Cette conférence a été donnée par le pasteur Charles Nicolas lors du séminaire UNEPREF pour les conseillers le 8 novembre 2025. Vous pouvez regarder cette conférence sur la chaîne Youtube de l’UNEPREF: https://www.youtube.com/watch?v=TZf3EUyNrIU
Pour ceux qui préfèrent avoir le document pdf, le voici ci-dessous:
1.Trois niveaux d’engagement
L’article 1er de notre Discipline sur les ministères se décline en trois temps (diapo 1) :
Dieu. Dieu prend soin de son Eglise. Il veut qu’elle croisse en vue du témoignage qu’elle doit lui rendre dans le monde.
Tous. C’est pourquoi Dieu appelle, d’une part, chacun de ses membres à participer à
l’édification du peuple de Dieu en mettant au service des autres le don qu’il a reçu du
Saint-Esprit qui demeure en lui.
Certains. Dieu appelle, d’autre part, certains membres de l’Eglise à exercer soit un
ministère pastoral soit un ministère diaconal.
Que remarquons-nous ?
- Ce n’est pas hiérarchique : Dieu vient en premier, puis c’est tous. Les ministères établis
sont mentionnés ensuite. Ils ne substituent jamais, ni à Dieu, ni aux membres. - Un de ces 3 niveaux peut-il être ôté ou même négligé ? Certainement pas.
- Ces trois niveaux devraient être constamment présents à notre esprit.
- Les ministères établis sont classés en deux catégories : de nature pastorale (pasteurs et anciens) et de nature diaconale1.
2. La notion biblique d’édification (diapo 2)
Il est impossible de parler de l’Eglise sans qu’apparaisse le mot EDIFICATION, qui
constitue un objectif principal. Que tout se fasse pour l’édification (1 Co 14.26).
Ce mot fait penser à ce qui nous fait du bien, ce qui nous encourage : Ce message est
édifiant…. Ce sens-là est positif, mais ce n’est pas le sens biblique. Dans ‘édification’, on entend le mot ‘édifice’. Edifier, c’est bâtir un édifice2.
Dans la Bible, la notion d’édification est toujours communautaire. En d’autres termes,
la finalité, ce n’est pas chacun, c’est l’ensemble, c’est le corps. Pour reprendre l’intitulé
de cet exposé, la maturité des membres a pour principal objectif la maturité de l’Eglise. Puisque vous aspirez aux dons spirituels, que ce soit pour l’édification de l’Église que vous cherchiez à en posséder abondamment (1 Co 14.12).
Ce que je vis, même quand je suis seul, contribue (ou ne contribue pas) à l’édification de l’Eglise, c’est-à-dire à sa croissance dans la vérité, dans l’unité spirituelle, dans l’amour fraternel. Cette compréhension, chaque membre de l’Eglise doit la porter, puisque tous doivent y contribuer, y compris les enfants. Pasteurs, anciens et diacres y veillent.
3. La maison, un lieu stratégique (diapo 3)
A Ephèse, Paul a enseigné les anciens pendant trois ans, publiquement et dans les
maisons (Ac 20.20). L’exercice des ministères de nature pastorale et diaconale ne doit pas se limiter aux locaux de l’église ; ils doivent rejoindre les maisons.
Quand il décrit les qualités requises pour les anciens et pour les diacres, Paul pointe son attention sur le vécu dans leurs maisons : maîtrise de soi, couple, enfants (1 Tm 3.2-5, 8- 13 ; Ti 1.5-9). Le principe qui sous-tend cela est que l’Eglise n’est pas une réalité qui se situerait à côté des maisons ; l’Eglise est le prolongement des maisons.
La maison, en effet, est le premier lieu pour prier, pour écouter la Parole de Dieu, pour
la mettre en pratique, pour transmettre la foi, pour exercer l’hospitalité, pour demander
pardon, pour apprendre à servir, etc. Si cela n’est pas vécu dans les maisons, il sera
difficile de le vivre au dehors – ou on le fera pour se faire voir (Mt 6.2-6, 16-18).
Le constat est que beaucoup de problèmes ou de blocages récurrents dans la vie des
églises ont leurs racines dans le vécu des maisons.
Le rôle des parents est la matrice des ministères (1 Th 2.7-12). Comment faire des
enfants des disciples ? Que les parents le soient ! Quelle est la finalité du rôle des
parents ? Que les enfants deviennent des adultes (Ps 78.5-8 ; 1 Tm 1.18 ; 1 Jn 2.1).
Une triple veille (diapo 4)
Si vous voyez un berger paresseux qui passe son temps à dormir ou à s’amuser,
inquiétez-vous pour le troupeau. Si vous voyez un berger qui court dans tous les sens,
inquiétez-vous aussi. Si vous voyez un berger qui veille, tout va bien3.
Nous pouvons relever 3 niveaux de veille : sur soi-même, sur l’église et sur l’Evangile.
Cela concerne en premier lieu les anciens, mais aussi les diacres.
a. Veiller sur soi-même. Aux anciens d’Ephèses, Paul dit : Prenez garde à vous-mêmes
et à tout le troupeau (Ac 20.28-31). C’est simplement la dynamique de la poutre et de la paille (Mt 7.3-5). Le but est altruiste : c’est pour venir en aide. Alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère . Ne pas aider est une faute, autant que de mal le faire.
b. Veiller sur les autres. Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul (Mt
18.15). Prenez garde à vous-mêmes et à tout le troupeau (Ac 20.28).
Chaque chrétien est appelé à veiller sur son frère, sa sœur ; pas pour l’ennuyer mais
pour l’aider quand c’est nécessaire. Noter que c’est un devoir mutuel : tantôt dans un
sens, tantôt d’un autre : accepter d’être aider n’est pas plus facile qu’aider4.
Les anciens et les diacres n’ont pas à faire cela à la place des membres de l’église : ils
doivent le pratiquer eux-mêmes et encourager chaque membre à le vivre de la bonne
manière. C’est ainsi que les ministères fécondent le peuple de Dieu : en transmettant la
mission qu’ils ont eux-mêmes reçue du Seigneur (Ro 12.3-5).
Ce principe vaut pour tous les ministères (prophètes, évangélistes, pasteurs, diacres…).
L’engagement de nature pastorale des anciens et des pasteurs tend à nourrir dans l’église ce qu’on pourrait appeler le ‘pastorat mutuel‘5. Cela vaut aussi pour les diacres : le diaconat a pour objectif d’inspirer et de développer la diaconie.
Chaque chrétien en est à la fois bénéficiaire et participant, quelle que soit la nature de ses dons (art. 43 de la Discipline)6.
b. Veiller à la fidélité à l’Evangile. Il s’élèvera du milieu de vous des hommes qui
enseigneront des choses pernicieuses (Ac 20.30). Veille sur toi-même et sur ton
enseignement ; persévère dans ces choses, car, en agissant ainsi, tu te sauveras toi-
même, et tu sauveras ceux qui t’écoutent (1 Tm 4.16).
Cette veille-là concerne, elle aussi, tous les chrétiens7, même si elle est une des
responsabilités premières des anciens8. L’enseignement n’est pas tout ! Mais que devient le reste si l’enseignement flanche ou dévie ?
Nous sommes souvent sentimentaux. Notre aptitude à éprouver ce que l’on entend s’est émoussée (cf. Ac 17.11). Les pressions sont nombreuses pour formuler un Evangile ‘sucré’, agréable à entendre, consensuel (2 Tm 4.3).
La responsabilité première des apôtres a été d’enseigner des chrétiens fidèles capables d’enseigner à leur tour (2 Tm 2.2). Le mot fidèle a la même racine que le mot foi. Si un enseignement n’est pas fidèle, il cesse de nourrir la foi (1 Tm 4.6). L’apôtre Paul dit même que si l’Evangile est dénaturé, il ne garantit plus le salut (1 Co 15.1-2).
L’église n’est pas une école, encore moins une université. Elle est cependant un lieu où
l’enseignement tient une part importante, pour les petits comme pour les grands (Ps 78.3-7).
Annexes
1. Le modèle associatif, un faux ami
Les lignes proposées ci-dessous sont extraites d’un rapport apporté par le pasteur Pierre Verseils au synode de Saint Hippolyte-du-Fort en 1955. Ce rapport a été publié sous le titre : Définition du fidèle. (Le contexte était celui du baptême des enfants : quels enfants peuvent donc être baptisés ?)
En réalité, nous avons là le signe de l’état de malaise dans lequel vit l’Eglise, état qui provient de l’influence profonde qu’a exercé la loi de Séparation (1905) sur nos communautés. En créant les associations cultuelles, le législateur a, sans le vouloir, provoqué une confusion profonde qui va sans cesse s’aggravant. L’Eglise ne peut pas, en effet, être assimilée à une société ordinaire. Elle est une création originale, unique, qui ne peut entrer sans être malmenée, dans un moule juridique. Comme le souligne le professeur Brunner, « les notions d’associations religieuses et d’Eglise s’excluent
réciproquement. L’Eglise est, en opposition à l’association religieuse dont le fondement est la tendance, la volonté ou le but de ceux qui la composent, une communauté fondée sur la Parole de Dieu et sa Volonté… ». Or, on peut dire que, de plus en plus, l’Eglise est devenue une association cultuelle… Aussi sommes-nous mal à l’aise dans un tel climat. Les conséquences ont malheureusement été inévitables ;
de plus en plus, nous mesurons qu’autour de nous l’Eglise est considérée de cette manière. Un tel fait entraîne, bien entendu, des difficultés certaines.
2. Ce que dit notre Discipline sur les anciens et les diacres
Article 2. Le ministère pastoral est confié aux anciens9.
Article 3. Le ministère biblique d’ancien consiste à diriger l’Eglise selon les Ecritures. L’ancien enseigne la doctrine évangélique, recherche l’unité du peuple de Dieu dans la vérité et veille sur la pureté du message proclamé (1 Tm 4.13, 16 ; 2 Tm 1.14 ; 3.16 ; 4.1-5). Par un ministère de prière et d’exhortation collégiale, les anciens encouragent les fidèles pour que chacun, renouvelé par l’Esprit de Dieu, vive selon la Parole de Dieu.
L’ancien a la vision de la mission et de l’évangélisation, et il veille avec autant d’imagination que de persévérance à ce que l’ordre du Christ (Mt 28.19-20) soit toujours plus fidèlement obéi par l’Eglise.
Article 8. Les anciens de l’Eglise sont vivement encouragés à suivre une formation permanente. Cette formation permanente portera essentiellement sur les deux points suivants :
a. Connaissance de la Bible, des textes de base de l’Union nationale, de la Discipline ;
b. Développement de l’aptitude de l’ancien à exercer avec l’ensemble du Conseil presbytéral et le pasteur, la fonction pastorale de l’Eglise.
Article 45. Le ministère des diacres est à la fois associé et distinct de celui des anciens.
Avec les anciens, les diacres ont la préoccupation du rayonnement de l’Eglise et de son édification. Ils sont attentifs aux besoins du peuple de Dieu en apportant consolation et encouragements de la part du Seigneur. L’assistance matérielle ne peut être dissociée du soutien spirituel. A la différence des anciens, les diacres n’ont pas la charge de l’enseignement ni de la direction de l’Eglise.
3. Paître le troupeau de Dieu
Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde (1 Pi 5.2). La mention du troupeau implique chaque brebis et le troupeau comme un ensemble.
Le verbe paître (en grec comme en français) est de la même famille que le mot pasteur (pâtre). Il correspond très exactement à la responsabilité des bergers. Il s’agit d’une tâche tout à la fois vaste et définie, qui implique un triple engagement : nourrir, conduire, prendre soin.
- Nourrir est en rapport avec la communication de la Parole (Mt 4.4 ; Hé 5.12-14 ; 1 Tm 4.6 ; 1 Pi 2.2). Cela nécessite une connaissance suffisante de l’Ecriture. Cela nécessite aussi une connaissance suffisante des membres de l’église pour transmettre cette parole de manière fidèle, appropriée, opportune, de telle sorte qu’elle apporte un profit à ceux qui l’entendent: De quoi a besoin cet enfant, ce jeune homme, cette jeune fille, ce fiancé, cette maman, ce père de famille, cet ouvrier, ce patron, ce vieillard ? De quoi a besoin cette assemblée en ce moment ?
- Conduire suppose d’avoir une vision claire des objectifs à atteindre pour être en mesure de donner la direction avec une assurance suffisante pour convaincre. C’est ce qu’implique le mot gouverner (tenir le gouvernail). Cela nécessite une compréhension suffisante des objectifs définis par la Parole, mais aussi de la situation précise de l’église, de cette église. Chaque église vit une situation
particulière, de même que chaque chrétien: A quelle étape nous situons-nous ? Quelle est la prochaine étape ?
Conduire ne peut consister en paroles seulement. Celui qui conduit marche devant. Ici intervient nécessairement la notion dynamique de modèle. Celui qui dirige correctement convainc qu’on peut le suivre sans se mettre en danger. Conduire n’implique pas de dominer, de prendre la place de l’autre. La
question peut être posée ainsi : – Comment avancer, maintenant ? Celui qui conduit doit donner envie. - Prendre soin, c’est tout à la fois protéger et soigner. Protéger c’est la dimension préventive, adaptée à chaque étape de croissance. Soigner c’est appliquer de la part du Seigneur la grâce qui guérit, la Parole qui restaure. Cela s’applique à l’assemblée en temps que corps et à chaque chrétien en tant que
membre. L’objectif, c’est d’avancer.
4. Apte à enseigner
L’expression apte à enseigner (1 Tm 3.2) n’implique pas que tout ancien est appelé à se consacrer à l’enseignement (1 Tm 5.17). Elle implique par contre que tout ancien doit être en mesure (avec d’autres) de veiller à la fidélité, à l’équilibre, à la justesse de l’enseignement apporté. Notre Discipline le dit ainsi : L’ancien veille sur la pureté du message proclamé (art. 3).
Beaucoup, aujourd’hui, trouveront cette idée de pureté du message étrange, voire suspecte. Il est mieux vu de parler de traditions particulières, de cheminements singuliers, de sensibilités diverses, de pluralité, de sincérité, d’authenticité… Tout cela existe bel et bien et doit être respecté. Mais tout cela ne constitue pas le fondement solide sur lequel notre foi repose. Le fondement, c’est l’enseignement des apôtres et des prophètes dont Jésus est la pierre d’angle (Ep 2.20)10.
1 Pour respecter le modèle biblique, chaque église devrait avoir un conseil d’anciens (peu nombreux) et un conseil de diacres auxquels peuvent s’ajouter des conseillers. Cela va-t-il alourdir la tâche de chacun ? Au contraire, chacun servira dans un domaine mieux défini et donc moins lourd. Voir les annexes 1 et 2.
2 Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre d’angle. En lui, tout l’édifice s’élève pour être un temple saint dans le Seigneur. En lui, vous aussi, vous êtes édifiés ensemble pour être une habitation de Dieu en Esprit (Eph 2.20-22 ; 4.11-16). Remarquer les termes utilisés.
3 Le mot grec épiscopos , qui désigne les anciens (prebytéros), signifie littéralement : celui qui veille sur.
4 Ceux qui ont vécu l’exercice du lavement des pieds témoignent que le plus difficile est de se laisser laver les pieds.
5 La plupart des verbes qui définissent la tâche pastorale sont aussi utilisés avec l’expression « les uns les autres ».
6 Le ministère des diacres ne remplace pas la diaconie de toute l’Eglise : il tend au contraire à la développer (art. 44).
7 Jean Calvin écrit qu’à chaque membre de l’Eglise il est donné la charge d’édifier les autre, selon la mesure de grâce qui
est en lui, sà condition que cela se fasse décemment et par ordre, sans troubler la paix ni la discipline (I.C. IV,I,12).
8 Les exigences formulées pour les anciens et pour les diacres sont pratiquement identiques ; la principale différence
concerne la veille sur la fidélité de la Parole de Dieu et l’aptitude à enseigner (Ac 20.29-30 ; 1 Tm 3.). Voir en annexes 3 et 4 une brève explication des expressions ‘paître le troupeau de Dieu’ et ‘apte à enseigner’.
9 En note dans la Discipline : Le synode reconnaît l’existence d’un ministère d’autorité et d’ordre à qui sont confiés la direction spirituelle et le gouvernement de l’Eglise. Ce ministère est exercé collégialement par le Conseil d’anciens. C’est à ce Conseil qu’il est donné de paître le troupeau du Seigneur (1 Pierre 5.1-2). Cette fonction revêt à la fois un aspect didactique (enseigner) et un aspect épiscopal (exercer la discipline).
10 Les Eglises réformées évangéliques ont pour référence les Confessions de foi de l’Eglise ancienne (Symbole des Apôtres, Symbole de Nicée-Constantinople) complétées par celles de la Réforme (Confession de foi de La Rochelle, Catéchisme de Heidelberg) qui sont reconnues pour exprimer de manière fidèle l’enseignement majeur de l’Ecriture.




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