Comment vivre pour Dieu dans un monde hostile à Dieu? Daniel 1

Pour la période de l’été, j’avais à coeur de reprendre un série de prédications, plus courte que celle sur Galates, et qu’ensemble on travaille sur la première partie du livre de Daniel. Daniel est un livre qui a été écrit pour le peuple d’Israël qui était en situation d’exil à Babylone. Les Juifs qui étaient là-bas se posaient une grande question : « Comment vivre pour Dieu dans un monde hostile à Dieu ? » Il faut s’imaginer que les Juifs n’avaient pas du tout cette habitude d’être mêlés avec des non-Juifs. C’est un peu qui si vous transportiez un pasteur du XVIIIème siècle dans une grande ville protestante, à Las Vegas d’aujourd’hui. Toute ce que ce pasteur a connu a été un monde chrétien mais tout ce qu’il voit autour de lui c’est une immense immoralité sur tous les plans. Comment faire pour témoigner de sa foi et ne pas perdre son identité ? Les Juifs à Babylone étaient également dans cette situation. C’était quelque chose d’inédit qu’ils n’avaient jamais vécu avant. Daniel a écrit son histoire à Babylone pour nous encourager et nous donner des conseils et lignes directrices de comment vivre cela. Alors, c’est évident, que pour nous en tant que chrétiens aujourd’hui, nous pouvons en retirer beaucoup de choses. Je vous invite donc à la lecture de Daniel 1.

La troisième année du règne de Jojakim sur Juda, Nebucadnetsar, le roi de Babylone, marcha contre Jérusalem et en fit le siège. Le Seigneur livra entre ses mains Jojakim, le roi de Juda, et une partie des ustensiles de la maison de Dieu. Nebucadnetsar emporta les ustensiles dans le pays de Shinear, dans le temple de son dieu; il les mit dans la maison du trésor de son dieu. Le roi donna l’ordre à Ashpenaz, le responsable de ses eunuques, de faire venir quelques Israélites de sang royal ou de famille noble. Ce devaient être de jeunes garçons sans défaut physique, beaux, doués de perspicacité et de sagesse, instruits et intelligents, capables de servir dans le palais du roi. On leur enseignerait la littérature et la langue des Babyloniens. Le roi leur réservait pour chaque jour une portion des plats servis à sa table et du vin de ses banquets. Il voulait les former pendant trois ans à la suite desquels ils entreraient à son service. Il y avait parmi eux des Judéens: Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria. Le chef des eunuques leur donna des noms: à Daniel celui de Beltshatsar, à Hanania celui de Shadrak, à Mishaël celui de Méshak, et à Azaria celui d’Abed-Nego. Daniel prit la ferme décision de ne pas se souiller en consommant les plats servis à la table du roi et le vin de ses banquets. Il demanda alors au chef des eunuques de ne pas l’obliger à se souiller. Dieu gagna à Daniel la bienveillance et la compassion du chef des eunuques. 10 Ce dernier dit à Daniel: «Je redoute mon seigneur le roi. C’est lui qui a fixé ce que vous devez manger et boire. Pourquoi devrait-il vous voir arborer une moins bonne mine que les jeunes gens de votre âge? A cause de vous, je risquerais ma tête auprès du roi.» 11 Daniel dit alors à l’intendant auquel le chef des eunuques avait confié la responsabilité de lui-même, Hanania, Mishaël et Azaria: 12 «Fais donc un essai avec tes serviteurs pendant 10 jours: qu’on nous donne des légumes à manger et de l’eau à boire. 13 On examinera ensuite devant toi notre apparence et celle des jeunes gens qui mangent les plats servis à la table du roi. Puis, agis avec nous, tes serviteurs, en fonction de ce que tu auras constaté.» 14 Il leur accorda ce qu’ils demandaient et fit un essai avec eux pendant 10 jours. 15 Au bout de 10 jours, ils avaient meilleure apparence et avaient pris plus de poids que tous les jeunes gens qui mangeaient les plats servis à la table du roi. 16 L’intendant retirait donc les plats et le vin qui leur étaient destinés, et il leur donnait des légumes à la place. 17 Dieu accorda à ces quatre jeunes gens de la connaissance et de la perspicacité dans tout ce qui concernait la littérature et la sagesse. De plus, Daniel était capable d’expliquer toutes les visions et tous les rêves. 18 Au moment fixé par le roi pour qu’on les lui amène, le chef des eunuques les présenta à Nebucadnetsar. 19 Le roi discuta avec eux et, parmi tous ces jeunes gens, il n’en trouva aucun comme Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria. Ils furent donc admis au service du roi. 20 Sur tous les sujets qui réclamaient de la sagesse et de l’intelligence et sur lesquels il les interrogeait, le roi les trouvait dix fois supérieurs à tous les magiciens et astrologues présents dans tout son royaume. 21 Telle fut la situation de Daniel jusqu’à la première année de règne de Cyrus. (Daniel 1)

  1. Un programme babylonien de changement

Ça faisait plusieurs années que Dieu avait prédit la chute de Jérusalem. Dieu voulait à la fois les punir de leurs péchés et les ramener à lui. Et ça y est, Jérusalem a été vaincu par Neboukadnestar (ou Nabuchodonosor en fonction des traductions), le roi de Babylone ! Alors, ce qu’il faut savoir c’est que Neboukadnestar est un roi très intelligent parce qu’il sait que ce n’est pas le fait d’avoir une plus grande armée qui va lui permettre de contrôler les territoires qu’il a conquis. Et alors, qu’est-ce qu’il fait, il essaie tout simplement d’endoctriner un bon nombre d’élite (ou de futurs élites) du pays pour les renvoyer en Israël et les mettre en position d’autorité. La méthode qu’il emploie pour les endoctriner est de les éloigner de leur pays d’origine, de leur faire manger la nourriture Babylonienne, de les instruire dans la langue et les pratiques du pays et de changer leur noms. On oublie cela à notre époque, mais changer le nom de quelqu’un est quelque chose de très profond. Daniel, qui signifie « Dieu est mon juge » a été changé en Beltchatsar qui signifie « Que Bel (le dieu babylonien principal) protège sa vie ». Ainsi, Hanania (Yahweh a fait grâce) a été changé en Chadrak (le commandant d’Aku, le dieu de la lune), Mikaël (Qui est comme Dieu?) a été changé en Méchak (Qui est comme Aku?) et Azaria (Yahweh a aidé) a été changé en Abed-Nego (serviteur de Nebo, un autre dieu babylonien). Vous comprenez, les babyloniens voulaient enlever toute la culture d’origine de Daniel et de ses amis, pour qu’ils ne leur posent plus de problème.

Un exemple frappant et assez moderne de cela est celui de la culture indienne. Au fur et à mesure de la colonisation des États-Unis, les indiens se sont retrouvés dans de grandes réserves indiennes. Petit à petit, en raison des guerres et des colonisations, les indiens se sont intégrés dans la culture américaine et ont complètement perdu leur culture.

Le monde autour de nous essaie de faire la même chose. Cela ne se vit pas de manière aussi réfléchie ou conscience que ne le faisait Neboukadnestar, mais c’est clair que le monde essaie de nous faire abandonner certaines pratiques qui les dérange ou de changer nos croyances. Ils font cela en interdisant petit à petit l’enseignement privé (l’école à la maison et bientôt les écoles privées) et en uniformisant l’enseignement, en nous obligeant à faire au travail des choses contre notre conscience, en mettant en avant l’accomplissement personnel plutôt que le service, en nous bombardant d’informations, d’opinions différentes et d’envies à la télévision, les films et séries ou à travers les réseaux sociaux, et j’irais même jusqu’à dire « en nous abrutissant avec de la nourriture malsaine ». Encore une fois, cela ne se fait peut-être pas de manière consciente, mais en tout cas, la réalité du monde autour de nous est telle que c’est ce que nous vivons tous au quotidien.

  1. Une mentalité de bunker ou d’auberge espagnole ?

Alors, comment réagir face à cela ? Ce qui est passionnant pour moi, c’est de voir à quel point ces jeunes adolescents ont fait preuve d’une sagesse extraordinaire. Parce qu’au travers de l’histoire de l’Église, il y a eu deux tendances principales. La première était celle du replis sur soi, la mentalité de bunker ou de forteresse. Certains chrétiens ont créés des monastères pour pouvoir vivre la vie chrétienne sans être influencé par le monde mauvais qui nous entoure. De l’autre côté, les chrétiens ont aussi eu cette tendance qu’un de mes amis appelle « auberge espagnole »1. Par souci de ne pas choquer et d’accueillir le plus de monde on laisse tout passer et on fini par perdre notre identité propre. Il n’y a plus de différence entre les pratiques du monde et celles de l’Église.

Pour décrire ce que nous sommes appelés à vivre, Jésus dit qu’on est le sel de la terre. Le sel sert à rehausser le goût et à préserver les aliments, mais pour qu’il puisse bien accomplir sa mission, il doit être à la fois distinct/différent du reste des aliments et mélangé avec ces aliments. Vous comprenez ? Nous devons être à la fois différents et mélangés au monde pour avoir de l’effet. Nous devons être dans le monde mais pas du monde.

Alors que nous enseigne l’histoire de Daniel à ce sujet. On voit qu’il a accepté plusieurs choses. Il a accepté qu’on l’appelle par un autre nom (même s’ils continuaient probablement à employer leurs propres noms entre eux), il a accepté d’étudier la langue et les pratiques du pays. Daniel s’est bien immergé dans le monde babylonien. Mais il a tout de même mis une limite quand il fallait mettre cela en pratique. Je doute, par exemple, que Daniel et leurs amis aient utilisé les méthodes babyloniennes d’astrologie, même s’ils ont probablement reçu des cours à ce sujet. En fait, pour être un bon témoignage dans le monde il faut être capable de dire ce que Charles Nicolas dit souvent : « oui, oui, oui, mais là, non ». Le « non » de Daniel concernait, non pas l’étude de la littérature babylonienne, ni même le fait que l’on change son prénom, mais plutôt ce que touchait à ses pratiques de vie et à sa conscience. D’ailleurs, c’est intéressant parce qu’on n’est pas sûrs de la raison pour laquelle Daniel refuse de manger la nourriture du roi. Certains pensent que c’est parce que cette nourriture était au contact d’animaux impurs, mais la Bible n’interdit nulle part de boire du vin et ce vin ne devait pas être plus impur que les légumes qu’on lui a donné par la suite. Probablement que ce qui posait problème était le fait que ce soit la nourriture du roi. Toujours est-il que Daniel et ses amis avait leurs raisons qui était justifiée et qui les ont poussé à dire « non ». Ce qui est aussi intéressant, c’est que son « non » catégorique est aussi donné intelligemment. Pour s’assurer d’une réponse positive, il marchande avec son supérieur et fait un défi osé, en plaçant sa confiance en Dieu. Notre « non » n’a besoin d’être frontal et brusque mais peut être proposé avec douceur. Quoi qu’il en soit, pour que nous puissions être différents du monde, nous devons apprendre à faire de fermes résolutions à faire la volonté de Dieu. Mais le faisons-nous ? Si c’est le cas, pourquoi sommes-nous si chancelants ?

  1. Jésus a pris la ferme résolution de nous sauver !

Je crois que nous devons reconnaître que nos résolutions ne sont pas aussi fortes que celles de Daniel et que nous nous laissons bien souvent emporter par le monde et par nos péchés. Les circonstances font que nous changeons souvent nos décisions plutôt que de les enraciner en Christ. Dès que ça devient un tant soit peu trop compliqué, nous abandonnons trop souvent.

La Bible dit que nous ressemblons souvent à des bateaux sur la mer qui sont emportés à tout vent de doctrines. Jésus, quant à lui, est un modèle de stabilité et d’ancrage dans sa mission. Luc nous dit que « Lorsque le temps où il devait être enlevé du monde approcha, Jésus prit la (ferme) résolution de se rendre à Jérusalem » (Lc 9,51). Rien ne va dérouter Jésus de la mission qu’il a reçu de mourir sur la croix pour nous sauver. Et même lorsqu’il aurait pu flancher et qu’il prie : « S’il est possible d’éloigner de moi cette coupe », il conclut tout de même en disant : « toutefois, non pas ma volonté mais la tienne » ! Jésus a pris cette ferme résolution et l’a vécu jusqu’au bout. Il est mort et il est ressuscité pour que nous ne soyons pas comme des enfants qui vont à tout vent de doctrine. Mais si nous avons l’impression de l’être, il nous pardonne aussi dans son grand amour et nous relève. Jésus est la personne qui s’abaisse et vers n’importe qui. Il n’a pas peur d’être au contact du monde, mais il ne perd jamais de vue la volonté de son Père.

Notre appel pour notre vie dans ce monde et d’être à la fois dans le monde et pas du monde. C’est d’être au contact du monde, d’accepter de l’étudier (comme Daniel l’a fait) tout en ne perdant pas son identité, sinon nous n’apportons plus rien. Notre défi c’est de demander à Dieu les endroits où nous devons fermement dire « non » et ceux où nous devons dire « oui », c’est de savoir comment apporter ces réponses au monde avec sagesse et humilité, pour que, de la même manière que Neboukadnestsar a reconnu la sagesse de Daniel et de ses amis, même le monde reconnaisse la sagesse et l’intelligence de l’Église.

1Matthieu Moury, https://www.egliselyongerland.org/blog/post/2652.

Laisser un commentaire