Aujourd’hui nous allumons la bougie sur la joie et je dois vous avouer que c’est un sujet qui est particulièrement complexe à étudier. Cette prédication va me demander beaucoup de courage, parce que je dois être honnête avec vous. Ça fait deux semaines que je réfléchis à ce sujet et que je prie Dieu de me donner plus de joie mais je dois constater que c’est un domaine dans lequel j’ai encore beaucoup de progrès à faire. Je suis quelqu’un qui est négatif par nature. Je sais repérer très facilement tous les problèmes et les obstacles qu’il y a sur le chemin. C’est très pratique lorsque je fais des accompagnements pastoraux, parce que ça m’aide à avoir un discernement profond mais ce qui est lassant c’est que j’ai beaucoup de peine à m’arrêter pour contempler ce que Dieu fait. À chaque fois, je me dis qu’il y a encore beaucoup de choses à faire et qu’il y a encore beaucoup de problèmes et j’ai beaucoup de peine à me poser et simplement être dans la joie. Je suis très souriant lorsque je suis avec des personnes parce que je ne pense pas à tout ça. Mais souvent, une fois que je me retrouve seul, il y a tout le poids de mes pensées, de mes responsabilités et de mes problèmes qui retombent sur mes épaules et dans des situations comme celles-ci, c’est compliqué d’être dans la joie ! Alors, pourquoi est-ce que je parle de ça ? Ce n’est pas pour m’apitoyer sur mon sort, même si j’apprécierais des prières à ce sujet, mais c’est parce que je crois qu’il y a beaucoup de personnes qui sont comme moi et qui n’osent pas en parler. C’est aussi pour vous dire que je ne suis pas un spécialiste de la joie et que tout ce que je vais dire aujourd’hui sont plutôt des réflexions et des tentatives de réponses, qu’un enseignement. Aujourd’hui, j’aimerais qu’on se place devant Dieu et qu’on cherche des réponses ensemble dans sa parole. On ne va pas, non plus, étudier un passage et en dégager son sens, comme j’en ai l’habitude, mais on va regarder plusieurs passages différents et regarder des enseignements secondaires qu’ils peuvent nous apporter sur la joie. C’est pour cette raison que je vous invite à lire avec moi Matthieu 5,1-16 et 1 Pierre 1,1-9.
Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne; et, après qu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui. 2 Puis, ayant ouvert la bouche, il les enseigna, et dit: 3 Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! 4 Heureux les affligés, car ils seront consolés! 5 Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre! 6 Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés! 7 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde! 8 Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu! 9 Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu! 10 Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux! 11 Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. 12 Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. 13 Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes. 14 Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée; 15 et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. 16 Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. (Matthieu 5,1-16)
Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, 4 pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir, lequel vous est réservé dans les cieux, 5 à vous qui, par la puissance de Dieu, êtes gardés par la foi pour le salut prêt à être révélé dans les derniers temps! 6 C’est là ce qui fait votre joie, quoique maintenant, puisqu’il le faut, vous soyez attristés pour un peu de temps par divers épreuves, 7 afin que l’épreuve de votre foi, plus précieuse que l’or périssable (qui cependant est éprouvé par le feu), ait pour résultat la louange, la gloire et l’honneur, lorsque Jésus Christ apparaîtra, 8 lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore, vous réjouissant d’une joie ineffable et glorieuse, 9 parce que vous obtiendrez le salut de vos âmes pour prix de votre foi. (1 Pierre 1,3-9)
- Qu’est-ce que la joie ? Comment est-ce que notre monde la recherche ?
Pour avoir une bonne réflexion sur la joie, il faut commencer par savoir ce qu’est la joie. Wikipedia définit la joie ainsi : « La joie est une émotion ou un sentiment de satisfaction ou de plaisir, qu’éprouve un individu au moment où une de ses aspirations, ou un de ses désirs vient à être satisfait d’une manière réelle ou imaginaire – ou parfois, sans raison apparente ». La joie vient donc de la résolution d’une tension et d’un désir de nos coeurs. En partant de cette définition, notre société nous promet de nous remplir de joie en comblant nos désirs. Mais en fait, ce que notre société de consommation fait c’est de créer en nous des désirs pour qu’ils puissent ensuite les combler avec leurs produits et s’enrichir sur notre dos. Notre société nous fait vouloir toujours plus : plus d’argent, une meilleure voiture, une meilleure famille, un meilleur boulot, un meilleur téléphone, de meilleures notes à l’école, une meilleure santé ou encore une meilleure intelligence. Et une fois que l’on a ces choses, on veut encore plus et c’est une spirale sans fin. La période où l’on savait jouer dans la terre quand nous étions enfants est révolue, nous avons besoin de beaucoup plus pour satisfaire nos désirs et, du coup, on perd cet émerveillement et cette joie qu’un enfant a naturellement.
Sur le mur de mon bureau j’ai accroché deux desseins d’enfants de l’Église. Ça m’épate toujours parce que, selon nos critères d’adultes, ces desseins ne seraient pas très beaux. Ça serait très facile de passer à autre chose parce qu’on voit tous les défauts de ces desseins et parce qu’on les compare à des peinture de Leonard de Vinci et du coup, ces desseins ne vont nous procurer aucune joie parce qu’ils ne satisferont pas nos désirs. Mais à chaque fois que je m’arrête sur ces desseins, ils me procurent beaucoup de joie, parce que je pense à ce témoignage d’affection que ces enfants m’ont fait alors qu’ils ne me connaissaient pas du tout. C’est lorsque j’ai changé mes attentes sur ces desseins par rapport à ce qu’ils pouvaient donner qu’ils m’ont procuré de la joie.
En fait, souvent nous ne sommes pas joyeux parce que nous cherchons à retirer des choses ce qu’elles ne peuvent pas nous donner. Une belle voiture ne peut pas combler notre manque de confiance en soi, notre mariage ne peut pas combler le manque affectif que l’on a depuis tout petit, etc. Du coup, on devient souvent très malheureux parce que nous avons des attentes disproportionnées et des attentes qui ne conviennent pas à ce qu’une chose en particulier peut nous donner. Il nous faut donc remodeler nos désirs et nos attentes pour qu’elles soient plus justes et plus réalistes. Lorsque l’on désire vraiment ce que Dieu désire, alors nous serons beaucoup plus joyeux !
- L’insatisfaction du « pas encore »
Mais la Bible ne s’arrête pas là. Pour elle, il est normal d’espérer une meilleure vie spirituelle, une meilleure Église, de meilleures relations dans notre famille et avec nos amis, plus de justice. C’est ce que l’on a vu la semaine dernière : on espère une patrie céleste qui sera plus belle que celle qui est maintenant sous nos yeux. C’est parce que nous voyons tout ce que le péché détruit et que nous voyons tous les problèmes dans nos vies. Nous savons que les choses ne sont pas sensées être comme ça et que nous attendons le retour de Jésus-Christ pour que tout rentre dans l’ordre.Ce désir d’une patrie céleste doit être tellement grand que Jésus dit que l’on a faim et soif de justice, que l’on se met parfois à pleurer de tristesse et qu’on a besoin de consolation. Jésus lui-même a pleuré en voyant la destruction que la mort causait. Et c’est important de comprendre cela. J’aimerais vraiment que vous compreniez que ce dont on parle ici, ce n’est pas un petit désir mais c’est une envie profonde qui vient du tréfonds de notre coeur et qui parfois nous rend triste ou nous cause des problèmes.
Imaginez qu’un critique d’art, passionné par l’oeuvre de Van Gogh, assiste au vandalisme de son meilleur tableau par des activistes écologiques. Quelle serait sa réaction ? Il serait révolté, bien sûr ! Il serait aussi triste et désemparé parce qu’il comprenait la beauté de ce tableau. Pour nous en tant que chrétiens, ça devrait être la même chose. Lorsque nous voyons le péché détruire cette magnifique création de Dieu ou lorsque nous voyons le péché détruire, un couple ou un mariage, une vie spirituelle, une personne, une Église, etc, nous devons être révoltés et attristés parce que nous savons la valeur de ces choses et nous aspirons à ce qu’elles redeviennent ce qu’elles auraient toujours dû être.
C’est passionnant de voir que dans la Bible, la recherche de la joie ne se fait pas en évitant la souffrance. Elle reconnaît qu’il y a ce cri qui vient des profondeurs de notre coeur. Ça nous montre que l’on doit vraiment se languir de ce moment où Jésus va faire toutes choses nouvelles. Ça montre aussi qu’on doit être réellement insatisfaits de comment ce monde est, parce que nous attendons une patrie céleste. C’est normal de pleurer, de se lamenter et d’espérer autre chose.
- Le déjà : Jésus nous donne tout
Mais ce qui est frappant dans les béatitudes c’est que Jésus nous appelle « heureux », comme un état de fait. « Heureux ceux qui pleurent » : nous sommes heureux en Christ, c’est un état de fait et rien ne peut changer ça, soit que nous pleurions, soit que nous ayons soifs de justice, soit que nous soyez persécutés et maltraités, nous serons et nous sommes heureux ! Dans les deux passages que nous avons lu, nous voyons que nous sommes heureux à cause de cette espérance que Dieu nous a promise, à cause de ce monde renouvelé que Dieu fera où il n’y aura plus de haine ni de colère, plus de mort ni de maladie. Nous sommes heureux parce que nous savons que, si nous avons les mêmes désirs que ceux de Dieu, ils seront satisfaits un jour. Nous serons continuellement dans la joie parce que nos désirs seront bons et qu’ils seront continuellement satisfaits. La mort et la résurrection du Christ nous montrent bien cette réalité profonde. Jésus a beaucoup souffert durant sa vie, mais par sa résurrection il nous a ouvert un monde nouveau et nous sommes déjà aux bénéfices de son royaume.
Comprendre ce qu’est un héritage peut sans doute nous aider. Lorsqu’une personne hérite de ses parents, ces possessions existent, lui appartiennent déjà mais sont sous la tutelle d’un notaire. Celui qui hérite est donc déjà aux bénéfices de cet héritage sans l’être complètement. Pour nous, c’est pareil. Nous sommes déjà en possession de tout ce que Dieu nous a promis. Nous vivons déjà en nouveauté de vie, nous vivons déjà les avants-goûts du royaume de Dieu, nous avons déjà son Esprit, mais nous devons encore attendre un peu avant que toutes ces choses soient pleinement utilisables et viables.
Ce qui nous met dans la joie, c’est de recevoir ce don que Dieu nous fait gratuitement, c’est de voir que tout ce qu’il nous donne n’est que grâce. Bien sûr, il y a encore beaucoup de défis et de difficultés, mais lorsque nous voyons tout ce que Dieu nous donne et nous confie, nous ne pouvons être que dans la joie, parce qu’il s’agit réellement de grands privilèges.




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