charge précise leur a été confiée en rapport avec des dons et une maturité que Dieu leur a accordés pour le bien de tous.
1. Le modèle concordataire, le modèle associatif
Le contexte français. Après deux siècles de persécutions, les églises réformées en France ont connu un répit avec l’Edit de tolérance promulgué par Louis XVI en 1787 (2 ans avant la Révolution), puis avec le Concordat mis en place par Napoléon en 1801 pour les Catholiques, en 1902 pour les Protestants, en 1808 pour les Juifs.
Le Concordat. Napoléon pensait que la religion était utile pour la paix publique. Le Concordat établit une règle d’égalité. Prêtres, pasteurs et rabbins sont mis au même niveau et payés par l’Etat ; les Conseils locaux sont composés par les membres les plus imposables des églises (les notables).
Dans l’ensemble, les églises sont sorties très affaiblies de cette période2.
Le modèle associatif. La loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 a été votée dans un contexte d’assez fort anti-cléricalisme. C’est encore l’Etat qui dessine le cadre légal dans lequel les églises devront prendre place. Là encore, des références profanes vont s’inscrire dans l’organisation et la mentalité des églises, au détriment des références bibliques.
2. Le modèle christocentrique
La structure de fonctionnement de l’Eglise n’est ni monarchique ni démocratique ! Elle est christocentrique. Les Réformateurs l’ont rappelé en soulignant l’importance du sacerdoce commun des croyants, sans abolir les ministères donnés par le Seigneur pour l’équipement des saints (Ep 4.7-16). Ces deux réalités sont concordantes.
> Les ministères n’agissent pas à la place de l’Eglise : ils agissent pour elle et avec elle. C’est ainsi qu’ils la rendent participante de leur propre ministère – qui est en fait celui du Seigneur vivant. Par exemple, l’évangéliste n’évangélise pas à la place des chrétiens ; il est un modèle qui féconde l’Eglise et lui communique le désir et la possibilité d’évangéliser, chacun avec le don qu’il a reçu du Seigneur.
> Un des fruits du ministère des anciens est le ‘pastorat mutuel’ : ceux qui sont au bénéfice de leur ministère nourrissent en eux cette veine pastorale qui vient du Seigneur.
> Un des fruits que produit le ministère des diacres est la diaconie, c’est-à-dire l’esprit de service présent chez tous les membres de l’Eglise.
Le ‘pastorat mutuel’ comme la diaconie de toute l’Eglise sont les signes d’une église en bonne santé, d’une église mature. Une telle église peut accueillir dans de bonnes conditions ceux et celles que Dieu lui envoie.
Une église en bonne santé est une église dans laquelle personne n’est surchargé ; c’est aussi une église où personne ne se sent inutile. C’est là la préoccupation constante des anciens et des diacres. Ceux qui visitent une église en bonne santé sont touchés car ils voient que le message est porté par un vécu. Cela donne de l’autorité au témoignage.
Les anciens comme les diacres veillent d’abord sur eux-mêmes (Mt 7.3-5 ; Ac 20.28 ; 1 Tm 4.16) et sur leur maison (1 Tm 3.2-13). Les notions d’irréprochabilité et de modèle sont requises (Ti 1.6, 7 ; 1 Pi 5.3). Elles peuvent faire peur ; elles peuvent aussi faire envie et être vécues dans la grâce.
3. Servir selon les dons
Il ne s’agit pas de bonne volonté ou d’activisme : il s’agit d’être fidèle à l’appel que Dieu adresse à chacun en relation avec le don3 qu’il a reçu (1 Pi 4.10).
Discerner le don que Dieu nous a accordé n’est pas toujours aisé. Dans une communauté mature, cela se fait plus aisément. Paul (Ro 12.6-8) donne une illustration de ce qu’est servir selon un don.
Est-il absolument nécessaire de mettre un nom sur le don de chacun ? La réponse est non. Mais le principe demeure : personne ne devrait courir dans tous les sens, personne ne devrait se mettre à l’écart. Ce principe aide à accepter que nous ayons des appels et des engagements différents les uns des autres. Le ministère des diacres et des anciens aidera à ce discernement.
4. La dimension d’équipe
La notion d’équipe de ministères est présente tout au long de l’Ecriture. L’apôtre Paul emploie souvent le mot ‘nous‘, dans ce sens (1 Th 2.7, 11). Ce fonctionnement permet d’éviter la tentation de l’individualisme et le découragement. Il allège la charge de chacun et permet d’aller plus loin4.
Les anciens sont une ‘équipe rapprochée’ avec le ou les pasteurs.
5. Le ministère des anciens
Le ministère pastoral est confié aux anciens. Le synode reconnaît l’existence d’un ministère d’autorité ou d’ordre à qui sont confiés la direction spirituelle et le gouvernement de l’Eglise. Ce ministère est exercé collégialement par un Conseil d’anciens. C’est à ce Conseil qu’il est demandé de paître5 le troupeau du Seigneur (1 Pi 5.1-2). Cette fonction revêt à la fois un aspect didactique et épiscopal. Art. 2 de la Discipline.
* C’est un ministère d’autorité et d’ordre. Ces mots font peur car ils ont parfois donné lieu à des excès. L’autorité et l’ordre ont présidé à la création de l’univers. L’autorité et l’ordre reflètent la personne de Dieu, autant que l’amour. Ces notions ne s’opposent pas. Devenir chrétien, c’est accepter que l’autorité du Seigneur mette notre vie en ordre. Cela est vrai au niveau personnel et au niveau communautaire. Chacun (= tous) est appelé à veiller sur lui-même et sur sa maison (1 Tm 3.2-5). Cette autorité ne suppose aucun esprit de domination (1 Pi 5.3). Les anciens ont un cœur de berger.
* C’est un ministère de direction spirituelle et de gouvernement de l’Eglise. Gouverner, c’est tenir le gouvernail. On a parfois réduit la tâche pastorale à un accompagnement. Le verbe paître signifienourrir, prendre soin, mais aussi diriger6.
Ce ministère a une dimension didactique (enseigner) et épiscopale (exercer la discipline). C’est là la responsabilité principale des pasteurs et des anciens.
L’ancien doit être apte à enseigner (1 Tm 3.2). C’est la principale différence avec les diacres. Cela ne signifie pas qu’il va se consacrer à la prédication et à l’enseignement (1 Pi 5.17). Cela signifie qu’il est en mesure 1. de présenter simplement les principales doctrines de l’Ecriture à quiconque voudrait les connaître ; 2. de présenter les principales implications concrètes pour la vie chrétienne7 ; 3. de voir si l’enseignement est déséquilibré ou s’il dévie, et de réfuter les contradicteurs.
6. Les pasteurs
Les pasteurs sont des anciens qui ont une position spécifique à deux niveaux :
– de par leur formation et leur appel, ils se consacrent à l’enseignement et à la prédication
– leur ministère a une dimension supra-locale : ministère dans plusieurs églises, simultanément ou successivement, ou itinérance.
Les pasteurs ne sont ni les directeurs ni les employés de l’église locale. Ils travaillent en équipe rapprochée avec les anciens dans un esprit de soumission mutuelle.
7. Le ministère des diacres
Dans le Nouveau-Testament, les diacres sont mentionnés à côté des anciens (Ac 6.1-4 ; Ph 1.1 ; 1 Tm 3.1-13). Le récit d’Actes 6 permet de relever un objectif principal : décharger les anciens pour que ceux-ci puissent se consacrer à leur tâche propre.
Le ministère des diacres n’est pas moins spirituel ou moins important que celui des anciens (Ac 6.3 ; 1 Tm 3.9). Les anciens ont un regard sur tous les domaines de la vie de l’Eglise ; cependant, ils confient aux diacres ce qui ne relève pas de la direction pastorale. Les diacres ont un coeur de serviteur.
Le ministère des diacres peut se développer selon deux axes distincts: 1. l’organisation des tâches pratiques ; 2. l’assistance des membres les plus vulnérables de l’Eglise.
1. L’organisation des tâches pratiques : secrétariat, comptabilité, communication, gestion des bâtiments et du matériel, organisation des manifestations régulières ou ponctuelles… Ils ne sont pas seulement des exécutants, ils sont des modèles (1 Tm 3.8-13).
2. L’assistance des membres les plus vulnérables de l’Eglise (2 Co 9.1)8 : membres âgés, malades, isolés, démunis… Dans certains cas, cette assistance demandera l’engagement d’une équipe pour assurer la régularité de la présence. L’engagement de non-abandon est le reflet de la fidélité de Dieu.
> Il ne revient pas aux diacres d’assumer toutes ces tâches : il leur revient de veiller à ce qu’il soit pourvu à ces besoins, ponctuels ou réguliers, en les confiant à des membres compétents et motivés. Il leur revient de veiller à ce que ces services divers soient accomplis par amour pour le Seigneur et pour l’Eglise, dans la foi, fidèlement.
Le secours de cette assistance, non seulement pourvoit aux besoins des saints, mais il est encore une source abondante de nombreuses actions de grâce envers Dieu (2 Co 9.12).
– Le ministère des diacres est à la fois associé et distinct de celui des anciens. Avec les anciens, les diacres ont la préoccupation du rayonnement de l’Eglise et de son édification. Ils sont attentifs aux besoins du peuple de Dieu en apportant consolation et encouragement de la part du Seigneur. L’assistance matérielle ne peut être dissociée du soutien spirituel. A la différence des anciens, les diacres n’ont pas la charge de l’enseignement ni de la direction de l’Eglise (Discipline, art. 45).
– Le diacre peut être associé à tout ou partie des travaux du Conseil des anciens. Il a alors voix consultative. Les diacres se constituent en Conseil de diacres (art. 46).
Diacres et anciens constituent le Conseil de l’Eglise auquel peuvent se joindre d’autres membres ayant une responsabilité.
Ch. NICOLAS, été 2026
1Les termes presbytéros (ancien) et épiscopos (sur-veillant) désignent les mêmes personnes.
2L’influence de la philosophie des Lumières (XVIIIe s.) a donné naissance à un courant libéral (rationaliste) important dans les églises réformées. Un synode officieux, en 1872, n’a pas permis la réunification de ce courant libéral avec le courant orthodoxe (évangélique). Cette unité de n’est faite qu’en 1938, pour fonder l’actuelle EPUdF.
3Nous devons distinguer les ‘dons de grâce’ (charisma) qui correspondent chacun à une vocation régulière que Dieu confie, et les ‘manifestations de l’Esprit’ (pneumatikos) que Dieu accorde de manière ponctuelle.
4La forme de collégialité inspirée par le Concordat (XIXe s.) et par le modèle associatif (XXe s.) ne respecte pas le principe du service selon les dons, ni le principe des équipes de ministères.
5Le verbe paître a la même racine que le mot berger (pâtre).
6En 1 Timothée 3.4-5 les verbes prendre soin et diriger sont mentionnés ensemble.
7L’article 3 de la Discipline dit : Le ministère biblique d’ancien consiste à diriger l’Eglise selon la Parole de Dieu. L’ancien enseigne la doctrine évangélique, recherche l’unité du peuple de Dieu dans la vérité et veille sur la pureté du message proclamé (1 Tm 4.13, 16 ; 2 Tm 1.14 ; 3.16 ; 4.1-5). Par un ministère de prière et d’exhortation collégiale, les anciens encouragent les fidèles pour que chacun, renouvelé par l’Esprit de Dieu, vive selon la Parole de Dieu.
8Ces deux axes justifient qu’il y ait deux équipes distinctes de diacres.



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