Bonjour à tous. C’est un plaisir pour moi, avec Aglaé, d’être présents parmi vous ce matin. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je m’appelle Lucas Cobb, et avec mon épouse on sera avec vous pendant au moins une année. J’étais pasteur à Saint-Christol-les-alès et maintenant, je suis en année sabbatique, mais en étant un peu actif dans cette Église de Brouzet. Un de mes buts cette année est de redécouvrir Dieu dans la prière et de redécouvrir toute la beauté de la Parole de Dieu. Et du coup je priais pour demander à Dieu sur quel texte il voulait que je prêche pour commencer l’année académique et un des textes qui m’est venu en tête était les béatitudes. En fait, c’est le début de l’enseignement de Jésus à ces disciples. Et je me suis dit, quoi de mieux pour commencer l’année que de méditer ce par quoi Jésus a commencé son enseignement. Alors, je vous invite à ouvrir vos Bibles à l’évangile de Matthieu au chapitre 4, verset 17.
« Dès ce moment Jésus commença à prêcher, et à dire: Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. 18 Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et André, son frère, qui jetaient un filet dans la mer; car ils étaient pêcheurs. 19 Il leur dit: Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. 20 Aussitôt, ils laissèrent les filets, et le suivirent. 21 De là étant allé plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui étaient dans une barque avec Zébédée, leur père, et qui réparaient leurs filets. 22 Il les appela, et aussitôt ils laissèrent la barque et leur père, et le suivirent. 23 Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité parmi le peuple. 24 Sa renommée se répandit dans toute la Syrie, et on lui amenait tous ceux qui souffraient de maladies et de douleurs de divers genres, des démoniaques, des lunatiques, des paralytiques; et il les guérissait. 25 Une grande foule le suivit, de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, et d’au-delà du Jourdain. 5 Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne; et, après qu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui. 2 Puis, ayant ouvert la bouche, il les enseigna, et dit: 3 Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! 4 Heureux les affligés, car ils seront consolés! 5 Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre! 6 Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés! 7 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde! 8 Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu! 9 Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu! 10 Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux! 11 Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. 12 Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. » (Matthieu 4,17-5,11)
- Un peu de contexte
Pour bien comprendre le passage qu’on vient de lire, il faut s’imaginer un peu le contexte de l’époque. Pendant des centaines d’années le peuple d’Israël attendait la venue d’une personne qui allait instaurer un royaume éternel : le royaume de Dieu. Les prophéties de l’Ancien Testament affirment que dans ce royaume, il n’y aurait plus de guerre ni de souffrance, plus de maladie, plus de haine. Au lieu de ça, il y aura la paix, la présence de Dieu, la joie et l’amour. Un passage qui parle bien de ça se trouve dans Ésaïe 11,1-10.
« Puis un rameau sortira du tronc d’Isaï, Et un rejeton naîtra de ses racines. 2 L’Esprit de l’Eternel reposera sur lui: Esprit de sagesse et d’intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte de l’Eternel. 3 Il respirera la crainte de l’Eternel; Il ne jugera point sur l’apparence, Il ne prononcera point sur un ouï-dire. 4 Mais il jugera les pauvres avec équité, Et il prononcera avec droiture un jugement sur les malheureux de la terre; Il frappera la terre de sa parole comme d’une verge, Et du souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant. 5 La justice sera la ceinture de ses flancs, Et la fidélité la ceinture de ses reins. 6 Le loup habitera avec l’agneau, Et la panthère se couchera avec le chevreau; Le veau, le lionceau, et le bétail qu’on engraisse, seront ensemble, Et un petit enfant les conduira. 7 La vache et l’ourse auront un même pâturage, Leurs petits un même gîte; Et le lion, comme le bœuf, mangera de la paille. 8 Le nourrisson s’ébattra sur l’antre de la vipère, Et l’enfant sevré mettra sa main dans la caverne du basilic. 9 Il ne se fera ni tort ni dommage Sur toute ma montagne sainte; Car la terre sera remplie de la connaissance de l’Eternel, Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent. 10 En ce jour, le rejeton d’Isaï Sera là comme une bannière pour les peuples; Les nations se tourneront vers lui, Et la gloire sera sa demeure. » (Ésaïe 11,1-10)
Mais vous comprenez ? Ce passage qu’on vient de lire a été écrit 700 ans avant la venue de Jésus et depuis cette prophétie tout est allé de mal en pis en Israël. Quand est-ce donc que ce royaume promis par Dieu pourrait s’installer en Israël ? Mais tout à coup, il y a une personne qui arrive et qui commence à enseigner : « Repentez-vous car le royaume des cieux [c.à.d. de Dieu] est proche » (Mt 4,17). Le royaume de Dieu est proche. Il n’y a plus besoin d’attendre longtemps et d’ailleurs quand on regarde les miracles de Jésus, tous les Juifs se disaient : le royaume de Dieu est en train de s’instaurer. Et si on continue la lecture de notre texte on arrive au verset 3 qui nous dit : « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ». Ce que Jésus dit ici c’est que le royaume de Dieu est maintenant accessible !
Je ne sais pas si ça vous est arrivé d’être fan d’une série de livre ou d’un film et de devoir attendre des années pour avoir la suite de l’histoire. Par exemple, lorsque Bilbo le Hobbit est sorti en 1937, il a fallu attendre une vingtaine d’années pour que Tolkien écrive la suite avec le Seigneur des anneaux en 1954. Maintenant, imaginez-vous que ce soit une histoire qui s’écrive sur plusieurs générations. Et qu’on va a dit toute votre enfance que votre arrière-arrière-arrière grand-père avait annoncé qu’un jour la suite de l’histoire serait publiée. Tout à coup, vous entendez un éditeur qui dit : bientôt le dernier tome de la série va apparaître. Vous l’attendiez depuis 5 générations et maintenant il va enfin être disponible en libraire. Quelle serait votre réaction ? Peut-être que vous seriez sceptiques ? Peut-être que vous vous seriez déjà lassés de cette histoire ou peut-être qu’au contraire cette attente si longue a rendu ce livre tellement important que vous avez de grandes attentes. Vous ne voulez pas être déçus, vous voulez que le résultat vaille la peine d’avoir attendu si longtemps.
J’aimerais qu’on prenne vraiment conscience d’à quel point ce que dit Jésus est incroyable et à quel point les attentes des Israélites étaient grandes. Ce même royaume qui était annoncé dans le texte d’Ésaïe qu’on vient de lire est maintenant accessible à quiconque veut y entrer. Et qu’est-ce qui y est promis ? Dieu nous promet une vraie joie, une vraie consolation, un endroit où c’est la justice qui est vécue, où nous nous aimerons les uns les autres, en étant en paix les uns avec les autres et en voyant Dieu (Cf. Exode 34). Le monde promet beaucoup de choses différentes. Le Yoga, la richesse, les spiritualités alternatives nous disent qu’elles offrent la tout cela mais ce que Jésus promet est très différent parce qu’il nous oriente vers l’éternité : une vraie joie qui dure et une vraie paix.
- La pauvreté spirituelle
Ça vous donne envie ? Jésus nous dit comment vivre tout cela. Il dit « Heureux les pauvres en esprit, car la royaume des cieux est à eux » (v. 3). C’est-à-dire que le premier pas pour recevoir tout cela c’est d’accepter que l’on est dans le besoin spirituel, de reconnaître notre pauvreté spirituelle. Dieu ne nous demande pas d’être parfaits ni même forts ou capables de grandes choses mais plutôt de reconnaître qu’on a besoin de lui.
C’est comme lorsqu’on est malade. Si on ne reconnaît pas qu’on a besoin d’être guéri ou que le médecin n’est pas compétant, on ne va pas aller chez le médecin et on ne va pas guérir. Jésus est ce médecin. Pour avoir cette paix profonde et cette joie, il faut reconnaître qu’on a besoin de lui et lui demander son aide : c’est ça la foi ! C’est de reconnaître que l’on est pécheur, qu’on s’est éloigné de Dieu et que sans le sacrifice du Christ sur la croix, sans sa résurrection, nous ne pourrions pas entrer dans le royaume de Dieu.
Et je crois que plus on muris dans la vie chrétienne et plus on reconnaît que sans Dieu on ne peut rien. Martin Luther sur son lit de mort a déclaré que la vérité spirituelle la plus prégnante c’est que nous sommes des mendiants devant Dieu, nous devons tout attendre de lui, parce que c’est de lui seul que nous pouvons tout recevoir.
- L’Église, le visible et l’invisible (le déjà et pas encore)
Quand on reçoit le royaume de Dieu, Jésus nous place dans son Église. En fait, ce qu’il faut bien comprendre c’est que les béatitudes et, les chapitres qui suivent (le sermon sur la montagne), servent de charte pour l’Église. C’est un peu comme une feuille de route. En fait, ce que Jésus dit c’est que l’Église est cet avant-goût du royaume où on peut déjà goûter aux bienfaits spirituels qui sont décrits ici. En lisant les béatitudes, il y a deux écueils à éviter : soit de penser que tout doit être accompli tel quel dans l’Église maintenant, soit de penser que tout doit s’accomplir à l’avenir lorsque Jésus reviendra. Il y a un peu des deux, d’où le côté paradoxal de ce que vit l’Église. Il y a une réalité spirituelle qui ne semble pas tout à fait en phase avec la réalité matérielle ou visible : « heureux ceux qui pleurent » (v. 4), « heureux ceux qui ont faim et soif de justice » (v. 6), « heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice » (v. 10), « heureux serez-vous lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on répandra sur vous toute sorte de mal, à cause de moi » (v. 11). Cette réalité paradoxale c’est que ce qu’on vit maintenant aux yeux du monde ne ressemble pas vraiment à ce qui est promis mais qu’on reste tout de même dans la joie et la paix.
Dans l’Église occidentale, on a de la peine à comprendre cela parce qu’on ne vit pas une véritable persécution, on ne vit pas dans la pauvreté. Et je ne veux pas dire par là qu’on doit absolument rechercher la pauvreté ou la persécution, mais c’est vrai que notre confort, nos richesses et notre train-train quotidien nous conduisent souvent àpenser que notre bonheur dépend des circonstances extérieures. Tout à l’heure, on va entendre le témoignage d’Esther et je crois que c’est toujours bon de se rappeler à travers ces témoignages que c’est Dieu qui fait réellement notre bonheur. C’est le fait d’être inséré au royaume de Dieu, dans l’Église, de voir Dieu à l’oeuvre et d’être en paix avec les frères et sœurs dans la foi. Quand on écoute les témoignages des chrétiens persécutés, je crois qu’on peut aussi voir que Dieu est particulièrement présent et que ces béatitudes sont vraies.
J’aimerais simplement terminer là-dessus en nous questionnant : quelles sont les choses que Dieu nous appelle à lâcher pour qu’on puisse peut-être vivre ces réalités spirituelles de manière plus poignantes ? L’apôtre Paul nous dit que Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur, « lui dont la condition était celle de Dieu, il n’a pas estimé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais il s’est dépouillé lui-même, en prenant la condition d’esclave, en devenant semblable aux hommes, après s’être trouvé dans la situation d’un homme, il s’est humilité lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort sur la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père » (Phil 2,5-11). Jésus a lâché sa condition pour nous mais il a été béni par Dieu, parce qu’il n’a pas regardé toutes ces choses comme des proies à arracher. Il n’y tenait pas absolument, mais il a vu notre condition et il s’est abaissé par amour pour nous. Et ça nous appelle, nous aussi à faire de même. On est appelé à ce que notre situation, notre condition financière, etc ne soient pas des obstacles à ce qu’en lâchant, en reconnaissant que tout ce dont on a vraiment besoin c’est Jésus-Christ, on arrive à voir et à recevoir ces bénédictions spirituelles qui nous sont promises dans les béatitudes.



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