Leçons Spirituelles du Dimanche des Rameaux, Matthieu 20,17-21,17

Aujourd’hui c’est le dimanche des rameaux. C’est le jour où l’on se commémore l’arrivée de Jésus à Jerusalem. Donc je vous invite directement à lire avec moi cette histoire de Jésus. Il faudra s’accrocher un peu parce que j’ai décidé de lire avec vous un long passage de l’Évangile de Matthieu ce matin.

Sur le point de monter à Jérusalem, Jésus prit à part les douze et leur dit en chemin : 18Voici : nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux principaux sacrificateurs et aux scribes. Ils le condamneront à mort 19et le livreront aux païens, pour qu’ils se moquent de lui, le flagellent et le crucifient, et le troisième jour il ressuscitera. 20Alors la mère des fils de Zébédée s’approcha de Jésus avec ses fils, et se prosterna, pour lui faire une demande. 21Il lui dit : Que veux-tu ? Ordonne, lui dit-elle, que mes deux fils que voici soient assis, dans ton royaume, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche. 22Jésus répondit : Vous ne savez ce que vous me demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? Nous le pouvons, dirent-ils. 23Et il leur répondit : Il est vrai que vous boirez ma coupe, mais pour ce qui est d’être assis à ma droite et à ma gauche, cela n’est pas à moi de le donner, sinon à ceux pour qui cela est préparé par mon Père. 24Les dix qui avaient entendu cela furent indignés contre les deux frères. 25Jésus les appela et dit : Vous savez que les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands abusent de leur pouvoir sur elles. 26Il n’en sera pas de même parmi nous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, sera votre serviteur 27et quiconque veut être le premier parmi vous sera votre esclave. 28C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup. 29Lorsqu’ils sortirent de Jéricho, une grande foule suivit Jésus. 30Or, deux aveugles assis au bord du chemin entendirent que Jésus passait et crièrent : Aie pitié de nous, Seigneur, Fils de David. 31La foule leur faisait des reproches, pour les faire taire, mais ils crièrent plus fort : Aie pitié de nous, Seigneur, Fils de David. 32Jésus s’arrêta, les appela et dit : Que voulez-vous que je vous fasse ? 33Ils lui dirent : Seigneur, que nos yeux s’ouvrent. 34Saisi de compassion, Jésus toucha leurs yeux ; et aussitôt ils recouvrèrent la vue et le suivirent. Lorsqu’ils approchèrent de Jérusalem et qu’ils furent arrivés à Bethphagé, vers le mont des Oliviers, Jésus envoya deux disciples en leur disant : Allez au village qui est devant vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée, et un ânon avec elle ; détachez-les, et amenez-les moi. Si quelqu’un vous dit quelque chose, vous répondrez : Le Seigneur en a besoin. Et à l’instant il les laissera aller. Or, ceci arriva afin que s’accomplisse la parole du prophète : Dites à la fille de Sion : Voici que ton roi vient à toi, Plein de douceur et monté sur une ânesse, Sur un ânon, le petit d’une bête de somme. Les disciples allèrent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l’ânesse et l’ânon, mirent sur eux leurs vêtements et le firent asseoir dessus. La plupart des gens de la foule étendirent leurs vêtements sur le chemin ; d’autres coupèrent des branches aux arbres et les étendirent sur le chemin. Les foules précédaient et suivaient Jésus en criant : Hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna dans les lieux très hauts ! Lorsqu’il entra dans Jérusalem, toute la ville fut en émoi et l’on disait : Qui est celui-ci ? Les foules répondaient : C’est Jésus, le prophète, de Nazareth en Galilée. Jésus entra dans le temple, il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple, il renversa les tables des changeurs et les sièges des vendeurs de pigeons. Et il leur dit : Il est écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs. Des aveugles et des boiteux s’approchèrent de lui dans le temple. Et il les guérit. Mais les principaux sacrificateurs et les scribes furent indignés, à la vue des merveilles qu’il avait faites, et des enfants qui criaient dans le temple : Hosanna au Fils de David. Ils lui dirent : Entends-tu ce qu’ils disent ? Oui, leur répondit Jésus. N’avez-vous jamais lu ces paroles : Tu as tiré des louanges de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle ? Il les laissa et sortit de la ville pour aller à Béthanie où il passa la nuit. (Matthieu 20,17-21,17)

  1. La tentation d’utiliser la foi pour soi et pour la gloire

Juste avant d’aller à Jerusalem, Jésus prévient ses disciples qu’il va se passer des choses complexes et qu’il va même mourir là-bas, en donnant sa vie pour ses ennemis. Jésus voulait montrer à travers ça que ceux qui veulent le suivre doivent vivre dans l’humilité et dans le don de soi. Mais qu’est-ce qu’on voit juste après ? On voit que les disciples n’ont rien compris et qu’ils espèrent avoir une place importante dans le royaume glorieux de Jésus. Leur désir c’est d’être respectés, honorés, servis et puissants. C’est complètement l’opposé du message de souffrance que Jésus vient de leur communiquer.

Comme ces deux aveugles de Jéricho, les disciples étaient réellement aveugles à ce à quoi correspondait le royaume de Dieu et même à ce qui faisait l’essence du message de Jésus. 

Ils étaient constamment avec lui depuis des années mais n’ont rien compris à ce qu’ils étaient appelés à vivre. Ce qu’ont fait les fils de Zébédée peut nous paraître absurde et caricatural mais en fait, combien de fois ne faisons-nous pas la même chose ? On refuse souvent d’être réellement à l’écoute de la volonté de Dieu. On cherche à être bien vus ou à ce que les personnes aient une bonne estime de nous. On tort un tout petit peu la vérité pour qu’elle nous mette un peu mieux en avant ou bien on « oublie » de dire des choses à raconter comme « par hasard » parce qu’on veut donner la meilleure image de nous-mêmes, parfois au détriment des autres. On veut que Dieu réponde à nos problèmes de la manière dont on veut qu’il réponde et pas autrement. On veut qu’il rende notre Église toujours plus grande avec une meilleure équipe de louange parce qu’on se dit que plus c’est gros et mieux c’est.

  1. Le vrai problème de nos vies

En fait, ce qui se passe dans nos coeurs c’est qu’on n’arrive pas à se concentrer sur le vrai problème. On pense souvent que notre notre problème ce sont nos souffrances, notre lassitude, notre manque de ferveur ou de joie, notre manque de puissance et capacités, etc. Mais quand Jésus arrive à Jérusalem, il aurait pu faire n’importe quoi, tout le monde l’aurait suivi mais au lieu de délivrer Israël des Romains, c’est-à-dire de tous leurs problèmes physiques, il chasse les vendeurs du Temple. C’est-à-dire que son souci principal était de rétablir la relation entre Israël et Dieu. Son but était qu’un peuple se lève pour être des adorateurs en Esprit et en vérité.

Alors qu’Israël s’attendait à un homme politique, un peu comme à la Donald Trump, qui promet de tout changer à travers des actions radicales, Jésus nous dit que notre problème premier c’est que l’on n’adore pas Dieu de la bonne manière, c’est qu’on l’emploie pour accomplir notre volonté et pas la sienne. C’est qu’on accepte pas l’humilité de la croix, et du message de Jésus. Et encore une fois, on est tellement obnubilé par le regard des autres, par notre désir de reconnaissance et de puissance que l’on est comme des aveugles spirituels ! On est là à tâtonner autour de nous parce que par nous-mêmes on est incapable de comprendre l’humilité de ce royaume que Dieu veut instaurer, en particulier à notre époque qui met toujours plus en avant l’efficacité, l’activisme et la grandeur.

Je me dis que si on prenait vraiment conscience qu’on est des aveugles qui ont besoin de travailler sur leur coeur, il y aurait beaucoup de choses qui changerait. Qu’est-ce qui changerait par exemple dans nos vies si, au lieu de blâmer les circonstances ou les autres, on réaliserait que ce qu’on doit réellement changer ce sont nos coeurs ? Bien sûr, il faut que les circonstances changent et que les personnes autour de nous changent aussi mais le problème principal sur lequel nous devons travailler c’est notre péché. Mais si on faisait cela, nous arriverons à avancer et nous regarder avec une lucidité profonde qui parfois fait même peur. On a lu l’histoire de Jonas à la réunion de prière et c’est vraiment ça. Jonas avait peur de regarder au plus profond de son coeur parce qu’il ne voulait pas être confronté avec son manque de compassion qui est en opposition avec celle de Dieu. Il blâme les circonstances et même Dieu. Comme Adam et Ève l’ont fait aussi. C’est dans notre nature pécheresse de faire ça mais c’est complètement mauvais parce que ça nous évite de regarder au dedans de nous.

  1. La délivrance opérée par la compassion du Christ

La vraie question qu’on devrait se poser, maintenant que l’on sait que l’on est des aveugles spirituels c’est : « comment faire pour être délivrés de cet aveuglement ? » Je pense que la guérison des aveugles de Jéricho nous montre la bonne démarche. Il nous faut appeler Dieu en lui demandant pitié et en reconnaissant qu’il est le vrai roi : « Aie pitié de nous, Seigneur, Fils de David » ! Mais après ça, il y a quelque chose d’encore plus extraordinaire. C’est que Jésus s’arrête sur sa route, prend du temps avec eux et est ému de compassion. Notre espérance est dans le fait que Dieu n’est pas insensible à notre cri mais qu’il nous entend et qu’il est ému de compassion pour nous, il prend pitié de nous et nous délivre enfin de notre aveuglement spirituel, il guérit nos coeurs si nous lui demandons de le faire ! En fait, il nous aime tellement qu’il est allé jusqu’à mourir sur la croix comme rançon pour nos péchés. Nous étions aveugles et esclaves du péché mais il nous en a délivré par son sacrifice.

Qu’est-ce que ça implique pour nous ? C’est que nous devrions être prêts à porter notre croix et boire la coupe que Jésus a dû boire. Jacques et Jean ont demandé à être à la droite et à la gauche de Jésus lorsqu’il sera couronné mais les deux personnes à sa droite et à sa gauche à ce moment-là ont été des brigands sur une croix. Voilà le royaume que nous devrions vivre. Ce n’est pas une grandeur extraordinaire mais l’humiliation de la croix au milieu des démunis et des affligés. Alors, bien sûr, cela n’enlève pas le fait que Jésus a accomplit de grands signes et qu’il est ressuscité d’entre les morts mais nous devrions être comme Paul qui dit qu’il n’a choisi que de prêcher la folie de la croix. 

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