Prédication du 25 mai 2025
Je ne sais pas si vous avez vu un changement dans mes prédications ces derniers temps. J’ai essayé de les faire évoluer vers quelque chose de plus concret et de plus profond. Mais je réalise qu’à chaque fois, quand on essaie d’aller un peu plus en profondeur, on a souvent un mécanisme de défense qui se déclenche. Parce qu’en tant qu’être humains, on fonctionne souvent selon la loi du moindre effort. On se satisfait de la situation dans laquelle on est parce que ça ne nous demande pas d’effort de rester dans le même courant. Mais lorsque l’on commence à creuser en profondeur, on est parfois mal parce que ça nous remet en question et qu’on voit qu’on doit faire des efforts pour changer. Même si on sait que les résultats seront meilleurs, on est parfois bloqués dans nos habitudes parce qu’on n’est pas forcément prêts à faire ces efforts de changer. On est confronté à ce problème mais on a aussi vu que parfois, perdre c’est gagner. C’est sûr que dans notre vie chrétienne on va perdre des choses mais on va gagner un trésor éternel avec Dieu. Le texte qu’on va lire ce matin va nous remettre en question sur nos pratiques et ça ne sera pas facile mais je vous encourage à garder en vue qu’il y a énormément à gagner. Ce matin, on va lire un passage bien connu du livre de l’Ecclésiaste. Juste avant notre passage, l’ecclésiaste racontait que tout est vanité. On cherche à faire plein de choses mais en fait, puisque nous allons mourir, tout n’est que vanité. C’est de la poursuite de vent, c’est-à-dire que ça n’a aucun sens. Mais dans ce chapitre 3, on a l’impression qu’il oriente la réflexion vers un autre endroit, un endroit un peu plus joyeux, avec plein d’espérance (même s’il faut avoir un bon œil pour le voir). Alors, je vous invite, sans plus tarder, à lire avec moi Ecclésiaste 3,1-17.
Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux: 2un temps pour naître, et un temps pour mourir; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté; 3un temps pour tuer, et un temps pour guérir; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir; 4un temps pour pleurer, et un temps pour rire; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser; 5un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres; un temps pour embrasser, et un temps pour s’éloigner des embrassements; 6un temps pour chercher, et un temps pour perdre; un temps pour garder, et un temps pour jeter; 7un temps pour déchirer, et un temps pour coudre; un temps pour se taire, et un temps pour parler; 8un temps pour aimer, et un temps pour haïr; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix. 9Quel avantage celui qui travaille retire-t-il de sa peine? 10J’ai vu à quelle occupation Dieu soumet les fils de l’homme. 11Il fait toute chose bonne en son temps; même il a mis dans leur coeur la pensée de l’éternité, bien que l’homme ne puisse pas saisir l’oeuvre que Dieu fait, du commencement jusqu’à la fin. 12J’ai reconnu qu’il n’y a de bonheur pour eux qu’à se réjouir et à se donner du bien-être pendant leur vie;13mais que, si un homme mange et boit et jouit du bien-être au milieu de tout son travail, c’est là un don de Dieu. 14J’ai reconnu que tout ce que Dieu fait durera toujours, qu’il n’y a rien à y ajouter et rien à en retrancher, et que Dieu agit ainsi afin qu’on le craigne. 15Ce qui est a déjà été, et ce qui sera a déjà été, et Dieu ramène ce qui est passé. 16J’ai encore vu sous le soleil qu’au lieu établi pour juger il y a de la méchanceté, et qu’au lieu établi pour la justice il y a de la méchanceté. 17J’ai dit en mon coeur: Dieu jugera le juste et le méchant; car il y a là un temps pour toute chose et pour toute oeuvre. (Ecclésiastes 3,1-17)
- Une vie rythmée étrangement
« Il y a un moment pour tout, un temps pour toute chose sous le ciel » ! Quand on y pense, il y a beaucoup de profondeur dans cette petite phrase. Les mots employés ici en hébreux renvoient à la notion de saison et de temps fixé, choisi par Dieu. Dans ce monde qui nous entoure, il y a un rythme que Dieu a créé pour qu’on y entre. C’est quelque chose que l’on voit partout dans la Bible. Il y a un temps pour travailler, six jours dans la semaine, et un temps pour se reposer et se ressourcer en Dieu. Un temps pour travailler sur soi et un temps pour donner. Un temps pour pleurer et un temps pour se réjouir. Alors, si vous êtes comme moi, lorsqu’on regarde cette liste, il y a de nombreux points que l’on aimerait éviter. On n’a pas envie de mourir, de pleurer, d’arracher le plant que nous avions planté, de s’éloigner des étreintes, etc. L’ecclésiaste nous rappelle qu’en fait, dans cette vie ici-bas nous devons passer par toutes ces étapes. On peut chercher à fuir tout ça et mettre toute notre énergie à essayer de fuir la maladie, la mort, la tristesse, le deuil, la souffrance mais, en fait, à quoi bon ? Comme l’ecclésiaste, on peut avoir cette tendance à essayer de profiter de la vie et de faire tout ce qui nous plaît. Mais l’ecclésiaste nous dit que cette mentalité est vaine parce qu’on va mourir et parce qu’il y aura toujours des moments plus durs qui vont presque annuler les moments de joie que nous avons eu. Les choses viennent et repartent, les personnes viennent et repartent, Dieu donne et Dieu reprend. Dans ce monde plein de péché, le printemps a toujours une fin et donne petit à petit naissance à d’autres saisons, dont l’hiver. L’hiver a également une fin et donne naissance au printemps. C’est comme ça. Dans notre monde qui s’est rebellé contre Dieu nous avons ces cycles de joie et de tristesse.
Je ne sais pas si vous connaissez le mythe de Sisyphe ? C’est une personne dans la mythologie grecque qui devait pousser un rocher en haut d’une colline et une fois que le rocher était installé en haut, il retombait et Sisyphe devait continuellement remonter le rocher en haut de la montagne. Albert Camus a écrit tout un livre sur ce mythe pour montrer, qu’à son avis, la vie dans ces cycles est absurde. On refait toujours un éternel recommencement.
L’ecclésiaste nous dit que si on réfléchit comme ça, c’est sûr que la vie n’a aucun sens. On se lève, on se couche et on ne voit pas de grande différence entre hier et aujourd’hui.
- Entrer dans le rythme de Dieu
Alors, quelle est la réponse à cette vanité ? C’est que Dieu existe et qu’il fait toute chose belle en son temps (v. 11) ! On pourrait aussi traduire que Dieu rend toute chose appropriée en son temps. Nous trouvons notre sens lorsque nous faisons ce qui est approprié au moment voulu et pas à un autre moment. Et c’est là que tout change parce qu’on sait qu’on a fait ce que Dieu nous demandait au moment voulu et que ça, ça va avoir un impact pour l’éternité. En fait, quand on regarde notre vie sans la vision de Dieu, tout perd son sens parce qu’on ne sait pas ce qui va perdurer après nous et ce qui est réellement important. L’ecclésiaste nous dit, à quoi bon construire un grand empire financier si on ne sait pas si nos descendants vont bien le gérer ? À quoi bon être riche si la bourse va chuter et tout nous reprendre ? On a en nous cette pensée de l’éternité, c’est-à-dire que l’on veut savoir ce qui va se passer mais l’ecclésiaste nous rappelle « que l’homme ne [peut] pas saisir l’oeuvre que Dieu a faite, du commencement à la fin » (v. 11). C’est seulement Dieu qui sait comment toutes ces choses positives et négatives vont se mêler pour conduire à quelque chose de plus beau. Nous devons donc apprendre à regarder ce qui se passe autour de nous avec les yeux de Dieu. Salomon affirmait d’ailleurs que « Si l’Eternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain; si l’Éternel ne garde la ville, celui qui la garde veille en vain. En vain vous levez-vous matin, vous couchez-vous tard, et mangez-vous le pain de douleur; il en donne autant à ses bien-aimés pendant leur sommeil. » (Psa 127,1-2).
Parker Palmer le décrit très bien en prenant l’analogie des différentes saisons :
L’automne est une saison de grande beauté, mais c’est aussi la saison du déclin : les jours diminuent, la lumière est moins intense, et l’abondance de l’été cède la place à la mort de l’hiver… Dans ma propre expérience de l’automne, je suis rarement conscient des graines plantées. Mais lorsque j’explore le paradoxe de l’automne, qui est porteuse à la fois de mort et de semence, je ressens la puissance de la métaphore. Lorsque je fais l’expérience de l’automne dans ma vie, je me concentre facilement sur ce qui est apparent – la perte de sens, la dégradation des relations, la fin d’un travail. Mais à y regarder de près et de manière plus approfondie, je peux entrevoir des myriades de possibilités susceptibles de porter du fruit dans une saison à venir. De manière rétrospective, je peux apercevoir dans ma vie ce que je ne pouvais pas voir à l’époque – comment le fait de perdre mon travail m’a aidé à trouvé le travail dont j’avais vraiment besoin, comment le panneau « route barrée » m’a conduit vers le terrain que j’avais besoin de découvrir, et combien toutes ces pertes qui semblaient irrémédiables m’ont obligé à discerner ce que j’avais besoin de comprendre. En surface, il semblait que la vie s’étiolait, alors que silencieusement les graines de la vie nouvelle continuaient à être semées en abondance.
L’ecclésiaste continue son livre en disant : « Au jour du bonheur, sois heureux, et au jour du malheur, réfléchis: Dieu a fait l’un comme l’autre, afin que l’homme ne découvre en rien ce qui sera après lui. » (Ecc 7,14). Notre mission, en tant que chrétiens, est donc de rentrer dans les plans de Dieu et de chercher sa volonté. D’apprendre à voir la beauté de l’hiver ou de l’automne dans nos vies et de voir qu’ils sont parfois appropriés. Ces cycles peuvent donner l’impression de ne servir à rien mais en fait, ils nous permettent d’avancer. Aglaé m’a envoyé une photo un jour qui illustre bien ça. Dans la vie, il y a des éternels recommencements mais c’est à travers ces cycles que l’on arrive à avancer. Parfois, on peut refuser d’entrer dans ces cycles, au moment fixé par Dieu, mais on ne va pas pouvoir avancer réellement dans la foi.
- Le rythme glorifié
Ça peut sembler assez démotivant mais l’histoire ne s’arrête pas là. Jésus, au moment où il était acclamé par tout le monde à Jérusalem, au summum de son ministère terrestre, a accepté la souffrance, la douleur, l’humiliation et la mort. Il a accepté de passer à travers la vallée de l’ombre de la mort pour nous. Avant sa mort, il a été abandonné par le Père et quand il est mort, la terre a été recouverte de ténèbres. Il a vécu l’enfer pour nous libérer de cela. Lorsque Jésus est ressuscité d’entre les morts, il nous a ouvert le paradis en nous montrant qu’un jour il n’y aura plus de larme, plus de souffrance ni de maladie. C’est parce que Jésus a accepté ce cycle de souffrance et de gloire qu’il a pu nous ouvrir le paradis. Mais nous devons accepter de passer par l’hiver de la souffrance pour arriver au printemps glorieux et éternel que Dieu nous promet.
Dernièrement, j’ai appris que la reine Victoria n’a pas réussi à faire le deuil de son mari qui est décédé plutôt très jeune. Pendant des années, elle a mis tous les jours les chemises de nuit de son mari dans son lit en demandant de préparer sa mousse à raser tous les jours. La reine Victoria ne voulait pas passer par l’hiver dans sa vie parce qu’elle le trouvait trop difficile. Elle a préféré vivre dans une saison d’entre-deux pendant de nombreuses années. Vous pouvez imaginer que cet entre-deux était plus terrible, en fin de compte, que le deuil qu’elle aurait pu vivre si elle avait choisi de tourner la page.
J’ai l’impression qu’on fait souvent la même chose dans notre vie chrétienne. Souvent, on n’accepte pas de passer par les difficultés, alors qu’elles peuvent parfois être porteuses de vie. Partout dans la Bible on voit que l’on doit apprendre à mourir à soi-même avant de pouvoir vivre en nouveauté de vie. On doit apprendre à lâcher prise, à laisser Dieu diriger pour pouvoir faire des choses qui ont réellement un sens éternel. Autrement nos vies vont ressembler à un automne éternel qui n’a pas de sens parce qu’on ne sait pas ce qui est pertinent ou pas. Dieu nous donne des belles choses, il nous suffit de rentrer dans ces plans et de s’en réjouir. Paul disait qu’il avait appris à se réjouir dans l’abondance, comme dans la disette (Phil 4,12), alors pourquoi n’arrivons-nous pas à vivre cette réalité ? Prenons courage et allons de l’avant ! Mettons tous les efforts pour avancer vers le paradis que Dieu nous promet. Dieu nous promet qu’il va terminer la bonne œuvre qu’il a commencé en nous. Alors n’hésitons pas à traverser la vallée de l’ombre de la mort, parce qu’on sait qu’il est avec nous et que cette traversée se termine par « Oui, le bonheur et la grâce m’accompagneront Tous les jours de ma vie, Et j’habiterai dans la maison de l’Éternel Jusqu’à la fin de mes jours » (Psa 23,6).




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