L’écoute dans Matthieu 17,1-13

Comme c’est le culte de clôture, je me suis posé la question sur quoi je pourrais enseigner. Et ce qui m’est rapidement venu en tête était le thème de l’écoute. Dans la Bible, le verbe écouter revient plus de mille fois. Ça nous montre qu’on a besoin de réfléchir à ça et qu’on le fait probablement très mal. Je lisais des statistiques qui disait qu’en moyenne, on passe 60 % du temps à écouter mais qu’on n’écoute activement que 25 % du temps. Une des causes majeure de conflit dans les couples est également un manque de communication, soit qu’on ne dit pas assez les choses, soit qu’on ne les comprend pas bien, soit qu’on les communique mal. Mais dans tous les cas, on a deux oreilles et une bouche, pour pouvoir écouter deux fois plus qu’on ne parle. Ce qu’il est intéressant de constater c’est que dans la Bible, les disciples de Jésus avait aussi de la peine à écouter. Je vous invite donc à lire avec moi dans l’évangile de Matthieu.

« Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère et il les conduisit à l’écart sur une haute montagne. 2 Il fut transfiguré devant eux: Son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. 3 Moïse et Élie leur apparurent, ils s’entretenaient avec lui. 4 Pierre prit la parole et dit à Jésus: Seigneur, il est bon que nous soyons ici; si tu le veux, je dresserai ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. 5 Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les enveloppa. Et voici qu’une voix sortit de la nuée qui disait: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. Écoutez-le! 6 Lorsqu’ils entendirent (cela), les disciples tombèrent la face contre terre, saisis d’une crainte violente. 7 Mais Jésus s’approcha, les toucha et dit: Levez-vous, soyez sans crainte! 8 Ils levèrent les yeux et ne virent que Jésus seul. 9 Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre: Ne parlez à personne de cette vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité des morts. 10 Les disciples lui posèrent cette question: Pourquoi donc les scribes disent-ils qu’Élie doit venir d’abord? 11 Il répondit: Il est vrai qu’Élie vient rétablir toutes choses. 12 Mais je vous dis qu’Élie est déjà venu, et qu’ils ne l’ont pas reconnu et qu’ils l’ont traité comme ils l’ont voulu. De même le Fils de l’homme va souffrir de leur part. 13 Les disciples comprirent alors qu’il leur parlait de Jean-Baptiste » (Mt 17,1-13).

  1. Un problème d’écoute

Ce qui est intéressant dans cette histoire c’est que Pierre n’arrive pas à écouter Jésus. Jésus dans sa gloire était en pleine discussion avec Élie et avec Moïse, les deux personnes les plus importantes de tout l’Ancien Testament.Cette discussion devait être passionnante et profonde mais tout ce que trouve Pierre à faire c’est de les interrompre.

Il commence à parler là où il devait se taire, un peu comme un enfant qui nous interrompt dans une discussion parce qu’il se dit que ce qu’il a à dire est tellement important alors que ça n’est pas réellement le cas. Et alors qu’il parle, Dieu est obligé de l’interrompre parce que Pierre ne peut plus s’arrêter de parler. Voilà ce qu’il lui dit : « Écoute Jésus ». Ce qui est intéressant c’est que ce que dit Pierre n’est pas mauvais en soi. Il dit que Jésus est Seigneur, qu’il est reconnaissant d’être là et qu’il va placer des tentes pour rendre hommage à ces personnes illustres. Mais Dieu lui dit : Arrête de parler et de construire de grands projets et écoute.

La question c’est : qu’est-ce qui nous empêche d’écouter Dieu et les autres ? Si vous êtes comme moi, et je ne veux pas vous vexer mais c’est probablement le cas, écouter n’est pas toujours facile. Parfois, comme Pierre, nous n’écoutons pas parce que nous avons nos propres projets en tête et nous n’arrivons pas à être attentif à ce que l’autre personne dit parce qu’on écoute tout à travers notre propre prisme de compréhension et de vision. On a de la peine à se mettre à la place de l’autre. L’appel de Dieu pour nous aujourd’hui est donc d’apprendre à écouter

  1. Apprendre à écouter

Mais comment écouter ? Ce qui est intéressant c’est qu’en hébreu « שׁמע », le mot pour dire écouter, veut aussi dire obéir. En fait, lorsque l’on écoute quelqu’un ou quelque chose il doit y avoir en nous cette disposition de coeur où nous sommes prêts à changer. Ça ne veut pas dire que nous devons absolument changer à chaque mot qu’on nous dit, mais ça veut dire que nous devons être prêts à changer et à recevoir ce que l’autre veut nous partager. Sans ça, nous pourrons entendre mais pas écouter. Souvent, on croit que parce qu’on est capable de restituer les mots qu’on a entendu, on a écouté. Alors qu’en fait écouter commence dans le coeur et mettant l’autre en avant.

Un exemple de mauvaise qui m’a particulièrement marqué cette semaine était le témoignage que je lisais d’un pasteur qui avait annoncé à sa femme qu’il allait lancer des cultes en espagnol dans leur Église. Sa femme a très mal réagi en disant que l’Église n’était pas prête et qu’elle n’était pas encore assez solide pour faire ça, et que, de toute façon, il avait déjà trop de choses à faire. Elle a terminé en disant : « Pete, tu n’es pas prêt. Tu n’y as pas assez réfléchi mais je sais que tu vas le faire malgré tout. Et il n’y a rien que je puisse dire qui t’arrêtera »1. En fait, tant que l’on n’est pas prêt à abandonner une partie de soi (même si ça ne veut pas dire qu’on le fera forcément), on n’écoute pas réellement. Il y a toujours une sorte de deuil à faire lorsque nous voulons réellement écouter. C’est pour cela que c’est si compliqué. Alors, bien sûr comme les autres personnes que nous écoutons sont aussi des êtres humains, c’est évident qu’ils peuvent se tromper et qu’il ne faut pas tout accepter sans réfléchir. J’irai même jusqu’à dire que si nous acceptons tout ce qu’on nous dit sans réfléchir c’est que l’on n’écoute pas bien. Il nous faut un équilibre entre les deux mais l’écoute nécessite forcément une disponibilité à changer.

Écouter Dieu, c’est presque la même chose. Sauf que, là où les êtres humains peuvent se tromper, Dieu ne se trompe jamais, c’est toujours lui qui a raison. Nous devons donc être capables de dire sincèrement : « Père, je suis indifférent à tout résultat, sauf à ta volonté. Je ne veux rien de plus ou de moins que ton désir pour ce que je fais »2. Être à l’écoute de Dieu, ça commence là. Dieu nous parle à travers la Bible, à travers les autres, à travers la création et les évènements qui se passent autour de nous et à travers la manière dont il dirige nos vies, mais sommes-nous prêts à écouter ? Sommes-nous réellement prêts à changer pour écouter la voix de Dieu ?

  1. Dieu fait entendre sa voix

Le problème c’est que nous ne sommes pas réellement à l’écoute les uns des autres, ni même à l’écoute de Dieu. À cause de cela, nous vivons le silence de Dieu et c’est ce que nous méritons vraiment. En effet, pourquoi est-ce que Dieu parlerait si nous ne sommes pas prêts à l’écouter ? À cause de nos coeurs endurcis, nous vivons le silence de Dieu. Alors, quelle est la bonne nouvelle dans tout ça ? C’est que Jésus-Christ a vécu ce silence de Dieu à notre place. Lui qui était constamment à l’écoute de Dieu, à la recherche de sa volonté, lorsqu’il était à la croix il a crié : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » (Mt 27,46). En criant cela, Jésus cite tout un psaume qui dit : « Mon Dieu ! Je crie le jour et tu ne réponds pas ; La nuit, et je ne garde pas le silence » (Psa 22,3). Pour nous libérer de la dureté de nos coeurs qui conduisent à ce silence de Dieu, Jésus a pris sur lui ce silence, cette absence de réponse. Par sa mort et sa résurrection, ce silence de Dieu n’a plus lieu d’être et il nous reparle à nouveau par la présence de l’Esprit-Saint en nous.

Je ne sais pas si ça vous ai déjà arrivé qu’une personne ne vous parle plus du tout parce que vous l’avez blessé. Le message que ça renvoie c’est un peu comme si la relation ne valait même plus l’effort de parler ou que la personne ne valait pas la peine. C’est quelque chose de terrible à faire et à vivre. Que Dieu refuse de parler est une des choses les plus terribles qui puissent exister.

Entendre la voix de Dieu, par contre, est quelque chose de tellement beau et magnifique que Jésus nous dit que c’est mieux que d’être sa mère ! Dans l’évangile de Luc, quelqu’un dit à Jésus : « Heureux le sein qui t’a porté et les mamelles qui t’ont allaitée ! Mais [Jésus] répondit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » (Lc 11,27). Alors, frères et sœurs, chérissons la parole des autres et surtout la parole de Dieu ! Ne dévalorisons pas la Bible, qui est la parole même de Dieu. Ne dévalorisons pas ce que Dieu essaie de nous enseigner à travers nos difficultés et nos bénédictions dans la vie. Ne dévalorisons pas ce que Dieu veut nous enseigner à travers les autres mais sachons écouter et accepter de changer.

1Scazzero Pete, Devenir un leader émotionnellement sain, p. 198.

2Scazzero Pete, Devenir un leader émotionnellement sain, p. 219.

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