Pour le premier dimanche de l’Avent, j’avais prêché sur une poésie qu’on appelle un psaume. Et ce psaume était chanté par les Juifs lorsqu’ils faisaient un pèlerinage jusqu’à Jérusalem pour fêter une grande fête religieuse. Et j’avais proposé qu’on lise ce psaume en s’imaginant que nous étions, nous aussi, en pèlerinage vers la fête de Noël et qu’un psaume comme celui-ci peut nous aider à nous préparer à la fête de Noël parce qu’il peut nous arriver d’être tellement pris par la période de Noël qu’on en oublie l’essentiel et que lorsque Noël arrive on est tout simplement pas dans une bonne attitude. Alors, il y a deux semaines, j’avais prêché sur un psaume que les Juifs chantaient en partant de chez eux et qui finit par ce verset merveilleux : « L’Éternel gardera ton départ et ton arrivée, dès maintenant et à toujours » (Psa 121,8). Aujourd’hui, on va lire le psaume suivant que les pèlerins chantaient en arrivant à destination, à Jérusalem qui était la ville sainte de l’époque et je pense que ça va nous aider à voir la période de Noël dans le bon prisme.
« 1 Chant pour ceux qui montent à Jérusalem, de David. Quelle joie, quand on m’a dit : « Nous allons à la maison du Seigneur ! » 2 Nos pas s’arrêtent enfin à tes portes, Jérusalem ! 3 Jérusalem, tu es bâtie comme une ville qui forme un ensemble uni. 4 C’est chez toi que les tribus, les tribus du Seigneur, montent pour louer le Seigneur. Telle est la règle en Israël. 5 Chez toi se trouve le trône du descendant de David, où il siège pour rendre la justice. 6 Demandez la paix pour Jérusalem : « Que ceux qui t’aiment, Jérusalem, jouissent de la tranquillité ! 7 Que la paix règne dans tes murs, et la tranquillité dans tes belles maisons ! 8 Pour l’amour de mes amis, de mes proches, je veux dire : la paix soit sur toi ! 9 Pour l’amour de la maison du Seigneur notre Dieu, je demande pour toi le bonheur ! » (Psaume 122)
- La beauté de la ville sainte
Imaginez ces pèlerins Juifs qui, après plusieurs jours de marche avec leurs bagages, sont enfin arrivés à destination de Jérusalem. Ils ont bravés tous les dangers, la route a été pénible et complexe mais ils voient la ville de Jérusalem au loin et sont éberlués par la splendeur de la ville. Ils sont tellement émerveillés qu’ils s’arrêtent devant elle pour la contempler avant même d’y entrer (v. 2). Mais qu’est-ce qui leur semble si beau ? Parce qu’à l’époque de David qui a écrit ce psaume, cette ville vient d’être conquise et n’était la capitale d’Israël que depuis très peu de temps. Il n’y avait pas grand-chose qui avait été construit et il n’y avait même pas encore le Temple de Dieu. En fait, ce qui impressionne le pèlerin n’est pas tant les constructions que ce que représente la ville à leurs yeux. En fait, dans cette ville, il y avait trois choses importantes. Il y avait le tabernacle qui était une tente où Dieu avait promis qu’il serait et semontrerait d’une manière particulière et qu’on appelait à l’époque « la maison de Dieu ». C’était aussi là où il y avait le palais du roi David. Il siégeait là-bas et il cherchait à exercer la justice (v. 5). Mais il y avait aussi tout le peuple de Dieu qui se réunissait pour l’adorer à Jérusalem (v. 4).
Je ne sais pas si vous connaissez la vallée de L’Arve. C’est une petite vallée en Haute-Savoie qui est la vallée la plus polluée et industrialisée de France. Elle n’est pas moche mais elle n’est pas la plus belle. Mais je peux vous dire c’est une vallée que je me réjouis de voir parce que c’est là que je vais trouver toute ma belle-famille. Vous comprenez ? Ce qui rend la vallée belle n’est pas ses industries mais c’est bien ma belle-famille. C’était la même chose pour la ville de Jérusalem. À l’époque, elle n’était pas des plus impressionnantes mais ce qui la rendait belle aux yeux des pèlerins c’était le fait que le roi David était un roi juste, mais surtout que Dieu y était présent avec tout son peuple qui venait pour l’adorer.
En fait, ce psaume nous montre que ce qui va vraiment nous procurer de la joie pendant les périodes de fête ce ne sont pas les choses somptueuses. Alors c’est clair que les cadeaux, la nourriture et l’ambiance de Noël vont nous réjouir et ce n’est pas mauvais. Mais ce qui va faire le centre de notre fête de Noël et notre plus grande joie c’est de réussir à contempler cette relation privilégiée que l’on a avec Dieu et avec les uns avec les autres dans l’Église. C’est de se dire : « quelle joie quand on m’a dit, nous allons à la maison du Seigneur ! » (v. 1) parce que nous allons rencontrer Dieu les uns avec les autres et qu’il va agir avec justice à travers le descendant du roi David.
- Christ notre temple et l’Église le temple de l’Esprit
Et vous savez quoi ? Dieu a envoyé un descendant du roi David pour rendre la justice sur cette terre qui en a tant besoin. Dans l’évangile de Luc, des anges annoncent une nouvelle particulière aux bergers de Galilée en disant : « N’ayez pas peur, car je vous annonce une bonne nouvelle qui réjouira beaucoup tout le peuple : cette nuit, dans la ville de David, est né, pour vous, un sauveur ; c’est le Christ, le Seigneur ! Et voici le signe qui vous le fera reconnaître : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire » (Lc 2,10-12). Dieu a envoyé Jésus pour être le Seigneur de l’univers et régner avec justice. Mais Jésus va aussi recevoir le nom d’Emmanuel, c’est-à-dire en hébreux : « Dieu avec nous ». À l’époque du psaume que l’on a lu, les Juifs devaient faire tout un périple pour arriver à Jérusalem et rencontrer Dieu à un endroit particulier. Il fallait être pur et sans péché pour entrer en présence de Dieu. Mais parce que Dieu s’est fait homme, parce qu’en Jésus il est mort et ressuscité pour nous rendre pur de tous nos péchés, nous pouvons entrer en sa présence à n’importe où et n’importe quand. Jésus lui-même dit « crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père… l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité » (Jn 4,21-24)
Je ne sais pas si tout le monde le sait mais je suis américain (ça ne s’entend pas vraiment !). Et dernièrement pour voir si je pouvais aller aux États-Unis pour les obsèques de ma grand-mère j’ai regardé comment je pouvais faire pour renouveler mon passeport américain. Et bien sûr, pour faire ça, je suis obligé d’aller à l’ambassade américaine à Paris ou au consulat de Marseille. Alors, après avoir râlé en bon français pendant quelques minutes, j’ai regardé comment on pouvait prendre rendez-vous au consulat de Marseille ou à l’ambassade de Paris. Bien sûr, on entre pas dans un consulat comme ça, et encore moins le consulat américain. Il faut prendre rendez-vous plusieurs mois à l’avance, bien expliquer pourquoi on vient et quand on va là-bas, il y a des grillages, des gardes, on doit passer par le contrôle de sécurité, c’est-à-dire qu’il y a un détecteur de métaux, des fouilles, contrôle du passeport, comme à l’aéroport. Tout ça pour arriver dans une salle d’attente où l’on peut enfin arriver à parler à quelqu’un qui est derrière une vitre blindée. Et encore, on n’a pas l’occasion de rencontrer l’ambassadeur… aux États-Unis, on ne rigole pas. Comment vous dire ça ? L’accès à Dieu était encore plus compliqué que pour moi de rencontrer l’ambassadeur des États-Unis. Mais maintenant, imaginez que je reçoive une mail de l’ambassade me disant qu’ils ont changé leur politique étrangère et que maintenant, c’est l’ambassadeur lui-même qui vient me rendre visite chez moi pour faire mon passeport. Ce serait extraordinaire, n’est-ce pas ?
En cette période de Noël, nous célébrons le fait que Dieu est venu sur terre. Ça implique qu’on peut avoir une relation profonde avec lui qui n’est pas entachée de toutes ces barrières. On n’est plus obligés d’aller à Jérusalem, on a juste à l’adorer en esprit et en vérité. C’est-à-dire de lui parler sans rien lui cacher et se laisser conduire par lui en lui faisant confiance et en lui remettant nos vies.
- La demande de paix
Et vous allez voir que petit à petit le fait de contempler cette présence de Dieu dans nos vies va nous changer. Le fait de l’adorer en Esprit et en vérité va nous transformer. C’est pour ça que ce psaume si magnifique se termine avec l’insistance sur la paix (Lecture des versets 7-9). Alors, dans ce psaume il était question de Jérusalem parce qu’il y avait le temple de Dieu. Mais depuis la mort et la résurrection de Jésus, depuis l’envoi du Saint-Esprit la Bible nous dit qu’en tant qu’Église (et je parle pas du bâtiment mais des personnes qui composent l’Église) nous sommes le temple de Dieu (1 Co 3,16). Ce qui fait qu’on a un appel particulier pour la ville où nous nous réunissons en tant qu’assemblée chrétienne.
J’ai envie de ré-interpréter ces quelques versets en faisant une paraphrase du psaume 122 :
« Demander la paix de Saint-Christol. Que ceux qui t’aiment, Saint-Christol, jouissent de la tranquillité. Que la paix règne dans tes murs et la tranquillité dans tes belles maisons ! Pour l’amour de mes amis, de mes proches, je veux dire : la paix soit sur toi ! Pour l’amour des chrétiens de Saint-Christol auprès desquels Dieu est là, je demande pour toi le bonheur » (v. 6-9).
Alors bien sûr, ici je parle de Saint-Christol mais je pourrais parler de n’importe quelle autre ville, on se rappelle que ce n’est pas tant la ville qui est importante mais ce qu’elle contient.
Mais vous comprenez ? Cette émerveillement de notre relation avec Dieu et de ce qu’il fait dans la vie des croyants autour de nous dans l’Église va nous conduire à prier pour la paix des personnes autour de nous, en particulier pour ceux de la ville de Saint-Christol là où il y a notre Église. Alors bien sûr, ce n’est pas seulement en paroles mais aussi en actes que l’on est appelés à propager la paix. Mais tout ça découle du fait que Dieu nous a aimé le premier et que nous avons accepté cet amour pour l’adorer en Esprit et en vérité. Ce n’est qu’en faisant cela qu’on pourra partager la paix autour de nous.



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