On continue notre série de prédications sur le livre de l’Exode. Il y a deux semaines, on avait lu cet évènement assez particulier où Séphora avait dû circoncire son fils pour empêcher que Dieu ne tue Moïse et on avait essayé d’en comprendre le sens. On avait surtout vu que Dieu appelait Moïse à consacrer toute sa famille pour qu’il se prépare à sa mission mais aussi que c’était la première fois que le peuple d’Israël était appelé « fils de Dieu ». Et le récit de l’Exode qu’on avait terminé la dernière fois racontait que Moïse avait rejoint Aaron et qu’ils allaient enfin parler à pharaon. On sent que la fin de l’esclavage d’Israël est proche. Seulement, les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu. Et bien sûr, la question que ce texte nous pose c’est : peut-on faire confiance à Dieu, même quand nous voyons le mal autour de nous ? Et c’est ce que nous allons voir dans Exode 5,1-6,9.
« Moïse et Aaron se rendirent ensuite auprès de Pharaon, et lui dirent: Ainsi parle l’Éternel, le Dieu d’Israël: Laisse aller mon peuple, pour qu’il célèbre au désert une fête en mon honneur. 2 Pharaon répondit: Qui est l’Éternel, pour que j’obéisse à sa voix, en laissant aller Israël? Je ne connais point l’Éternel, et je ne laisserai point aller Israël. 3 Ils dirent: Le Dieu des Hébreux nous est apparu. Permets-nous de faire trois journées de marche dans le désert, pour offrir des sacrifices à l’Éternel, afin qu’il ne nous frappe pas de la peste ou de l’épée. 4 Et le roi d’Égypte leur dit: Moïse et Aaron, pourquoi détournez-vous le peuple de son ouvrage? Allez à vos travaux. 5 Pharaon dit: Voici, ce peuple est maintenant nombreux dans le pays, et vous lui feriez interrompre ses travaux! 6 Et ce jour même, Pharaon donna cet ordre aux inspecteurs du peuple et aux commissaires: 7 Vous ne donnerez plus comme auparavant de la paille au peuple pour faire des briques; qu’ils aillent eux-mêmes ramasser de la paille. 8 Vous leur imposerez néanmoins la quantité de briques qu’ils faisaient auparavant, vous n’en retrancherez rien; car ce sont des paresseux; voilà pourquoi ils crient, en disant: Allons offrir des sacrifices à notre Dieu! 9 Que l’on charge de travail ces gens, qu’ils s’en occupent, et ils ne prendront plus garde à des paroles de mensonge. 10 Les inspecteurs du peuple et les commissaires vinrent dire au peuple: Ainsi parle Pharaon: Je ne vous donne plus de paille; 11 allez vous-mêmes vous procurer de la paille où vous en trouverez, car l’on ne retranche rien de votre travail. 12 Le peuple se répandit dans tout le pays d’Égypte, pour ramasser du chaume au lieu de paille. 13 Les inspecteurs les pressaient, en disant: Achevez votre tâche, jour par jour, comme quand il y avait de la paille. 14 On battit même les commissaires des enfants d’Israël, établis sur eux par les inspecteurs de Pharaon: Pourquoi, disait-on, n’avez-vous pas achevé hier et aujourd’hui, comme auparavant, la quantité de briques qui vous avait été fixée? 15 Les commissaires des enfants d’Israël allèrent se plaindre à Pharaon, et lui dirent: Pourquoi traites-tu ainsi tes serviteurs? 16 On ne donne point de paille à tes serviteurs, et l’on nous dit: Faites des briques! Et voici, tes serviteurs sont battus, comme si ton peuple était coupable. 17 Pharaon répondit: Vous êtes des paresseux, des paresseux! Voilà pourquoi vous dites: Allons offrir des sacrifices à l’Éternel! 18 Maintenant, allez travailler; on ne vous donnera point de paille, et vous livrerez la même quantité de briques. 19 Les commissaires des enfants d’Israël virent qu’on les rendait malheureux, en disant: Vous ne retrancherez rien de vos briques; chaque jour la tâche du jour. 20 En sortant de chez Pharaon, ils rencontrèrent Moïse et Aaron qui les attendaient. 21 Ils leur dirent: Que l’Éternel vous regarde, et qu’il juge! Vous nous avez rendus odieux à Pharaon et à ses serviteurs, vous avez mis une épée dans leurs mains pour nous faire périr. 22 Moïse retourna vers l’Éternel, et dit: Seigneur, pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple? pourquoi m’as-tu envoyé? 23 Depuis que je suis allé vers Pharaon pour parler en ton nom, il fait du mal à ce peuple, et tu n’as point délivré ton peuple. 6 L’Éternel dit à Moïse: Tu verras maintenant ce que je ferai à Pharaon; une main puissante le forcera à les laisser aller, une main puissante le forcera à les chasser de son pays. 2 Dieu parla encore à Moïse, et lui dit: Je suis l’Éternel. 3 Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob, comme le Dieu tout puissant; mais je n’ai pas été connu d’eux sous mon nom, l’Éternel. 4 J’ai aussi établi mon alliance avec eux, pour leur donner le pays de Canaan, le pays de leurs pèlerinages, dans lequel ils ont séjourné. 5 J’ai entendu les gémissements des enfants d’Israël, que les Égyptiens tiennent dans la servitude, et je me suis souvenu de mon alliance. 6 C’est pourquoi dis aux enfants d’Israël: Je suis l’Éternel, je vous affranchirai des travaux dont vous chargent les Égyptiens, je vous délivrerai de leur servitude, et je vous sauverai à bras étendu et par de grands jugements. 7 Je vous prendrai pour mon peuple, je serai votre Dieu, et vous saurez que c’est moi, l’Éternel, votre Dieu, qui vous affranchis des travaux dont vous chargent les Égyptiens. 8 Je vous ferai entrer dans le pays que j’ai juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob; je vous le donnerai en possession, moi l’Éternel. 9 Ainsi parla Moïse aux enfants d’Israël. Mais l’angoisse et la dure servitude les empêchèrent d’écouter Moïse » (Exode 5,1-6,9).
- Comment vit-on les non-réponses de Dieu ?
Le début du passage qu’on vient de lire est très intéressant parce qu’on y voit Moïse et Aaron tout feu tout flamme pour apporter le message de Dieu à pharaon. Ils le communiquent quasiment tel qu’ils l’ont reçu, avec beaucoup de fermeté et d’assurance : « Ainsi parle l’Éternel, le Dieu d’Israël : laisse partir mon peuple, pour qu’il célèbre une fête en mon honneur au désert » (v. 1). Mais le pharaon ne réagit pas comme prévu et répond : « Qui est l’Éternel pour que je lui obéisse ? » (v. 2). En gros ce que dit pharaon c’est : « comparé à moi qui suis vénéré comme un dieu vivant et entouré de tous les dieux de l’immense royaume d’Égypte, que peut me faire le petit Dieu d’Israël qui est en esclavage sous mon pouvoir ? ». Et cette demande de Moïse et Aaron va causer beaucoup de problèmes. Le pharaon va se mettre à détesterencore plus Israël et va les traiter de paresseux alors qu’ils croulent déjà sous le travail. Il leur ordonne de travailler encore plus, pour que le fait de partir d’Egypte ne leur vienne même plus à l’esprit. Et là, c’est là panique dans le peuple d’Israël. Moïse et Aaron avaient annoncé la délivrance de l’esclavage, comment est-ce que la situation pourrait être encore pire que celle que les Israélites vivaient avant ? Moïse et Aaron ont pourtant bien dit ce que l’Éternel leur avait commandé. Ce pourrait-il que Dieu ne tienne pas parole ou qu’il soit moins puissant que les dieux Égyptiens ? Voilà toutes les questions que se posaient les Israélites. Au verset 21, ils vont même dire à Moïse et Aaron : « Que l’Éternel vous regarde et qu’il juge ! Vous nous avez rendu odieux au Pharaon et à ses serviteurs, vous avez mis une épée dans leurs mains pour nous tuer ». Ça va conduire à déstabiliser Moïse et Aaron qui vont dire « Seigneur, pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? Pourquoi m’as-tu envoyé ? Depuis que je suis allé vers le Pharaon pour parler en ton nom, il fait du mal à ce peuple, et tu n’as pas du tout délivré ton peuple » (v. 22-23). En fait, dès que les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu, le premier réflexe que les Israélites ont c’est de remettre en question la sagesse ou la toute-puissance de Dieu. Et ce qui est encore plus intéressant c’est que Moïse écrit ce récit aux Israélites qui sont dans le désert et qui ont justement tendance à vouloir toujours retourner en esclavage en Egypte quand les choses ne se passent pas comme prévu.
C’est comme lorsqu’on se met au sport. On veut transformer notre corps et avoir des muscles. On s’imagine qu’en un mois tout va changer et dès qu’on réalise que ce n’est pas aussi facile que ça, on arrête et on se remet à manger n’importe comment, tout en disant que ce n’était pas pour nous ou que le coach a voulu nous pousser trop loin.
Et nous ? Comment réagissons-nous lorsque les choses ne se passent pas comme nous l’avions imaginé ? Est-ce qu’on persévère dans la foi ou est-ce qu’on accuse Dieu, comme l’ont fait Moïse, Aaron et les Israélites ? Ce qui est étonnant dans tout ça, c’est que Dieu avait annoncé à Moïse que le pharaon allait lui résister et qu’il faudrait de grands signes et miracles pour que le pharaon cède. Et c’est pareil de notre côté, Dieu ne nous a jamais dit que nous allions éviter les combats, la souffrance ou la douleur en devenant chrétiens. Jésus a dit que le monde allait nous haïr, que parfois notre foi allait causer des divisions, que nous serons parfois malades, persécutés, ou affaiblis mais que dans toutes ces choses là il allait nous donner la paix et la joie par son Saint-Esprit. Parfois la fidélité à Dieu va créer des défis particuliers mais dans toutes ces choses Dieu va tout de même être présent avec nous pour nous aider à avancer.
- Des enjeux qui nous dépassent
Mais alors, pourquoi est-ce que Dieu fait ça ? En fait, il faut bien comprendre qu’il y a ici des enjeux qui nous dépassent. Il y a des choses qui sont plus importantes que notre inconfort du moment. En ce qui concerne le peuple d’Israël, c’est la même chose. Il y a quelque chose de plus important et urgent que leur esclavage matériel. En fait, Dieu voulait qu’Israël, les Égyptiens et le monde entier entendent parler de lui pour qu’ils puissent l’adorer et être sauvés. C’est ce qu’il dit un peu plus tard en Exode 9,15-16 : « Si maintenant j’avais étendu ma main, et si je t’avais frappé par la peste, toi et ton peuple [le pharaon et les Egyptiens], tu aurais disparu de la terre. Mais je t’ai laissé subsister, au contraire, afin de te faire voir ma force et pour que l’on publie mon nom par toute la terre ». D’ailleurs, on voit un peu plus tard dans l’histoire de la Bible que tous les peuples ont entendu parler de Dieu et que certains, comme Rahab, se sont convertis.Mais Dieu fait ça aussi pour qu’Israël comprenne vraiment que leur Dieu est plus grand et plus puissant que tous les autres dieux qu’on peut leur présenter en Egypte. Josué nous dit qu’Israël adorait d’autres dieux (Jos 24,14 et Ez 23,8 et 19) et que Dieu a accomplit toutes ces choses pour les détourner de ces faux dieux. Un peu plus tard, en Exode 12,12 Dieu dit : « j’exercerai des jugements contre tous les dieux de l’Égypte. Je suis l’Éternel ». On n’aura pas l’occasion d’étudier en détail les dix plaies qui suivent mais ce qu’il faut savoir c’est que chacune de ces plaies étaient là pour montrer que Dieu était plus fort que Râ le dieu du soleil, ou que le Dieu du Nil, ou que les dieu-grenouille, etc. Ce jugement contre l’Égypte, et cet esclavage prolongé des Israélites va les aider à comprendre que les dieux Égyptiens sont de faux dieux et que l’Éternel est tout-puissant. Les Égyptiens et les Israélites s’appuyaient sur ces dieux pour construire leur vie, et Dieu voulait leur montrer qu’il n’en avaient pas besoin.
Plusieurs personnes dans l’Église on vécu ça : que Dieu enlève parfois une chose sur laquelle on s’appuie pour nous apprendre qu’on a surtout besoin de Dieu. Ça peut être un travail, un statut social, une place spécifique dans l’Église ou dans la société, une bonne santé, une carrière réussie, etc.
Je crois que savoir ça nous appelle à une grande humilité. Il y a des choses qui nous dépassent et peut-être en effet que ma souffrance, ma maladie, ma dépression, mes difficultés au travail, mon passé douloureux va servir à quelque chose de plus grand que ce que je suis capable d’imaginer (pour moi et pour les autres). Peut-être que certains seront sauvés, ou soutenus grâce à cette souffrance. Qui sait ? Parfois Dieu nous montrera des fruits et parfois nous ne le serons qu’après des décennies ou à notre mort. Ce qui est certain, c’est que dans tout ça, Dieu va se manifester pour montrer qui il est vraiment.
- Une destination certaine
Et dans toutes les souffrances du peuple d’Israël, Dieu répète sa promesse de le libérer et de l’amener dans le pays promis où coule le lait et le miel. Il leur rappelle qu’il les a choisi et aimé comme son fils bien-aimé. En fait, il leur rappelle qui Dieu est, qui Israël est et là où ils vont. Parce que dans la souffrance et dans les épreuves, nous avons souvent tendance à perdre tous nos repères. On ne sait plus ce qui est important, on oublie de quoi Dieu est capable, on oublie qu’il a agi avec amour envers nous. On oublie qu’il nous considère comme ses enfants bien-aimés et on oublie que notre temps sur cette terre est passager et qu’on marche vers une patrie céleste. C’est dans ces moments qui sont les plus durs qu’il est important de se rappeler que « Dieu est riche en miséricorde et, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts par nos fautes, il nous a rendus à la vie avec le Christ -c’est par la grâce que vous êtes sauvés- il nous a ressuscités ensemble et fait asseoir ensemble dans les lieux célestes en Christ-Jésus, afin de montrer dans les siècles à venir la richesse surabondante de sa grâce par sa bonté envers nous en Christ-Jésus » (Ep 2,4-7). C’est cette vérité là qui nous permet d’aller de l’avant même quand il y a des difficultés.
En fait, quand on sait qui on est, où on va et qui est Dieu, il n’y a rien qui pourra nous arrêter. Mais le verset 9 nous dit que l’angoisse et la servitude empêchent Israël d’écouter les promesses de Dieu. Et c’est souvent ce qui s’est passé quand Israël a traversé le désert, à la période où Moïse écrit ce récit. Mais vous comprenez l’enjeu ? Il est si important de se rappeler constamment ces trois points essentiels, sinon on traversera les épreuves d’une mauvaise manière. On ne sera pas inébranlable. Alors, rappelons-nous constamment qui Dieu est, qui nous sommes et où nous allons. Dieu nous aime, il a agit dans notre vie de tant de manières différentes, il a fait de nous ses enfants. Ce qui fait que nous ne sommes pas de ce monde. Nous sommes passagers sur cette terre, nous ne sommes pas appelés à nous attacher trop à ce monde mais à regarder d’abord aux réalités célestes et aux trésors célestes que Dieu nous donne.
« ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ. 8 Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur, pour lequel j’ai renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner Christ, 9 et d’être trouvé en lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi, 10 Afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort, pour parvenir, 11 si je puis, à la résurrection d’entre les morts. » (Phil 3,7-11)




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