Relever celui qui a chuté, Jean 21

La semaine dernière nous avons eu un superbe temps à Pâques où nous avons fêté la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ. On avait vu que sa résurrection changeait radicalement notre manière de vivre et qu’il nous donnait la joie parce que nous avons maintenant une espérance vivante en Jésus-Christ. Nous savons que nous n’allons pas mourir et que nos péchés ne dominent plus sur nous parce que notre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ a vaincu la mort et le péché. Le mal que nous voyons autour de nous a reçu sa sentence de mort, il va disparaître le jour du retour de Jésus et tout sera enfin parfait. En ayant dit tout cela, c’est intéressant de voir comment les disciples de Jésus ont réagi tout de suite après sa résurrection. Je vous invite donc à lire avec moi Jean 21.

Après cela, Jésus se manifesta encore aux disciples, sur (les bords de) la mer de Tibériade. Voici comment il se manifesta. Simon Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples étaient ensemble. Simon Pierre leur dit : Je vais pêcher. Ils lui dirent : Nous allons, nous aussi, avec toi. Ils sortirent et montèrent dans la barque ; cette nuit-là, ils ne prirent rien. Le matin venu, Jésus se trouva sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était Jésus. Jésus leur dit : Enfants, n’avez-vous rien à manger ? Il lui répondirent : Non. Il leur dit : Jetez le filet du côté droit de la barque, et vous trouverez. Ils le jetèrent donc ; et ils n’étaient plus capables de le retirer, à cause de la grande quantité de poissons. Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : C’est le Seigneur ! Dès que Simon Pierre eut entendu que c’était le Seigneur, il mit son vêtement, car il était nu, et se jeta dans la mer. Les autres disciples vinrent avec la barque, en traînant le filet (plein) de poissons, car ils n’étaient éloignés de terre que d’environ deux cents coudées. Lorsqu’ils furent descendus à terre, ils virent là un brasier, du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : Apportez des poissons que vous venez de prendre. Simon Pierre monta (dans la barque) et tira à terre le filet plein de cent cinquante-trois gros poissons ; et quoiqu’il y en eût tant, le filet ne se déchira pas. Jésus leur dit : Venez manger. Et aucun des disciples n’osait lui demander : Qui es-tu ? car ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approcha, prit le pain et le leur donna, ainsi que le poisson. C’était déjà la troisième fois que Jésus se manifestait à ses disciples, depuis qu’il était ressuscité d’entre les morts. Après qu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jonas m’aimes-tu plus que (ne le font) ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Prends soin de mes agneaux ! Il lui dit une seconde fois : Simon, fils de Jonas m’aimes-tu ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Sois le berger de mes brebis. Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Prends soin de mes brebis. En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu attachais toi-même ton vêtement et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te l’attachera et te mènera où tu ne voudras pas. Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Après avoir ainsi parlé, il lui dit : Suis-moi. Pierre se retourna et vit venir à leur suite le disciple que Jésus aimait, celui qui pendant le souper, s’était penché sur la poitrine de Jésus et avait dit : « Seigneur, qui est celui qui te livre ? » En le voyant, Pierre dit à Jésus : Et celui-ci, Seigneur, que lui arrivera-t-il ? Jésus lui dit : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. Là-dessus, le bruit se répandit parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas. Pourtant, Jésus ne lui avait pas dit qu’il ne mourrait pas, mais : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? C’est ce disciple qui rend témoignage de ces choses et qui les a écrites. Et nous savons que son témoignage est vrai. Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses ; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même pourrait contenir les livres qu’on écrirait. (Jean 21)

  1. Retour à la case départ

On pourrait penser que la résurrection du Christ a complètement bouleversé les disciples et qu’ils ont changé toute leur manière de vivre mais en fait, ce n’est pas vraiment le cas. Après cette nouvelle de la résurrection, Pierre retourne à son occupation de base. Il retourne à son ancien métier et retombe dans les mêmes travers qu’il avait avant de rencontrer Jésus. Il pêche toute la nuit et s’entête à continuer même s’il ne voit aucun fruit. Alors, on ne sait pas vraiment ce qui a motivé Pierre à retourner pêcher. Est-ce que c’est parce qu’il avait besoin de se changer les idées, est-ce que c’est parce qu’il ne savait pas quoi faire et qu’il se sentait obligé de faire quelque chose ? Je pense que c’est parce qu’il était perturbé et qu’il se disait qu’il n’était pas digne de vivre la vocation que Jésus lui avait donné. Comment pouvait-il devenir un des leaders de l’Église alors qu’il avait renié le Christ par trois fois ? Il préférait revenir à ce qu’il pensait bien savoir faire, son métier qu’il a passé toute sa vie à pratiquer. Il ne semble pas avoir compris ce que la résurrection du Christ change dans sa vie.

C. S. Lewis donne cette illustration qui est assez parlante. Il dit qu’on est souvent comme enfant qui joue dans la boue et qui content parce qu’il y a de l’eau dans un flaque. On lui dit qu’il y a la mer à cinq minutes de marche et il se réjouit avec nous de voir que l’on est heureux d’aller à la mer mais il décide de rester dans sa flaque de boue. Frères et sœurs, je pense que parfois on reste à patauger dans notre flaque de boue. On nous promet la mer et on est réellement heureux de cette nouvelle mais on n’arrive pas à réellement en saisir la portée et à vivre en conséquence.

Je pense que dimanche dernier il s’est peut-être passé ça pour plusieurs d’entre nous. On est tous rentrés à la maison en étant heureux, renouvelés et zélé pour Dieu par un temps de culte marquant et par une vie communautaire profonde, en étant déterminés à quitter notre flaque de boue pour aller à la mer et se nettoyer mais peut-être qu’au bout de quelques jours, cette passion, ces bonnes résolutions ou ces réflexions ont laissé place au découragement au laisser-aller ou à des pensées noires. Probablement que, dimanche après dimanche, on se réjouit de la paix que Dieu nous donne et que l’on reprend notre semaine en étant complètement stressé, qu’on se réjouit de son pardon et qu’on retombe dans la culpabilité. Je crois qu’on a vraiment de la peine, parfois, à voir concrètement ce que la résurrection du Christ peut changer dans nos vies. La Bible a une expression qui est assez parlante pour décrire cette dynamique, elle dit que le « chien est retourné à son vomi » (Cf Prov. 26,11 et 1 P 2,22).

  1. La confrontation de Jésus

La suite de l’histoire de Jésus est très intéressante parce qu’elle nous montre la manière dont Dieu relève ceux qui ont chuté ou qui sont retombés. On est peut-être retourné dans notre flaque de boue ou dans notre vomi mais Dieu persévère et met tout en œuvre pour nous relever. Jésus place Pierre devant son propre péché et de la même manière qu’il a renié le Christ trois fois en assurant qu’il ne l’abandonnerait jamais, même si tous les autres l’abandonnent, Jésus lui demande par trois fois s’il aime vraiment. Alors, il faut savoir que c’est un texte qui est difficile à traduire en français parce que Jésus emploie plusieurs mots différents pour parler de l’amour. Il commence par dire « Pierre m’aimes-tu plus que les autres ? » et Pierre lui répond « J’ai de l’affection pour toi », puis Jésus dit « m’aimes-tu ? » et Pierre répond encore : « J’ai de l’affection pour toi » et ce n’est qu’à la fin que Jésus lui dit « as-tu de l’affection pour moi » et Pierre lui dit « Tu sais que j’ai de l’affection pour toi ». C’est difficile d’interpréter ce que Jésus est en train de faire ici, et tous les commentateurs ne sont pas d’accord. Pour moi, il me semble que c’est un peu comme si Jésus disait : « Tu as dit que tu m’aimais plus que les autres disciples, maintenant est-ce que tu comprends ton erreur et es-tu capable de dire la même chose qu’avant ? » Jésus lui montre que Pierre ne l’aime pas encore comme il devrait.

Cette confrontation de Jésus est importante. Si vous êtes comme moi, vous pouvez parfois vous dire : « Oh je sais que j’ai ce problème Seigneur, tu n’as pas besoin de me le rappeler » et Dieu le fait comme même parce qu’il sait qu’on n’arrive pas à tourner la page si on ne verbalise pas cela par nous même et qu’on le reconnaît devant lui. Aujourd’hui, Dieu nous pose cette question : « M’aimes-tu ? » Que répondrions-nous ? Dans cet endroit particulier où tu as échoué, m’aimes-tu ? Est-ce que ton affection pour moi est assez grande pour que tu continues à lutter malgré tes échecs ?

  1. Envoi à nouveau

Parfois, après une telle confrontation on peut se dire : « Oui ça va j’ai compris, je ne suis pas à la hauteur, je vais abandonner, j’ai compris ce que tu veux me dire, je dois arrêter » mais en fait à chaque fois que Jésus a confronté Pierre, il l’a regardé avec bienveillance en lui confiant son troupeau. Et en fait, tout le passage de Jean nous rappelle un autre passage dans Luc 5, vous pourrez le lire à la maison si vous voulez, où Jésus appelle Pierre à devenir son disciple. C’est passage où Pierre ne connaissait pas encore Jésus et il pêche toute la nuit sans prendre de poisson et Jésus leur dit où jeter leur filets et ils font une pêche miraculeuse. Et la réaction de Pierre est celle-ci : « Seigneur, éloigne-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur » (Lc 5,8) et Jésus lui dit : « Ne crains pas, désormais tu seras pêcheur d’hommes » (Lc 5,10). Qu’est-ce que Jésus veut dire à Pierre à travers ce miracle et ce questionnement c’est que son échec n’a pas enlevé sa mission. Son échec ne lui a pas enlevé sa mission ou son appel ! Et il lui redonne la même mission qu’il lui avait confié au départ, celle de devenir un pêcheur d’homme. En faisant cela, Jésus montré à Pierre qu’il était vraiment pardonné et relevé.

En lisant sur ce passage, je suis tombé sur une petite anecdote qui décrit bien ce que Jésus est en train de faire. « La fête était terminée, il fallait faire le ménage. Des invités ont insisté pour nous aider. L’un d’eux en particulier témoignait beaucoup d’empressement à se rendre utile, on lui a donc tendu un torchon pour qu’il essuie la vaisselle. Mais il était tellement excité après cette soirée qu’il n’avait pas vraiment l’esprit à ça. On lui a proposé plusieurs fois d’aller se reposer, sans succès. Il tenait absolument à participer. Et bien sûr, ça n’a pas loupé. Il a pris la carafe en cristal que l’on avait reçue en cadeau quelques semaines auparavant et a commencé à l’essuyer. Tout à coup, il s’est retourné pour dire quelque chose aux autres et il a heurté quelqu’un qui se trouvait derrière lui. La carafe s’est brisée en mille morceaux. Il était très embarrassé. De notre côté, avec ma femme, nous avons essayé de ne pas montrer notre amertume. Il a ramassé les bris de verre et a promis de nous racheter une carafe identique au plus vite. Il est parti peu après en se confondant en excuses. Nous avons beaucoup réfléchi à la façon dont nous pourrions au mieux lui exprimer notre pardon. Nous étions en colère, bien sûr, mais nous savions aussi que son intention était bonne. Quelques semaines plus tard, nous l’avons de nouveau invité à la dîner. Et cette fois-ci, c’est nous qui lui avons proposé de participer à la vaisselle. Nous lui avons tendu un torchon. Il nous a regardés, incrédule. Nous avons souri. Il nous a donné un coup de main et la page était tournée »1.

Mais comment est-ce que Dieu peut-il nous pardonner comme ça et nous réinvestir de notre mission ? L’image de carafe est intéressante et nous à comprendre cela. Ce n’est pas parce que la carafe n’avait pas de valeur qu’ils ont réussi à pardonner. Ce n’est pas, non plus, parce qu’ils s’en fichaient complètement mais c’est parce qu’ils ont pris sur eux et que leur souci principal était la personne en face d’eux. C’est la même chose que Dieu a fait pour nous. Ce n’est pas que nos péchés le laissent indifférent, ni qu’ils ne soient importants mais c’est parce qu’il a pris sur lui nos péchés et nos manquements. Jésus est mort sur la croix pour vivre cette punition que nous aurions dus vivres et il ressuscité pour nous réinstaller dans notre vocation. Jésus est mort et ressuscité pour que nous n’ayons pas à retourner dans notre flaque de boue en se disant que l’on n’est pas dignes de son amour. Seulement, notre vocation doit être faite de la manière dont Dieu nous appelle à la vivre. Pierre et les autres apôtres ont passé toute la nuit à travailler, sans compter sur Dieu, sans rechercher sa volonté et ils n’ont eu aucun fruit. Mais à l’instant où ils se sont mis à écouter Dieu, ils ont vus leur ministère transformés. Voilà ma question pour nous aujourd’hui. Sommes-nous réellement à l’écoute de ce que Dieu veut pour nous et pour notre Église ? Est-ce qu’on place nos filets jour après jour au mauvais endroit en s’étonnant qu’il ne se passe rien parce qu’on a mis tout nos efforts et toutes les dernières techniques invités pour pêcher mieux ? Quelle est la raison pour laquelle nous partons à la pêche ?

1N. T. Wright, Les guides bibliques pour tous, Jean, p.169-170.

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