Qu’implique l’ascension du Christ? Jean 20,17-18 et Actes 1,1-14

Jeudi dernier nous avons vécu un beau moment de culte avec les Églises réformées évangéliques du secteur pour fêter l’ascension, le moment où Jésus est monté au ciel. En préparant la prédication pour ce dimanche, j’ai voulu réfléchir à l’ascension et j’ai été frappé de voir qu’il y a peu de choses qui sont écrites à propos de l’ascension dans les livres de théologie. C’est un point qui est dans le symbole des apôtres que tous les chrétiens croient et qu’on récite depuis 2000 ans, donc on sait que c’est un point fondamental mais je crois qu’on a souvent de la peine à comprendre les implications concrètes et pratiques de l’ascension. Si vous êtes comme moi, on se dit qu’on sait qu’à cause de l’ascension Jésus n’est plus sur terre mais on ne peut pas forcément dire plus que ça. Ce matin, j’aimerais donc qu’on s’arrête sur deux passages en particulier, Jean 20,17-18 et Actes 1,1-14.

Jésus lui dit: Ne me touche pas; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. 18 Marie de Magdala alla annoncer aux disciples qu’elle avait vu le Seigneur, et qu’il lui avait dit ces choses. (Jean 20,17-18)

Théophile, j’ai parlé, dans mon premier livre, de tout ce que Jésus a commencé de faire et d’enseigner dès le commencement jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir donné ses ordres, par le Saint Esprit, aux apôtres qu’il avait choisis. Après qu’il eut souffert, il leur apparut vivant, et leur en donna plusieurs preuves, se montrant à eux pendant quarante jours, et parlant des choses qui concernent le royaume de Dieu. Comme il se trouvait avec eux, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis, ce que je vous ai annoncé, leur dit-il; car Jean a baptisé d’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint Esprit. Alors les apôtres réunis lui demandèrent: Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d’Israël? Il leur répondit: Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous recevrez une puissance, le Saint Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Après avoir dit cela, il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux. 10 Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel pendant qu’il s’en allait, voici, deux hommes vêtus de blanc leur apparurent, 11 et dirent: Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel. 12 Alors ils retournèrent à Jérusalem, de la montagne appelée des oliviers, qui est près de Jérusalem, à la distance d’un chemin de sabbat. 13 Quand ils furent arrivés, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient d’ordinaire; c’étaient Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe, Thomas, Barthélemy, Matthieu, Jacques, fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude, fils de Jacques. 14 Tous d’un commun accord persévéraient dans la prière, avec les femmes, et Marie, mère de Jésus, et avec les frères de Jésus. (Actes 1,1-14)

  1. Un royaume de ce monde ?

Pour bien comprendre ces deux passages, il faut bien penser à ce que les disciples ont vécu à ce moment-là de leur vie. Ils étaient certains que Jésus était le Messie, c’est-à-dire qu’il allait libérer Israël de l’oppression de l’empire romain. Jésus entre à Jérusalem sur un ânon et il est acclamé par la foule comme étant le nouveau roi d’Israël mais Jésus continue à enseigner que son royaume n’est pas de ce monde et il se fait crucifier sans qu’il y ait aucune résistance. Les disciples ne comprennent pas. Comment est-ce possible que Jésus aie si lamentablement échoué alors qu’il est arrivé si glorieux à Jérusalem ? Ils étaient complètement désespérés et perdus. Tout à coup, ils découvrent que Jésus est ressuscité et qu’il a vaincu la mort. Jésus passe du temps avec eux pour leur expliquer qui il est vraiment et ce qu’il les appelle à vivre. Alors, naturellement ils se disent que Jésus va se montrer à tout le monde et prouver que même la mort ne l’arrête pas. Il va employer sa puissance pour chasser les romains et les mauvaises autorités religieuses qui l’ont condamné et va rendre à Israël sa grandeur. C’est à ce moment qu’ils disent : « est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume pour Israël ? » (Ac 1,6). En fait, les disciples n’ont toujours pas compris. Ils pensent que Jésus va créer un royaume terrestre et rester avec eux. C’est pour ça qu’au moment où Jésus disparaît, ils ont l’air tout surpris, ils ne savent pas quoi faire. De la même manière Marie, lorsqu’elle retrouve Jésus ressuscité, ne veut pas le lâcher (il faudrait traduire « arrête de me toucher » plutôt que « ne me touche pas »), de peur qu’il s’en aille à nouveau. Quand on perd quelque chose, on prend conscience de sa valeur à nos yeux et du coup, on ne veut plus le lâcher. En fait, les disciples avaient de la peine à accepter la prochaine étape de leur vie chrétienne. Ils avaient de la peine à abandonner leur propre idée de ce que devrait être le royaume de Dieu et ce que Jésus devrait faire.

La semaine dernière, on avait parlé de la reine Victoria qui ne voulait pas accepter que son mari était mort. Un autre exemple dont je me suis rappelé cette semaine, et qui va peut-être un peu plus parler aux jeunes, c’est une histoire de Yakari où une maman ours a perdu son enfant ours. Quand elle le retrouve, elle est tellement contente qu’elle ne veut plus le lâcher et du coup elle étouffe la liberté de son enfant ours qui n’arrive pas à grandir.

Parfois, on fait la même chose avec Dieu. On a peur de lâcher prise et d’accepter les prochaines étapes qu’il nous envoie dans la vie. On veut que Jésus réponde à nos demandes directement. On a de la peine à lâcher nos propres idées de ce à quoi devrait ressembler ma vie, ma famille, mon travail, mon Église et le monde. Et du coup, on s’accroche à des choses qui, soit ne sont que temporaires, soient ne devraient pas exister. Alors, c’est vrai que ça serait plus simple que Jésus aie déjà instauré le paradis sur terre. Mais pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Pourquoi est-il parti et voilà 2000 ans qu’on attend son retour ? C’est pour donner un temps de patience, qui conduit à la conversion des nations. C’est pour cela qu’il dit que ses disciples seront des témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre (Ac 1,8). L’ascension de Jésus est donc un appel à évangéliser. C’est fou, quand on y pense. L’ascension de Jésus est un appel à arrêter de regarder à ce qui devrait exister, selon nous, pour se tourner vers les autres qui sont autour de nous. C’est quelque chose qui nous décentre de nous-mêmes pour nous permettre d’aller de l’avant.

  1. La royauté du Christ

En fait, plutôt que de voir Jésus comme absent, il nous faut comprendre que Jésus continue son œuvre. Au tout début du passage, Luc dit que dans son évangile il a raconté ce que Jésus a commencé de faire et d’enseigner. Le mot commencer est important. Lorsque Jésus est monté au ciel, il n’a pas arrêté son ministère mais il le continue en oeuvrant à travers son Saint-Esprit. En fait, le royaume que les disciples attendaient est déjà présent maintenant. Par sa mort et sa résurrection, Jésus a vaincu la mort et le péché, il est monté au ciel et siège à la droite de Dieu. Par l’ascension de Jésus, nous savons qu’il est assit sur son trône et qu’il dirige un royaume spirituel. Ce n’est pas un royaume matériel avec des hommes politiques, des guerres et des armes mais bien un royaume spirituel qui est appelé à toucher les coeurs et à les transformer. Jésus continue son œuvre en donnant son Esprit-Saint qui est la présence de Jésus en nous.

Un peu comme le soleil nous touche de ses rayons. On reste en présence du soleil et à ses bénéfices même s’il est très loin. Christ n’est plus présent sur terre dans son corps mais il continue à être présent spirituellement par l’Esprit-Saint qu’il nous donne. On en parlera plus la semaine prochaine.

En tant que chrétiens, nous sommes membres de ce royaume et nous sommes appelés à le répandre aux quatre coins de la terre et dans chaque domaine de notre vie. Nous sommes appelés à apporter la lumière du Christ dans chaque recoin de nos vies et de notre monde. Nous sommes appelés à nous saisir du fait que le Christ règne déjà et que Satan est déjà vaincu. Alors, bien sûr, le péché est encore présent et on a encore à lutter, mais Jésus-Christ nous a déjà donné sa victoire par sa mort à la croix et par sa résurrection.

  1. Jésus représente notre humanité au ciel

Mais il y a un dernier point qui est important de souligner. C’est que, puisque Jésus est au ciel, il nous prépare une place (Jn 14,2). Le catéchisme de Heidelberg, qui est un vieux catéchisme qui a été écrit au XVIème siècle dit : « ayant ainsi notre chair au ciel, nous avons un gage assuré que lui, la Tête [de l’Église], nous élèvera à lui, nous aussi, ses membres » (Q. 49). Du fait que Jésus est au ciel, en présence de Dieu le Père, on sait qu’un homme peut être dans la présence de Dieu. Le péché nous éloigne de Dieu et fait qu’on ne peut pas le voir sans mourir. Mais puisque Jésus est au ciel, il nous assure que lorsqu’il nous aura purifié de tous nos péchés, nous pourrons nous placer en paix dans laprésence de Dieu pour l’éternité. Jésus nous représente au Père et il prie pour nous. 

Je ne sais pas si vous connaissez Vivian Malones Jones ? C’était l’une des deux premières femmes noirs à s’inscrire à l’université de l’Alabama en 1963. À cette époque, même le gouverneur de l’Alabama a essayé de l’empêcher de s’inscrire à l’université. L’affaire est monté jusqu’au président Kennedy qui est intervenu pour que Vivian puisse s’inscrire à l’université et recevoir son diplôme. Cet instant a été un moment charnière aux États-unis, parce que les noirs savaient maintenant que c’était possible qu’ils intègrent cette université. Une autre image qui est aussi parlante est celle du bateau. À l’époque de Jésus, les bateaux n’étaient pas assez maniables pour bien s’attacher au port. Du coup, lorsqu’un bateau arrivait au port on devait sortir une barque avec quelqu’un qui avait une corde. Il ramait jusqu’au port et accrochait sa corde au port. Le bateau n’avait plus qu’à tirer sur la corde pour se rapprocher de la côte et s’arrimer.

Nous vivons la même chose dans notre vie chrétienne. Jésus est déjà arrivé en présence de Dieu et il a posé l’ancre dans le royaume de Dieu. Il nous tire jusqu’à lui pour que nous puissions nous réjouir de la présence éternelle de Dieu. C’est aussi notre responsabilité de tirer sur la corde pour qu’on se rapproche de la destination finale mais rappelons-nous que notre destination est certaine, puisque nous sommes déjà arrimés et que Christ est déjà en présence du Père !

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