Avant de commencer la prédication, je vous invite à regarder une (toute) petite pièce de théâtre qui est un entretien d’embauche que nous avons organisé avec le groupe de jeunes hier.
Le recruteur commence par vous poser quelques questions :
– « Je vais commencer à vous poser quelques petites questions : Avez-vous de l’expérience ?
– Tout content il répond : Non pas du tout, en fait c’est mon premier travail et en plus, je ne me suis pas du tout intéressé à ce que vous faites jusqu’à aujourd’hui. C’est génial, non ?
– Euh… non. Sinon quelles sont vos qualités et vos compétences ?
– Si je dois vous parler franchement, je préfère ne pas en parler du tout.
– Et quels sont vos défauts ?
– Il dépose une liste énorme : Je vous ai écrit une liste de quatre page de tous mes défauts. Vous pouvez la regarder mais parmi les plus importants, vous pouvez noter que j’ai peur des autres personnes et que je suis très timide. Je suis malade et du coup je ne peux pas travailler plus de deux heures par jour et je n’ai aucune de compétence dans votre domaine. »
À votre avis, quelle sera la réponse de l’agent recruteur ? Est-ce qu’il vous dira : « Super, vous êtes exactement la personne qu’il nous faut pour être le chef de notre section de travail » ou plutôt « Je crois que vous pouvez aller voir ailleurs » ? Dans le monde du travail, ce qui est vraiment mis en avant est la performance, le rendement et la force visible. Mais figurez-vous que Dieu ne voit pas du tout les choses de la même manière que dans le monde de l’entreprise. Nous allons lire un extrait de la deuxième lettre de Paul aux Corinthiens. Paul écrit cette lettre pour se défendre contre les personnes qui le considérait comme trop faible ou incompétent. Et dans cette lettre, Paul ne va pas se défendre de la manière dont on s’attend. Au lieu d’écrire tout son C.V., ses expériences personnelles avec Dieu et ce qu’il a fait pour l’Église de Corinthe, l’apôtre Paul va plutôt mettre en avant sa faiblesse. Je vous invite donc à lire dans 2 Corinthiens 12,1-10.
Il faut se glorifier… Cela n’est pas bon. J’en viendrai néanmoins à des visions et à des révélations du Seigneur. 2 Je connais un homme en Christ, qui fut, il y a quatorze ans, ravi jusqu’au troisième ciel (si ce fut dans son corps je ne sais, si ce fut hors de son corps je ne sais, Dieu le sait). 3 Et je sais que cet homme (si ce fut dans son corps ou sans son corps je ne sais, Dieu le sait) 4 fut enlevé dans le paradis, et qu’il entendit des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à un homme d’exprimer. 5 Je me glorifierai d’un tel homme, mais de moi-même je ne me glorifierai pas, sinon de mes infirmités. 6 Si je voulais me glorifier, je ne serais pas un insensé, car je dirais la vérité; mais je m’en abstiens, afin que personne n’ait à mon sujet une opinion supérieure à ce qu’il voit en moi ou à ce qu’il entend de moi. 7 Et pour que je ne sois pas enflé d’orgueil, à cause de l’excellence de ces révélations, il m’a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter et m’empêcher de m’enorgueillir. 8 Trois fois j’ai prié le Seigneur de l’éloigner de moi, 9 et il m’a dit: Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi. 10 C’est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses, pour Christ; car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort (2 Corinthiens 12,1-10)
- Nous regardons souvent à ce qui est visible…
Je crois qu’en lisant ce passage on en ressort toujours en se disant qu’on ne voit pas du tout les choses de la même manière que Dieu. On voit qu’on a aussi une manière de faire qui est souvent très éloignée de ce que Dieu fait dans le monde et ça devrait nous remettre en question. En fait, en tant qu’être humain, on a cette tendance à vouloir tout construire sur ce qui est visible. On place notre foi dans ces choses visibles parce que nous sommes de la matière. Si on ne voit pas, souvent on ne croit pas et souvent on a besoin de voir plusieurs fois avant de se lancer. Et du coup, on va donner notre confiance à des personnes charismatiques, on va élire des présidents ou choisir des pasteurs qui ont de l’éloquence et qui sont intelligents. On va aussi rechercher les personnes qui ont eu des expériences spirituelles fortes et qui en parlent en se mettant en avant : « Cette personne a ressenti la présence de Dieu de manière extraordinaire donc tout ce qu’il ditdoit être bon ». Paul nous dit que ce n’est pas de cette manière qu’on doit agir. Quand il parle de cette personne qui a eu une révélation divine et qui a été transportée jusqu’au troisième ciel, en fait on pense qu’il parle de lui-même. Et il dit que même cette expérience, ce n’est pas ça qui va justifier quoi que ce soit dans sa vie. Si bien que cette expérience personnelle, il n’en a parlé à personne pendant 14 ans.
En faisant des visites dans l’Église, on m’a souvent parlé de grand-parents ou de parents qui avaient fait partis de la résistance lors de la seconde guerre mondiale. Et assez fréquemment ce sont des personnes qui n’ont jamais parlé de ce qu’ils ont fait. Généralement, c’était des personnes comme vous et moi qui ne veulent pas faire croire qu’ils étaient des personnes héroïques ou que, parce qu’ils ont résisté, ils sont parfaits.
Parce qu’en effet, il faut faire attention à ne pas mettre en avant les mauvaises choses. En fait ces expériences fortes que l’on peut vivre, ces miracles, ces révélations ou ces songes ne viennent pas de nous et ils n’arrivent pas parce qu’on est quelqu’un de bien mais parce que c’est un don de Dieu. Et quand on témoigne de ce que Dieu a fait dans nos vies, il faut faire très attention à la manière dont on le partage. Pace que parfois on partage des témoignages pour se mettre en avant, ou pour ne pas avoir peur d’être le seul à ne pas avoir donné un témoignage fort de ce que Dieu fait dans nos vies. D’ailleurs, pour beaucoup de jeunes qui ont grandi dans l’Église, il y a cette pression de donner un témoignage extraordinaire de repentance et de changement de vie alors qu’ils ont vécu toute leur vie pour Dieu.
- … au lieu de se glorifier de notre faiblesse…
En fait, Dieu ne veut pas qu’on s’arrête à la force humaine. Pourquoi ? Parce que si on s’arrête à la force humaine, on va se dire : « wow, quel homme » et pas « wow, quel Dieu » ! Et il ne s’agit pas seulement des témoignages mais aussi des dons que Dieu nous fait. Nous avons tous des talents naturels, des compétences particulières qui nous sont données par Dieu mais il faut faire très attention à comment on les utilise parce que dans un cas, on peut glorifier Dieu et dans l’autre, on peut glorifier l’homme.
Par exemple, je crois avoir un don d’enseignement qui m’a été donné par Dieu mais le revers de la médaille c’est que parfois je peux un peu trop compter sur mes propres efforts ou bien me dire, de toute manière, même si je n’ai pas bien écrit ma prédication, je vais pouvoir transformer ça en quelque chose de bien dimanche matin pendant le culte. Quelqu’un peut avoir un don de direction mais parfois le revers de la médaille c’est qu’il l’emploie de manière charnelle en manipulant les personnes et en se mettant en avant. On peut penser à toutes les victoires militaires d’Israël dans l’Ancien Testament. En fait, quand ils étaient plus nombreux et mieux équipés ils se disaient : « nous sommes bien plus forts qu’eux » et ça tombait souvent à la catastrophe parce qu’ils s’appuyaient sur leur propres forces. Alors que dans l’histoire de Gédéon où le peuple est clairement en sous-effectif, la victoire est attribuée à Dieu et non au courage des hommes. Lorsque Moïse dit qu’il a des problèmes d’éloquence, ça permet d’attribuer à Dieu la délivrance d’Égypte et non pas à sa compétence d’ambassadeur ou de négociateur.
Concrètement, ça veut dire à la fois que notre faiblesse ne peut pas être une excuse pour ne pas faire notre vocation parce que si Dieu a décidé de nous employer, il va réussir à le faire. En fait, nos faiblesses devraient plutôt nousencourager parce que c’est là qu’on est certain qu’on s’appuie réellement sur Dieu et pas sur nos propres forces. Quand on a des compétences naturelles pour quelque chose, on doit vraiment apprendre à se remettre en question pour savoir si on vit ce don de manière charnelle ou de manière spirituelle.
- …Comme Christ souffrant à la croix
Bien sûr, le fait que Paul demande par trois fois d’enlever cette écharde dans la chair nous rappelle un autre passage que l’on a lu la semaine dernière où Jésus prie par trois fois que son Père lui enlève cette coupe. La Bible nous dit même qu’il n’attirait pas le regard. Il est né dans une étable dans une famille modeste et pourtant c’est en lui qu’habitait la plénitude de la divinité. C’est à travers sa mort à la croix pour nous qu’il fait rayonner toute la puissance de Dieu qui s’accomplit dans la faiblesse. Paul écrit cela aux Corinthiens quelques années auparavant le texte qu’on a lu :
Les Juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sagesse: 23 nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens, 24 mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs. 25 Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. 26 Considérez, frères, que parmi vous qui avez été appelés il n’y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. 27 Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes; 28 et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu’on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont, 29 afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. 30 Or, c’est par lui que vous êtes en Jésus Christ, lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption, 31 afin, comme il est écrit, Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur (1 Corinthiens 1,22-31).
Dans mes péripéties à travers le monde, j’ai vu beaucoup d’Églises différentes. Et je peux vous dire que j’ai vu des Églises de 20 personnes, sans musiciens, avec des personnes qui chantent faux, où les membres sont encore jeunes dans la foi mais où l’on voyait qu’il y avait une véritable vie de l’Esprit qui me remettait en question. Leur faiblesse les conduisaient à s’appuyer réellement sur Dieu. Par contre, j’ai également vu d’autres Églises où il y avait une extase extraordinaire, notamment à cause de la musique et du prédicateur et grâce à une foule nombreuse de plusieurs centaines de personnes mais où malheureusement, ce n’était pas vraiment l’Esprit-Saint qui était à l’oeuvre, parce que le pasteur était manipulateur et que c’était avéré qu’il vivait une double vie.
Ce qu’il nous faut vraiment comprendre c’est que notre Dieu n’est pas comme nous. Nous nous regardons à ce qui frappe les yeux mais l’Éternel regarde au coeur (1 Sm 16,7). Alors, où en sont nos coeurs ? Avons-nous accepté que Dieu peut employer nos faiblesses comme l’écharde dans la chair de Paul, pour nous aider à compter sur la grâce de Dieu ? Avons-nous compris que c’est un cadeau que Dieu nous fait que de pouvoir le laisser oeuvrer à travers nous et en nous ? Avons-nous compris que ce qui est important ce n’est pas la prestance charnelle ou les apparences mais bien la marche par l’Esprit ? Si c’est le cas, qu’est-ce que nous devrions changer dans nos vies et dans notre Église ? Quelle est la place ou la chose que Dieu nous appelle à prendre ou à faire en sachant qu’on y va par ses forces, sachant que c’est dans la faiblesse que se révèle sa force ? Que Dieu nous aide à accepter notre faiblesse pour qu’il puisse rayonner encore plus dans nos vies.




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