Se voir tels que nous sommes, le miroir de la Parole dans Jacques 1,12-27

Comme certains d’entre vous le savent, en ce moment, je réfléchis beaucoup sur le discipulat. C’est-à-dire, sur notre manière de faire des disciples de Jésus-Christ. Et une question que je me pose beaucoup en ce moment c’est comment est-ce que ça se fait que l’on soit si peu mûrs dans notre vie chrétienne ? Comment est-ce que ça se fait que l’on n’arrive si peu à prier ? Comment est-ce que ça se fait que nos relations dans les couples et dans les familles ne soient pas meilleures que dans notre société ? Comment est-ce que ça se fait que nous gérons si mal les conflits et qu’il peut y avoir de la rancoeur ou des non-dits dans une Église pendant des décennies ? Comment est-ce qu’on peut encore crouler autant sous la culpabilité ? Comment est-ce qu’on peut être aussi peu transparents et si hypocrites ? Comment est-ce qu’on peut être si égocentriques ? Et surtout, comment peut-on faire pour avancer et progresser sur tous ces points où nous sommes souvent si mauvais. Il se trouve que l’épître de Jacques nous donne quelques réponses à ces questions. Je vous invite donc à ouvrir vos Bibles à Jacques 1,12-27.

Heureux l’homme qui endure la tentation ; car après avoir été mis à l’épreuve, il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment. Que personne, lorsqu’il est tenté, ne dise : C’est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal et ne tente lui-même personne. Mais chacun est tenté, parce que sa propre convoitise l’attire et le séduit. Puis la convoitise, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché ; et le péché, parvenu à son terme, engendre la mort. Ne vous y trompez pas, mes frères bien-aimés : tout don excellent et tout cadeau parfait viennent d’en-haut, du Père des lumières, chez lequel il n’y a ni changement, ni ombre de variation. Il nous a engendrés selon sa volonté, par la parole de vérité, afin que nous soyons en quelque sorte les prémices de ses créatures. Sachez-le, mes frères bien-aimés. Ainsi, que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, lent à la colère : car la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. C’est pourquoi, rejetant toute souillure et tout excès de méchanceté, recevez avec douceur la parole qui a été plantée en vous et qui peut sauver vos âmes. Pratiquez la parole et ne l’écoutez pas seulement, en vous abusant par de faux raisonnements. Car si quelqu’un écoute la parole et ne la pratique pas, il est semblable à un homme qui regarde dans un miroir son visage naturel et qui, après s’être regardé, s’en va et oublie aussitôt comment il est. Mais celui qui a plongé les regards dans la loi parfaite, la loi de la liberté, et qui persévère, non pas en l’écoutant pour l’oublier, mais en la pratiquant activement, celui-là sera heureux dans son action même. Si quelqu’un pense être religieux, sans tenir sa langue en bride, mais en trompant son cœur, la religion de cet homme est vaine. La religion pure et sans tache, devant Dieu le Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se garder des souillures du monde. (Jacques 1,12-27)

  1. Se voir tels que nous sommes réellement

Pourquoi n’arrivons-nous pas à avancer dans notre marche chrétienne ? C’est parce que l’on refuse de se regarder tels qu’on est. Jacques prend l’exemple de quelqu’un qui se regarde dans le miroir et qui n’agit pas en conséquence à ce qu’il a vu. Mais j’ai l’impression qu’à notre époque, c’est encore pire que ça. Non seulement, lorsqu’on se regarde dans le miroir on oublie ce qu’on est vraiment mais en plus, je pense que l’on refuse bien souvent de se regarder dans le miroir. Je me rappelle que quand j’étais ado, j’avais horreur de mon corps et je détestais me regarder dans un miroir parce que ça me rappelait tous mes défauts. Dans notre vie spirituelle, c’est un peu pareil, on refuse bien trop souvent de se regarder dans le miroir parce que, quand on pêche, on a toujours cette tendance à diminuer notre responsabilité en se disant : « j’étais fatigué ce jour-là », « on m’a mis la pression », « j’en avais besoin », « il n’avait qu’à ne pas m’énerver aussi », etc. On finit par blâmer les circonstances, les autres et même Dieu. Mais Jacques nous dit : « que personne, lorsqu’il est tenté, ne dise : C’est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal et ne tente lui-même personne. Mais chacun est tenté, parce que sa propre convoitise l’attire et le séduit. Puis la convoitise, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché ; et le péché, parvenu à son terme engendre la mort » (Jc 1,13-15). Le problème que nous avons ce ne sont pas les circonstances mais c’est notre coeur.

Je me rappelle, quand j’étais au Vigan, qu’il y avait un arbre complètement rongé par les insectes et essentiellement mort. À chaque fois que je passais devant, j’y allais rapidement parce que j’avais peur qu’il me tombe dessus. Un jour, il y a eu une bonne bourrasque et l’arbre est tombé. Quelle a été ma réaction à votre avis ? Est-ce que je me suis dit « Wow, il a vraiment dû y avoir une tempête et je ne l’ai pas remarqué » ? Non, je me suis plutôt dit : « il était temps qu’il tombe, il était vraiment dangereux cet arbre ». Le vent n’était pas vraiment responsable de la chute de cet arbre. Cet arbre est tombé parce qu’il était mort, tout simplement. Et Jésus nous dit que si on met en pratique son enseignement, on sera comme une maison qui est bâtie sur le roc et pas sur le sable. La raison pour laquelle la maison tient ou pas n’est pas la tempête mais ce sur quoi elle se fonde.

La question que je vous pose est : est-ce que vous êtes prêts à gratter sous la surface pour réellement aller en profondeur ou est-ce que vous vous contentez de la surface en blâmant les circonstances ? Êtes-vous prêts à aller sous la surface de l’iceberg en sachant que c’est là que se cache la plus grande partie du travail ? Est-ce que vous êtes réellement prêts à vous regarder tels que vous êtes, à s’examiner chacun dans le miroir de la Loi de Dieu et à se voir devant Dieu avec toutes nos imperfections et nos péchés ? Est-ce qu’on est prêts à réaliser la noirceur de nos coeurs ? Qu’on soit clair, je ne parle pas que de personnes qui viennent de se convertir mais aussi de personnes qui ont 10, 20, 30, 50, 80 ans de vie chrétienne où on continue à fonctionner selon un modèle qui est faux.

  1. La vie est devant nous

Mais le problème, c’est qu’on se satisfait de tellement peu. Cette semaine, je lisais Francis Schaeffer, qui était un évangéliste du XXème siècle, qui disait que souvent dans notre vie chrétienne on s’arrête à la naissance. On se dit : « j’ai été sauvé », « j’ai été régénéré », « j’ai vécu une nouvelle naissance ». Toutes ces choses sont superbes mais on s’arrête trop souvent là. Voilà ce qu’il dit :

Nous ne devons pas penser que, parce que nous avons accepté le Christ comme Sauveur et que nous sommes donc chrétiens, c’est tout ce qu’il y a dans la vie chrétienne. D’une certaine manière, la naissance physique est la partie la plus importante de notre vie physique, parce que nous ne sommes pas vivants dans le monde extérieur tant que nous ne sommes pas nés. Mais d’un autre côté, c’est le moins important de tous les aspects de notre vie, parce qu’elle n’est qu’un début et qu’ensuite elle est passée. Après notre naissance, l’important est de vivre notre vie dans toutes ses relations, possibilités et capacités. Il en va exactement de même pour la nouvelle naissance. D’une certaine manière, la nouvelle naissance est la chose la plus importante dans notre vie spirituelle, car nous ne sommes pas chrétiens tant que nous n’avons pas fait ce chemin. D’autre part, une fois que l’on est devenu chrétien, elle doit être minimisée, en ce sens que nous ne devrions pas toujours avoir l’esprit uniquement focalisé sur notre nouvelle naissance. L’important après être né spirituellement, c’est de vivre. Il y a une nouvelle naissance, et ensuite il y a la vie chrétienne à vivre.1

Mon père, pour illustrer cela donne parle souvent de son ordinateur. Il s’était acheté, il y a quelques années, un mac flambant neuf qu’il appréciait particulièrement. Malheureusement, il a fait tombé sa tasse de café dessus et il est mort instantanément. Il l’a gardé précieusement dans un bel emballage en disant : « je l’ai sauvé des griffes des éboueurs » ! Vous comprenez ? Oui, l’ordinateur a été sauvé des griffes des éboueurs mais à quoi sert ce salut s’il ne conduit pas à un renouvellement intérieur de l’ordinateur. Il faut absolument changer toutes les pièces pour qu’il puisse accomplir la tâche pour laquelle il a été créé. 

Le risque, en mettant trop d’importance sur notre nouvelle naissance et sur notre salut, c’est qu’on oublie qu’il reste toute la vie de renouvellement qui est devant nous. Et du coup, on ne voit pas notre besoin de s’examiner en profondeur parce qu’on est déjà sauvés comme ce chrétien qui témoignait : « Voilà vingt-deux ans que je suis chrétien. Mais au lieu d’avoir vingt-deux ans de vie chrétienne, j’ai été un chrétien d’un an… vingt-deux fois ! Je n’arrête pas de recommencer tout le temps la même chose »2. Voulez-vous vous arrêter à votre naissance spirituelle et rester à l’état de bébé spirituel ou vivre la vie qui est devant vous et grandir spirituellement ? Pour cela, il nous faut apprendre à gratter sous la surface et comprendre les vraies motivations de notre coeur, plutôt que de blâmer Dieu et les circonstances. 1 Corinthiens 13 m’a beaucoup touché ce matin parce que Paul nous rappelle que nous devons quitter notre état de bébés spirituels : « Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant, lorsque je suis devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant » (1 Co 13,11).

  1. Le salut qui délivre

Ce cheminement sera dur parce que ça implique de quitter ce qu’on était et ce qu’on faisait pour devenir quelqu’un d’autre, la personne que Dieu nous appelle à être. Ce n’est pas pour rien que Jésus parle du chemin étroit, c’est justement parce que c’est compliqué, mais regardez, toutes les promesses qui y sont rattachées dans ce passage : « Heureux l’homme qui endure la tentation ; car après avoir été mis à l’épreuve, il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment » (Jc 1,12), « Il nous a engendrés [= naissance spirituelle] selon sa volonté, par la parole de vérité, afin que nous soyons en quelque sorte les prémices de ses créatures » (Jc 1,18), « Mais celui qui a plongé les regards dans la loi parfaite, la loi de la liberté, et qui persévère, non pas en l’écoutant pour l’oublier, mais en la pratiquant activement, celui-là sera heureux dans son action même » (Jc 1,25). Ce qui est marquant c’est Jacques parle de la Loi comme étant parfaite et une loi de liberté. On pourrait se dire que c’est plutôt l’inverse et que le fait de se voir pécheur nous restreint dans notre liberté. Mais en fait, toute ce que je viens de dire doit être vécu grâce au regard aimant de Dieu.

Je m’explique. Je me rappelle d’une fois où je m’étais confié à quelqu’un et cette personne ne m’a pas accompagné dans cette faiblesse, il ne m’a pas réellement témoigné d’amour quand je m’étais confié. Je me rappelle très bien de ce que je ressentais à ce moment. J’avais l’impression qu’on m’avait arraché mes habits et que j’étais complètement à la merci de cette personne parce qu’il sait ce que je suis, ce à quoi je ressemble mais il ne l’emploie pas en bien. La confiance a été brisée et ce regard qui est sur nous est un regard de jugement. Mais lorsque je me confie à ma fiancée, c’est tout à fait différent. Elle connaît mes faiblesses, elle connaît mes péchés et pourtant elle m’aime et elle s’ouvre également à moi. Avoir ce miroir où je me vois tel que je suis n’est pas un problème parce que je sais qu’elle m’aime et me soutient malgré tout et que je peux avancer sur tous ces défauts en étant assuré d’être soutenu et aimé. Mon identité n’est plus dans mes défauts ou dans ce que je vois de moi mais dans ce regard d’amour. Je suis tellement aimé, que je suis capable d’entendre des reproches et de les écouter réellement.

Mes frères et sœurs en Christ, Dieu nous a tellement aimé qu’il a donné son fils unique mourir sur une croix et ressusciter, afin que quiconque croit en lui ne périsse point mais qu’il aie la vie éternelle. Pourquoi est-ce que c’est libérateur de se voir tel que l’on est ? C’est parce que Dieu nous aime tellement et que la mise en lumière de nos péchés va nous permettre d’avancer, d’abandonner notre statut de bébés spirituels pour devenir de véritables adultes spirituels. Mais pour ça, il faut accepter cet amour inconditionnel de Dieu, accepter de se voir tels que l’on est réellement, aller en profondeur dans nos coeurs et ne pas s’arrêter simplement au fait d’être sauvé mais comprendre qu’on a besoin d’un changement de tout notre être intérieur, un changement de coeur. Dieu nous vienne en aide !

1Francis Schaeffer, True Spirituality (pdf), p. 6.

2Scazzero

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