Nous avons vu dans le dernier article du même titre que l’on considère souvent l’homme comme étant « majoritairement » bon. De manière générale, nous avons tendance à affirmer que l’homme n’a pas un mauvais fond, sauf pour quelques personnes qui sont anormales. Cette manière de penser a conduit à des génocides et au racisme. Il semble alors évident que ce n’est pas la solution que nous devons rechercher. Comme nous l’avons déjà souligné, la Bible, elle, ne part pas de ce constat. Elle affirme que l’homme est perverti et que tout son être se détourne naturellement de Dieu. Nous reviendrons sur ce point dans un prochain article. Ici, je voudrais plutôt parler d’une autre solution que notre société avance pour répondre au problème du mal, à savoir d’affirmer que le mal n’existe pas.
Le darwinisme philosophique
Dire que le mal n’existe pas et qu’il n’est qu’une illusion (ou maya) a une connotation plutôt bouddhiste et orientale. Pourtant, c’est bien un mode de penser qui est très présent dans notre société occidentale. Après deux guerres mondiales l’occident a dû abandonner son postulat que l’homme était naturellement bon -comment encore le dire après tant d’atrocités vécues en son sein?- sans pour autant vouloir revenir au christianisme historique. Quelle solution fallait-il rechercher? L’Occident s’est de plus en plus tourné vers le darwinisme qui enseignait que tout n’était que le fruit de l’évolution et que l’homme n’était qu’un animal en tout points comme les autres, si ce n’est son intelligence. En enlevant Dieu de l’équation, le darwinisme a également enlevé les absolus moraux. Au lieu de dire qu’il existe un Dieu qui dirige sa Création et qui lui demande de vivre d’une certaine manière, le darwinisme a préféré rendre le monde « neutre » et affirmer que tout ce qui est, n’est ni bon bon ni mauvais mais simplement le produit de l’évolution. Pour reprendre le marquis de Sade: « Ce qui est, est juste »1. Il nous faut reconnaître, qu’il y a une certaine logique dans cette pensée: si tout ce qui existe n’est que le fruit d’une évolution aveugle alors la moralité n’a aucun sens. Il faudrait alors ne vivre que par la survie du plus fort en proclamant un ego-centrisme conséquent puisque le darwinisme enseigne que nous ne vivons que pour nous-mêmes et que la seule raison de faire du bien aux autres est notre bien-être.
Bien sûr, la Bible se situe complètement à l’opposé de ce schéma en affirmant de faire du bien aux autres même si cela nous coûte. Notre expérience nous montre bien que notre but n’est pas la domination des autres mais bien l’amour (de Dieu et des autres). Nous nous épanouissons réellement, non pas lorsque nous nous situons en supériorité aux autres, mais bien lorsque nous sommes au service des autres, dans des relations empreintes d’amour et de sacrifice. Au lieu de pointer vers un monde impersonnel et impitoyable, cette « relationalité » et ce besoin d’amour nous pointe vers un commencement personnel de l’univers.
Se tourner vers le darwinisme pour expliquer le problème du mal ne résout rien puisqu’il nie complètement la souffrance et le mal autour de nous. Cette philosophie nous tourne vers le désespoir, puisqu’il est impossible de lutter contre un mal inexistant, et vers une réponse qui est niée par notre société elle-même qui cherche à exercer la justice et à condamner les délinquants.
Le bouddhisme occidental
De manière intéressante, le darwinisme se combine très bien avec une certaine forme de bouddhisme2. Dans les deux cas, le monde a une dimension impersonnelle où le mal n’existe pas. Dans le bouddhisme, le problème du mal n’est qu’une illusion qui vient de notre mauvaise perception de notre individualité. En méditant, le but est de supprimer notre individualité pour réaliser que ce n’est que notre perception qui est mauvaise. Pourtant, si l’on venait avec un thermos d’eau bouillante, les bouddhistes seraient obligés de reconnaître que la souffrance existe réellement et que l’on ne devrait pas leur jeter de l’eau bouillante sur la tête. Encore une fois, nier la souffrance et le mal ne correspond à la réalité. Pour trouver une réponse au problème il nous faut aller encore plus loin.
- Cité dans SCHAEFFER Francis, Dieu ni silencieux ni lointain, une philosophie chrétienne, éditions Cruciforme, Montréal, 1972, p. 46. ↩︎
- Il faut savoir que le bouddhisme occidental à la New Age est très différent du bouddhisme occidental. Les occidentaux ont acceptés quelques aspects du bouddhisme oriental sans en accepter les conséquences. À notre époque on mélange constamment bouddhisme, engagement politique et moral, l’amour et le sacrifice pour les autres, alors qu’ils ne peuvent pas découler d’une pensée bouddhiste qui affirme que l’individu n’existe pas (Cf un de mes articles ici). ↩︎




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