Comme vous le savez sans doute, on a commencé une série de prédications sur le livre de l’Exode et dans ma dernière prédication, on avait vu qu’Israël avait besoin que Dieu agisse miraculeusement à travers la venue d’un sauveur. Et j’avais énoncé le fait que nous avons tous besoin d’un sauveur. Que l’on soit chrétien ou non, ce n’est pas grâce à nos efforts que nous pouvons être sauvés, mais parce que Dieu est intervenu puissamment à travers la venue de Jésus. On avait aussi vu qu’il n’y a aucun péché ou situation qui ne soit trop grande ou trop complexe pour que Dieu puisse intervenir. Mais j’avais terminé en posant une question : comment est-ce que l’on se situe par rapport à ce sauveur ? Est-ce que l’on agit comme les Israélites qui refusent de reconnaître leur besoin d’un sauveur pour ne pas reconnaître leur faute ou bien est-ce que l’on se place devant Dieu en disant, oui Seigneur, j’ai besoin de toi et sans toi je ne peux rien. Ce matin, on va relire quelques versets qu’on avait lu la dernière fois mais on va les regarder avec une approche différente parce qu’on va réfléchir à comment Dieu a façonné Moïse pour qu’il soit la personne qu’il avait appelé à devenir.
En ce temps-là, Moïse, devenu grand, se rendit vers ses frères, et fut témoin de leurs pénibles travaux. Il vit un Égyptien qui frappait un Hébreu d’entre ses frères. 12 Il regarda de côté et d’autre, et, voyant qu’il n’y avait personne, il tua l’Égyptien, et le cacha dans le sable. 13 Il sortit le jour suivant; et voici, deux Hébreux se querellaient. Il dit à celui qui avait tort: Pourquoi frappes-tu ton prochain? 14 Et cet homme répondit: Qui t’a établi chef et juge sur nous? Penses-tu me tuer, comme tu as tué l’Égyptien? Moïse eut peur, et dit: Certainement la chose est connue. 15 Pharaon apprit ce qui s’était passé, et il cherchait à faire mourir Moïse. Mais Moïse s’enfuit de devant Pharaon, et il se retira dans le pays de Madian, où il s’arrêta près d’un puits. 16 Le sacrificateur de Madian avait sept filles. Elle vinrent puiser de l’eau, et elles remplirent les auges pour abreuver le troupeau de leur père. 17 Les bergers arrivèrent, et les chassèrent. Alors Moïse se leva, prit leur défense, et fit boire leur troupeau. 18 Quand elles furent de retour auprès de Réuel, leur père, il dit: Pourquoi revenez-vous si tôt aujourd’hui? 19 Elles répondirent: Un Égyptien nous a délivrées de la main des bergers, et même il nous a puisé de l’eau, et a fait boire le troupeau. 20 Et il dit à ses filles: Où est-il? Pourquoi avez-vous laissé cet homme? Appelez-le, pour qu’il prenne quelque nourriture. 21 Moïse se décida à demeurer chez cet homme, qui lui donna pour femme Séphora, sa fille. 22 Elle enfanta un fils, qu’il appela du nom de Guerschom, car, dit-il, j’habite un pays étranger. (Exode 2,11-22)
- Une influence Égyptienne ou Israélite ?
Je l’avais déjà dit dans ma première prédication sur l’Exode mais c’est important de voir le livre de l’Exode comme une série télévisée ou comme une série de livres. On a parfois de la peine à voir à quel point ce livre peut nous toucher et nous impacter parce que souvent, on connaît très bien cette histoire et qu’on la lit en diagonale. Mais je crois que si on lit le livre de l’Exode pour la première fois, il y a une question qui nous brule aux lèvres : est-ce que ce petit bébé va être cette personne tant attendue qui va libérer le peuple de Dieu de l’esclavage en Egypte et est-ce qu’il va réussir à amener ce peuple dans le pays promis ? On se croirait presque dans un roman tellement il y a du suspense. Et dès le départ, pour un lecteur Hébreux, les choses ne sont pas très claires. L’enfant reçoit le prénom de Moïse qui est à la fois un prénom hébraïque (qui signifie « sauvé » des eaux) mais qui peut aussi être une prénom Egyptien qui signifie « né de » quelque chose, et souvent on rajoutait le nom d’un Dieu. Par exemple vous connaissez peut-être Ramsès qui signifie « né de Rê » ou Thutmose qui signifie « né de Thut ». La personne de Moïse est donc énigmatique, est-elle Israélite ou Égyptienne ? Il y a des points où on voit clairement qu’il se comporte comme un Israélite, puisqu’il les considère comme ses frères et qu’il les défend au péril de sa vie (v. 11). Mais en même temps on voit que les Madianites le considère comme un Égyptien (v. 19). Est-ce que Moïse va s’identifier comme étant le fils de la fille du pharaon ou comme étant un membre du peuple de Dieu ?
Cette semaine, j’ai joué à un jeu, avec quelques amis pasteurs, où on devait développer notre royaume au Moyen-Âge. Et je ne faisais que demander des alliances avec un peu tout le monde pour que je puisse me développer. Mais petit à petit, plus personne ne faisait confiance à mes alliances et je me suis retrouvé à essayer de défendre mon royaume tout seul.
Alors, pourquoi est-ce que je partage ça ? C’est parce que parfois, en tant que chrétiens on peut envoyer des signaux partagés par rapport à notre foi. Et c’est important d’être entiers et authentiques pour que le monde autour de nous puisse comprendre réellement ce qu’est la foi chrétienne.
- Dieu transforme dans le désert
Moïse, quant à lui, a décidé de s’identifier au peuple Hébreux et il comprend que Dieu veut l’employer pour délivrer Israël de l’esclavage. Mais ce que Moïse n’avait pas compris c’est la manière dont Dieu voulait sauver Israël. Moïse a vu Israël opprimé et il a décidé de réagir. Sauf que la manière dont Moïse réagit, c’est d’essayer de délivrer Israël de sa propre force et de la même manière qu’il a toujours vu autour de lui : il décide de tuer des Egyptiens et de faire justice lui-même. Et on voit que, même si Moïse était appelé à délivrer Israël, il avait encore beaucoup de choses à apprendre. Le problème n’était pas simplement qu’Israël a mal accueilli Moïse mais aussi que Moïse devait être confronté au fait que, lui-même, il ne pouvait pas sauver Israël. Et pour lui apprendre cette leçon, Dieu a décidé d’employer une méthode bien particulière : il envoie Moïse dans le désert au pays de Madian, en exil pendant 40 ans. Alors, je ne sais pas vous mais en tout cas, moi ça me fait toujours quelque chose de particulier d’entendre que Moïse part à 40 ans dans le désert pour que Dieu le transforme pendant 40 ans, ce qui veut dire qu’en fin de compte, Moïse va commencer son ministère à 80 ans. On peut se dire que c’est beaucoup d’années de perdu et que Moïse aurait pu faire beaucoup de choses pendant ces 80 ans, mais la manière dont Dieu nous transforme c’est souvent en nous faisant traverser des déserts (dans une prochaine prédication, on va voir la suite du passage qui nous montre que la manière d’être transformé par Dieu c’est aussi à travers une rencontre personnelle avec lui). Le désert, c’est ce lieu où on est confronté à soi-même, où on apprend à lâcher prise et à laisser Dieu au contrôle, parce qu’on sait que c’est le seul moyen de survivre. Dans ce désert, Moïse apprend à laisser Dieu au contrôle, il y apprend l’humilité, il y apprend que c’est seulement Dieu qui peut sauver son peuple et pas les hommes. Et Dieu transforme Moïse petit à petit à travers ce désert jusqu’à ce qu’il soit prêt à accomplir sa mission. Dieu le fait même à travers des choses que l’on n’aurait pas forcément imaginé. Moïse devient un berger, et ça lui permettra de conduire Israël. Il est dans la région de Madian, avec le mont Sinaï, et c’est exactement là où Israël va rencontrer Dieu. Le fait que Moïse connaisse déjà cette région lui permet de guider Israël et ne pas le perdre. Et quand on voit la personne qu’il est devenu, on se dit que ces quarante années dans le désert ont valu la peine d’être vécues.
C’est comme le vin. Pour qu’un vin devienne bon, il faut qu’il murisse pendant de nombreuses années. On peut avoir l’impression que le vin ne sert à rien lorsqu’il est entreposé dans une étagère pendant 10, 15 ans alors qu’en fait c’est en faisant cela que le vin devient réellement bon.
À notre époque, on n’aime pas attendre et on n’aime pas être confronté à soi-même. On veut être efficace à tout prix, sans prendre conscience que certaines choses peuvent demander plus de temps que du travail en superficie. Je réalise même, dans ma propre vie et dans la vie de tellement d’autres personnes, qu’on emploie souvent les réseaux sociaux pour nous éviter d’être confronté à soi-même et de réfléchir à sa propre vie. Le philosophe Blaise Pascal disait déjà au XVIème siècle que : « La plupart des problèmes de notre société viennent du fait que l’on ne sait pas s’asseoir seul dans une salle pendant une heure ». Et je crois que c’est toujours d’actualité. Acceptons-nous, en tant qu’Église de Saint-Christol et en tant qu’individus, d’être façonnés par Dieu dans le désert ? Acceptons-nous de regarder ce qu’il y a au plus profond de notre coeur et de se confronter à nous-mêmes avec une profonde lucidité ? Et si on a l’impression qu’on traverse un désert en ce moment, qu’est-ce que Dieu pourrait être en train de nous enseigner ? Quelles sont les habitudes, où comme Moïse, on doit désapprendre ?
- Regarder aux souffrances du Christ
Et la fin du passage nous montre justement que Dieu a transformé Moïse. Tout de suite après, il n’a pas la même attitude avec les mauvais bergers qui profitent de la faiblesse des filles de Réuel/Jethro que celle qu’il avait avec les Égyptiens. Mais l’auteur de l’épître aux Hébreux nous dit aussi que Moïse a réussi à faire cela parce qu’il avait les yeux fixés sur le paradis et pas sur les difficultés, mais surtout parce qu’il regardait à une personne qui a souffert pour lui, Jésus-Christ : « C’est par la foi que Moïse, devenu grand, refusa d’être appelé fils de la fille de Pharaon, 25 aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieu que d’avoir pour un temps la jouissance du péché, 26 regardant l’opprobre de Christ comme une richesse plus grande que les trésors de l’Egypte, car il avait les yeux fixés sur la rémunération. » (Hé 11,24-26).
Plus loin, l’auteur de l’épître aux Hébreux nous dit à nous chrétiens : « Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est l’auteur de la foi et qui la mène à la perfection. Au lieu de la joie qui lui était proposée, il a supporté la croix, méprisé la honte, et s’est assis à la droite du trône de Dieu » (Hé 12,1-2). Pourquoi est-ce que nous n’avons pas à avoir peur de ces déserts ? Pourquoi est-ce que l’on n’a pas à avoir peur de ces épreuves et de se confronter à soi-même ? C’est parce qu’on sait que Dieu est un Dieu d’amour qui veut notre bien et qui nous aime à tel point qu’il a donné la vie de son fils pour nous. Ces déserts que nous traversons et ces épreuves vont servir à nous transformer pour que nous puissions vivre pleinement l’appel que Dieu nous donne.
Pour conclure avec cette idée, j’avais à coeur de partager un texte de Samuel Kabo, pasteur à l’ERE d’Alès, qui s’intitule « Les épreuves d’une tasse de thé ».
Je me rappelle l’époque où, avant d’être une tasse, je n’étais qu’une boule d’argile. Un jour, mon Maître s’empara de moi puis se mit à me frapper de Ses mains, à me modeler. Cela me faisait mal et je Le suppliai d’arrêter mais Il se contenta de me sourire en disant : » PAS ENCORE ! »
J’avais si mal au cœur que je croyais que ma fin était venue. Heureusement, Il finit par me sortir de là ! Puis Il me plaça sur un tour de potier et me fit tourner, tourner… Je ne comprenais pas pourquoi Il voulait me faire passer par le feu. Alors, je hurlai, je Le suppliai d’arrêter, de me faire sortir. A Travers la porte vitrée, je distinguais encore Son visage, et je Le vis me sourire et hocher la tête, en disant : » PAS ENCORE ! »
Puis soudain, me saisissant, le Maître se mit à me poncer et à me brosser. Il prit un pinceau et me badigeonna de toutes sortes de couleurs. Les vapeurs étaient si fortes que je cru m’évanouir. Je L’implorer d’arrêter, mais avec le même sourire, Il me dit à nouveau : » PAS ENCORE ! »
C’est alors qu’il me plaça dans un autre four, deux fois plus chaud que le premier. Cette fois, j’allais suffoquer, j’en étais sure. En larmes, je Le suppliai, mais, une fois de plus, Il se contenta de me sourire en disant : » PAS ENCORE ! »
À ce moment-là, la porte s’ouvrit toute grande et le Maître annonça : » MAINTENANT ! »
Il me prit dans Ses mains et me déposa sur une étagère. Ensuite, Il me tendit un miroir en me disant de me regarder. Je n’en croyais pas mes yeux. Je m’écriai : » Oh, quelle magnifique tasse ! «
Alors le Maître expliqua : » Je voudrais que tu comprennes : Oui, quand Je te frappais et que Je te modelais, Je savais que cela te faisait mal. Je savais que le tour te donnait des vertiges. Mais si Je ne m’étais pas occupé de toi, tu te serais desséchée, et tu serais restée à tout jamais une simple boule d’argile. Ta personnalité n’aurait pas pu s’épanouir. » » Je savais que le premier four était brûlant, mais si Je ne t’y avais pas mise, tu te serais effritée. » » Je savais que tu étais incommodée par le ponçage et la peinture, mais si Je t’avais épargnée, ta vie serait restée sans couleurs. « Et le second four, oh ! Je savais bien qu’il te serait presque insupportable ! Mais vois-tu, si Je ne t’y avais pas placée, tu n’aurais pas été capable de résister aux pressions de la vie. » » Ta force n’aurait pas suffi, et tu n’aurais pas survécu longtemps. » » Tu vois, alors même que tout te semblait si difficile, Je prenais soin de toi. Je savais ce que tu allais devenir. Dès le premier instant, J’entrevoyais déjà le produit fini ! »
« Mais, qui es-tu donc toi, un homme, pour critiquer Dieu ? L’ouvrage demandera-t-il à l’ouvrier : « Pourquoi m’as-tu fait ainsi? » Es 45.9.?
« Le potier n’a-t-il pas le droit, à partir du même bloc d’argile, de fabriquer un pot d’usage noble et un autre pour l’usage courant ? » Romains 9v20-21



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