Alors, si vous connaissez bien l’évangile de Luc, vous aurez remarqué qu’on a sauté beaucoup de passages et notamment un poème que Marie a chanté lorsqu’elle a rendu visite à sa cousine Élisabeth. C’est un poème qu’on appelle le Magnificat et que j’aime beaucoup parce qu’il nous aide à comprendre à quel point la venue de Jésus sur terre est bouleversante.
Et Marie dit: Mon âme exalte le Seigneur, 47 Et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur, 48 Parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse, 49 Parce que le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses. Son nom est saint, 50 Et sa miséricorde s’étend d’âge en âge Sur ceux qui le craignent. 51 Il a déployé la force de son bras; Il a dispersé ceux qui avaient dans le coeur des pensées orgueilleuses. 52 Il a renversé les puissants de leurs trônes, Et il a élevé les humbles. 53 Il a rassasié de biens les affamés, Et il a renvoyé les riches à vide. 54 Il a secouru Israël, son serviteur, Et il s’est souvenu de sa miséricorde, – 55 Comme il l’avait dit à nos pères, -Envers Abraham et sa postérité pour toujours. 56 Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois. Puis elle retourna chez elle. (Luc 1,46-56)
- Comment vivre la venue de Jésus ?
Alors pour ce matin, j’aimerais simplement qu’on regarde deux choses. J’aimerais qu’on regarde comment vivre la venue de Jésus, c’est-à-dire Dieu qui s’est fait homme, et comment cette venue change notre société. Alors, comment recevoir la venue de Jésus ? C’est intéressant parce que toute la première partie de ce chant nous montre comment Marie reçoit la venue de Jésus avec beaucoup de joie. C’est pour cela qu’elle dit que son « âme exalte le Seigneur » et son « esprit a de l’allégresse en Dieu » son Sauveur (v. 46-47). Elle dit ensuite que « toutes les générations [la diront] bienheureuse » (v. 48). Donc la venue de Jésus nous donne beaucoup de joie parce que nous savons qu’elle bouleverse tout. En fait, savoir que Dieu vient dans nos vies pour nous secourir parce qu’il nous aime devrait être une source de grande joie. On reçoit Dieu. Mais cette venue doit aussi être accueillie dans l’humilité et c’est pour ça que Marie dit que Dieu « a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante » (v. 48) et que sa miséricorde s’étend « sur ceux qui le craignent » (v. 50). On est appelé à prendre conscience d’à quel point la venue de Dieu parmi nous est quelque chose d’extraordinaire.
On est à une époque où on a l’impression que tout nous est dû. Que tout le monde devrait nous donner quelque chose à Noël, que l’on devrait recevoir une allocation logement, qu’on devrait être mieux payé, qu’on devrait recevoir plus d’affection de son conjoint ou de ses enfants, etc. Mais en fait, un cadeau, est par définition pas obligatoire. C’est pour ça qu’on a tendance à dire naturellement « Oh… Il ne fallait pas » quand on reçoit un cadeau. Inversement, quand on donne quelque chose qu’on est obligé de donner, ce n’est pas vraiment un cadeau ou un signe d’amitié. Si tout à coup Aglaé se plaignait que je ne lui ai pas fait assez de cadeaux cette année et que je lui réponde : « ce n’était pas dans le contrat de mariage », je serai complètement à côté de la plaque parce qu’un cadeau est spontané et parce qu’à travers un cadeau, on recherche surtout l’attention de la personne. Je dirais que lorsqu’on est enfant, c’est surtout le cadeau qu’on recherche mais qu’en grandissant c’est plutôt l’attention de la personne et son affection qui nous importe.
Avec Dieu c’est la même chose, il n’était pas obligé de nous faire ce cadeau de sa venue sur terre. S’il le fait c’est parce qu’il veut nous montrer à quel point il nous aime. Mais du coup, on ne peut pas recevoir ce cadeau en disant : « c’était la moindre des choses ». Non, on doit comprendre que c’était quelque chose de spontané, de volontaire de la part de Dieu. Il était libre de le faire ou de ne pas le faire. Mais, comme il l’a fait, on sait qu’il nous aime d’un amour particulier et on est appelés à recevoir ce cadeau avec humilité.
- Comment l’incarnation transforme notre société : L’inversion des valeurs sociales
Je ne sais pas si vous avez remarqué dans la lecture de ce chant que la venue de Jésus bouleverse tout. En tant qu’être humains, nous avons cette tendance naturelle à rechercher celui qui nous semble le plus fort, celui qui peut nous protéger ou nous apporter quelque chose. Les personnes qui prennent des places importantes sont celles que nous voyons comme charismatiques, éloquentes et intelligentes. On est attiré par ce type de personne parce que, comme ils ont de la confiance en eux, on a l’impression qu’on peut avoir confiance en eux. Mais ce n’est pas comme ça que Dieu fonctionne. Partout dans la Bible, Dieu nous rappelle qu’il ne regarde pas à ce qui frappe les yeux, mais qu’il regarde au coeur (1 Sm 16,7). Le statut social, la richesse, le pouvoir, les capacités, toutes ces choses importent peu à Dieu si dans notre vie intérieure, nous sommes orgueilleux et égoïstes. Mais au contraire, la venue de Jésus sur terre bouleverse tout. Puisque Dieu s’est fait homme, dans un petit enfant, dans une crèche, Dieu nous montre qu’il ne favorise pas forcément ce que l’homme met en avant. Au contraire, il veut élever les humbles (v. 52), rassasier les affamés (v. 53) mais aussi faire descendre les orgueilleux de leur trône (v. 51).
Mais ce qui me frappe le plus dans ce passage c’est que tous ces verbes sont au passé : « il a déployé la force de son bras » (v. 51), « il a dispersé ceux qui avaient des pensées orgueilleuses » (v. 51), etc. À quoi est-ce qu’il fait référence lorsqu’il parle de ça ? C’est tout simplement que Dieu se soit fait homme ! En faisant cela, il y a déjà quelque chose qui s’est passé de manière extraordinaire et qui conduit à des changements radicaux qui ne sont pas encore perceptibles (parce que personne n’a perdu son trône cette année là) mais qui sont réels. Ça nous encourage parce que c’est la même chose pour nous. Lorsqu’on met en avant ce que Dieu veut mettre en avant, il y a des résultats encore plus grand que ce que l’on peut imaginer et qui dépasse notre seule action.
Hier, à Alès il y avait « Noël ensemble ». C’était un repas pour toutes les personnes qui étaient seules pour le jour de Noël. Ça m’a beaucoup ému de voir toutes ces chrétiens responsables qui ont décidé d’abandonner leur Noël en famille pour le passer avec les marginalisés d’Alès, les SDF, les plus pauvres ou ceux qui sont rejetés par leur famille. Et j’ai repensé au Magnificat en me disant, aujourd’hui : « Dieu a déployé la force de son bras ; il a dispersé ceux qui avaient dans le coeur des pensées orgueilleuses, Il a fait descendre les puissants de leurs trônes, élevé les humbles, rassasié de biens les affamés, renvoyé à vide les riches. Il a secouru [son peuple] et s’est souvenu de sa miséricorde » (v. 51-54). Que nous puissions sans cesse faire cela dans l’Église et dans le monde pour incarner réellement le royaume de Dieu qui met en avant la faiblesse plutôt que la force !



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