La Crise inter-générationnelle

Des générations divisées

Ces derniers jours, j’ai beaucoup réfléchi à ce que j’appelle la « crise inter-générationnelle ». Même si parfois, les générations ne sont pas en conflits ouverts il est clair que ma génération (ceux qui ont environ la vingtaine)1 et celle de mes parents (ou au dessus) se retrouvent rarement ensemble sur les bancs de l’Église. De plus en plus les jeunes vont dans des « Églises de jeunes » et les plus âgés se retrouvent avec une génération en moins dans leurs congrégations. Que faut-il en penser? Comment se fait-il que, même pour des jeunes qui veulent s’engager dans la foi, ils ne se retrouvent pas dans les Églises où ils ont grandi? Pour moi qui suis dans une Église « historique », je me demande souvent pourquoi est-ce que les personnes de mon âge fuient ces types d’Églises? Il est clair que plusieurs facteurs entrent en jeu. Celui que j’aimerais souligner avant tout, et qui me semble le plus important, est la différence dans la manière de pratiquer la foi2.

La génération de mes parents a été très marquée par une forte séparation entre ce qui est privé et ce qui est public. C’est-à-dire que dans leur manière de penser, la foi est quelque chose de privé dont on ne parle pas beaucoup aux autres. Alors bien sûr, en cas d’évangélisation il y a l’obligation de le faire. Cependant, nous pouvons remarquer que dans l’Église les personnes gardent leur vie de foi essentiellement pour elles-mêmes. Puisqu’ils ne parlent pas de leurs combats spirituels, le cadre ou la forme de la foi est devenu très important. Lorsque l’on ne sait pas ce qui se passe dans le cœur des autres, il est important de regarder leurs actes. Cette génération va donc placer un accent très fort sur les points suivants: attendre le mariage avant les relations sexuelles, fonder une famille, ne pas avorter, critiquer les mauvaises formes de sexualité (concubinage, homosexualité, trans-genre, …), etc. Dans ce cas de figure, la forme va parfois primer sur la vie intérieure.

Ma génération, en revanche, a beaucoup été influencée par les idées post-modernes. En grandissant, on leur a bassiné le fait que dans l’Église il n’y avait que des hypocrites et que ce qui était important était l’expression de soi et l’acceptation de ses émotions3. Ici, la séparation entre le privé et le public a été jugée mauvaise parce qu’elle a conduit à des abus et à une hypocrisie dans l’Église. Dans la génération de mes parents tant de personnes ont vécu la « forme » du christianisme sans avoir le cœur pour Dieu. Cela a conduit ma génération à rejeter en bloc tout ce qui est formel dans l’Église. Ainsi, beaucoup de jeunes quittent les Églises historiques parce qu’ils ne voient pas l’expression des émotions qui est si chère à leur yeux. C’est aussi sous l’influence de ces idées que certaines personnes se disent chrétiennes tout en vivant une vie qui ne correspond pas au « cadre » biblique. L’exemple le plus frappant est celui de la cohabitation où j’ai l’impression d’être un des seuls jeunes au monde à attendre le mariage pour vivre des relations sexuelles.

Vers une solution

Lorsque l’on a vu tout ça, que faut-il en conclure? Comment réconcilier deux générations qui ne vivent plus la foi ensemble? Souvent, notre tendance naturelle est de dire aux jeunes qu’il faut respecter les traditions et être soumis aux aînés ou bien de les laisser vivre la foi comme ils veulent. En réagissant de cette manière, nous crisperons nos jeunes (dans le premier cas de figure) ou bien nous les perdrons à toujours en les laissant vivre une spiritualité qui ressemble au christianisme mais qui les éloignent du Christ (dans le deuxième cas de figure). Bien que je sois d’accord avec le fait que la Bible enseigne la soumission aux aînés et que les traditions sont importantes, je ne crois pas que ce soit l’angle à prendre.

La première étape dans le processus de réconciliation des générations est de réaliser que la Bible ne sépare pas tant que ça le privé du public. Jésus et les apôtres n’ont pas honte de montrer leurs émotions ou leurs combats. Paul explique même que ça fait partie intégrante de son ministère: « C’est pourquoi je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi » (2 Cor 12,9). Les jeunes ne reviendront pas dans nos Églises tant qu’ils ne verront pas une foi vécue sincèrement, tant qu’ils ne trouvent pas une communauté où les combats sont partagés et où l’Esprit-Saint agit. Cette expressivité de la foi n’implique pas qu’il faille abandonner le cadre biblique, comme les jeunes l’ont fait et continuent à faire. Si la Bible donne un cadre c’est pour une raison! Mais ce n’est que si les jeunes voient un véritable amour pour Dieu qu’ils seront prêts à accepter ce cadre. Moi-même, j’ai voulu consacrer ma vie à Dieu parce que j’ai vu des personnes sacrifier de leur temps, de leur argent, de leurs désirs pour Dieu. S’il n’y avait pas eu ces personnes sur ma route, je n’aurais probablement jamais pu accepter le cadre de vie que la Bible nous donne. Parce que j’ai vu des personnes vivre la foi chrétienne, je sais qu’elle est viable et bonne. Puissions-nous donc vivre comme modèles pour nos jeunes. Puissions-nous leur montrer ce à quoi ressemble le véritable pardon, l’amour, la confession, le sacrifice et une véritable consécration pour Dieu. Lorsque nous vivrons cela dans nos communautés et nos familles, il n’y a aucun doute qu’ils seront interpelés et que beaucoup reviendront dans nos Églises en vivant dans un cadre biblique.

1 Lorsque je parle de ma génération ou celle de mes parents, les frontières ne sont pas hermétiques. Certaines personnes de la génération de mes parents seront plus en accord avec ma description de la jeunesse et vis-versa. Moi-même, je suis un bon exemple puisque je suis un jeune qui est pasteur stagiaire dans une Église historique.

2 Je tiens en partie mes idées du prédicateur Bryan Chapell. Il évoque ces idées dans un de ses cours sur la prédication inter-générationnelle (https://www.youtube.com/watch?v=eKQ9sjAjj9Q).

3 Lorsque l’on parle de l’acceptation de soi on perd tout concept de péché. Dieu nous aime comme nous sommes mais il ne veut pas que l’on reste ainsi. Son amour nous conduit à changer nos imperfections, nos péchés.

2 réponses à « La Crise inter-générationnelle »

  1. Avatar de Alain RICARD-HOURCADETTE
    Alain RICARD-HOURCADETTE

    L’ Amour n’a pas de frontière, de couleur et de sexe. L’ Amour est sans tâches. Il ne se construit pas avec des codes, la loi n’a pas de prise sur l’Amour, car il est pur, immaculé et ne fait point de mal. L’homosexualité a été considéré dans les temps anciens comme un délit et encore aujourd’hui dans de nombreux pays musulmans ont condamnent l’homosexuel à la peine capitale. Dans certains pays chrétiens comme en Russie mais aussi en Ukraine ont les enferment en prison. Tous ces pays qui se prétendent connaître Dieu se trompent lourdement. Leur dieu n’est que le mal qui se fait passer pour un juste que beaucoup obéissent aveuglément. Je ne pense pas que Dieu est dicté chaque mot de la Bible comme un directeur qui dicte à sa secrétaire un courrier. Dieu a inspiré des hommes et je crois qu’il continue encore aujourd’hui a nous inspirer aussi en d’autres actions. Dieu inspire mais ne dicte pas comme un dictateur. Des hommes ont écrit de la par de Dieu avec leur propres mots sortis de leur émotion, de leur éducation spirituelle qu’ils ont reçus de leurs aînés. Voilà, c’est mon point de vue. Je sais déjà que tu ne la partagera pas et c’est aussi peut-être que toi et moi n’avons pas reçu la même éducation et pour conséquence n’avons pas la même analyse des écritures. Fraternellement.

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    1. Je pensais faire une série d’articles sur le post-modernisme en général. Je ferai aussi une série sur la sexualité biblique en la mettant en parallèle avec la sexualité que l’on voit dans notre société. Mais simplement pour répondre rapidement: ce que j’ai essayé de dire c’est qu’en réaction au modernisme (et à une certaine pratique de la religion de l’époque), le post-modernisme a enlevé toute forme ou tout « cadre » aux valeurs morales. Le problème avec ça c’est qu’en fin de compte on perd toute valeur au profit de quelque chose de flou et d’insipide. Le christianisme historique a affirmé l’importance de l’amour tout en disant que cet amour se vit d’une certaine manière et dans un certain cadre. Le post-modernisme a détruit ce cadre en disant que l’on peut faire ce que l’on veut tant qu’on aime (St Augustin disait par exemple: « aime et fais ce que tu voudras », même s’il ne l’entendait pas de la même manière que les post-modernes). Le problème avec ça c’est que certaines personnes sont prêtes à faire des atrocités au nom de l’amour. Certaines personnes sont prêtes à tuer par amour pour quelqu’un d’autre. Au nom de la liberté, on incite à tuer des bébés dans le ventre de leur mère ou même après leur naissance! Si tu ne donnes pas un « cadre », une manière de vivre à tes valeurs, tu finiras par les perdre.
      Sinon, je pense que tu as bien trouvé le point qui nous sépare le plus dans notre manière de penser: quel est le rôle de la Bible, la Parole de Dieu? Pour ma part, je ne peux pas passer à côté de tant d’endroits dans l’Ancien Testament où les prophètes disent « ainsi parle l’Éternel! » Je ne peux pas, non plus, mettre de côté ce que Jésus (Dieu lui-même!) disait de la Bible: « Ne pensez pas que je sois venu supprimer la loi de Moïse et l’enseignement des prophètes [c-à-d tout l’AT]. Je ne suis pas venu pour les supprimer mais pour leur donner tout leur sens. Je vous le déclare, c’est la vérité: jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, ni la plus petite lettre ni le plus petit détail ne seront supprimés de la Loi, et cela jusqu’à ce que tout se réalise. C’est pourquoi celui qui rejette même le plus petit des commandements et qui enseigne aux autres à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux. » (Mt 5,17-19). D’une certaine manière, Dieu lui-même se soumet à la Bible, à sa Parole parce que ce qu’il dit est vrai éternellement. Si Dieu le fait, pourquoi est-ce que moi je n’aurais pas à le faire? Le fait que la Bible ait été écrite dans un contexte historique à travers des êtres humains n’enlève pas son atemporalité parce que Dieu en est sa source (2 Ti 3,16-17).

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