La chaise du surnaturel! Daniel 2,1-30

Si vous étiez là la semaine dernière, vous savez que nous avons commencé à méditer ensemble le livre de Daniel. La question principale du livre de Daniel est « Comment vivre pour Dieu dans un monde hostile à Dieu » ? On avait vu, qu’on est appelés à être le sel de la terre, c’est-à-dire que l’on doit être à la fois distinct/différent du monde, sinon nous ne pouvons rien apporter pour rehausser le goût, et au contact du monde, parce que sinon nous n’accomplissons pas notre mission de rehausser le goût. Parfois il faut réussir à prendre des décisions fermes, en mettant les limites au bon endroit. On arrive maintenant au chapitre deux du livre de Daniel. Daniel et ses amis ont probablement fini leur formation à Babylone ou bien ils en sont à la fin de leur parcours. Mais voilà qu’un évènement perturbateur entre en jeu et va bouleverser la vie de Daniel et de ses amis. Je vous invite donc à lire avec moi Daniel 2,1-30.

La seconde année du règne de Nebucadnetsar, Nebucadnetsar eut des songes. Il avait l’esprit agité, et ne pouvait dormir. Le roi fit appeler les magiciens, les astrologues, les enchanteurs et les Chaldéens, pour qu’ils lui disent ses songes. Ils vinrent, et se présentèrent devant le roi. Le roi leur dit: J’ai eu un songe; mon esprit est agité, et je voudrais connaître ce songe. Les Chaldéens répondirent au roi en langue araméenne: O roi, vis éternellement! dis le songe à tes serviteurs, et nous en donnerons l’explication. Le roi reprit la parole et dit aux Chaldéens: La chose m’a échappé; si vous ne me faites connaître le songe et son explication, vous serez mis en pièces, et vos maisons seront réduites en un tas d’immondices. Mais si vous me dites le songe et son explication, vous recevrez de moi des dons et des présents, et de grands honneurs. C’est pourquoi dites-moi le songe et son explication. Ils répondirent pour la seconde fois: Que le roi dise le songe à ses serviteurs, et nous en donnerons l’explication. Le roi reprit la parole et dit: Je m’aperçois, en vérité, que vous voulez gagner du temps, parce que vous voyez que la chose m’a échappé. Si donc vous ne me faites pas connaître le songe, la même sentence vous enveloppera tous; vous voulez vous préparez à me dire des mensonges et des faussetés, en attendant que les temps soient changés. C’est pourquoi dites-moi le songe, et je saurai si vous êtes capables de m’en donner l’explication. 10 Les Chaldéens répondirent au roi: Il n’est personne sur la terre qui puisse dire ce que demande le roi; aussi jamais roi, quelque grand et puissant qu’il ait été, n’a exigé une pareille chose d’aucun magicien, astrologue ou Chaldéen. 11 Ce que le roi demande est difficile; il n’y a personne qui puisse le dire au roi, excepté les dieux, dont la demeure n’est pas parmi les hommes. 12 Là-dessus le roi se mit en colère, et s’irrita violemment. Il ordonna qu’on fasse périr tous les sages de Babylone. 13 La sentence fut publiée, les sages étaient mis à mort, et l’on cherchait Daniel et ses compagnons pour les faire périr. 14 Alors Daniel s’adressa d’une manière prudente et sensée à Arjoc, chef des gardes du roi, qui était sorti pour mettre à mort les sages de Babylone. 15 Il prit la parole et dit à Arjoc, commandant du roi: Pourquoi la sentence du roi est-elle si sévère? Arjoc exposa la chose à Daniel. 16 Et Daniel se rendit vers le roi, et le pria de lui accorder du temps pour donner au roi l’explication. 17 Ensuite Daniel alla dans sa maison, et il instruisit de cette affaire Hanania, Mischaël et Azaria, ses compagnons, 18 les engageant à implorer la miséricorde du Dieu des cieux, afin qu’on ne fît pas périr Daniel et ses compagnons avec le reste des sages de Babylone. 19 Alors le secret fut révélé à Daniel dans une vision pendant la nuit. Et Daniel bénit le Dieu des cieux. 20 Daniel prit la parole et dit: Béni soit le nom de Dieu, d’éternité en éternité! A lui appartiennent la sagesse et la force. 21 C’est lui qui change les temps et les circonstances, qui renverse et qui établit les rois, qui donne la sagesse aux sages et la science à ceux qui ont de l’intelligence. 22 Il révèle ce qui est profond et caché, il connaît ce qui est dans les ténèbres, et la lumière demeure avec lui. 23 Dieu de mes pères, je te glorifie et je te loue de ce que tu m’as donné la sagesse et la force, et de ce que tu m’as fait connaître ce que nous t’avons demandé, de ce que tu nous as révélé le secret du roi. 24 Après cela, Daniel se rendit auprès d’Arjoc, à qui le roi avait ordonné de faire périr les sages de Babylone; il alla, et lui parla ainsi: Ne fais pas périr les sages de Babylone! Conduis-moi devant le roi, et je donnerai au roi l’explication. 25 Arjoc conduisit promptement Daniel devant le roi, et lui parla ainsi: J’ai trouvé parmi les captifs de Juda un homme qui donnera l’explication au roi. 26 Le roi prit la parole et dit à Daniel, qu’on nommait Beltschatsar: Es-tu capable de me faire connaître le songe que j’ai eu et son explication? 27 Daniel répondit en présence du roi et dit: Ce que le roi demande est un secret que les sages, les astrologues, les magiciens et les devins, ne sont pas capables de découvrir au roi. 28 Mais il y a dans les cieux un Dieu qui révèle les secrets, et qui a fait connaître au roi Nebucadnetsar ce qui arrivera dans la suite des temps. Voici ton songe et les visions que tu as eues sur ta couche. 29 Sur ta couche, ô roi, il t’est monté des pensées touchant ce qui sera après ce temps-ci; et celui qui révèle les secrets t’a fait connaître ce qui arrivera. 30 Si ce secret m’a été révélé, ce n’est point qu’il y ait en moi une sagesse supérieure à celle de tous les vivants; mais c’est afin que l’explication soit donnée au roi, et que tu connaisses les pensées de ton coeur. (Daniel 2,1-30)

  1. Une demande irréaliste

Notre histoire commence avec le roi Neboukadnetsar qui fait un rêve. Ce qu’il faut savoir c’est qu’à cette époque, et surtout dans le proche et moyen-Orient ancien, on pensait que les rêves étaient le moyen que les dieux employaient pour parler aux hommes. Les rêves du roi ont donc une importance toute particulière parce qu’ils concernent toute sa nation. Mais du coup, ne pas se souvenir de son rêve était quelque chose de dramatique. C’est un peu comme si le président ne se rappelait plus du code des armes atomiques. C’est beaucoup plus catastrophique que si l’on oubliait le code de notre téléphone. Mais en plus, à l’époque de Neboukadnetsar, on disait que « Si une homme ne peut se souvenir de son rêve qu’il a vu (cela signifie que) son dieu (personnel) est irrité contre lui »1. On comprend mieux pourquoi Neboukadnetsar est inquiet : non seulement il n’arrive pas à se rappeler et à comprendre le message que les dieux veulent lui communiquer mais en plus il pense qu’ils en ont après lui ! Ce jeune roi qui vient d’accéder au pouvoir doit être terrorisé et craint de perdre le pouvoir. Il décide alors d’employer les grands moyens. Il n’appelle pas seulement quelques devins et quelques astrologues mais vraiment toute la ribambelle qui est à son service pour qu’on lui rappelle son rêve et qu’on lui en donne l’explication. Mais il faut bien comprendre que le roi fait ça parce qu’il est tétanisé. Ça explique aussi pourquoi sa réaction est si virulente. Alors bien sûr, les mages, les astrologues et les devins n’ont pas la capacité de deviner le rêve du roi parce que seul Dieu en est capable !

C’est un peu comme si notre président demandait à ses ministres, aux scientifiques et aux docteurs de le rendre immortel. Tous se concertent pour lui dire qu’ils peuvent l’aider à ralentir sa vieillesse mais jamais à le rendre immortel. Alors rempli de rage notre président décide de tuer tous les ministres, tous les docteurs et les scientifiques de Paris.

De la même manière, la demande de Neboukadnetsar est complètement irréaliste. Parfois Dieu emploie ces demandes et ces envies pour nous placer dos au mur et pour nous amener à comprendre la vraie différence entre ce que le monde peut proposer et ce que Dieu fait réellement. Je pense qu’on est souvent comme Neboukadnetsar, on n’arrive pas à voir la différence entre ce que le monde nous propose et ce que Dieu est capable de faire.

  1. Une réponse divine

Quand Daniel entend qu’on va le mettre à mort ainsi que tous les autres sages de Babylone, il fait un autre pari osé, comme il en avait déjà fait au premier chapitre. Il sait que Dieu est capable de répondre à la question du roi. Alors, il lui demande un délai (c’est intéressant parce que le roi reprochait aux astrologues de vouloir gagner du temps mais il en laisse à Daniel) et il lui promet que Dieu va lui répondre parce qu’il sait que son Dieu n’est pas un dieu comme les autres.

Un peu comme si on faisait une course entre la « Jamais contente » qui est la voiture la plus rapide de la fin des années 1900, qui a une vitesse maximale enregistrée à 100 km/h et la Bugatti bolide qui a maintenant dépassé les 500 km/h. La « Jamais contente » n’aurait aucune chance de l’emporter et tout le monde miserait sur la Bugatti dernier modèle. C’est une décision qui est parfaitement logique.

Le problème c’est que nous avons vraiment de la peine à ancrer dans nos coeurs et dans nos vies que notre Dieu est vraiment beaucoup plus grand que tout ce que notre monde peut proposer. La théologienne Nancy Pearcey emploie une image très forte à ce sujet. Elle présente deux chaises et explique qu’il y en a une qui est naturaliste, c’est-à-dire qu’elle croit en un monde uniquement matériel. Bien sûr, cela va impacter sa manière de voir les choses et de décider. L’autre chaise est « surnaturelle ». La personne qui s’y assoit croit en un monde à la fois matériel et immatériel. Voici ce qu’elle dit (je vais vous demander de vous concentrer parce que la citation est un peu longue mais très importante) :

Pour le croyant assis dans la chaise du « surnaturel », le monde naturel n’est qu’une partie de la réalité. Une perspective complète inclut à la fois les aspects visibles et invisibles de la réalité. Les chrétiens sont appelés non seulement à accepter intellectuellement l’existence des deux parties de la réalité, mais aussi à agir concrètement sur cette base. Jour après jour, ils doivent faire des choix qui n’auraient aucun sens si le monde invisible n’était pas autant réel que le monde visible… Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Cela signifie que nous agirons parfois d’une manière qui semble irrationnelle pour ceux qui sont assis sur la chaise du naturalisme, ceux qui ne voient que le monde physique. Cela signifie que nous ferons ce qui est juste, même si cela nous coûte cher, parce que nous serons convaincus que ce que nous gagnerons dans le domaine invisible est bien plus grand que ce que nous perdons dans le monde. Malheureusement, de nombreux chrétiens vivent une grande partie de leur vie comme si le naturalisme avait raison. Ils adhèrent intellectuellement aux grandesvérités des Écritures, mais ils prennent leurs décisions pratiques de la vie de tous les jours en se basant uniquement sur ce qu’ils peuvent voir, entendre, mesurer et calculer. Lorsqu’ils proclament leurs croyances religieuses, ils s’assoient dans la chaise du « surnaturel ». Mais dans la vie quotidienne, ils se lèvent et s’assoient dans la chaise du naturaliste, vivant en pratique comme si le surnaturel n’était pas réel, comptant sur leur propre énergie, leur talent et leurs calculs stratégiques. Ils veulent accomplir l’œuvre du Seigneur, mais ils le font à la manière du monde, en utilisant des méthodes du monde, en étant motivés par des désirs du mondede succès et de renommée… Beaucoup de croyants agissent comme si devenir chrétien était une question de foi, mais qu’être chrétien par la suite était une question de motivation et de volonté personnelles. Ils s’efforcent d’atteindre la perfection par la chair… La seule façon pour l’Église d’établir une crédibilité authentique auprès des non-croyants est de leur montrer quelque chose qu’ils ne peuvent expliquer ou reproduire par leurs propres méthodes naturelles et pragmatiques, quelque chose qu’ils ne peuvent expliquer qu’en invoquant le surnaturel.2

J’espère ne pas vous avoir perdu… En gros, ce que Nancy Pearcey dit c’est qu’en tant que chrétiens, on est appelés à faire des choix comme ceux Daniel. Ces choix n’ont aucun sens, à moins que Dieu n’existe réellement et qu’il n’agisse dans le monde.

  1. Pourquoi Dieu répond-il ?

Seulement, Dieu va-t-il répondre à la prière de Daniel et de ses amis ? Ce n’est pas parce qu’il est capable d’y répondre qu’il va forcément le faire. Ce qui intéressant c’est que lorsque Daniel et ses amis prient, ils ne font pas appel à la toute-puissance de Dieu, parce qu’ils savent que Dieu sait déjà tout, mais vraiment à sa compassion et à son amour. Dieu répond à nos prières et à nos demandes parce qu’il nous aime et qu’il veut notre bien. On sait cela parce que Dieu a envoyé Jésus-Christ pour mourir à la croix par amour pour nous. Nous qui nous sommes éloignés de Dieu parce que nous vivons comme s’il n’existait pas, Jésus-Christ a vécu sa vie entièrement en sachant que son Père agissait dans le monde. Il a eu tellement confiance en lui qu’il a été prêt à donner sa vie et sachant que Dieu allait le ressusciter d’entre les morts.

Vous imaginez une confiance pareille ? Être prêt à lâcher complètement le contrôle de sa vie ? Je ne sais pas si vous vous êtes déjà laissés tomber pour qu’une personne vous rattrape ? On fait, pour qu’on arrive à faire cela, il nous faut deux choses types de confiance. Il faut qu’on soit certain que l’autre nous aime et ne nous veut pas du mal, qu’il ne nous laisserait jamais tomber. Mais il faut aussi que l’on ait réellement confiance en ses capacités physiques (ses réflexes, ses muscles, etc) pour nous rattraper. Si on a un doute sur l’un de ces deux aspects, même s’il est tout petit, on ne va pas se laisser tomber. Ce n’est que lorsque l’on est certain de ces deux choses que l’on va réussir à faire le pas de sa laisser tomber. Mais est-ce qu’on accepte de se laisser tomber ? Il y a toujours cette étape décisive où il y a un petit doute qui s’installe dans nos vies et tout à coup on s’élance. Et plus on le fait et plus c’est facile à le faire et plus on le vit mieux.

C’est exactement la même chose avec Dieu ! Si nous avons des doutes, même des tout petits doutes, que Dieu nous aime ou qu’il est capable de répondre à nos prières et à nos besoins, nous ne nous laisserons pas aller. Et même lorsque nous savons qu’il est capable de diriger nos vies et qu’il nous aime d’un amour infini parce qu’il est allé jusqu’à donner son propre fils pour nous, nous avons de la peine à faire ce pas pour aller de l’avant. Mais je crois que plus que jamais, nous sommes appelés à faire ces choix audacieux, comme Daniel l’a fait, pour témoigner que Dieu est un Dieu qui est présent, tout-puissant et qui nous aime. Ce n’est que de cette manière que nous pourrons témoigner de Christ.

1Cité dans J. Baldwin, Le livre de Daniel, trad. Jacques Blocher, Éditions Sator et Farel, Fontenay-sous-Bois, 1977, p. 83.

2PEARCEY Nancy, Total Truth, p. 361-363, traduction personnelle et un peu changée.

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