Le bénéfice de réfléchir à la vie après la mort, Jean Calvin

Ce dernier mois, je me suis lancé le défi de lire 10 pages de la version abrégée l’Institution de la Religion Chrétienne de Jean Calvin chaque jour. Ainsi, en 40 jours environ, il est possible de faire une survol de ce magnifique ouvrage de théologie. Parfois, je tombe sur des pépites que j’aimerais partager. Aujourd’hui, il s’agit de la méditation sur la vie à venir (Institution de la Religion Chrétienne, Vol. III, chapitre 9). Ce passage nourrit bien notre réflexion à propos de la Loi sur l’euthanasie qui va bientôt être votée. Un appel au jeûne et à la prière a été donné pour le 6 juillet. N’hésitez pas à nous rejoindre:

1-2. Les épreuves montrent la vanité de la vie présente

Le Seigneur sait que nous sommes aveuglément attachés au monde et conditionnés par lui. Les épreuves permettent d’avoir un regard critique sur la vie présente et nous encouragent à méditer sur la vie future. Qui d’entre nous ne s’interroge pas sur la vie à venir avec le secret espoir d’y participer? Cela nous différencie des animaux. Pourtant nos projets se limitent à ce monde. Pour prévenir ce mal, le Seigneur instruit ses serviteurs en leur faisant subir diverses difficultés. Il les avertit et leur fait percevoir, par des maladies ou des dangers, la fragilité et la courte durée des biens ici-bas. Nous faisons de grands progrès sous la discipline de la croix en apprenant que la vie présente, si elle a du prix en elle-même, est pleine de soucis, de troubles et que les biens que l’on apprécie sont éphémères et de peu de valeur. Pour trouver notre couronne, il faut lever les yeux au ciel.

De deux choses l’une, ou nous méprisons la terre, ou nous l’aimons d’un amour immodéré; il n’y a pas de position intermédiaire. C’est pourquoi, si nous nous soucions de l’immortalité, nous avons à nous délier de ses attraits. Pourtant, c’est là une chose que nous considérons de façon insuffisante ou que nous oublions, car nous agissons comme si nos entreprises étaient éternelles sur terre. Nous oublions non seulement la mort, mais aussi notre condition mortelle, comme si nous n’en avions jamais entendu parler, et nous retrouvons notre confiance folle en l’immortalité terrestre. Nous continuons d’être persuadés, au fond de notre coeur que nous vivrons ici-bas éternellement. Le Seigneur nous instruit. Notre rôle est d’écouter les reproches par lesquels il bouscule notre insensibilité afin que, méprisant le monde, nous aspirions, de tout notre coeur, à méditer la vie future.

3-4. Une juste évaluation de la valeur de la vie présente

Le mépris que les croyants doivent s’habituer à éprouver vis-à-vis de la vie présente ne doit pas engendrer une haine à son encontre1. Si nous ne voyons aucune grâce de Dieu en elle, notre ingratitude est grande. La vie présente est, pour les croyants, un témoignage de la bienveillance du Seigneur. Avant de révéler notre héritage éternel, Dieu veut être notre Père dans les choses de moindre importance, les bienfaits que nous recevons quotidiennement. La vie est un don de la bonté de Dieu. La nature elle-même nous exhorte à rendre grâces à Dieu, qui nous a créés et placés en ce monde, et qui nous y maintient en nous donnant le nécessaire pour subsister.

Ce qui sera ôté à l’amour excessif de la vie présente doit se transformer en aspiration à la vie céleste. Si le ciel est notre partie, la vie sur la terre n’est-elle pas que la traversée d’une terre étrangère et un exil? Si le départ de ce monde est une entrée dans la vie, ce monde est-il autre chose qu’un sépulcre?… « Nous savons qu’en demeurant dans ce corps nous demeurons loin du Seigneur » (2 Corinthiens 5.6). Comparée à la vie céleste, la vie terrestre peut être estimée comme moins que rien.

Quoi qu’il en soit, même si nous en sommes bien fatigués et dégoûtés au point de désirer en finir, nous devons être préparés à demeurer ici-bas durant qu’il plairai à Dieu, sans murmure ni impatience. Le Seigneur nous a placés là où nous devons demeurer jusqu’à ce qu’il nous rappelle. Paul déplore sa condition; il se sent comme prisonnier de son corps et il aspire à être délivré (Romaines 7.24). Cependant, le Seigneur sait ce qui est expédient pour sa gloire. S’il nous convient de vivre ou de mourir pour lui, laissons tout au bon plaisir du Seigneur (14.7-8).

5-6. La crainte de la mort et la consolation de la vie à venir

Il est navrant que ceux qui se disent chrétiens, dès qu’ils entendent parler de la mort, se mettent à trembler comme si elle était le plus grand malheur qui puisse arriver. Il n’est pas étonnant que notre sensibilité naturelle soit effrayée en entendant dire que notre corps va être séparé de l’âme. Un chrétien doit pouvoir dominer et dépasser cette crainte par une plus grande consolation. La foi ne nous contraint-elle pas, en effet, à désirer ardemment ce que la nature fuit? Si nous croyons que, par la mort, nous sommes rappelés d’un misérable exil pour habiter en notre partie céleste, n’en recevrons-nous pas une vraie consolation?

Paul enseigne à marcher vers la mort non pas pour être dévêtus, mais en désirant être mieux vêtus (2 Corinthiens 5.2-4). Nul n’a progressé à l’école de Christ, si ce n’est celui qui attend avec joie le jour de la mort et le jour de la dernière résurrection, qui est le signe distinctif des croyants (2 Timothée 4.8; Tite 2.13). « Redressez-vous, dit le Seigneur, et levez la tête, parce que votre délivrance approche » (Luc 21.28). Le Rédempteur viendra pour nous introduire dans l’héritage de sa gloire, après nous avoir retirés de ce gouffre plein de malheurs et de misères.

Il est donc certain que les croyants doivent élever leurs yeux en haut, afin de surmonter tout ce qui est dans le monde et de regarder au-delà des choses présentes (1 Corinthiens 15.29-32). Ils savent que le Seigneur va recueillir ses fidèles dans le repos de son Royaume, essuyer les larmes de leurs yeux, les couronner de gloire, les revêtir de joie, les exalter près de lui, en somme les rendre participants de son bonheur (Ésaïe 25.8; Apocalypse 7.17). Ils savent aussi, à l’inverse, que le Seigneur doit jeter dans l’ignominie les incrédules qui se seront vantés sur cette terre, changer leurs jouissances en afflictions, leur rires en pleurs, en somme, les plonger dans le feu éternel. Telle est la justice dont témoigne Paul: donner du repos à ceux qui ont été affligés ou injustement traités et punir les méchants qui font souffrir les bons, au jour où le Seigneur Jésus sera révélé du ciel (2 Thessaloniciens 1.6-7). Telle est notre consolation. Pour conclure d’un mot, si les croyants considèrent la puissance de la résurrection de Christ, la croix triomphe dans leur coeur sur le diable, la chair, le péché, la mort et les injustes.

  1. Dans le prochain chapitre (peut-être dans un prochain article du blog?) Jean Calvin parle de la joie que Dieu donne à travers tous ces dons. Cela donne un bon équilibre entre ces deux visions. ↩︎

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