Nous continuons dans notre série de prédication sur « comment vivre des relations profondes, riches et saines dans l’Église et en dehors de l’Église ». Et on continue à apprendre cette dynamique par coeur que nous donne la Bible pour vivre ces relations saines et profondes. Nous sommes appelés à abandonner tout ce qui détruit nos relations (colère, orgueil, haine, animosité, jalousie, paroles mensongères et blessantes, calomnies, etc) et se revêtir de toutes les vertus du Christ (amour, compassion, humilité, douceur, patience, bonté, etc) en contemplant son amour pour nous, pour être capables de se dire la parole du Christ les uns aux autres avec amour. Et ce matin, nous allons parler de la colère et de la douceur. Alors, quand on parle de colère, ce à quoi on pense souvent c’est des crises de colère où une personne crie sur une autre mais la colère n’est pas que cela. Pour reprendre les mots de David Powlison, un conseiller chrétien : « Nous avons tous un jour dû subir la colère de notre prochain. Nous avons entendu et vu des gens se mettre en colère les uns contre les autres. D’une certaine manière, vous êtes tous les jours victimes d’une certaine forme de colère qui a mal tourné, que ce soit votre propre colère ou celle d’autrui. Elle est souvent bénigne : frustrations, ronchonnements, irritation. Elle est souvent masquée : pensées critiques, agressions passives. Elle est parfois même enfouie : cachée de notre conscience, recouverte de plaisanteries, anesthésiée par des distractions, l’activisme ou des [drogues]. Trop souvent, elle est intense : amertume, hostilité, violence. Ne soyons donc pas surpris si, dans la liste des péchés caractéristiques que Paul énumère, une moitié appartient à la famille de la colère »1. Et je crois que l’on peut tous témoigner de relations qui ont été brisées à cause de la colère qui a explosé contre nous et par nous contre quelqu’un d’autre. Cette colère peut souvent être un destructeur de nos relations. Je vous invite donc à méditer avec moi ce matin deux passages de la Bible qui nous montre comment nous sommes appelés à vivre la colère.
« Ainsi, que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère; 20 car la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. 21 C’est pourquoi, rejetant toute souillure et tout excès de malice, recevez avec douceur la parole qui a été planté en vous, et qui peut sauver vos âmes » (Jacques 1,19b-21).
« Si vous vous mettez en colère, ne péchez point; que le soleil ne se couche pas sur votre colère, 27 et ne donnez pas accès au diable » (Éphésiens 4,26-27).
- Qu’est-ce que la colère ?
Le premier texte qu’on a lu, dans l’épitre de Jacques, nous aide à comprendre ce qu’est la colère. Jacques nous dit que « la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu » (v. 20). En fait, ça nous montre que la colère est tout simplement un cri du coeur qui dit : « ça c’est mal ». C’est une pulsion de notre être qui essaie de faire justice dans une situation qui nous paraît injuste. On va revenir plus tard sur le pourquoi elle n’accomplit pas la justice de Dieu mais pour l’instant, j’aimerais qu’on retienne que cette colère est tout simplement un désir de corriger une situation injuste. C’est intéressant parce que ça nous montre que la colère n’est pas mauvaise en soi. Et d’ailleurs le passage d’Éphésiens est souvent mal traduit. Au lieu de traduire : « si vous vous mettez en colère, ne péchez pas » on devrait plutôt traduire : « mettez-vous en colère mais ne péchez pas » (v. 26).
Si je vois quelqu’un qui pousse une personne âgée dans la rue, quelqu’un qui conduit n’importe comment au péril de la vie des autres conducteurs, quelqu’un qui se moque d’une autre personne ou quelqu’un qui bat une autre personne, j’ai de bonnes raisons d’être en colère. Et il y a de nombreux exemples dans la Bible de personnes très pieuses qui étaient en colère pour de bonnes raisons.
En fait, un des problèmes qu’on a, c’est justement que l’on a finit par être affable et mous sur des choses qui ne sont pas acceptables. En tant que chrétiens, on n’est pas appelés à être insensibles à toutes les mauvaises choses qui se passent autour de nous. C’est normal et bon d’être en colère. Autrement on ne trouverait que rarement la force de se battre contre les injustices de ce monde et rien ne nous dérangerait. Et même Jésus avait horreur du péché. La Bible dit que les « les yeux [de Dieu] sont trop purs pour voir le mal » (Hab 1,13). Dieu lui-même est en colère contre le mal et l’injustice et on est appelé à l’imiter. C’est cette colère de Dieu qui nous montre que la mal et l’injustice ne sont pas normaux et qu’on est appelé à les condamner. Si Dieu n’était pas en colère, le mal serait quelque chose de normal.
- Une colère mal orientée et destructrice
Donc on a un problème lorsque l’on veut à tout prix éviter la colère mais aussi de l’autre côté, lorsque la colère prend trop de place ou qu’elle n’est pas orientée contre la bonne chose. Parce que, quand on y réfléchit, la colère, la frustration ou nos irritations nous montrent ce à quoi on est vraiment attaché. Alors, je vous donne le défi pendant les deux semaines qui viennent de prendre un carnet avec vous et de noter toutes les choses qui vous ont frustré ou vraiment énervé et de réfléchir aux raisons pour lesquelles ces choses vous semblent si importantes pour vous. Et parfois, on va voir que notre colère n’est pas toujours aussi justifiée que ce que l’on pense ou que notre réaction est démesurée par rapport à ce qui se passe autour de nous. C’est pour cela que Jacques nous dit que nous sommes appelés à être « lents à la colère » (v. 19). Même si la colère n’est pas mauvaise en soi, elle est souvent à côté de la plaque.
On peut prendre plusieurs exemples du quotidien qui nous aident vraiment à bien comprendre ça. Si après avoir perdu à un jeu, on se met en colère en expliquant pourquoi on aurait dû gagner, peut-être que ça veut dire que l’on accorde trop d’importance au fait de gagner ou que l’on n’a pas envie de perdre la face devant nos amis. Si on se met à crier sans relâche parce qu’une personne a mal rangé quelque chose dans la maison, peut-être que c’est que le rangement prend trop de place dans notre vie. Si on est tellement frustré qu’une personne soit arrivé un peu en retard que ça nous a bousillé notre journée, peut-être que nous plaçons trop d’importance sur la ponctualité. Si on augmente le ton pour réussir à gagner un argument, peut-être que l’on place trop d’importance au fait de montrer qu’on a raison.
Et donc, non seulement cette colère est souvent injustifiée mais elle est aussi démesurée. Lorsqu’elle n’est pas contrôlée, la colère est destructrice parce qu’elle finit par nous contrôler. Comme la colère est un cri contre l’injustice on se croit tout permis pour assouvir notre soif de justice qui nous semble si juste. On peut être quelqu’un de colérique sans même s’en apercevoir parce qu’on croit que notre colère est légitime. Et la plupart des personnes colériques ne s’en rendent pas réellement compte jusqu’à ce qu’il y ait des excès trop grands qui leur font sortir de leur torpeur et prendre du recul sur des années de violence. Et souvent le problème dans ce genre de situation c’est quoi se croit le juge et le sauveur tout-puissant d’une situation ou d’une personne. Et comme on n’est pas tout puissant, on utilise la colère pour transformer des choses ou des personnes qui ne sont pas en notre pouvoir ni forcément dans notre rôle.
- La douce colère de Dieu
La question que chacun se pose maintenant c’est probablement : comment faire pour être délivrés de cette mauvaise colère qui prend trop de place dans nos vies ? Et je crois que Jacques le dit très clairement : « C’est pourquoi, rejetant toute souillure et tout excès de méchanceté, recevez avec douceur la parole qui a été plantée en vous et qui peut sauver vos âmes » (v. 21). Il y a un proverbe dans la Bible qui va aussi dans le même sens : « Une réponse douce calme la fureur, mais une parole dure excite la colère » (Prov 15,1). Quelle est la solution à la colère d’après la Bible ? C’est tout simplement d’agir avec douceur et de recevoir la douceur. Pourquoi ? Parce que si chacun réagit à la colère par la colère, qu’est-ce qui va se passer ? Chacun va augmenter sa réaction face à l’injustice de l’autre et chacun va se sentir légitime pour faire quelque chose d’encore plus grave pour défendre sa propre justice. La douceur est vraiment le dernier rempart contre la violence parce qu’à travers la douceur on montre que l’on cherche le bien de l’autre et qu’on recherche en fait la même chose. Et qu’est-ce que la Bible nous dit ? C’est qu’alors que nous déversions notre colère contre Dieu en lui faisant tous nos reproches, lui nous a parlé avec douceur et a agit envers nous avec douceur. Il aurait pu nous détruire dans sa colère mais il ne l’a pas fait. Le mystère de la croix nous montre l’équilibre parfait dans la colère : Si Jésus n’avait jamais été en colère, nous n’aurions aucune espérance face au mal, parce que le mal n’aurait pas forcément été détruit. Et si Jésus n’avait été que colère, nous n’aurions aucune espérance pour nous-mêmes. Parce que tout ce que nous aurions vu en Jésus c’est son jugement. Mais à la croix, la colère et l’amour de Dieu se rencontrent — et c’est là que nos colères trouvent leur guérison. Pourquoi ? Parce qu’à cette croix, Jésus prend toutes nos mauvaises actions et il meurt à notre place. C’est-à-dire qu’il reconnaît à la fois que nous avons fait le mal mais aussi qu’il nous aime parce qu’il donne sa vie pour nous. À la croix, le mal a été détruit et justice a été faite. Peut-être qu’il y a des personnes parmi nous qui sont en proie à la colère. Laissez moi vous dire la seule solution pour qu’elle arrête de vous contrôler : la seule solution c’est Jésus. Allons à lui pour recevoir sa douceur et je crois qu’on verra que notre colère ne nous dominera plus.
La Bible nous dit : « Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère [de Dieu]; car il est écrit: à moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur » (Rm 12,19). On peut reconnaître à la fois que les autres ont fait le mal contre nous et qu’on les aime en laissant Dieu faire justice. Et ici, on parle bien de pardonner par rapport à une faute qui a été commise contre nous. Je ne parle pas d’abolir toute recherche de justice dans le monde. Et cette colère que nous vivons sera pleine d’amour. En fait, la colère nous promet la justice, mais elle ne peut jamais la donner. Christ, lui, l’a donnée à la croix — et c’est pour cela que nous pouvons enfin vivre dans la douceur. Parce qu’il a pris sur lui toute notre colère.
1POWLISON, Chrétiens en colère, p. 13.



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