La patience dans Jacques 5,7-11

On arrive à notre dernière prédication sur le thème : « comment vivre des relations, profondes, riches et saine dans l’Église et en dehors de l’Église » et je vois qu’il y aurait encore beaucoup à aborder ! J’aurais voulu aborder le thème de l’amour, un peu plus parler du pardon, la médisance, la jalousie, les attentes inexprimées, les préjugés, etc, mais on n’aura pas le temps d’approfondir tout cela. Alors, pour ma dernière prédication sur le sujet, je voulais réfléchir au thème de la patience. La Bible nous dit que la patience fait partie du fruit de l’Esprit, c’est-à-dire que la patience est quelque chose que Dieu créé en nous. On voit aussi que « l’amour est patient » (1 Co 13,4). Ça veut dire que si l’on agit avec patience, c’est un acte d’amour qui va servir au bien de notre relation. Et pourtant, la patience est une vertu qui se perd de plus en plus. À notre époque, on fait tout pour que l’on n’est le moins besoin d’attendre. Alors qu’à l’époque on écrivait des lettres qui prenaient parfois très longtemps à arriver chez nous, maintenant on s’attend à ce qu’une personne nous répondre dans les 5min qui ont suivi notre message. On fait de moins en moins nos courses au supermarché parce qu’on préfère le faire en ligne pour ne pas avoir à attendre en faisant la queue ou à perdre du temps à chercher des aliments dans les rayons. On ne veut plus attendre les saisons spécifiques pour avoir les fruits et légumes de saison. Dès qu’on a un petit moment de creux on veut tout de suite le combler par le téléphone ou la télévision. Dès qu’on a faim, il faut qu’on la comble en mangeant tout de suite et en grignotant entre les repas. Et bien sûr, au niveau des relations on voit particulièrement notre impatience lorsqu’on est dans des bouchons. Quand on est impatient souvent on atteint notre limite et fait des choses qu’on ne ferait pas habituellement. Alors, bien sûr, en disant ça je ne dis pas que je suis contre les téléphones, le drive, amazon ni même de prendre la voiture dans des bouchons mais ce que je veux dire c’est que toutes ces choses nous montrent qu’on a un rapport faussé au temps et qu’on est de moins en moins patients. De l’autre côté, on peut aussi avoir une fausse compréhension de la patience qui nous conduit à tout accepter et à se laisser marcher sur les pieds parce qu’on veut être patient. Et probablement que, même si l’on tend vers l’un ou l’autre de ces extrêmes on fait un peu des deux tous les jours. Mais la question qu’on va se poser ce matin c’est : « qu’est-ce qu’en dit la Bible » ? Et ce matin, je vous invite à ouvrir vos Bible à l’épître de Jacques au chapitre 5, les versets 7 à 11.

« Soyez donc patients, frères jusqu’à l’avènement du Seigneur. Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard, jusqu’à ce qu’il ait reçu les pluies de la première et de l’arrière-saison. Vous aussi, soyez patients, affermissez vos coeurs, car l’avènement du Seigneur est proche. Ne vous plaignez pas les uns des autres, frères, afin que vous ne soyez pas jugés: voici, le juge est à la porte. 10 Prenez, mes frères, pour modèles de souffrance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. 11 Voici, nous disons bienheureux ceux qui ont souffert patiemment. Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda, car le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion. » (Jacques 5,7-11)

  1. Qu’est-ce que la patience ?

Je crois que la première question que l’on doit se poser c’est : « qu’est-ce que la patience » ? Parce que je ne sais pas vous mais quand on parle de patience, on imagine souvent quelqu’un qui est passif, qui attend et qui ne réagit pas alors que les personnes autour de lui sont en train de profiter de sa patience. Ce qui est intéressant, c’est que la Bible, et en particulier ce passage dans Jacques, ne décrit pas du tout la patience de cette manière. En fait, dans la Bible la patience est souvent très liée à la persévérance, à l’espérance et à faire confiance au timing de Dieu. C’est le fait de tenir bon dans l’espérance que Dieu nous a donné sans broncher, même si les circonstances ne sont pas toujours favorables. C’est le fait d’avoir une destination et de rester accroché à cette destination, même en étant prêt à attendre longtemps s’il le faut. En fait, on imagine souvent que la patience c’est le fait d’être passif, mais la vraie patience n’est pas toujours passive. Et c’est pour ça que dans le texte qu’on a lu, il est question plusieurs fois d’actions que l’on doit vivre : « Vous aussi prenez patience, affermissez vos coeurs » (v. 8), « Vous avez entendu parler de la fermeté de Job » (v. 11). En fait, dans la patience il y a à la fois une notion de passivité et d’activité.

Il y a pleins d’exemples de ça. On peut être patient et se dire que l’on va acheter une maison dans cinq ou dix ans, mais ça n’empêche pas le besoin de préparer cet achat en amont. Mais il y a aussi l’exemple de Jacques que j’aime beaucoup parce qu’on y retrouve à la fois le besoin de travailler mais aussi le fait que l’on ne peut pas tout contrôler et qu’il faut parfois de la patience. L’agriculteur doit travailler… Il doit labourer, semer, tailler, entretenir, cueillir, etc mais il est aussi dépendant du temps : s’il fait beau, s’il fait froid, s’il pleut, s’il y a des maladies, etc.

Donc la patience nous montre que l’on doit faire notre part mais aussi que l’on ne peut pas tout contrôler dans notre vie. Et la vraie patience trouve un équilibre profond à ce sujet.

  1. La difficulté de la patience

Alors, maintenant la question que j’aimerais poser c’est pourquoi sommes-nous si impatients et qu’est-ce que ça peut changer concrètement dans nos vies ? On est impatient parce que ce qu’on espère ne se réalise pas aussi vite que ce que l’on aimerait. Alors, il y a trois problèmes qu’on a souvent par rapport à la patience. Soit on espère des chosesqu’on ne devrait pas espérer et du coup c’est sûr qu’on devient vite impatient (on peut imaginer par exemple, quelqu’un qui est amoureux de quelqu’un qui n’est pas intéressé par lui mais qui a tout de même des attentes d’affection de cette personne. On peut imaginer un employé qui attend une augmentation alors que la boîte dans laquelle il travaille fait faillite). Soit on fait pas notre partie du travail et on est impatient parce que les choses ne se passent pas comme on voudrait. Ça peut être, par exemple qu’on est impatient contre quelqu’un qui ne fait pas bien les choses mais qu’on ne leur a pas expliqué leur part de travail ou ne pas dire ce qui nous a gêné chez quelqu’un mais comme même agir avec impatience envers lui. Et le dernier problème c’est quand on espère de bonnes choses mais qu’on ne reconnaît pas qu’il y a des choses qu’on ne peut pas contrôler et que notre temps n’est pas toujours celui de Dieu. La Bible nous dit qu’un jour est comme mille ans et que mille ans sont comme un jour pour Dieu (2 Pi 3,8) et que parfois Dieu n’agit pas aussi vite que ce que l’on aimerait ou qu’il agit trop vite pour nous.

C’est un peu comme avec un enfant. On dit parfois aux enfants qu’ils pourront manger avoir une glace ou un dessert « ce soir », en se disant qu’attendre une journée ce n’est pas grand-chose. Alors que pour nos enfants, ils se disent qu’attendre une journée c’est comme s’ils devaient attendre leur majorité et on va les entendre se plaindre toute la journée pour avoir la glace en avance.

Il y a donc trois obstacles principaux à la patience : espérer les mauvaises choses, ne pas faire sa part du travail, ou bien ne pas accepter qu’il y a des choses que l’on ne peut pas contrôler, notamment le timing de Dieu. Et toutes ces formes d’impatience peuvent affecter nos relations. Ce n’est pas pour rien que Jacques écrit au milieu de ce passage : « ne vous plaignez pas les unes des autres, frères, afin que vous ne soyez pas jugés » (v. 9). Quand on est impatient envers quelqu’un on va commencer à se plaindre de lui mais encore une fois on doit se rappeler que l’on ne peut pas changer la personne qui est en face de nous. On est appelé à aller à son rythme et surtout au rythme de Dieu qui lui peut débloquer toutes les situations. Mais aussi à toujours faire notre part du travail.

  1. Une patience à toute épreuve

Alors, qu’est-ce qui nous permet d’accepter de ne pas tout contrôler et d’être patient ? Pour beaucoup de personnes à notre époque on essaie le « lâcher-prise zen » en disant que l’on est appelé à se détacher de ce qui nous entoure et que du coup les épreuves ne sont pas si importantes que ça, qu’on est appelé à abandonner tout espoir précis pour accepter ce qui se passe. Mais ce n’est pas ce que nous enseigne la Bible parce que si on pratique simplement ce « lâcher-prise zen » ça veut dire qu’on va se mettre à accepter certaines situations autour nous qui ne sont pas acceptables. Et la Bible nous montre que l’on peut avoir des espoirs qui ne sont pas mauvais à avoir mais qu’ils sont avant tout ancrés dans le dernier verset qu’on a lu : « car le Seigneur est plein de compassion et de miséricorde » (v. 11). Ça veut dire qu’on a une espérance vivante que les choses vont changer, qu’il n’y aura plus de discorde, de maladie, de mort, de souffrance, etc et qu’on sait que ça va se réaliser parce que Dieu est amour et qu’il nous aime d’un amour profond. Il a envoyé son fils Jésus-Christ qui a donné sa vie à la croix pour nous, pour détruire tout le mal de ce monde. Il est mort et il est ressuscité pour vaincre la mort et pour nous assurer de l’amour de Dieu pour nous. Jésus va revenir et on est appelés à prendre patience « jusqu’à l’avènement du Seigneur » (v. 7). En fait, ce qui va nous aider à rester patient c’est de regarder à la destination que l’on va atteindre et de se rappeler de l’amour de Dieu pour nous. Son timing est toujours le meilleur.

C’est comme un sportif de haut niveau qui se sait aimé par son entourage, son équipe, son pays et qui imagine son but de gagner les jeux olympiques. S’il est soutenu et qu’il sait où il va, ça lui permet de surmonter tous les obstacles sur le chemin et ça le pousse à faire plus, tout en respectant le timing où il doit le faire. Il sait qu’il doit apprendre à modeler son corps petit à petit, il sait qu’il doit s’entrainer pendant des années, mais après toutes ces années d’entrainement, il sait qu’il est prêt et qu’il a le soutien de tant de personnes.

Et c’est pareil pour nous : se savoir aimé et savoir où on va peut nous aider à surmonter toutes les épreuves avec patience. Si mon enfant m’impatiente, si mon patron au travail m’insupporte, si mon conjoint ne chemine pas aussi rapidement que ce que j’aimerais aimerait, si je suis dans des bouchons, la solution est toujours la même : je peux me rappeler ce qui fait partie de ma responsabilité, ce que je ne peux pas changer, ce que Dieu veut pour cette situation, mais aussi qu’il la dirige et que « tout concoure au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8), parce qu’il a un projet bienveillant pour nous.

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