Nous allons continuer avec notre série sur Galates. Jusqu’ici, nous avons vu que le message que Paul proclamait était très important. Il ne s’agit pas de quelque chose de subjectif ou de relatif. Il n’y a qu’un seul chemin pour aller au Père et c’est Jésus. Nous avons vu aussi que si ce message de Paul est si important c’est parce qu’il vient de Dieu lui-même. La conversion de Paul en est une preuve flagrante. La semaine dernière, j’avais essayé de résumer un tout petit peu ce qui était en train de se passer dans les Églises de Galatie. J’avais expliqué qu’il y avait un groupe de juifs de Jérusalem qui étaient venus, peu après le départ de Paul, et qui affirmaient que Paul n’était pas un vrai apôtre et qu’il ne donnait pas le même message que les douze apôtres à Jérusalem. Ces juifs disaient probablement qu’ils avaient été envoyés par les apôtres de Jérusalem pour corriger ce que Paul n’avait pas bien fait. Pour contrer ce que ces juifs enseignaient, Paul a déjà expliqué que son message venait de Dieu lui-même et qu’il avait reçu sa vocation d’apôtre, par Dieu lui-même. Mais sont-ce les seules raisons pour lesquelles nous devrions écouter Paul ? Paul, bien qu’il dise ne pas s’être laissé convaincre par ange, mais par Dieu lui-même, aurait pu mentir ou déformer le message que Dieu lui avait donné. Qu’est-ce qui peut nous prouver encore plus que Paul enseigne bien ce qu’il a reçu de la part de Dieu ? Paul va essayer de répondre à ces questions dans ces quelques versets de Galates 2,1-10:
Quatorze ans après, je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabas, ayant aussi pris Tite avec moi; 2 et ce fut d’après une révélation que j’y montai. Je leur exposai l’Évangile que je prêche parmi les païens, je l’exposai en particulier à ceux qui sont les plus considérés, afin de ne pas courir ou avoir couru en vain. 3 Mais Tite, qui était avec moi, et qui était Grec, ne fut pas même contraint de se faire circoncire. 4 Et cela, à cause des faux frères qui s’étaient furtivement introduits et glissés parmi nous, pour épier la liberté que nous avons en Jésus Christ, avec l’intention de nous asservir. 5 Nous ne leur cédâmes pas un instant et nous résistâmes à leurs exigences, afin que la vérité de l’Évangile fût maintenue parmi vous. 6 Ceux qui sont les plus considérés-quels qu’ils aient été jadis, cela ne m’importe pas: Dieu ne fait point acception de personnes, -ceux qui sont les plus considérés ne m’imposèrent rien. 7 Au contraire, voyant que l’Évangile m’avait été confié pour les incirconcis, comme à Pierre pour les circoncis, –8 car celui qui a fait de Pierre l’apôtre des circoncis a aussi fait de moi l’apôtre des païens,- 9 et ayant reconnu la grâce qui m’avait été accordée, Jacques, Céphas et Jean, qui sont regardés comme des colonnes, me donnèrent, à moi et à Barnabas, la main d’association, afin que nous allassions, nous vers les païens, et eux vers les circoncis. 10 Ils nous recommandèrent seulement de nous souvenir des pauvres, ce que j’ai bien eu soin de faire.
- Le message de Paul vis-à-vis des incirconcis et le lien entre Israël et l’Église
C’est vrai, Paul a reçu son message de la part de Dieu. En tout cas, sa conversion extraordinaire le laisse entendre. Mais son message n’est-il pas différent de ce qu’enseignait Jésus et ses disciples ? Jésus avait vécu l’essentiel de son ministère parmi les juifs et Paul vivait énormément son ministère parmi les non-juifs, si bien que certains affirment que Paul est le fondateur d’une autre religion que celle de Jésus. C’est en tout cas ce que semblaient dire les juifs de Galatie. Ces juifs, notamment, expliquaient qu’il fallait se faire circoncire et obéir à toute la Loi de l’Ancien Testament pour devenir chrétien. Maintenant que nous vivons au XXIème siècle, ça peut nous sembler un peu bizarre mais, en fait, c’est très logique. Pour comprendre cela, il nous faut entrer dans le monde juif de l’époque. Dans le livre de la Genèse, Dieu a fait alliance avec Abraham et avec toute sa descendance et tous ceux qui entreront dans le peuple de Dieu. Je vous invite à lire avec moi ce passage de la Genèse : « Dieu dit à Abraham: Toi, tu garderas mon alliance, toi et tes descendants après toi, selon leurs générations. C’est ici mon alliance, que vous garderez entre moi et vous, et ta postérité après toi: tout mâle parmi vous sera circoncis. Vous vous circoncirez; et ce sera un signe d’alliance entre moi et vous. À l’âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis, selon vos générations, qu’il soit né dans la maison, ou qu’il soit acquis à prix d’argent de tout fils d’étranger, sans appartenir à ta race. On devra circoncire celui qui est né dans la maison et celui qui est acquis à prix d’argent; et mon alliance sera dans votre chair une alliance perpétuelle. Un mâle incirconcis, qui n’aura pas été circoncis dans sa chair, sera exterminé du milieu de son peuple: il aura violé mon alliance. » (Gn 17,9-14). Pour ces juifs, c’était évident : si quelqu’un voulait entrer dans le peuple de Dieu, il devait se faire circoncire. Quoi qu’il arrive, personne ne peut changer cette loi et cette alliance perpétuelle que Dieu a faite avec Abraham et sa descendance ! On regardera plus en détail ce que Paul dit pour contrer cette argumentation dans les prochains chapitres. Si vous ne voulez pas manquer cela, il vous faudra venir tous les dimanches au culte ou bien a minima écouter les enregistrements qu’il y a sur le site internet de l’Église pour rattraper ce que vous avez manqué. Ce que l’on peut dire rapidement ici, c’est que pour Paul il n’y avait plus besoin de la circoncision pour faire partie du peuple de Dieu. Il affirmait que la circoncision était donnée pour un temps particulier et qu’il ne convient plus à cette nouvelle période dans laquelle nous sommes, depuis la venue de Jésus.
Je ne sais pas si vous avez déjà entendu parlé des méreaux ? C’étaient des pièces que l’on donnait pour autoriser quelqu’un à participer à la cène. C’était aussi particulièrement employé à l’époque de la guerre des Cévennes pour reconnaître qui était protestant et qui ne l’était pas. Grâce à ces pièces, on pouvait limiter les risques qu’il y ait un catholique infiltré qui appelle les dragons pour capturer tous les protestants. Après la guerre des Cévennes, les protestants ont petit à petit été autorisés à exister en France et les méreaux n’avaient plus d’utilité. On a donc arrêté de les utiliser. Maintenant, imaginez que certaines personnes viennent dans l’Église réformée évangélique de Saint-Christol et nous disent qu’il faut employer les méreaux pour participer à la cène sans quoi nous ne sommes pas de vrais croyants. On commencerait à leur expliquer que les méreaux étaient employés pour un temps spécifique de guerre et que, puisque nous ne sommes plus en guerre, nous n’avons plus besoin de les employer.
C’est un peu la même chose avec la circoncision dans l’Ancien Testament. La circoncision et toutes les ordonnances rituelles de la loi avaient leur raison d’être et étaient bonnes et justifiées mais elles ne s’appliquent pas toutes de la même manière à nous qui croyons dans la période du Nouveau Testament, parce que Jésus fait entrer son peuple dans une nouvelle période. Tout ça peut nous sembler bien abstrait et lointain lorsque l’on y réfléchit. En fait, ça nous aide à mieux comprendre la Bible et à mieux l’apprécier dans sa globalité. Parfois on entend dire (et je caricature un peu) que l’Ancien Testament est pour les juifs, qu’Israël était le premier plan de Dieu qui a échoué et que maintenant Dieu recommence à nouveau avec l’Église. Ce que Paul nous dit et ce qu’il va nous enseigner dans les prochains chapitres, c’est que nous entrons dans la grande histoire du peuple de Dieu et que nous pouvons nous approprier la totalité de la Bible, même si nous ne sommes pas circoncis ou juifs. Jésus donne une nouvelle lumière sur tout ce qui était vécu dans l’Ancien Testament mais il ne situe pas en discontinuité avec celui-ci.
- Le message de Paul est approuvé par les apôtres et se trouve dans la continuité de celui de Jésus
Voilà donc ce qu’enseignait Paul. En regardant cela superficiellement, c’est vrai que ça semble très différent de ce que Jésus enseignait, lui qui voulait enseigner aux brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 15,24). Ce que nous dit Paul, par contre, c’est qu’il n’est pas en désaccord avec l’enseignement des douze apôtres et donc de Jésus. La rencontre qu’il a eu avec Jacques, Pierre et Jean le montre bien. L’attachement de Tite au Christ a fait qu’il n’était pas dans l’obligation de se faire circoncire et même, les apôtres lui ont laissé quartier libre pour continuer à faire ce qu’il faisait et enseigner ce qu’il enseignait. Ils se sont serré la main en guise de communion et de collaboration. Paul va donc continuer à évangéliser les non-juifs puisqu’il a reçu cette vocation d’apôtre des non-juifs de la part de Dieu. En lisant ce passage, on peut penser à plein de situations où Jésus, en fait, a un véritable coeur pour les non-juifs. Il parle avec les centurions, il va dans la Samarie, il va dans la région de Tyr et de Sidon, etc. Lui-même indique qu’il est venu pour accomplir la Loi et met l’accent sur la foi et la repentance. C’est pour cette raison qu’il se trouve souvent avec des prostituées et des non-juifs.
Lorsque j’étais animateur à la colonie de Grizac, cet été, certains enfants venaient en me disant : on nous a autorisé à manger des bonbons et ils partaient tout souriants. Alors, en fonction des enfants, je leur faisais plutôt confiance mais ça me rassurait toujours d’avoir une autre confirmation de la part des moniteurs pour vérifier que c’était bien vrai. C’est un peu la même chose avec Paul. Il était digne de confiance et on pouvait suivre aveuglément ce qu’il disait mais il voyait que c’était important de montrer que ce qu’il enseignait était bien en cohérence avec ce que Jésus enseignait et avec tout le reste de la Bible.
Je pense que ça peut nous aider à faire encore plus confiance au message de la Bible. Ça montre que chaque auteur, même s’il a été inspiré par Dieu, a cherché à être cohérent avec tout ce qui a été dit et vécu auparavant. Paul, notamment, n’a pas cherché à créer quelque chose de nouveau, mais à s’enraciner dans la tradition qu’il avait reçue, tout en lui donnant son vrai sens.
- La place centrale du Christ
Quand on y réfléchit encore plus profondément on voit à quel point ce que disait Paul est incroyable. Au lieu que ce soit le signe de la circoncision, ou les bonnes oeuvres qui font le vrai croyant, Paul nous dit qu’en fait c’est la foi et l’attachement au Christ. La mort et la résurrection du Christ sont tellement grandes que ça impacte toutes les pratiques spirituelles. Puisque c’est Dieu qui est descendu vers nous, nos œuvres ne sont pas nécessaires pour accéder au salut et au paradis.
Pour illustrer cela, Paul donne l’exemple d’une greffe sur un olivier : « Or, si les prémices sont saintes, la masse l’est aussi; et si la racine est sainte, les branches le sont aussi. Mais si quelques-unes des branches ont été retranchées, et si toi, qui étais un olivier sauvage, tu as été greffé à leur place, et rendu participant de la racine et de la graisse de l’olivier, ne te glorifie pas aux dépens de ces branches. Si tu te glorifies, sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la racine qui te porte. Tu diras donc: Les branches ont été retranchées, afin que moi je fusse greffé. Cela est vrai; elles ont été retranchées pour cause d’incrédulité, et toi, tu subsistes par la foi. Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains; car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, il ne t’épargnera pas non plus » (Rm 11,16-21).
Ça implique que nous pouvons aller témoigner de notre foi à tout type de personne. Puisque ce qui compte d’abord est la foi, nous pouvons aller témoigner à des pauvres ou à des riches, à des personnes cultivées ou à des personnes non-cultivées, à des personnes religieuses ou non, à des débauchés ou à des personnes qui semblent à premier abord moralement justes. On peut témoigner à n’importe qui et n’importe qui qui a la foi (et aussi ses enfants) a sa place dans l’Église. Dieu ne fait pas de favoritisme. Bien sûr, il nous appelle à changer, à lutter contre nos péchés et à vivre en nouveauté de vie, mais puisque la foi est centrale, on peut discerner une beauté incroyable dans une personne qui vit plein de situations douloureuses mais qui a un germe de foi. Nous sommes unis, du fait que nous sommes rattachés au Christ. Le dimanche matin, lorsque quelqu’un entre dans le temple de Saint-Christol-lez-alès, il devrait voir cette grande diversité où rien de naturel semblait pouvoir nous unir, nous qui sommes si différents les uns des autres. Nous sommes ensemble parce que Dieu lui-même nous a appelé dans son Église et parce qu’il nous a fait la grâce de nous aimer.




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