Le sabbat chrétien

Bonjour à tous ! Pour cette journée de rentrée, les jeunes ont décidé de partager quelque chose autour du thème du repos et du travail. Du coup, j’ai décidé de les suivre et d’en faire également une réflexion pour la prédication de ce matin. Il y aura quelques éléments qui vont se recouper avec la liturgie puisque j’ai été avec les jeunes pour travailler sur leur liturgie. Alors, de quoi parle-t-on lorsque l’on parle de repos ? Le Larousse donne plusieurs définitions à ce mot : « État de quelqu’un qui est sans inquiétude ni préoccupation, dont rien ne trouble la tranquillité » et « période, jour, pendant lesquels quelqu’un cesse son travail ». La question que j’aimerais donc vous poser ce matin est celle-ci : vous sentez-vous reposés ? Êtes-vous en paix et serein ? Comment vous préparez-vous face aux défis de cette nouvelle année académique ? D’après les statistiques, il y a de fortes choses que nous ne soyons pas très en paix. En France, 21% de la population a recours à des médicaments contre le stress ou la dépression, notamment les femmes et, près d’un sur cinq consultent des psychologues et psychiatres1. Ces chiffres nous montrent clairement que notre pays est plus stressé que jamais et qu’il ne trouve pas solution profonde pour s’en sortir. Mais je crois aussi que l’on peut en déduire que nous avons tous, moi y compris, des périodes de stress où nous n’arrivons pas à nous reposer et à nous détendre. Je crois que si l’on est vraiment honnête et qu’on regarde au plus profond de nous, nous sommes rarement en paix. C’est pour cela qu’aujourd’hui, je vous invite à réfléchir sur ce que dit la Bible à ce sujet, en lisant Deutéronome 5,12-15 et Exode 20,8-11.

« 12 Observe le jour du repos, pour le sanctifier, comme l’Éternel, ton Dieu, te l’a ordonné. 13 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 14 Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton boeuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’étranger qui est dans tes portes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi. 15 Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu: c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a ordonné d’observer le jour du repos. » (Dt 5,12-15)

« Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 10 Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. 11 Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour: c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié. » (Ex 20,8-11).

  1. Dieu nous appelle au repos

Dans ces quelques versets, Dieu nous montre un commandement intéressant. Nous avons souvent tendance à le mettre de côté et à réfléchir tout de suite aux autres commandements. Pourtant, ce quatrième commandement sur le respect du sabbat a beaucoup de choses à nous apprendre et si Dieu l’a mis avec les dix commandements, c’est justement parce qu’il est aussi important que les neuf autres. Alors… qu’est-ce que ça signifie que de respecter le jour du sabbat ? Le mot « sabbat » ou « shabbat », en hébreux, signifie s’arrêter. S’arrêter de toutes nos préoccupations, de toutes nos activités et de toutes pensées, pour se rappeler de l’essentiel et pour mieux repartir. Notre besoin de nous arrêter montre que nous avons des limites. Et que « [n]ous sommes incapables de nous défendre, de nous protéger, de maitriser le monde qui nous entoure. Le sommeil dévoile la réalité. Nous sommes faibles et fragiles. Nous avons besoin d’être guidés et gardés »2. Accepter que Dieu nous demande de nous arrêter c’est accepter le fait que nous sommes finis et que nous ne pouvons pas tout faire. Accepter de s’arrêter, c’est aussi accepter de reconnaître que, ultimement, les choses dépendent de Dieu et pas de nous. Nous ne sommes que des instruments fragiles entre les mains de Dieu et Dieu peut très bien se débrouiller sans nous. Donc quand on dort le soir, quand on prend notre jour de congé pour s’arrêter et pour célébrer Dieu, ensemble, en tant qu’Église, quand même, parfois, on prend une année sabbatique pour se former, témoigner ou enseigner, cela témoigne du fait que nous comptons sur Dieu et pas sur nos propres efforts.

Je ne sais pas si vous avez tenté d’employer une machine sans la laisser se reposer. On peut penser à une imprimante qui imprime pendant plusieurs jours d’affilé. Au bout d’un moment, il y aura probablement un message qui va s’afficher en disant : la machine surchauffe, je dois prendre une pause pendant quelques temps.

Nous sommes un peu pareil. Nous avons besoin de pauses régulières pour mieux faire notre travail. Parfois il nous suffit de respirer un bon coup ou de prier ou de marcher un peu ou de faire une sieste. Parfois, il faut beaucoup plus.

  1. Nous cherchons le repos ailleurs qu’en lui-même

Malheureusement, nous avons bien souvent de la peine à accepter notre finitude. Dans le jardin d’Eden, Satan tente Adam et Ève en leur promettant qu’ils deviendront comme Dieu. Le péché essaie de nous faire croire, que nous sommes puissants et que nous sommes capables de vivre un rythme effréné, que nous pouvons compter sur nos propres efforts et que sommes importants, voire indispensables. Le péché nous installe toutes ces idées dans la tête et nous conduit à ne pas assez s’arrêter. Une théologienne, Tish Warren, l’exprime ainsi : « Au lieu d’aller me coucher, je reste affalée sur le canapé à moitié endormie pour errer sur le Net à regarder des vidéos d’adorables chiots. Ou alors, je ne vais pas au lit tout de suite afin de caser une activité de plus dans ma journée, qui se doit d’être aussi productive que possible. Ces perturbations de mon rythme de sommeil révèlent celles de mon coeur : un amour mal placé, tourné vers les idoles du divertissement et de la productivité. Ainsi, je sacrifie ce sommeil dont j’ai pourtant bien besoin, et donne la priorité au travail ou à la distraction plutôt qu’aux besoins fondamentaux de mon corps et aux personnes de mon entourage, qui risquent davantage d’avoir à subir ma mauvaise humeur après une nuit trop courte. Je me rends compte alors que le divertissement et le travail, qui sont pourtant bons en soi, ont pris l’ascendant sur ma vie. Dans une journée ordinaire et terre à terre, je peux avoir l’impression qu’il est tout aussi ennuyeux de me repentir de mon idolâtrie que de fermer ma boîte mail une heure plus tôt ou de résister à l’envie de cliquer sur un titre accrocheur pour aller me coucher. La vérité, c’est qu’il y a bien plus de chances que je renonce à des heures de sommeil pour me divertir que pour prier. Quand j’allume Netflix [ou la télé] tard le soir, je ne me dis pas consciemment : « je tiens plus à cet épisode [télévisé] qu’à ma famille, ma vie de prière et mon propre corps. » Mais que je le veuille ou non, mes habitudes révèlent et façonnent ce que j’aime et ce qui me tient à coeur. »3

Ne pas réussir à se reposer, c’est aussi avoir de la peine à faire confiance en Dieu pour tout ce que l’on doit faire. Je ne sais pas si vous avez déjà eu des insomnies ou des angoisses avant de vous endormir. Ça m’ait arrivé durant de nombreuses années. Pendant la journée, tout allait bien et juste avant de m’endormir, j’étais frappé par la crainte que je ne pouvais plus rien contrôler consciemment. Je me disais : Qu’est-ce qui se passe si je m’arrête de respirer ? Si quelqu’un m’agresse pendant la nuit ? Mais il y avait aussi toutes mes craintes et angoisses vis-à-vis du jugement de Dieu, des décisions que je devais prendre etc, qui ressortaient tout à coup. Chaque soir était un moment de terreur parce que je ne savais pas ce qui allait se passer pendant la nuit.

Pourtant, lorsque Dieu nous demande de nous arrêter, il nous appelle à lui faire confiance dans chaque domaine de notre vie. Le meilleur moyen de se reposer est donc de faire confiance à Dieu et de le laisser diriger nos vies et nos horaires.

  1. Dieu nous a libéré en Christ et nous promet le repos éternel

Mais la vraie question qu’on doit se poser maintenant c’est : pourquoi se reposer ? Si vous êtes comme moi, on se repose d’abord parce que l’on a besoin de se reposer et parce que c’est Dieu qui nous l’a demandé. En fait, si vous regardez attentivement le commandement du sabbat dans le livre du Deutéronome, on voit que le repos se fait parce que Dieu avait délivré Israël de l’esclavage en Egypte. Le fait que Dieu nous demande de nous reposer c’est pour illustrer une réalité spirituelle profonde : qu’il nous a délivré. Dans l’Ancien Testament, c’était la délivrance de l’esclavage des Égyptiens mais maintenant, c’est la délivrance de l’esclavage de nos péchés. Les chrétiens se sont toujours réunis le dimanche matin pour se rappeler que Jésus est mort pour leur péché le vendredi soir et qu’il est ressuscité le dimanche matin pour nous permettre de vivre en nouveauté de vie. Quand on se réunit ensemble, en tant qu’Église, on le fait pour se rappeler cet évènement si important qui a changé la face de l’univers : la résurrection de Jésus et le fait que nous sommes maintenant libérés et pardonnés de toutes nos fautes.

Nous fêtons les anniversaires pour cette même raison. Un anniversaire, sert à se rappeler de tout ce qui s’est passé jusqu’ici pour pouvoir mieux se projeter dans l’avenir. Alors, bien sûr, parfois on a de bonnes raisons de louper un anniversaire. Ça peut être à cause d’une circonstance exceptionnel ou à cause du travail. Parfois, de la même manière, on ne va pas pouvoir aller à l’Église le dimanche et c’est compréhensible. Mais dites-vous que c’est comme si l’on loupait l’anniversaire de son fils. À chaque fois qu’il y a un évènement qui nous empêche d’y aller, on a intérêt à donner des bonnes excuses et à se rattraper après en donnant un bon cadeau et en passant du temps avec lui. Vous réaliserez aussi qu’un père ne peut pas être constamment absent le jour de l’anniversaire de son fils. Il peut en louper quelques uns mais pas tous. C’est un peu la même chose avec le respect du sabbat. C’est vrai, parfois on peut avoir de bonnes excuses pour le louper ou ne pas se reposer mais il est fondamental d’avoir un autre moment pour se ressourcer avec l’Église et se rappeler de ce que Dieu a fait pour nous.

J’espère que vous voyez maintenant la profondeur de ce commandement de Dieu si merveilleux. Lorsque nous nous réunissons en tant qu’Église le dimanche matin, ça reflète quelque chose d’extraordinaire. Ça montre que nous faisons confiance à Dieu pour toutes les choses que nous devons faire, nous reconnaissons que nous sommes finis et que nous ne pouvons pas tout faire, mais aussi que Dieu nous a délivrés et pardonnés. Le fait de se réunir le dimanche matin est une proclamation forte à tout non-croyant pour qu’il puisse comprendre ce que Dieu a fait pour nous.

1https://www.ipsos.com/fr-fr/le-monde-en-chiffres-la-sante-mentale-des-francais

2T. WARREN, Liturgie de la vie ordinaire, Pratiques sacrées du quotidien, p.142.

3T. WARREN, Liturgie de la vie ordinaire, Pratiques sacrées du quotidien, p.140-141.

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