- L’importance de l’imposition des mains
Nous avons tendance à l’oublier mais les gestes et le contact physique avaient une place importance dans la culture Juive de l’époque de la Bible. Cela est le cas également de l’imposition des mains, doctrine relativement oubliée dans nos milieux ecclésiaux. Il est pourtant significatif que l’épître aux Hébreux place l’imposition des mains comme un des points de fondement de la foi chrétienne : « C’est pourquoi, laissant l’enseignement élémentaire de la parole du Christ, tendons vers la perfection, sans poser de nouveau le fondement : repentance des œuvres mortes, foi en Dieu, doctrine des baptêmes, imposition des mains, résurrection des morts et jugement éternel » (Hé 6,1-2). L’imposition des mains est placée au même stade que la repentance, la foi, le baptême, la résurrection des morts et le jugement éternel… ce n’est pas rien ! Pourquoi donc ne la vivons-nous que lors de la consécration des pasteurs ? Il est clair que nous manquons quelque chose de fort. Dans le passage que nous venons de lire, il est fort probable que le baptême et l’imposition des mains soient liées (d’où le fait qu’on parle des baptêmes)1. Cela nous montre, a minima, que l’imposition des mains est fondamentale et ne concerne pas uniquement les cérémonies de consécrations pastorales.
- Les différents sens de l’imposition des mains dans la Bible
En fait, dès le début de l’Ancien Testament nous retrouvons des cérémonies d’imposition des mains. L’exemple de Jacob en est un des plus significatif (Gn 48,8-20). Qu’y retrouvons-nous ?
- Une bénédiction
- Un appel (ou prière) prophétique
- Une vocation qui est donnée par la consécration (avec une onction particulière de l’Esprit pour cette mission)
- Une transmission d’un appel ou d’un don
- Une guérison/restauration pour vivre l’appel en question (que nous voyons plutôt dans d’autres passages de la Bible).
Il me semble que ces quatre aspects, peuvent résumer ce que la Bible enseigne sur l’imposition des mains.
Une bénédiction : Commençons avec la notion de bénédiction. Cette notion revient à de nombreuses reprises dans les textes bibliques, comme dans la fameuse bénédiction des enfants de Joseph en Gn 48 ou encore lorsque Jésus bénit les enfants en leur imposant les mains : « Puis il les embrassa et les bénit, en leur imposant les mains » (Mc 10,16)2. Nous pouvons citer le passage parallèle en Mt 19,13-15 où Jésus veut tout particulièrement toucher les enfants et pas simplement prier pour eux à distance. L’imposition des mains veut donc communiquer une bénédiction à celui qui la reçoit.
Un appel (ou prière) prophétique : Toutefois, cette bénédiction se traduit par un appel prophétique. De la même manière que Jacob a prophétisé sur ses enfants et petits enfants, Paul nous rappelle que Timothée a reçu un appel par l’imposition des mains : « Ne néglige pas le don qui est en toi et qui t’a été donné par la prophétie, avec l’imposition des mains du collège des anciens » (1 Ti 4,14)3. Une imposition des mains est appelée à être prophétique, même si elle ne l’est pas systématiquement (comme nous le voyons dans les Actes), et accompagnée par la prière. À cette prière peut s’accompagner le jeûne (Ac 13,3).
Une vocation qui est donnée par la consécration (avec une onction particulière de l’Esprit pour cette mission) : Avec cette parole prophétique se trouve un appel qui y est rattachée. Nous voyons clairement cela lors de l’imposition des mains aux nouveaux diacres (Ac 6,6) et à Paul et Barnabas : « Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l’oeuvre à laquelle je les ai appelés. Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains et les laissèrent partir » (Ac 13,3). Par l’imposition des mains, l’Église met à part une personne pour une vocation particulière et l’envoie quelque part. Avec cela, une onction particulière de l’Esprit est conférée. C’est pour cela que le Deutéronome dit que Josué a reçu l’Esprit par l’imposition des mains bien qu’il avait déjà reçu l’Esprit de Dieu avant : « Josué, fils de Noun, était rempli d’un esprit de sagesse, car Moïse avait posé les mains sur lui » (Dt 34,9) et « Prends Josué, fils de Noun homme en qui se trouve l’Esprit ; et tu poseras ta main sur lui » (Nb 27,18). Il semblerait qu’il faille dissocier une onction de l’Esprit pour une vocation et l’onction de l’Esprit qui sauve. Le roi Saül en est un bon exemple : il avait reçu l’Esprit (1 Sm 10,10) mais ses œuvres montrent qu’il n’était probablement pas régénéré (1 Sm 28)4. Nous voyons également dans Actes 19 que l’Esprit est donné par l’imposition des mains à des personnes qui croyaient déjà (Ac 19,1-7 et Ac 8,17-24). C’est également pour cela que Paul dit qu’il ne faut pas imposer les mains trop rapidement à quelqu’un (1 Ti 5,22). Il est évident qu’il ne s’agit pas uniquement d’un symbole mais qu’une réalité spirituelle est en jeu derrière cette imposition ou non-imposition des mains.
Une transmission d’un appel ou d’un don : Ce point est la conséquence logique de ce que je viens de dire précédemment : « je t’exhorte à ranimer la flamme du don de Dieu que tu as reçu par l’imposition de mes mains. Car ce n’est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de sagesse » (2 Ti 1,6-7) et à nouveau « Ne néglige pas le don qui est en toi et qui t’a été donné par la prophétie, avec l’imposition des mains du collège des anciens » (1 Ti 4,14). Dieu ne nous donne pas seulement une onction mais aussi des dons spirituels qui sont les signes de cette nouvelle onction de l’Esprit. Ils permettent ainsi de vivre la vocation que nous avons reçu par l’imposition des mains.
Une guérison/restauration pour vivre l’appel en question : Enfin, la dernière notion que j’aimerais évoquer, quant à l’imposition des mains, est celle de la restauration. De nombreux passages des évangiles montrent que Jésus guérit en posant les mains : « Ma fillette est à toute extrémité ; viens, impose-lui les mains , afin qu’elle soit sauvée et qu’elle vive… [Jésus] saisit l’enfant par la main et lui dit Talitha koumi, ce qui se traduit : Jeune fille, lève-toi, je te le dis » (Mc 5,23 et 41). Jésus guérit d’autres malades en imposant les mains (Mc 6,5). Ici, l’imposition des mains rejoint l’onction d’huile. Elle est là pour relever les personnes qui se sentent tellement faibles qu’ils n’arrivent plus à vivre leur vocation. Elle est là pour redresser, rappeler et soutenir la vocation qui a déjà été donnée.
- Conclusion
En guise de conclusion, j’aimerais poser quelques questions : pourquoi avons-nous oublié la richesse de cet enseignement sur l’imposition des mains ? Est-ce que ça reflète le fait que nous cherchons trop souvent à construire l’Église par nos propres forces plutôt que par l’onction particulière de l’Esprit pour notre vocation ? Comment pouvons-nous envoyer des jeunes pasteurs proposants dans des situations si complexes sans qu’ils aient reçu une certaine forme d’imposition des mains (ici je ne parle pas de la consécration pastorale, bien sûr). Avons-nous perdu ce zèle d’envoyer des personnes et de « prophétiser » leur vocation ? Que de questions ! Il me semble que le fait de redécouvrir l’imposition des mains peut permettre à nos Église de retrouver un élan missionnaire et une véritable compréhension de leur vocation en Christ.
1Calvin, dans son commentaire sur Hébreux, va jusqu’à dire que cette imposition des mains, liée au baptême, est ce que nous appelons maintenant la confirmation. De fait, il est clair que tout ce que je dis ici sur l’imposition des mains peut s’appliquer presque directement au baptême.
2Vous remarquerez dans ce passage que la bénédiction vient en imposant les mains.
3On remarquera au passage que l’imposition des mains est aussi liée, sauf cas exceptionnel d’évangélisation comme dans le livre des Actes, à une Église locale et surtout à un collège d’anciens. C’est-à-dire à un groupe de responsables d’une Église locale, avant tout.
4Je ne parle pas ici du baptême du Saint-Esprit, comme on peut l’entendre parfois dans les milieux charismatiques. Je constate simplement que « Dieu donne ce qu’il ordonne » (St Augustin). Dieu confère une onction particulière de son Esprit pour que l’on puisse accomplir la vocation particulière qu’il nous donne.




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