L’humilité et les relations Philippiens 2,1-11

Je ne sais pas si vous vous rappelez mais la dernière fois que j’avais prêché j’avais dit que j’allais me lancer dans une série de prédications pour réfléchir à comment vivre des relations profondes dans l’Église et au dehors de l’Église. J’avais dit beaucoup de choses mais une des choses qui me marque en ce moment c’est que ce qui fait vraiment la maturité d’un chrétien c’est sa capacité à aimer et à pardonner. On peut faire des tas de choses, Paul nous dit qu’on peut aller jusqu’à vendre tous nos biens pour les pauvres, livrer son corps pour être brûlé, si on n’a pas l’amour nous ne sommes rien. Jésus nous enseigne aussi à prier : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé ». Il y a quelque chose d’indissociable entre l’amour, le pardon et la vie chrétienne. D’une certaine manière, on ne peut pas être chrétien si on ne pardonne à ceux qui nous ont offensé. Il y aurait tellement de choses à dire à ce sujet et j’espère qu’on va pouvoir approfondir tout cela dans les semaines à venir. Dans ma dernière prédication, j’avais rappelé que nous ne sommes pas capables de changer les autres et que du coup pour développer nos relations nous sommes appelés à changer nous-mêmes notre regard sur une situation ou sur une personne. Parce que si l’autre ne change pas et que moi je ne change pas, les relations vont toujours rester conflictuelles. La dernière fois, on avait lu un passage (Col 3,7-17) qui sera la ligne conductrice de toute cette série de prédications et dont j’aimerais qu’on retienne la dynamique : nous sommes appelés à rejeter toutes les choses négatives qui détruisent nos relations (colère, animosité, rancune, médisance, orgueil, mensonges, etc) pour construire une relation en développant notre compassion, notre amour, notre patience, notre bonté, notre humilité et notre douceur. Cet amour, compassion, patience, bonté, humilité et douceur vont nous amener à nous dire la parole du Christ les uns aux autres dans l’Église (et à l’extérieur) pour que nous puissions grandir spirituellement. Et ce matin, on va justement regarder un de ces points qui peuvent détruire et construire une relation. C’est le combo orgueil/humilité. On va regarder comment l’orgueil peut être source de destruction et comment l’humilité peut servir de médicament pour des relations brisées. Pour réfléchir à cela, je vous invite à ouvrir vos Bibles à Philippiens 2,1-11.

Si donc il y a quelque consolation en Christ, s’il y a quelque soulagement dans la charité, s’il y a quelque union d’esprit, s’il y a quelque compassion et quelque miséricorde, rendez ma joie parfaite, ayant un même sentiment, un même amour, une même âme, une même pensée. Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l’humilité vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes. Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres. Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, 10 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, 11 et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. (Philippiens 2,1-11)

  1. L’unité de l’Église

Pour comprendre un peu mieux ce que Paul veut nous communiquer dans ce contexte, il faut imaginer un peu ce qui était en train de se passer dans l’Église de Philippe à ce moment. C’était une situation un peu particulière parce qu’il y avait des conflits dans l’Église, notamment parce que certaines personnes prêchaient plus pour attirer les regards vers eux que vers le Christ (Phi 1,15-17) et ils enseignaient probablement qu’il fallait être circoncis pour être chrétien.Toutes ces histoires ont conduit les Philippiens à être dans une situation de tension et de division. Comme c’est Paul qui a implanté l’Église, on lui a demandé son avis sur la situation et Paul a essayé de répondre le plus délicatement possible sans connaître toute la situation et sans être présent à Philippe. Et Paul nous dit que le but de ce qu’il écrit est qu’il y ait une profonde unité dans l’Église (si je ne me trompe pas, Richard a prêché là-dessus la semaine dernière, donc ça poursuit bien). C’est pour ça qu’il commence par supplier qu’il y ait « un même amour, une même âme, une même pensée » (v. 2). Mais qu’est-ce qui empêche cette unité ? Ce sont les rivalités et la vaine gloire (v. 3).

J’avais justement dit, il y a deux semaines, qu’une des raisons pour laquelle on a de la peine à pardonner c’est parce qu’on se croit supérieur aux autres et qu’au plus profond de notre coeur, si on est honnête, on se dit : « moi je n’aurais jamais fait quelque chose comme ça ». Et du coup ça met une barrière entre nous et les autres, parce que personne n’aime qu’on agisse envers nous avec condescendance. En fait, l’orgueil nous accorde tellement d’importance qu’on croit que tout nous est dû et que tout nous est permis.

Je prends un exemple qui nous est sans doute tous arrivé. Imaginez que vous soyez en retard pour un rendez-vous important et que vous avez déjà passé une mauvaise journée pour x ou y raison. Vous roulez plus vite que la limitation, vous coupez la priorité à droite, vous entrez un peu rapidement sur un rond-point, vous dépassez un peu dangereusement la personne devant vous qui a le culot de rouler à 78 km/h plutôt qu’à 80 et vous lui faites les phares ! En fait, quand on fait ça, on se croit tellement important qu’on a l’impression que tout doit se plier à notre volonté et bien sûr que ça créé des querelles avec des personnes autour de nous, parce qu’on leur donne l’impression qu’ils ne sont rien.L’orgueil est tellement profond qu’il nous donne l’impression que les personnes autour de nous sont des objets qui sont parfois au travers de notre route.

  1. L’humilité du Christ

Mais quelle est la solution à ces conflits, comment rechercher l’unité nous dit Paul ? Sa réponse est toute simple, d’une certaine manière : « Ne faites rien par rivalité ou par vaine gloire, mais dans l’humilité, estimez les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres » (v. 3-4). Déjà on remarque à nouveau, cette notion d’abandonner la mauvaise émotion qu’est l’orgueil pour se revêtir de l’humilité. Mais cette définition que Paul nous donne par rapport à l’humilité, on a de la peine à l’entendre à notre époque parce qu’on va tout de suite me répondre que l’humilité ce n’est pas se considérer comme étant moins capable que les autres. Et, d’une certaine manière, vous avez raison mais je ne pense pas que ça devrait nous empêcher d’écouter ce que nous enseigne ce passage. En fait, les versets suivants nous aident à comprendre un peu mieux ce que l’apôtre Paul voulait dire : « Ayez en vous la pensée qui était en Christ-Jésus, 6lui dont la condition était celle de Dieu, il n’a pas estimé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, 7mais il s’est dépouillé lui-même, en prenant la condition d’esclave, en devenant semblable aux hommes ; après s’être trouvé dans la situation d’un homme, 8il s’est humilié lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort sur la croix. » (v. 5-8). En fait Christ, lorsqu’il a accepté de s’abaisser, connaissait sa valeur, il savait qu’il était Dieu. Mais qu’est-ce qu’il a fait ? Il n’a pas considéré son statutcomme étant quelque chose de si important que ça l’empêche d’aller au contact de ceux qui sont dans le besoin. Il a accepté de s’abaisser au contact des autres parce qu’il connaissait sa valeur, son identité et qu’il n’avait pas peur de la perdre en allant vers les autres. Et Paul nous dit qu’on est appelé à faire la même chose ! On ne devrait pas regarder notre statut comme étant tellement important qu’il nous amène à négliger ceux qui sont autour de nous.

Ça peut se vivre de manières très différentes et très concrètes. Accepter de s’abaisser au monde d’un enfant et lui parler tout simplement et jouer à des jeux avec lui. Ça peut être d’adapter son langage à des personnes qui parlent moins bien le français ou parler plus fort pour ceux qui sont un peu sourds, ça peut être d’accepter d’aller vers ceux qui sont SDF et de leur accorder une réelle attention et un réel amour alors qu’on ne fait pas partie de la même classe sociale. Ça peut être écouter quelqu’un qui a un avis différent de nous et laisser la parole à des personnes qui ne nous semblent pas aussi éloquentes que nous. Ça peut être aller vers quelqu’un qui n’est pas de la même culture ou qui est différent. Ça peut aussi être laisser passer quelqu’un au passage piéton alors que nous sommes sûrs d’être en retard.

  1. Glorification future

Et vous verrez que lorsqu’on fait cela, on a souvent l’impression de perdre quelque chose. Parce qu’accepter de se dire que nos intérêts ne sont peut-être pas aussi important que ceux des autres nous fait souvent un peu mal au coeur. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Les versets 9 à 11 nous disent : « C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu »(v. 9-11). Ou pour le dire autrement : « Avant la ruine, le coeur de l’homme s’élève; mais l’humilité précède la gloire » (Prov 18,12) ou « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles » (Ja 4,6). Peut-être que sur le moment s’humilier nous semble une mauvaise idée parce qu’on a l’impression qu’on va perdre quelque chose mais en fait ces versets nous rappellent deux choses fondamentales. La première c’est que nous avons notre valeur en Jésus-Christ qui nous aime d’un amour profond. C’est ça qui nous donne la force d’aller de l’avant dans l’amour, de savoir que Christ s’est abaissé pour nous en mourant sur une croix et ressuscitant pour nous. Et du coup, on n’a pas peur de perdre notre valeur en nous abaissant vers ceux qui sont différents. Mais la deuxième chose c’est que ce monde n’est pas la fin. Il y aura un jour où Dieu nous élèvera et nous participerons à la gloire du Christ. C’est pour cela qu’un peu plus loin Paul dit dans sa lettre : « Pour nous, notre cité est dans les cieux ; de là nous attendons comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps humilité, en le rendant semblable à son corps glorieux » (v. 20-21a).

C’est un peu comme lorsqu’on part à la retraite. Il y a plusieurs personnes dans l’Église qui en sont là… On se dit parfois qu’on subit tellement ce qu’il se passe au travail mais on arrive à le supporter parce qu’on arrive à regarder un peu plus loin dans quelques années ou dans quelques mois où ces difficultés vécues rapporteront quelque chose. Alors, bien sûr, la récompense de la retraite n’est pas forcément grand-chose. Donc l’image ne marche pas à 100 % mais ce que je veux communiquer, c’est que tout n’est pas joué dans notre vie sur terre.

On peut subir des outrages et des injures, on peut être moqué, on peut être délaissé, abandonné, on peut même aller jusqu’à s’abaisser vers les autres parce que nous savons qu’un jour il y aura plus que tout cela et nous serons dans la présence du Christ glorieux qui nous donnera sa gloire. On n’a pas à avoir peur de perdre notre statut parce que notre statut le plus important est celui-là ! 

Laisser un commentaire