Aujourd’hui c’est le dernier dimanche de l’avent. Jusqu’ici on a parlé de la paix, de la foi et de l’espérance et de la joie. Et aujourd’hui, nous allons terminer avec cette dernière bougie qui parle de l’amour. On se rappelle que de réfléchir à ces différents thèmes nous permet de vivre un pèlerinage pour préparer nos coeurs à cette période de noël où on se rappelle que Jésus est incarné. On se rappelle aussi que nous devrions faire tout notre possible pour vivre cette période de noël dans la paix, la foi, l’espérance, la joie et l’amour. Dans notre société et dans l’Église, nous entendons souvent dire qu’il faut qu’on s’aime les uns les autres. Avec cela, on entend souvent des personnes parler de bienveillance et de respect de l’autre mais aussi que Dieu est amour. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Comme nous l’avions vu lorsque nous avions parlé de la paix, au nom de l’amour on laisse souvent passer beaucoup de choses que l’on ne devrait pas laisser passer. Souvent, nous devons le confesser, notre amour devient dénué de justice. Et dans les Églises, on s’abandonne souvent à une bienveillance qui est très similaire à celle du monde. Il faut aussi se dire que l’on est tellement habitués à entendre des enseignements et des discours sur l’amour, que nous avons parfois de la peine à comprendre vraiment la profondeur de tout ce que ça implique. Dieu est amour ! Ce n’est pas rien de dire ça. Mais on l’a tellement souvent entendu que ces mots perdent souvent leur sens. C’est pour cela que je vous invite, ce matin, à vous replonger dans cette partie si importante de notre foi chrétienne. On va lire un passage que ceux qui assistent à l’étude biblique connaissent bien parce que nous l’avons étudié il y a quelques semaines. Si vous ne comprenez ce que je dis ce matin, n’hésitez pas à leur demander de l’aide. Nous lisons donc dans 1 Jean 4,7-21.
Bien-aimés, aimons nous les uns les autres; car l’amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. 8 Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. 9 L’amour de Dieu a été manifesté envers nous en ce que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. 10 Et cet amour consiste, non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu’il nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés. 11 Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres. 12 Personne n’a jamais vu Dieu; si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous. 13 Nous connaissons que nous demeurons en lui, et qu’il demeure en nous, en ce qu’il nous a donné de son Esprit. 14 Et nous, nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé le Fils comme Sauveur du monde. 15 Celui qui confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. 16 Et nous, nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. 17 Tel il est, tels nous sommes aussi dans ce monde: c’est en cela que l’amour est parfait en nous, afin que nous ayons de l’assurance au jour du jugement. 18 La crainte n’est pas dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la crainte; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour. 19 Pour nous, nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier. 20 Si quelqu’un dit: J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas? 21 Et nous avons de lui ce commandement: que celui qui aime Dieu aime aussi son frère. (1 Jn 4,7-21)
- Qu’est-ce que l’amour ?
Comme je l’ai déjà dit, nous avons souvent une mauvaise définition d’amour. Lorsque nous parlons d’amour, nous parlons souvent très rapidement des sentiments que nous avons pour une personne. Alors, bien sûr, la Bible n’est pas contre les sentiments mais ce que nous voyons ici c’est que l’amour est plus qu’un sentiment. Il s’agit d’une action et d’un état d’esprit, d’un positionnement spirituel. L’amour de Dieu pour nous, par exemple, consiste en ce qu’il aie envoyé son fils unique mourir pour nous. L’amour c’est le fait d’accepter de faire des sacrifices et des choses qui nous coûtent pour le bien de l’autre. Mais comme pour la paix, il faut toujours rechercher ce qui est bien pour les autres. Et c’est là qu’il est très important de comprendre la différence entre le fait d’apprécier quelqu’un et le fait de l’aimer. Le fait que l’on apprécie quelqu’un ne garantit pas vraiment qu’on l’aime (et vis-versa). Parfois, parce qu’on apprécie quelqu’un, on ne va pas lui dire quelque chose. Qu’est-ce qui se passe là : c’est que l’on désire plus posséder la personne que l’aimer. On a peur qu’elle parte ou on a peur que notre relation soit changée. Mais en fait, si on l’aime on va faire notre possible pour qu’elle puisse comprendre et vivre ce qui est bon pour elle. D’une certaine manière, c’est ce que l’on voit dans ce passage : l’amour parfait bannit la crainte d’un châtiment. Lorsque l’on aime vraiment, on n’a plus peur de la réaction de l’autre parce que l’on sait que l’on recherche son bien.
Je reprend l’exemple des enfants gâtés, que j’avais pris il y a quelques semaines. Lorsque nous interdisons à un enfant de manger tout le pot de nutella, nous avons parfois peur de sa réaction parce que nous nous attendons à des cris et des plaintes. Mais si nous l’aimons réellement, nous savons que de manger un pot de nutella en entier n’est pas bon pour lui et nous n’avons pas peur qu’il nous rejette parce que nous savons que nous faisons ce qui est bon pour lui. Ça ne rend pas le fait d’interdire le pot de nutella facile mais ça nous permet de tenir tout au long des gémissements et des plaintes.
Lorsque Dieu a envoyé son Fils c’est exactement la même chose que l’on voit. La venue de Jésus nous révèle la vérité : nous sommes profondément pécheurs et éloignés de Dieu. C’était un témoignage d’amour que Jésus nous a rendu, que de nous révéler que nous étions dans les ténèbres. Lorsque nous lisons au début de l’évangile de Jean que le monde était dans les ténèbres et que tout à coup la lumière arrive, c’est quelque chose d’extraordinaire. En faisant cela, Dieu nous amène à la lumière de Jésus-Christ. Par son sacrifice à la croix et par sa résurrection tous ceux qui lui donnent leur vie passent des ténèbres à la lumière. C’est de cet amour que nous témoignons et c’est lui qui nous transforme.
- Nous devons donc nous aimer
Jean nous dit que, puisque Dieu nous a tant aimé, nous devons nous aimer les uns les autres. Pourquoi ? Jean nous dit que si Dieu est amour et que nous demeurons en Dieu, alors forcément que nous allons aimer. D’une certaine manière, c’est aussi simple que ça.
Je ne sais pas si vous avez vu le film Rabbi Jacob. À un moment Louis de Funès tombe dans une grande cuve à chewing gum. Bien sûr, il ressort plein de chewing gum et il en met de partout. Vous comprenez ? Il est impossible de tomber dans une cuve de chewing gum sans en avoir partout sur soi et en mettre de partout. C’est pareil avec l’amour. Il est impossible de s’approcher de Dieu et d’entrer en relation avec lui sans que nous ne vivions de manière plus aimante. S’approcher de Dieu entraine nécessairement que l’on aime et que l’on touche les autres par cet amour.
C’est là que l’on voit toute l’importance de comprendre que l’amour n’est pas qu’un simple sentiment. Parce que nos sentiments viennent et repartent. Que ce soit dans un couple, un mariage, dans une famille ou dans l’Église, nos sentiments ne seront pas toujours bien disposés pour nous aider à véritablement aimer quelqu’un. Jean l’explique bien juste avant : « À ceci, nous avons connu l’amour : c’est qu’il a donné sa vie pour nous. Nous aussi, nous devons donner notre vie pour les frères. Si quelqu’un possède les biens du monde, qu’il voie son frère dans le besoin et qu’il lui ferme son coeur, comment l’amour de Dieu demeurera-t-il en lui ? Petits enfants, n’aimons pas en parole ni avec la langue, mais en action et en vérité » (1 Jn 3,16-18). En fait, nous devons ouvrir nos entrailles, ouvrir notre coeur pour qu’il soit touché par ce qu’il voit. Nous devons nous dire : je vois ce frère dans le besoin, qu’est-ce que ça me fait ? Qu’est-ce que ça devrait me faire ? Qu’est-ce que Dieu voudrait que je fasse ?
- L’amour manifeste Dieu
Ce qui est le plus étonnant dans tout ça c’est que cet amour manifeste Dieu. C’est par cette action que l’on peut voir qui Dieu est. « Personne n’a jamais vu Dieu. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour est parfait en nous » (1 Jn 4,12). Ce passage nous montre que nous ne pouvons pas voir Dieu. Cela nous est impossible pour nous qui sommes pécheurs maintenant. Mais lorsque nous nous aimons les uns les autres, qu’est-ce qui se manifeste ? C’est l’amour ! Et comme Dieu est amour, c’est lui-même qui est manifesté.
Nous remarquons avec Aglaé, mon amie, que nous commençons petit à petit à prendre des traits de caractère l’un de l’autre. Parfois Aglaé va faire une blague qui correspond très fortement à mon humour et parfois je vais reprendre des formulations de phrases qu’Aglaé fait. Ce qu’il se passe là c’est qu’il y a une sorte de manifestation de moi lorsqu’Aglaé refait une de mes blagues ou bien il y a une manifestation d’elle lorsque je reprend sa manière de parler. Vous découvrez un peu plus qui je suis en voyant Aglaé et vous découvrez un peu plus qui elle est en me voyant. C’est presque comme si l’un ou l’autre était devenu visible à nos yeux sans qu’il soit là.
Ça nous montre toute l’importance de s’aimer. Dieu est invisible et du coup on ne peut pas le voir. Mais une manière très concrète de le rendre visible c’est de s’aimer les uns les autres, c’est de sacrifier de notre temps, de notre argent, notre vie par amour pour les autres (et spécialement à l’intérieur de l’Église). C’est là que le monde saura que nous sommes chrétiens et c’est ainsi qu’il comprendra qui Dieu est. Si notre amour est dénué de justice, le monde croira que Dieu n’est pas un Dieu de justice. Si notre amour est dénué de compassion et de patience, le monde croira que Dieu n’est pas un Dieu compatissent et lent à la colère. Notre manière de nous aimer révèle quel Dieu nous adorons. Mais comment apprendre à aimer ? L’écrivain C. S. Lewis nous l’explique bien :
« Dans l’ensemble, l’amour de Dieu pour nous est un sujet de réflexion beaucoup plus sûr que celui de notre amour pour lui. Personne ne peut toujours avoir des sentiments pieux : et même si nous le pouvions, les sentiments ne sont pas ce dont Dieu se préoccupe principalement. L’amour chrétien, que ce soit envers Dieu ou envers l’homme, est une affaire de volonté. Si nous essayons de faire sa volonté, nous obéissons au commandement « tu aimeras le Seigneur ton Dieu ». Il nous donnera des sentiments d’amour s’il le veut. Nous ne pouvons pas les créer nous-mêmes et nous ne devons pas les exiger comme un droit. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que si nos sentiments vont et viennent, son amour pour nous, lui, ne change pas. Il ne se lasse pas de nos péchés, ni de notre indifférence ; c’est pourquoi il est implacable dans sa détermination à nous guérir de ces péchés, quel qu’en soit le prix pour nous, quel qu’en soit le prix pour lui. »1
Ce qui change tout c’est que Dieu nous aime. C’est son amour qui est le premier : « pour nous, nous aimons parce qu’il nous a aimé le premier » (1 Jn 4,19). Ce qui nous fait avancer et grandir dans l’amour c’est de contempler cet amour profond de Dieu pour nous et c’est de se rappeler ce sacrifice de Jésus à la croix pour nous.
1C. S. Lewis, fondements du Christianisme, chapitre sur l’amour.




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