Ces dernières semaines, nous nous sommes penchés sur les deux premiers chapitres de l’épitre aux Galates. On a vu qu’alors que l’autorité de Paul était remise en question par des juifs de Jérusalem, il décide de montrer que son message est important, qu’il vient de Dieu et qu’il est cohérent avec l’enseignement des apôtres et de la Bible. Jusqu’ici, nous avons surtout vu, pourquoi il fallait écouter l’apôtre Paul. Maintenant, on va commencer à entrer dans ce qui fait la substance de la lettre de Paul aux Galates, le corps de son argumentation. On se rappelle que, pour Paul, ce qui est fondamental c’est l’attachement à Jésus-Christ. Notre attachement à Dieu ne dépend pas de signes extérieurs, d’abord, mais de notre relation à Jésus-Christ. On se rappelle de l’illustration de Paul avec l’olivier. Nous étions un olivier sauvage qui produisait de mauvais fruits et nous avons été attachés au bon olivier, à Jésus-Christ. Les juifs, quant à eux, étaient naturellement attachés à Jésus-Christ et ont été retranchés du peuple de Dieu parce qu’ils n’avaient pas ce qui est fondamental, l’attachement à Jésus-Christ. Paul nous place devant ce constat : les juifs ne sont plus le peuple de Dieu, parce qu’ils ne se sont pas attachés à Jésus-Christ. On en parlera plus en détails lorsque l’on arrivera en coeur de l’épître aux Galates. Avant de parler de tout cela, Paul essaie de nous faire comprendre comment nous nous détournons du message qu’il nous donne, de l’Évangile de Jésus-Christ. Je vous invite donc à lire avec moi Galates 2,11-21 pour que l’on puisse discerner nos péchés à ce sujet.
Mais lorsque Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était répréhensible. 12 En effet, avant l’arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les païens; et, quand elles furent venues, il s’esquiva et se tint à l’écart, par crainte des circoncis. 13 Avec lui les autres Juifs usèrent aussi de dissimulation, en sorte que Barnabas même fut entraîné par leur hypocrisie. 14 Voyant qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas, en présence de tous: Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens et non à la manière des Juifs, pourquoi forces-tu les païens à judaïser? 15 Nous, nous sommes Juifs de naissance, et non pécheurs d’entre les païens. 16 Néanmoins, sachant que ce n’est pas par les oeuvres de la loi que l’homme est justifié, mais par la foi en Jésus Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus Christ, afin d’être justifiés par la foi en Christ et non par les oeuvres de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée par les oeuvres de la loi. 17 Mais, tandis que nous cherchons à être justifié par Christ, si nous étions aussi nous-mêmes trouvés pécheurs, Christ serait-il un ministre du péché? Loin de là! 18 Car, si je rebâtis les choses que j’ai détruites, je me constitue moi-même un transgresseur, 19 car c’est par la loi que je suis mort à la loi, afin de vivre pour Dieu. 20 J’ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. 21 Je ne rejette pas la grâce de Dieu; car si la justice s’obtient par la loi, Christ est donc mort en vain.
- L’abandon de la communion
Comment nous détournons-nous de l’Évangile de Jésus-Christ ? Ce passage nous donne un exemple fort de ce qui se passe trop souvent dans nos vies. À l’époque de la Bible, le repas était quelque chose de très important qui marquait la communion entre deux personnes. Refuser de manger avec une personne signifiait qu’il n’y avait pas de communion entre eux. C’est pour cette raison, que lorsque les anciens d’Israël ont fait alliance avec Dieu ils ont mangé et bu sur le mont Sinaï (Ex 24). De la même manière, lorsque nous prenons la sainte-cène, ça signifie que nous sommes en communion les uns avec les autres et avec Jésus-Christ lui-même qui préside ce moment. En ayant ça en tête, imaginez à nouveau ce qui s’est passé avec Pierre et Paul à Antioche. Pierre mangeait avec des non-juifs, des personnes qui, avant de s’être converties, vivaient une vie de péché et de débauche. Ce repas signifiait quelque chose de très profond : moi l’apôtre Pierre, je suis en communion avec vous parce que nous partageons ce qui est essentiel. Votre vie passée n’est pas importante, seul votre attachement à Jésus-Christ compte. Quelle belle proclamation et mise en pratique de ce message que donnait Paul et dont on a parlé il y a deux semaines. Malheureusement, le passage ne s’arrête pas là. En voyant les juifs de Jérusalem arriver, Pierre prend peur et arrête de manger avec les non-juifs. Quel message est-ce que cela renvoie ? Qu’il n’y a aucune communion entre les juifs chrétiens et les non-juifs, mais surtout, que Christ n’est pas suffisant pour réconcilier ces partis et qu’il n’est pas le centre de la religion chrétienne. Ça signifie que ce qui est réellement important, ce n’est pas le Christ, mais les différentes œuvres que nous pouvons faire. Un auteur récent le décrit de cette manière : « Pierre communiquait un message désastreux : … L’évangile n’était pas à même… de dépasser les séparations qui régnaient avant la venue du Christ. Pis encore, en maintenant une telle séparation, les gens de chez Jacques, et Pierre lui-même, suggéraient que les croyants d’origine païenne n’étaient pas intégrés au peuple de Dieu. La division entre Israël et le monde païen subsistait encore au sein de l’Église »1.
Pour mieux comprendre ce que ça signifiait, on peut prendre un autre exemple. Imaginez une cantine d’école où quelques enfants mangent ensemble à la même table et qu’un autre enfant vienne avec son plateau en se moquant et en disant : « vous mangez avec cette personne qui est moche et qui ne sait même pas arrêter les tirs au but ». Sur ce, ceux qui mangeait avec l’enfant partent et le laissent seul. Quel message est-ce que ça donne à l’enfant ? À votre avis, qu’est-ce que ça implique vis-à-vis de sa relation aux autres enfants ? Est-ce qu’il peut encore les considérer comme ses amis ? Non, la communion a été brisée, le lien qui était là entre ces amis n’est plus le même.
Ça nous semble peut-être un peu drastique comme manière de faire. Pourtant, nous faisons si souvent pareil. Lorsque l’on évite une personne dans l’Église, qu’on ne mange pas ensemble, quand on est conflit avec quelqu’un ou que l’on ne va pas à une réunion de l’Église parce qu’il y a des personnes que l’on n’aime pas ou qui nous dérangent, ce que l’on est vraiment en train de dire et de communiquer c’est que Christ n’est pas suffisant pour nous unir et que l’on a besoin d’autre chose que de Christ pour être en communion. Lorsque l’on attend qu’une personne soit comme nous, ce qu’on est vraiment en train de dire c’est que ce qui nous unit n’est pas le Christ mais nos propres valeurs, nos passions, nos statuts sociaux, notre argent ou autre chose. En faisant cela, on affirme que le Christ n’est pas l’élément central à notre foi. C’est très grave et c’est pour cela que Paul s’offusque si fortement et reprend Pierre publiquement.
- La justification par nos efforts ou par le Christ ?
Une autre manière dont on peut se détourner de ce message de l’Évangile c’est dans notre façon de vivre notre religion. En affirmant que ce qui était important dans la religion chrétienne, c’était la circoncision et les œuvres de la Loi, les juifs de Jérusalem ont fait une grave erreur. Ils pensaient être forts et justes par leurs propres efforts. Ils pensaient qu’il leur suffisait de faire quelques œuvres pour qu’ils puissent arriver au niveau de Dieu. L’apôtre Paul, lui, regarde les choses en face : l’être humain est tellement corrompu par le mal, qu’il lui est impossible d’être juste grâce à la Loi. C’est simplement être réaliste et lucide quant à nous-mêmes. Parfois on entend des personnes dire qu’elles ne sont pas si mauvaises que ça ou qu’elles n’ont pas besoin de Dieu mais en fait, si elles tenaient réellement en sa présence, leurs excuses tomberaient une à une et elles prendraient conscience de leurs péchés.
J’ai un ami qui me dit souvent que dans notre relation avec Dieu, nous sommes souvent comme des enfants tout fiers d’eux-mêmes qui vont voir leur parents et qui disent, « maman, papa, j’ai fait mes besoins dans le pot, je suis un grand maintenant ! ». Dans ce cas de figure, les parents se réjouissent, non pas parce qu’ils voient que leur enfant est capable de grandes choses, mais parce qu’ils l’aiment et qu’ils le voient grandir. Faire ses besoins dans le pot ou pas, ce n’est pas important parce que les parents aimaient leur enfant avant qu’il ne soit capable de cela.
De la même manière, on se croit souvent très bons et incapables de faire du mal mais lorsque l’on entre en présence du Dieu saint, on ne peut pas avoir le même discours. Lorsque l’on comprend à qui l’on s’adresse, celui qui est sans défaut, qui vit de toute éternité, qui a créé le monde et le temps lui-même ! Comment pouvons-nous faire les fiers ? Si je dois m’accrocher à une seule chose, c’est que je suis aimé de mon Père céleste. Si vous devez retenir une chose, c’est que ce qui fait votre valeur est cet attachement de Dieu pour vous et du vôtre pour lui. On en a parlé le week-end dernier à la Bécède. Lorsqu’il n’y a pas cela, on aura tendance, soit à se dévaloriser soit à s’enorgueillir. Laissez-moi vous dire quelque chose. Jésus est mort et ressuscité pour que nous n’ayons pas à mettre notre valeur dans les choses de ce monde. Ce qui fait notre valeur ce n’est pas notre piété, ce n’est pas notre beauté physique, ce n’est pas notre généalogie, notre argent, notre statut social, notre passé. Parfois on se tracasse tellement avec ces choses mais Dieu nous dit « STOP » ! Ta valeur vient du fait que je t’ai aimé de toute éternité.
- La vie en Christ
En entendant cela, les juifs de Jérusalem ont affirmé que l’apôtre Paul donnait un message trop facile, qui n’engageait à rien et qui nous autorisait à pêcher sans conséquence. On voit, au verset 17 et suivants qu’il essaie de répondre à cette accusation : « Christ serait-il un ministre du péché ? Loin de là ! » Mais pourquoi cela n’encourage-t-il pas à pêcher ? C’est parce que c’est une toute autre mentalité.
Reprenons l’exemple de l’enfant. Si toutes les choses qu’il fait sont faites pour qu’on le regarde et qu’on l’estime et qu’en fin de compte, on ne passe du temps avec lui, que parce qu’il est quelqu’un d’important, qu’est-ce qui va se passer ? Nous allons avoir un enfant qui a peur du rejet, qui est constamment stressé par le regard des autres, qui a besoin d’être constamment validé ou en opposition avec quelqu’un. Plus grand, ça sera quelqu’un qui aura des traits de caractères qui ressembleront à un pervers narcissique. Par contre, lorsqu’un enfant est aimé, conseillé et guidé, qu’il respecte ses parents pour ce qu’ils sont et ce qu’ils ont fait, on aura une personne, une fois plus âgée, pour qui la sagesse est seconde nature et qui va se comporter d’une manière juste et bonne.
Alors, bien sûr… Nous sommes humains et les choses ne se passent pas toujours de cette manière dans nos vies. Mais je crois, que l’on peut garder le principe de base. Lorsque nous chercherons à nous justifier par la Loi, par toutes nos actions, nous ressemblerons à un pervers narcissique qui a constamment besoin de validation et qui déprime lorsqu’il n’en a pas. Par contre, si nous mettons en avant notre attachement à Christ, si ce qui est prioritaire dans notre vie c’est que ce soit Christ qui vive en moi et que je vive ce que, lui veut, alors nous vivrons enfin pleinement notre vocation. Notre vivrons une vie saine, non pas dans une recherche constante d’identité, mais dans la bienveillance du regard de notre Père céleste qui nous aime tant.
1 D. COBB, Galates ou l’Évangile en crise, Paul face aux divisions, MédiasPaul, Paris, 2023, p. 64.




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