Aujourd’hui on entame la semaine de l’avent où on réfléchit sur la paix. Et en ce moment, quand on entend parler de la paix notre tendance est plutôt d’être désespérés. On pense bien sûr à des conflits armés comme en Ukraine, on pense aux conflits en Israël, on peut penser aussi aux chrétiens persécutés. Mais les problèmes de paix sont beaucoup plus larges que ça. On peut penser aux divorces, aux conflits entre les parents et leurs enfants, aux violences conjugales, les discours haineux, etc. Quand on voit tout ça, on a de la peine à même imaginer ce à quoi ressemble la paix dans l’Église, dans une famille, dans un couple, dans un pays et entre les pays. On ne sait pas comment agir pour apporter la paix autour de nous et c’est très grave parce que ça nous conduit à des situations horribles et malsaines. Jésus disait « Heureux ceux qui procurent la paix car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9). La paix ce n’est pas quelque chose de secondaire, c’est quelque chose qu’en tant qu’enfants de Dieu nous nous devons de vivre ! Si l’on ne vit pas cette paix, comment pouvons-nous être appelés fils de Dieu ? Comment pouvons-nous dire que nous reflétons le caractère de Dieu ? C’est pour cela que je vous invite aujourd’hui à lire dans l’épitre aux Romains 12, 17-21.
Ne rendez à personne le mal pour le mal. Recherchez ce qui est bien devant tous les hommes. 18 Si cela est possible, dans la mesure où cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. 19 Ne vous vengez pas vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit: C’est à moi qu’appartient la vengeance, c’est moi qui donnerai à chacun ce qu’il mérite, dit le Seigneur.20 Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s’il a soif, donne-lui à boire, car en agissant ainsi, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. 21 Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. (Romains 12,17-21)
- Qu’est-ce que la paix
Alors, qu’est-ce que la paix ? On a souvent tendance à voir la paix comme étant simplement l’absence de conflits. D’ailleurs, quand on dit : « fiche moi la paix », ça veut dire laisse-moi seul parce que lorsque tu n’es pas là, il n’y a pas de problème, il y a la paix. En fait, la Bible ne voit pas la paix de cette manière. Dans la Bible le mot paix, ou shalom en hébreux, véhicule une idée de restauration, de santé, de sécurité, de repos et d’harmonie. Donc lorsque Paul parle de la paix dans ce passage, ce n’est pas simplement de ne pas avoir de conflits mais de créer un endroit sûr, où chacun peut être en bonne santé, grandir et être en harmonie avec les autres. C’est beaucoup plus demandeur parce que si on réfléchit à la paix comme étant simplement l’absence de conflits, c’est assez simple de vivre cette paix : il faut s’éviter et tout prix et… tada ! on a la paix. Au contraire, dans la Bible, la paix demande que l’on recherche les intérêts des autres et que l’on fasse tout pour qu’ils puissent grandir. Et c’est assez profond comme réflexion parce que ça exige de créer un cadre sûr où les autres sont capables d’entendre ce que l’on a à dire et ça implique de connaître les autres pour être sûr de savoir ce qui est bon pour eux. Alors que notre société nous enseigne que pour être en paix avec les autres on doit les laisser agir sans rien dire (même si l’on n’est pas d’accord et que l’on pense que ça va les détruire), la Bible nous enseigne que la recherche de la paix est beaucoup plus profonde, parce qu’elle est motivée par la santé physique, émotionnelle et spirituelle des personnes qui nous entourent.
On peut prendre plusieurs exemples pour illustrer cela. Lorsque l’on éduque des enfants dans une famille, on va parfois dire que « pour avoir la paix » on donne des gâteaux au chocolat aux enfants toute la journée pour seul repas alors que vivre la paix (ou le shalom) serait plutôt d’accompagner les enfants pour qu’ils finissent par aimer manger de la nourriture saine !
Mais vous remarquez que ça va bien à l’encontre de notre société. Il y a tellement de fois où on pense que si l’on ne dit rien, ça nous permet de vivre la paix mais ce n’est pas vrai. Je avais déjà partagé que lorsque j’étais aux États-Unis il y a quelques année, je partageais ma chambre avec mon colocataire. Lui mettait son réveil à 5h du matin tous les jours mais laissait son réveil sonner pendant une demi-heure à une heure. Ensuite, il allait à la douche qui était juste en face de la chambre et écoutait la radio. Pendant plusieurs jours je ne lui ai rien dit et je pensais qu’il y avait la paix mais au fur et à mesure que le temps passait, je sentais qu’il y avait de la colère qui montait et je me disais : mais comment peut-il imaginer qu’il n’y a aucun problème à faire cela ? Pour qu’il y ait vraiment la paix, il a fallu que je lui parle et que je lui explique que j’aimais bien dormir entre 5h et 7h du matin.
- Vaincre le mal par le bien
Ceci dit, vivre le shalom est compliqué. Rien que de chercher à connaître les autres et à essayer de créer un cadre sûr, n’est pas évident. Mais en plus de cela, nous sommes appelés à rechercher les intérêts des autres et de manière assez surprenante, la recherche du shalom va parfois conduire à des conflits parce qu’au lieu de fuir les autres, on va essayer d’aller vers eux ; parce qu’au lieu de ne rien dire, on va parfois devoir confronter les autres sur certaines situations. Certains enfants vont être en colère contre vous parce que vous leur avez interdit de manger des bonbons, certains amis vont être furieux contre vous parce que vous leur avez dit que leurs amis sont néfastes et destructeurs. Ici, Paul est donc très réaliste et dit : « Recherchez ce qui est bien devant tous les hommes. S’il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. » (Rom 12,17-18). Ici, Paul nous donne deux ordres pour bien vivre la paix. La raison qu’un conflit persiste ne doit pas être notre colère ou notre flemmardise. Nous devons faire tout ce qui est en notre possible pour être en paix avec les autres. De même, nous devons nous débarrasser de notre colère malsaine. Les versets suivants nous demande de ne pas prendre vengeance nous-mêmes mais de laisser le Dieu de justice agir. Nous avons souvent tendance à vouloir nous faire justice nous-mêmes mais souvent quand on fait ça, ça a tendance à empirer les choses. C’est souvent comme cela que commencent les grands conflits : Imaginez que quelqu’un m’a bousculé dans la rue donc je l’ai insulté, il s’est retourné et m’a insulté en retour en me bousculant. Parce qu’il m’a bousculé, je l’ai bousculé en retour, du coup il me met à terre, du coup je le frappe, du coup il m’étrangle et me tue. Tout simplement parce que j’ai voulu me faire justice moi-même. Le chapitre 13 continue en décrivant la soumission que l’on doit aux autorités qui sont appelées à exercer la justice. Cela permet de ne pas faire escalader les conflits. Ces autorités sont de toutes sortes, que ce soit le gouvernement, nos supérieurs hiérarchiques au travail, nos parents, nos professeurs, les anciens dans l’Église, etc. Donc, le premier conseil de Paul est de ne pas laisser un conflit à cause de notre paresse ou de notre colère. Le deuxième conseil de Paul est de faire ce qui est bien et de continuer à chercher ce qui est le mieux pour les autres et de surmonter le mal par le bien. Alors, attention ! Ça ne veut pas dire qu’il faut être un paillasson ! Rechercher le bien des autres va parfois demander d’être fermes et de tenir tête. Pour les personnes qui sont dans des addictions, souvent la manière aide qu’on peut leur donner c’est d’être fermes avec elles. Rechercher le bien va être un choc pour les autres et va parfois les aider à comprendre leurs erreurs. Paul dit que c’est comme si on recevait des charbons ardents, ça va les réveiller de leur torpeur et les amener à voir une autre manière de faire.
En 2006, un jeune homme est allé dans une école amish et a tiré sur 10 petites filles et cinq en sont mortes. Il s’est ensuite suicidé. Malgré la douleur, les parents de ces filles ont voulu vivre la paix et la communiquer. La communauté amish a décidé d’aller aux obsèques du tueur, en essayant d’aider son épouse et ses parents à vivre ce deuil.
Au lieu de rechercher à vivre leur colère et à la déverser contre la famille du tueur en affirmant qu’elle l’ont mal éduqué et entouré (ce qu’ils auraient très bien pu faire), ils ont décidé de rechercher ce qui est le mieux pour eux et de vivre le shalom. Cette communauté a été un exemple extraordinaire du pardon de Dieu et de la paix qu’il procure.
- L’espérance en Christ
Explication : Mais la question qui se pose maintenant est comment vivre cela ? Ce n’est pas évident à faire et ça demande de gros efforts. De fait, on ne peut pardonner que si l’on a été pardonné, que si l’on a vécu le shalom. La mort et la résurrection de Jésus nous montre que Dieu nous a pardonné, qu’il recherche ce qui est bon pour nous, qu’il veut que nous soyons en harmonie avec lui, et avec les autres. Il nous place dans son Église pour que l’on soit dans un cadre sécuritaire qui développe cette harmonie et cette croissance chez les uns et les autres. En cette période de l’avent où nous essayons de nous rappeler que Jésus va revenir, il est important de se tourner vers l’avenir et de se rappeler de l’espérance que nous avons. Dieu nous promet qu’au retour de Jésus-Christ il y aura la paix.
Mais les ténèbres ne régneront pas toujours Sur la terre où il y a maintenant des angoisses: Si les temps passés ont couvert d’opprobre Le pays de Zabulon et le pays de Nephthali, Les temps à venir couvriront de gloire La contrée voisine de la mer, au delà du Jourdain, Le territoire des Gentils. Le peuple qui marchait dans les ténèbres Voit une grande lumière; Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre de la mort Une lumière resplendit. Tu rends le peuple nombreux, Tu lui accordes de grandes joies; Il se réjouit devant toi, comme on se réjouit à la moisson, Comme on pousse des cris d’allégresse au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui, Le bâton qui frappait son dos, La verge de celui qui l’opprimait, Tu les brises, comme à la journée de Madian. Car toute chaussure qu’on porte dans la mêlée, Et tout vêtement guerrier roulé dans le sang, Seront livrés aux flammes, Pour être dévorés par le feu. Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, Et la domination reposera sur son épaule; On l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. (Ésaïe 8,23-9,6)
En attendant ce temps, en tant qu’Église nous sommes appelés à refléter le plus possible le shalom de Dieu. Nous sommes appelés à être artisans de paix pour refléter vraiment le caractère de Dieu et être appelés ses enfants. Nous devons faire cela en créant dans l’Église un cadre sûr et sécuritaire, en recherchant une harmonie (c’est-à-dire en restant différents mais en essayant d’être ensembles dans une même direction, un même but) et en recherchant ce qui bien pour les autres. En bref, notre programme ici à l’Église est de vivre le slogan de l’UNEPREF : « En Christ, une famille unie, une alliance de vie, un peuple qui grandit ». Que Dieu nous aide à vivre cela.




Laisser un commentaire