La liberté chrétienne : De l’esclavage à l’enfant de Dieu, Galates 4,1-20

Nous reprenons notre série de prédication sur l’épître aux Galates. Nous avions vu beaucoup de choses jusqu’ici. Nous avions vu que le message de l’apôtre Paul venait de Dieu et qu’il était fondamental. Ce message c’était que nous étions justifiés par la foi et pas par les œuvres de la Loi. Il n’y a donc pas besoin de se faire circoncire pour appartenir au peuple de Dieu. Nous chrétiens, nous sommes les descendants légitimes d’Abraham. Et dans les dernières prédications, nous avons beaucoup réfléchi sur la relation entre la Loi et la grâce, entre les commandements de Dieu et le salut. Nous avons vu que Dieu n’enlevait pas la Loi parce que l’essence de la Loi n’est pas mauvaise en soi. C’est lui qui l’a créé, comment peut-elle être mauvaise ? Ce qu’il faut comprendre, par contre, c’est que cette Loi, telle qu’elle était dans l’Ancien Testament, n’était que destinée à une période, à une époque. La dernière fois que j’avais prêché sur Galates, j’avais donné l’exemple de l’obligation de traverser la route au feu vert ou sur un passage piéton. Quand j’étais un enfant je respectais rigoureusement le feu rouge et le fait de traverser sur le passage piéton mais maintenant que je suis un adulte, j’ai compris le sens profond de ces règles. Je ne suis plus obligé de traverser au vert ni au passage piéton parce que le sens de ces règles était de me faire comprendre qu’il y a des moments et des endroits où il est dangereux de traverser. Pour Paul, revenir à la Loi est gravissime parce que c’est comme si l’on revenait au stade d’enfant immature. On le fait parce qu’on refuse d’accepter la responsabilité qu’on nous donne ou parce que c’est plus simple de rester dans ce cocon sécurisant où on nous dit tout le temps ce qu’il faut faire. Mais c’est encore plus grave que ça. Faire cela c’est se séparer du Christ lui-même et du salut que Dieu nous donne. C’est ce que l’on va voir aujourd’hui dans Galates 4,1-20.

Or, aussi longtemps que l’héritier est enfant, je dis qu’il ne diffère en rien d’un esclave, quoiqu’il soit le maître de tout; mais il est sous des tuteurs et des administrateurs jusqu’au temps marqué par le père. Nous aussi, de la même manière, lorsque nous étions enfants, nous étions sous l’esclavage des rudiments du monde; mais, lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, né sous la loi, afin qu’il rachetât ceux qui étaient sous la loi, afin que nous reçussions l’adoption. Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos coeurs l’Esprit de son Fils, lequel crie: Abba! Père! Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils; et si tu es fils, tu es aussi héritier par la grâce de Dieu. Autrefois, ne connaissant pas Dieu, vous serviez des dieux qui ne le sont pas de leur nature; mais à présent que vous avez connu Dieu, ou plutôt que vous avez été connus de Dieu, comment retournez-vous à ces faibles et pauvres rudiments, auxquels de nouveau vous voulez vous asservir encore? 10 Vous observez les jours, les mois, les temps et les années! 11 Je crains d’avoir inutilement travaillé pour vous. 12 Soyez comme moi, car moi aussi je suis comme vous. Frères, je vous en supplie. 13 Vous ne m’avez fait aucun tort. Vous savez que ce fut à cause d’une infirmité de la chair que je vous ai pour la première fois annoncé l’Évangile. 14 Et mis à l’épreuve par ma chair, vous n’avez témoigné ni mépris ni dégoût; vous m’avez, au contraire, reçu comme un ange de Dieu, comme Jésus Christ. 15 Où donc est l’expression de votre bonheur? Car je vous atteste que, si cela eût été possible, vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner. 16 Suis-je devenu votre ennemi en vous disant la vérité? 17 Le zèle qu’ils ont pour vous n’est pas pur, mais ils veulent vous détacher de nous, afin que vous soyez zélés pour eux. 18 Il est beau d’avoir du zèle pour ce qui est bien et en tout temps, et non pas seulement quand je suis présent parmi vous. 19 Mes enfants, pour qui j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Christ soit formé en vous, 20 je voudrais être maintenant auprès de vous, et changer de langage, car je suis dans l’inquiétude à votre sujet. (Galates 4,1-20)

  1. Enfant ou esclave ?

Le tout début du passage que nous venons de lire vous a peut-être un peu choqué. Ce n’est pas dans nos habitudes de parler d’esclaves et encore moins de comparer nos enfants à des esclaves. Le but de Paul, en faisant cette comparaison, est de montrer à quel point ce qu’étaient en train de faire les Galates était insensé. Alors que Dieu les avait rendu libres, ils décident de revenir à l’esclavage.

Pour nous aider à comprendre, je vais prendre un exemple un peu plus concret de ce que Paul est en train de dire. J’ai ici un chèque qu’on m’a donné pour acheter un livre de Priscille Gonin qui est en vente à la sortie du temple. J’ai le chèque, je suis donc en possession de cet argent mais tant que je ne l’ai pas encaissé et que ma banque n’a pas fait le transfert, qu’est-ce qui change ? Absolument rien, si ce n’est que j’ai un morceau de papier en plus à ne pas perdre. C’est vrai que je suis en possession de cet argent mais c’est aussi vrai que je ne suis pas encore aux bénéfices de cet argent. J’ai la promesse que je vais le recevoir, si j’encaisse le chèque, mais je n’ai pas encore le contenant de cette promesse. Parce que je comprends la valeur de ce chèque, je vais aller à la banque et l’encaisser. Il me faudra ensuite attendre que la banque me fasse le transfert, lorsqu’elle sera en période de travail. 

Dans ce passage, Paul veut nous montrer exactement la même chose. Les Juifs sous la Loi n’avaient, en pratique, pas tant de différence que ça d’avec les non-Juifs. Pourquoi ? Parce que, même s’ils avaient reçus la promesse de la venue du Saint-Esprit en abondance, et qu’ils avaient crus en cette promesse (donc qu’ils avaient encaissé le chèque), ils attendaient encore le moment où cette promesse allait se concrétiser. Maintenant, ce que Paul nous dit, c’est d’arrêter de se considérer comme des petits enfants qui ont, de fait, le même statut qu’un esclave mais de réaliser tout ce que Dieu nous a donné en Christ ! Par la mort et la résurrection de Jésus-Christ, nous sommes maintenant enfants de Dieu et son Esprit qui était promis à Israël nous est maintenant donné, à nous qui n’avions pas reçu cette promesse que Dieu a faite à Israël.

  1. Le souci de Paul : revenir sous la Loi équivaut au paganisme

Mais le texte va plus loin que ça. Ces quelques versets de Galates sont très émouvants et nous montrent la profondeur de l’affection que Paul avait pour les Galates. Parce que, pour lui, revenir à la Loi revient à abandonner Jésus lui-même. Regardez ce qu’il dit au verset 11 : « Je crains d’avoir inutilement pris de la peine pour vous » et aux verset 19 et 20 : « Mes enfants, pour qui j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Christ soit formé en vous, je voudrais être maintenant présent parmi vous, et changer de langage, car je suis dans l’embarras à votre sujet ». Paul explique ce qu’il ressent. Il a l’impression d’être comme une femme qui a porté un enfant pendant plusieurs mois et qui meurt peu après l’accouchement. Retourner à la Loi n’est pas une mince affaire. Être légaliste revient ultimement à nier le Christ. Le but de la Loi est de emmener vers le Christ mais si l’on s’arrête simplement à la Loi, nous sommes coincés. La Loi ne peut que nous emmener à un certain point mais pas plus loin.

C’est comme un ticket de train que l’on aurait qui ne peut que nous emmener à Paris et pas plus loin ou bien comme une licence qui peut nous débloquer certains métier mais pour aller plus il faut un master ou un doctorat. La Loi est une de ces bonnes choses qui ne peut que nous emmener à un certain point et pas plus. Y revenir serait idiot parce qu’elle nous a déjà emmené à destination. Pour grandir il faut aller encore plus loin que la Loi.

Le problème c’est que l’on veut donner à la Loi un statut qu’elle n’est pas sensée avoir. On pense que par la force de la volonté, en se culpabilisant et en se forçant constamment on arrivera à changer. Ou bien on essaie d’occulter les commandements et exigences de Dieu. En faisant cela, on continue à mettre la Loi au centre de notre vie et ça ne change rien. Mais ce qui est encore pire c’est que l’on fait la même chose sur les autres. On essaie de les changer par la force ou en les culpabilisant. Qu’est-ce que l’on fait réellement en faisant cela ? On les éloigne de Christ et on s’éloigne de Christ. C’est un constat qui est affligeant et j’aimerais qu’on comprenne à quel point il est grave. Je pense que si Dieu nous fait entendre ça dans trois prédications différentes sur Galates en ce moment, c’est qu’on en a réellement besoin. Nous avons besoin d’avoir une relation saine aux commandements de Dieu et à la Loi pour pouvoir grandir et faire grandir les autres en Christ.

  1. Jésus a donné son Esprit pour que nous puissions être des enfants de la promesse

L’exemple de Paul est plutôt édifiant à ce niveau-là. Comment a-t-il motivé les Galates à donner leur vie à Dieu ? Il s’est rendu semblable à eux pour qu’ils puissent grandir. Il faut bien comprendre ce verset 12 pour pouvoir avancer. Le pasteur Tim Keller l’explique comme ça : dans beaucoup d’Églises conservatrices1 il y a plusieurs pasteurs ou personnes qui disent « devenez comme moi, moi qui suis très mûrs maintenant » et dans beaucoup d’Églises libérales il y a plusieurs personnes ou pasteurs qui disent « qui suis-je pour te dire quelque chose ? Je ne peux que compatir et écouter ce que tu dis ». Mais dont on il manque vraiment dans les Églises se sont des personnes qui, comme Paul, sont capables de s’abaisser au niveau des autres dans leurs souffrances et leurs combats et en même temps qui puissent dire : « devenez comme moi ». Je crois que l’on doit confesser que l’on est trop souvent dans l’une ou l’autre de ces positions mais très rarement dans les deux en même temps. Ce qui aide, par contre, c’est que le Christ l’a fait pour nous. « Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, né sous la Loi, afin de racheter ceux qui étaient sous la loi, pour que nous recevions l’adoption » (v. 5). Le Dieu de l’univers s’est abaissé jusqu’à nous et nous demande de l’accepter pour que nous soyons comme le Christ, les enfants de Dieu. Vous voyez ? À la fois l’abaissement et le relèvement.

Ça me fait penser à l’enseignement. Lorsque l’on veut qu’un élève apprenne quelque chose, il faut d’abord prendre la température et voir quel niveau il a, quelles sont ses compétences, son niveau, sa compréhension de la matière, etc. Et il faut avoir la capacité de s’abaisser et construire à partir de ce qu’il connait déjà pour pouvoir l’emmener encore plus loin. Un professeur qui n’arrive pas à s’abaisser aura beaucoup de difficulté à faire grandir ses élèves.

Qu’est-ce que ça implique pour nous ? Que nous devons chercher de telles personnes pour nous aider à grandir. Des personnes qui peuvent à la fois nous comprendre et qui peuvent nous aider à avancer. Des personnes qui peuvent nous dire la vérité en face parce nous savons à quel point ils tiennent à nous. Moi-même j’ai un pasteur qui me suis pour m’aider à grandir et à mieux vivre mon ministère. Mais ça veut aussi dire que lorsque nous aidons d’autres personnes, comme c’est notre responsabilité à tous, nous devons vivre les deux facettes de cette médaille : à la fois l’abaissement et le relèvement, en se rappelant constamment ce que le Christ a fait pour nous. Il s’est abaissé, allant jusqu’à mourir sur la croix et ressusciter pour nous libérer de nos péchés et pour faire de nous des enfants de Dieu ! C’est en contemplant cet abaissement divin que nous pourrons avancer dans nos vies et que nous pourrons aider les autres à avancer avec nous.

1https://gospelinlife.com/sermon/ministers-and-the-people/

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