Le temps dans la Bible

Pour le culte de rentrée, j’ai voulu faire une prédication un peu différente et réfléchir un peu sur le concept de « temps » dans la Bible. J’espère que ce n’était pas une grosse bêtise, parce que j’ai ouvert une boîte de pandore où il y a des centaines de questions et de réflexions qui sont venues en même temps et puis aussi parce que je ne suis pas celui qui gère le mieux son temps. Alors, je vais essayer de faire de mon mieux pour synthétiser et communiquer toutes ces idées et réflexions qui m’ont traversé l’Esprit. Je ne sais pas vous mais j’ai l’impression qu’à notre époque, on a vraiment de la peine à vivre dans le temps. On a de la peine à vivre dans le temps présent parce qu’on pense à tout ce que l’on aimerait faire ou bien à comment faire pour fuir le temps dans lequel on est. On essaie de se concentrer sur quelque chose et il y a des centaines de notifications qui sonnent sur notre téléphone ou notre ordinateur, les tâches qui s’enchaînent les unes après les autres. Les enfants qui réclament de l’attention et en même temps la nourriture qui brûle à la cuisine et votre supérieur qui vous demande de faire des heures supplémentaires au travail le lendemain. Ou bien, au contraire, vous avez l’impression que vous avez trop de temps à revendre et que vous ne servez pas à grand-chose parce que vous n’arrivez plus à faire ce dont vous étiez capables avant. Ce sont des problématiques importantes et du coup, avant d’aller plus loin dans notre réflexion, je vous invite à prier.

Prière

  1. Un définition du temps

Aujourd’hui on ne va pas s’arrêter sur un texte biblique en particulier mais sur plusieurs versets un peu partout dans la Bible pour savoir ce qu’elle dit sur le temps. En fait, il faut savoir que la Bible ne conçoit pas le temps de la même manière que nous. Pour nous, le temps c’est le temps qui passe, les minutes, une durée. Du coup, quand on perd notre temps c’est qu’on perd des précieuses minutes que nous aurions pu utiliser pour de bien meilleures choses. Mais dans la mentalité à l’époque de Jésus et pour les Juifs avant lui, le temps était considéré comme une occasion à saisir, un moment approprié pour quelque chose ou une saison. En hébreux on parlait du « et » et en grec le « kairos ». C’était en partie parce que personne n’avait de calendrier ou de montre à disposition. Avant qu’on aie les montres, on voyait que c’était le temps des moissons et on vivait en conséquence en moissonnant les champs. On voyait qu’il faisait nuit et donc que c’était le temps approprié pour dormir. On voyait qu’il faisait jour et donc que c’était le moment approprié pour se lever. À notre époque, avec les montres et l’électricité, on n’a plus l’habitude de reconnaître les signes qui nous montre dans quel moment on est. Ça fait qu’on est parfaitement incapables de savoir ce à quoi Dieu nous demande en temps voulu. Mais dans la culture agricole de l’époque les Juifs savaient que lorsqu’ils voyaient certains signes, ils devaient agir en conséquence parce qu’ils pouvaient perdre complètement leur moisson.

Je prends quelques versets pour illustrer cela : Jean-Baptiste disait « le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle » (Mc 1,15). Les signes du royaume de Dieu étaient là et la conséquence c’est que les Juifs étaient appelés à se repentir. De la même manière, Jésus nous appelle à reconnaître les signes qui préfigurent son retour et agir en conséquence.

Nous sommes donc appelés à nous entraîner à reconnaître les signes que Dieu nous donne pour savoir ce à quoi il nous appelle, à réfléchir à ce qui est approprié dans les différents moments que nous vivons. Est-ce approprié de parler ou plutôt de se taire ? Est-ce approprié de travailler ou de se reposer ? Qu’est-ce qui correspond au temps de Dieu ? Alors, je suis comme vous. J’ai de la peine à discerner ces temps de Dieu mais j’ai remarqué que pour arriver à faire cela, il nous faut une relation profonde avec Dieu et aussi être intentionnellement à la recherche de ces signes. Si on n’a pas cette intentionnalité, on n’arrivera pas à discerner ces signes et c’est dans une relation profonde avec Dieu qu’on apprend à le connaître et à savoir de mieux en mieux ce qu’il veut nous dire.

  1. Accepter le temps de Dieu

Donc notre première difficulté pour nous c’est de discerner les signes de ces « kairos ». Mais notre deuxième difficulté c’est d’accepter le temps de Dieu et d’agir en conséquence. Je relis le passage de l’ecclésiaste que l’on a déjà lu il y a quelques mois : « Il y a un moment pour tout, un temps pour toute chose sous le ciel : Un temps pour enfanter et un temps pour mourir » (Ecc 3,1-2). Mais nous, quand on arrive au moment de la vieillesse et quand on arrive au moment de mourir, on refuse ça. Et même, parfois on veut notre mort avant l’heure parce qu’on n’arrive pas à discerner ce que Dieu peut faire à travers notre vieillesse ou notre faiblesse. Alors que pour Dieu, il y a « un temps pour planter et un temps pour arracher le plant » (v. 2), « un temps pour démolir et un temps pour bâtir » (v. 3). Vous comprenez ? Dieu permet la vieillesse, la maladie, la souffrance pour nous aider à grandir spirituellement, pour qu’on voit que nous dépendons complètement de lui pour faire son œuvre. Quand nous recherchons à vivre un autre temps que celui de Dieu, ce que nous faisons en réalité c’est que nous convoitons ! De même, dans notre Église, nous devons accepter qu’il y a temps pour consolider et un temps pour croître. Il y a « un temps pour se lamenter et un temps pour danser » (v. 4). C’est-à-dire qu’il y a un temps pour être dans le deuil et un temps pour se réjouir. Mais vous comprenez ? À chaque fois que l’on saute ces temps difficiles, c’est en fait le temps de Dieu que nous rejetons. Si on évite à tout prix le deuil, la vieillesse, voire même la mort et qu’on ne le accepte pas au moment où Dieu les veut pour nous, c’est tout son projet qui disparaît. Un verset qu’on s’est pas mal dit avec Aglaé pendant notre période de fréquentions c’est : « il y a un temps pour s’embrasser et un temps pour s’en abstenir » (v. 5). On ne voulait pas aller trop vite dans notre relation, pour bien respecter le temps de Dieu et on a appris beaucoup de choses en s’abstenant. Il y a aussi « un temps pour se taire et un temps pour parler » (v. 7). Si dans nos relations on arrivait à mieux comprendre et vivre ce verset, ça simplifierait beaucoup de choses.

Dans chaque moment de notre vie, il y a comme des fenêtres de tir qui nous appellent à une certaine action voulue par Dieu. Ce n’est pas parce qu’on fait une bonne chose que ce sera nécessairement bien. Il faut que ce soit fait au bon moment, au moment approprié. C’est un peu comme la maturation du vin. Vous savez, le vin n’a pas le même goût s’il est vieux ou s’il est jeune. Il faut le déboucher ni trop tôt, parce que sinon il n’aura pas assez muri, ni trop tard, parce que sinon il sera mauvais.

Si on ne respecte pas le rythme de Dieu, en allant trop vite, en sautant des étapes, en ou en allant trop lentement, ça aura l’effet d’un vin trop jeune ou trop vieux. Nous sommes appelés à aller à la vitesse de Dieu, ni trop vite ni trop lentement.

  1. Jésus qui vient au temps voulu

Quand on fait ce qui convient au bon moment, Christ agit d’une manière extraordinaire. Et la Bible elle-même nous dit que « lorsque les temps furent accomplis », qu’on peut aussi traduire par « au moment convenable », « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, né sous la loi, afin de racheter ceux qui étaient sous la Loi, pour que nous recevions l’adoption » (Ga 4,4-5). Jésus s’est donné à la croix pour nous au moment précis où cela pouvait nous sauver… Ni trop tôt, ni trop tard. En faisant cela, il nous sauve et nous permet aussi de « sauve[r] le temps » (Ep 5,16), comme le dit Paul. « Sauvez le temps, car les jours sont mauvais ». C’est-à-dire qu’il y a des tas d’occasions qui se présentent à nous mais que Satan veut détruire. Nous sommes appelés à sauver ces occasions du mal, de la même manière que Christ est venu au bon moment pour nous sauver. Il y a tellement de choses qui nous empêchent de saisir l’occasion de faire le bien. Lorsqu’on a un conflit avec un ami, son conjoint ou un proche et qu’on fuit à travers les boissons, la nourriture, internet ou autre, c’est qu’on ne saisit pas l’occasion de Dieu et qu’on ne sauve pas le temps. Et c’est vrai que c’est parfois dur de sauver le temps, parce que ça nous semble tellement plus dur de se confronter à soi-même que de fuir.

Moi-même, cette semaine il y a eu plusieurs moments où j’ai dilapidé mon temps. J’ai vu les signes de Dieu, je savais ce à quoi il m’appelait mais j’ai préféré les ignorer parce que ça me semblait plus facile de fuir que de me confronter à ce que je fuyais. Combien de fois est-ce qu’on ne fait pas ça et qu’on a notre culpabilité qui reste dans notre coeur et qui nous ronge ?

Mais Dieu nous dit, à la fois qu’il nous pardonne, et qu’il nous donne mieux que ce que nous pensions ou espérions. C’est ça qu’on doit se dire. Dieu nous donne mieux que ce que nous espérons ou pensons. Parfois, dans les moments de deuil, de vieillesse, de maladie, de souffrance, d’incertitude ou de dépression, on a l’impression que ce que l’on fait ne sert à rien et que notre vie ne sert à rien, mais Dieu a un plan extraordinaire pour nous façonner et faire rayonner quelque chose d’extraordinaire en nous à travers ces épreuves. Les péchés que j’ai commis et ceux que je fais encore maintenant m’aident à être plus patient et plus compatissant envers les autres. Les limites physiques que j’ai, m’aident à placer ma confiance en Dieu. Mes dépressions, m’aident à comprendre l’immensité de l’amour de Dieu pour moi. Alors bien sûr, ça ne justifie pas qu’on pêche parce que Dieu peut faire quelque chose de grand là-dedans mais ça veut dire que lorsque nous vivons les temps de Dieu, même les plus durs, Dieu nous enseigne et nous forme en la personne qu’il nous appelle à être. Faisons-lui donc confiance en avançant par la foi.

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