Le rôle de la langue, Jacques 3,1-12

Pour ceux qui viennent régulièrement, vous savez qu’on a commencé cette série d’enseignements sur la question de comment développer des relations profondes ? Je vais rappeler la dynamique que j’ai décrite jusqu’ici que nous allons apprendre par coeur au fur et à mesure de ces prédications : nous sommes appelés à nous débarrasser de nos mauvaises émotions et habitudes qui détruisent nos relations (colère, animosité, jalousie, rancoeur, préjugés, calomnie, mensonges, etc) pour nous revêtir des vertus du Christ (amour, patience, bonté, compassion, douceur, etc) en contemplant son amour pour nous pour se dire les uns aux autres la parole du Christ. Et justement, une chose que la Bible souligne souvent est notre usage de la parole. Nos relations sont beaucoup plus impactées par notre usage de la parole que ce que l’on pourrait penser. Donc, je vous invite donc à ouvrir vos Bibles avec moi à plusieurs passages qui évoquent le sujet

« L’Eternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant porte le nom que lui donnerait l’homme. 20 Et l’homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs; mais, pour l’homme, il ne trouva point d’aide semblable à lui. 21 Alors l’Eternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. 22 L’Eternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme. 23 Et l’homme dit: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! on l’appellera femme, parce qu’elle a été prise de l’homme. 24 C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair » (Genèse 2,19-24)

« Si quelqu’un croit être religieux, sans tenir sa langue en bride, mais en trompant son coeur, la religion de cet homme est vaine. » (Jacques 1,26)

Mes frères, qu’il n’y ait pas parmi vous un grand nombre de personnes qui se mettent à enseigner, car vous savez que nous serons jugés plus sévèrement. Nous bronchons tous de plusieurs manières. Si quelqu’un ne bronche point en paroles, c’est un homme parfait, capable de tenir tout son corps en bride. Si nous mettons le mors dans la bouche des chevaux pour qu’ils nous obéissent, nous dirigeons aussi leur corps tout entier. Voici, même les navires, qui sont si grands et que poussent des vents impétueux, sont dirigés par un très petit gouvernail, au gré du pilote. De même, la langue est un petit membre, et elle se vante de grandes choses. Voici, comme un petit feu peut embraser une grande forêt. La langue aussi est un feu; c’est le monde de l’iniquité. La langue est placée parmi nos membres, souillant tout le corps, et enflammant le cours de la vie, étant elle-même enflammée par la géhenne. Toutes les espèces de bêtes et d’oiseaux, de reptiles et d’animaux marins, sont domptés et ont été domptés par la nature humaine; mais la langue, aucun homme ne peut la dompter; c’est un mal qu’on ne peut réprimer; elle est pleine d’un venin mortel. Par elle nous bénissons le Seigneur notre Père, et par elle nous maudissons les hommes faits à l’image de Dieu. 10 De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères, qu’il en soit ainsi. 11 La source fait-elle jaillir par la même ouverture l’eau douce et l’eau amère? 12 Un figuier, mes frères, peut-il produire des olives, ou une vigne des figues? De l’eau salée ne peut pas non plus produire de l’eau douce. (Jacques 3,1-12)

  1. La puissance de la parole sur notre identité

Vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai lu ces quelques versets de la Genèse ? Qui semblent n’avoir aucun rapport avec ce chapitre de Jacques que l’on a lu. En fait, je voulais simplement lire ces quelques versets parce qu’ils nous rappellent le rôle de la parole. La parole est là pour créer (et c’est pour ça que la Bible commence avec un récit de Dieu qui créé le monde par sa parole), mais la parole est aussi là pour donner une identité. Quand Dieu demande à Adam de nommer les différents animaux, il lui demande de définir leur rôle, leur identité pour qu’ils sachent ce qu’ils sont. C’est pour cela que dans la Bible, il y a cette insistance que toutes nos paroles ont un effet profond sur les autres, qu’il soit négatif ou positif. Et j’insiste vraiment sur le « TOUTE parole ». Parce que chacune de nos paroles vont avoir un impact sur l’identité d’une personne, d’une chose ou d’une situation. Un encouragement à aller de l’avant peut débloquer une situation et aider une personne à voir qu’elle est effectivement capable de faire quelque chose, mais une parole de mépris peut bloquer quelqu’un pendant de nombreuses années. Si on dit à nos enfants : « tu n’arriveras jamais à rien », probablement qu’ils vont construire leur identité par rapport à cette affirmation, soit ils vont tout faire pour la démentir et ils seront sans cesse dans un esprit de comparaison, soit ils vont se morfondre et se replier sur eux-mêmes en ne faisant rien. Maintenant, avec les réseaux sociaux, on peut même critiquer quelqu’un sans le rencontrer et une personne peut recevoir des centaines (voire des millions) de commentaires dans son dos. Le livre des proverbes va même jusqu’à dire : « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue » (Prov 18,21). Et c’est vrai, il y a certaines personnes qui se sont suicidés à force de recevoir des injures et d’autres ont changé leur vie par la puissance de paroles réconfortantes. Certains ont aussi reçu le Christ dans leur vie parce qu’ils ont entendu parlé de Dieu (Rm 10,17). Mais le problème c’est qu’on n’imagine pas la puissance de nos paroles parce qu’elles n’ont pas un effet qui est toujours visible.

C’est comme l’électricité. On ne la voit pas. Elle apporte beaucoup de bonnes choses mais comme on ne la voit pas, on peut avoir tendance à oublier les dangers qu’elle représente. Jacques nous dit que c’est comme le feu. Le feu est capable de nous réchauffer mais parfois, il suffit également d’une étincelle pour brûler des kilomètres carré de forêt (v. 5-6). En fait, Jacques nous donne ces exemples pour nous rappeler la puissance de la parole même si elle nous paraît parfois insignifiante.

Qu’est-ce qu’il se passe lorsqu’on oublie la capacité de nos paroles ? On se tait quand on devrait parler et donner de la vie autour de nous parce qu’on pense que notre parole n’est pas importante. On parle quand on devrait se taire et ça impacte négativement les autres. On insulte les autres ou on les couvre de reproches d’une mauvaise manière.

  1. Réussir à dompter la parole ?

C’est là qu’on arrive à ce verset qui est parfois difficile à accepter : « Si quelqu’un ne bronche pas en paroles, c’est un homme parfait, capable de tenir tout son corps en bride » (v. 2). Et même un peu plus loin, il nous dit : « la langue, aucun homme ne peut la dompter : c’est un mal qu’on ne peut maîtriser » (v. 8). On a souvent cette idée que l’on arrive très bien à contrôler notre langue mais apparement, d’après la Bible c’est un peu plus compliqué que ça. En fait, cette idée de dompter est assez intéressante et je pense que c’est ça qui va nous aider à comprendre un peu mieux notre relation à la parole.

Je ne sais pas si vous avez déjà vu des documentaires sur la manière de dompter des chevaux. J’en ai regardé pour préparer la prédication et c’est assez intéressant parce qu’il y a plein d’étapes différentes. Il faut déjà le capturer et le séparer des autres chevaux, faire en sorte qu’il nous fasse confiance, lui mettre des rennes, etc. Tout le processus est très long et compliqué. Certaines personnes peuvent même être blessées par les chevaux. C’est la même chose avec la langue. Elle commence à l’état sauvage et il faut beaucoup de temps et de sagesse pour réussir à la dompter. Et on peut être blessée par elle, par ce qu’on peut dire ou ce que les autres disent de nous.

Même après des années de vie chrétienne, on peut avoir cette impression que la langue nous dépasse un peu et que l’on débite des choses que l’on n’aurait jamais pensé dire. On peut se mettre à sortir des injures au volant, insulter quelqu’un sous le coup de la colère, dire des calomnies qui détruisent la réputation des autres à nos yeux ou aux yeux des personnes qui nous entourent que ce soit en présentiel ou à travers des commentaires en ligne, on peut décourager une personne, on peut crier contre nos enfants après une dure journée de travail parce qu’ils n’ont pas rangé leurs jouets, etc. C’est si difficile de dompter sa langue. Et c’est souvent dans les situations les plus dures qu’on finit par craquer dans un cynisme malsain ou dans une violence de paroles. Je sais, par exemple, que quand je suis malade je suis souvent très cynique sur le monde qui nous entoure et ça détruit tout ce qu’il y a de bon autour de moi. Et ça détruit certainement nos relations.

  1. Le Christ, la parole qui nous sauve

Alors, quelle est la solution ? Comment faire pour employer notre langue pour construire et pas pour détruire ? Pour donner une identité riche et profonde et pas rabaisser ? La solution est tout simplement de recevoir la parole de Dieu en nous qui nous donne la vie. Parfois, on aimerait contrôler les effets de la parole de Dieu sur nous ou sur les autres, mais on doit accepter qu’elle est indomptable et que la parole de Dieu ne revient pas à lui sans son effet (Es 55,11). Jésus nous le dit dans l’évangile de Jean : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. En vérité, en vérité, je vous le dis, l’heure vient, et elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu; et ceux qui l’auront entendue vivront » (Jn 5,24-25). Vous voulez abandonner votre manière mauvaise de parler ? Les insultes et les jugements ? Vous voulez être libérés des insultes des autres qui ont détruit votre vie ? Écoutez la voix de Dieu ! Elle est capable de créer, on l’a vu au tout début de la prédication, et elle est capable de nous donner la libération dont nous avons tant besoin. C’est elle qui va nous donner une nouvelle vie, avec Dieu. Mais pour ça, il faut arrêter d’essayer de chercher à contrôler la parole de Dieu et juste la recevoir.

L’image du domptage des chevaux est toujours très parlante à ce sujet. En fait, on pourrait dompter un cheval de force comme dans les rodéos mais il finirait par être épuisé et par ne pas être très utile à la fin. La manière dont on dompte un cheval, une fois qu’il a été capturé, c’est de s’approcher de lui tranquillement, lui souffler dans les narines, lui donner à manger, le caresser, etc. Et on voit que petit à petit on n’est plus dans une optique de dompter mais de collaborer dans une même direction.

On peut essayer de se battre avec la parole de Dieu et chercher à la dompter mais en fait le mieux c’est quand on se laisse dompter par la parole de Dieu qui prend soin de nous et qui nous montre dans quelle direction aller. En faisant cela, petit à petit, elle va faire son effet dans nos vies. Et Dieu va nous donner une nouvelle manière de parler qui va créer des relations et les développer. Jésus, lui qui insulté n’a pas insulté en retour. En ayant donné sa vie à la croix et en ressuscitant pour nous, il a pris sur lui toutes les mauvaises paroles qui nous définissaient pour que Dieu puisse nous dire « Toi, tu es mon enfant bien-aimé » ! Et recevoir cette parole qui donne la vie nous permet de la donner à notre tour. Et cette promesse qui a été faite à Jésus nous est maintenant donnée : « Le Seigneur, l’Eternel, m’a donné une langue de savant, pour que je sache soutenir par la parole celui qui est abattu; Il éveille, chaque matin, il éveille mon oreille, Pour que j’écoute comme écoutent des disciples » (Es 50,4). Par son Esprit nous pouvons, nous aussi, donner cette parole à ceux qui nous entourent pour donner la vie et la consolation à ceux qui en ont besoin.

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