La parabole des talents: des dons à faire fructifier (Mt 25,13-30)

La semaine dernière, nous avons parlé de la tentation de Jésus dans le désert. Et nous avions vu que Satan voulais nous détourner de notre vocation et de l’appel que Dieu nous donne. Je ne sais pas si vous vous rappelez mais je vous avais donné le petit défi de mettre sur une feuille de papier vos différents rôles et ce que Dieu vous appelle à faire dans ces rôles. Aujourd’hui, on va approfondir un peu plus cette question, en voyant, notamment la responsabilité que nous avons devant Dieu. Ce matin, nous allons regarder une partie du dernier grand discours public que Jésus a donné avant de mourir, de ressusciter et de monter au ciel. C’est un discours important parce qu’il nous explique comment attendre le retour de Jésus-Christ. Jésus a voulu donner plusieurs histoires qui montrent ce que l’on devrait faire. Il raconte, qu’on ne peut pas savoir l’heure de son retour et donc qu’il ne faut pas sous-estimer cette période en disant que Jésus revient tout de suite, mais qu’il ne faut pas sur-estimer cette période et dire que nous avons tout le temps. Jésus nous demande d’être alerte par rapport à cela et à ne pas être comme les cinq vierges folles qui n’étaient pas prêtes. Dans le passage que nous allons étudier, Jésus parle de comment attendre son retour. Et nous lisons donc la parabole suivante :

Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l’heure. 14 Il en sera comme d’un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs, et leur remit ses biens. 15 Il donna cinq talents à l’un, deux à l’autre, et un au troisième, à chacun selon sa capacité, et il partit. 16 Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres talents. 17 De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres. 18 Celui qui n’en avait reçu qu’un alla faire un creux dans la terre, et cacha l’argent de son maître. 19 Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et leur fit rendre compte. 20 Celui qui avait reçu les cinq talents s’approcha, en apportant cinq autres talents, et il dit: Seigneur, tu m’as remis cinq talents; voici, j’en ai gagné cinq autres. 21 Son maître lui dit: C’est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître. 22 Celui qui avait reçu les deux talents s’approcha aussi, et il dit: Seigneur, tu m’as remis deux talents; voici, j’en ai gagné deux autres. 23 Son maître lui dit: C’est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître. 24 Celui qui n’avait reçu qu’un talent s’approcha ensuite, et il dit: Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n’as pas semé, et qui amasses où tu n’as pas vanné; 25 j’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre; voici, prends ce qui est à toi. 26 Son maître lui répondit: Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé, et que j’amasse où je n’ai pas vanné; 27 il te fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j’aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt. 28 Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. 29 Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. 30 Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. (Matthieu 25,13-30)

  1. Dieu confie pour que l’on fasse fructifier

Alors, comment vivre cette période de temps entre l’ascension de Jésus et son retour ? Cette parabole nous montre que Dieu nous appelle à prendre conscience de tout ce qu’il nous a donné. Les talents à l’époque étaient une somme importante d’argent. À l’époque, un talent équivalait à 20 ans de salaire « normal ». C’est un peu comme si un employeur confiait à ses employés respectivement 2.500.000 €, 1.000.000 € et 500.000 €. En employant ces chiffres-là, Dieu nous montre qu’il nous a beaucoup confié. Que ce soit au niveau de nos compétences, mais aussi au niveau de notre temps, de notre argent, de notre famille, de notre corps, etc. Nous devons réaliser que, même à ceux qui ont beaucoup moins reçu, Dieu a fait des dons extraordinaires que nous ne méritons pas. Mais attention, cette histoire nous apprend aussi que Dieu nous a confié beaucoup pour qu’on puisse faire fructifier tout cela. Dieu nous a comblé de bénédictions mais toutes ces choses, mêmes si elles nous appartiennent, en fait, elles nous ont été confiées par Dieu. En faisant cela, Dieu nous appelle à être des gérants de ce qu’il nous donne. Et cela peut aller très loin : notre argent, notre temps et même notre corps nous ont été confiés par Dieu pour qu’on en prenne soin et qu’on soient des bons gérants de ce qu’il nous a confié. C’est pour cela que, la semaine dernière, je vous ai demandé de noter vos différents rôles dans la vie. C’est que chacun de ces aspects de votre vie ont été donnés par Dieu. Toutefois, Dieu reconnaît les différences de chacun. Il ne va demander la même chose à quelqu’un qui a peu ou qui a eu beaucoup de difficultés. De manière générale, la Bible dit : « On demandera beaucoup à qui l’on a beaucoup donné, et on exigera davantage de celui à qui l’on a beaucoup confié. » (Lc 12,48). Parallèlement, Dieu demande moins à ceux qui ont moins reçu : « Alors il se mit à faire des reproches aux villes dans lesquelles avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu’elles ne s’étaient pas repenties. Malheur à toi, Chorazin! malheur à toi, Bethsaïda! car, si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties, en prenant le sac et la cendre. C’est pourquoi je vous le dis: au jour du jugement, Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous. Et toi, Capernaüm, seras-tu élevée jusqu’au ciel? Non. Tu seras abaissée jusqu’au séjour des morts; car, si les miracles qui ont été faits au milieu de toi avaient été faits dans Sodome, elle subsisterait encore aujourd’hui. C’est pourquoi je vous le dis: au jour du jugement, le pays de Sodome sera traité moins rigoureusement que toi. » (Mt 12,20-24).

Il y a quelques temps, j’ai relu quelques uns de mes devoirs de licence de première année. Ça m’a frappé parce qu’ils n’étaient pas très bons mais que j’en était fiers à l’époque et que j’avais reçu de bonnes notes. Pourquoi ? Parce qu’on ne demande pas la même chose aux étudiants en première année et aux étudiants en dernière année de master. Si j’avais rendu mon devoir de licence cette année pour ma soutenance de mémoire, je n’aurais pas eu la moyenne. Si je veux avancer dans mon cursus, il est requis que j’avance et que je change. Autrement, mes professeurs ne m’auraient jamais acceptés en master.

D’une certaine manière, la grâce de Dieu vient toujours avec une responsabilité. Lorsque Dieu donne, il s’agit de cadeaux extraordinaires ! Mais ces cadeaux appellent à une bonne gestion de ces derniers.

  1. Nous ne faisons pas bien fructifier

Cette parabole, nous montre malheureusement que nous avons souvent tendance à agir comme le dernier serviteur : à prendre peur et à ne pas assez vivre la vie chrétienne. Souvent, on a eu tendance à dire : si je crois que Dieu existe et qu’il m’a pardonné, que j’évite les gros péchés (et souvent on entend par là les péchés sexuels) alors je vais aller au ciel. On se dit souvent : si je ne dilapide pas ce que Dieu me donne, alors tout va bien. Cette histoire de Jésus nous montre que c’est faux. Nous ne devons pas réfléchir de cette manière ! Au contraire : ce que Dieu nous a donné a été donné pour être utilisé pour son royaume ! Qu’importe là où on en est, nous devons avancer et utiliser tout ce que nous avons pour Dieu. Dans le cas contraire, ce passage nous montre que Dieu ne nous reconnaîtra pas et nous jettera en enfers. Pourquoi ? Parce que la foi, n’est pas simplement le fait de croire quelque chose mais aussi de vivre en conséquence. Nous pouvons croire que Dieu nous a fait des dons extraordinaires mais ne pas les utiliser et les mépriser. La foi demande donc d’utiliser tout ce que l’on a pour Dieu.

Je me rappelle d’un ami que j’avais dans lequel je voyais un immense potentiel. Je sentais que lorsqu’il allait dépasser un cap, il allait vivre une vie chrétienne extraordinaire. Malheureusement, il s’apitoyait tout le temps sur lui-même, il me disait qu’il n’était pas comme moi, qu’il n’avait pas les capacités, qu’il avait trop peur d’avancer, etc. Il a préféré enterrer son talent dans la terre. De la même manière, il y a une véritable crise de vocations pastorales en ce moment-même et pourtant Dieu a promis d’envoyer les ouvriers nécessaires pour son travail. Ça signifie donc que beaucoup de personnes cachent dans la terre leur vocation pastorale ou encore d’autres vocations. On peut prendre bien d’autres exemples : Imaginez, par exemple que Leonard de Vinci aie refusé d’utiliser ses compétences, son temps et son argent pour inventer autant de choses. Comment le monde aurait-il été transformé ? Imaginez que Thomas Edison n’aie pas persévéré dans ses recherches, on serait dans un monde sans ampoule, sans électricité. Imaginez que mère Teresa aie refusé son appel ou que Martin Luther aie eu trop peur pour continuer la réforme ! Le monde a été transformé parce que ces personnes voulaient utiliser leurs dons pour les faire fructifier pour le bien du monde entier.

Il en est de même de la vie chrétienne… Dieu nous appelle à entrer dans ses plans, mais lorsque nous ne le faisons pas, c’est le monde entier qui en souffre. Bien sûr, nous ne sommes pas tous des Luther, des Thomas Edison ou des Leonard de Vinci. Malgré cela, Dieu nous appelle à respecter les dons qu’il nous donne et à les faire fructifier pour son royaume. Comme nous l’avons vu, même le serviteur qui n’a reçu qu’un talent s’est vu recevoir une somme extraordinaire. Je crois que souvent, nous avons tendance à minimiser ce que Dieu nous a donné. Alors que bien au contraire, nous avons chacun quelque chose d’extraordinaire que nous méprisons trop souvent.

  1. Nouvelle Création en Christ

Alors, que faire pour éviter cela ? Je pense que l’attitude des serviteurs nous aident à comprendre plus en profondeur ce que Dieu nous appelle à vivre. Le mauvais serviteur était motivé par la peur, par l’égoïsme et par la paresse alors que les bons serviteurs étaient motivés par l’émerveillement d’une si grande responsabilité. La première étape que nous devons vivre pour avancer, je pense, est de réaliser l’immensité des cadeaux que Dieu nous a fait et de vivre dans la reconnaissance. La convoitise crée un sentiment de dû et enlève l’émerveillement alors que nous sommes normalement appelés à vivre dans la reconnaissance et l’émerveillement de ce que Dieu donne. Lorsque l’on respecte ce que Dieu a donné, on est émerveillé de ce qu’il nous a donné et on est reconnaissant de ce que l’on peut être des instruments entre ses mains pour accomplir son plan divin. La deuxième étape est de reconnaître que nous ne pouvons rien faire sans Jésus.

Pour illustrer cette réalité, Jésus emploie l’image de la vigne et du sarment : « Demeurez unis à moi, comme je suis uni à vous. Un sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même, sans être uni à la vigne ; de même, vous ne pouvez pas porter de fruit si vous ne demeurez pas unis à moi. » (Jn 15,4).

Et la promesse de Jésus est grande : « La personne qui demeure unie à moi, et à qui je suis unie, porte beaucoup de fruits, car sans moi vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15,5). Jésus, par sa mort et sa résurrection s’est uni à tout ceux qui veulent bien l’accepter et qui désirent s’appuyer sur lui pour porter du fruit. Qu’importe l’histoire passée, les faiblesses actuelles, l’âge ou la situation dans laquelle nous nous trouvons, Jésus nous promet que nous allons porter beaucoup de fruits si nous nous plaçons en lui et que nous lui faisons confiance. La pression pourrait être grande sur nos épaules de devoir produire beaucoup de fruits mais en fait, tout ce qu’on nous demande réellement c’est d’être attaché au Christ, d’être à son écoute et ça va créer des fruits tout naturellement. Le fait que Jésus soit mort et ressuscité nous libère de la pression de devoir toujours faire plus et d’être productif parce que c’est en lui que nous pouvons produire du fruit.

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