Depuis quelques temps, l’UNEPREF essaie de réfléchir un peu plus sur la famille et la manière de mieux la vivre. Dernièrement, nous avons eu les « ateliers d’avril » où nous avons parlé du couple et de la relation parents-enfants. Nous avons déjà abordé les relations dans le couple, nous verrons maintenant les relations entre les parents et les enfants. Ces interventions ont été données par Clémence Bury et Serge Regruto.
Introduction
Je me rappelle avoir été très durs avec mes enfants ; j’ai même été violent envers eux parfois ; je leur ai demandé pardon ; mais je dois reconnaître la source de cette violence. Quelles sont les racines de cette violence ? Nous avons souvent de fausses justifications. Par exemple, une personne nous avait dit « il vaut mieux être très sévère que très laxiste ».
Ces excès ne doit pas justifier d’éduquer les enfants sans la force, la sagesse et l’amour versés par le Saint Esprit dans nos cœurs par sa Parole de vérité.
Confondre la notion d’autorité avec celle de domination a pu conduire, pour éviter de tomber dans la violence, à un certain laxisme éducatif dans lequel les parents deviennent des copains et ne sont plus « cadrants » pour leurs enfants. C’est le phénomène dit « des enfants rois ». Cela entraîne, pour ces enfants, des conséquences telles que : des pertes de repères, de l’insécurité, de l’absence de cadre, c’est finalement un retour au chaos… Il s’agit pour les parents d’un désaveu, une désobéissance au commandement de Dieu d’élever, transmettre, instruire, etc. Que deviendront ces enfants ? Cet abandon d’éducation est en réalité aussi une forme de violence ! L’enfant pour Jésus est porteur de promesse « Le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent » mais aussi de responsabilités « Laissez venir à moi les petits enfants ».
Une haute responsabilité est donc confiée aux parents concernant les enfants, et ceci est aussi vrai, dans l’église, pour toute personne qui se voit confier un fils ou une fille « spirituel ».
A) les parents : équipe…
1. Une responsabilité parentale…
En janvier, nous avons vu que la famille est le lieu où l’on apprend en premier lieu à aimer parce qu’on y est aimé. On apprend à s’aimer soi-même, à aimer les autres et à aimer Dieu.
L’amour vécu dans la famille (et d’abord au sein du couple) va permettre de sécuriser l’enfant mais aussi de le responsabiliser et de l’amener à maturité ; une maturité qui soit à la fois physique, émotionnelle et spirituelle. C’est aussi dans ce contexte d’amour que l’on va apprendre à être soumis les uns aux autres. On y apprendra le sens des termes « honorer », « respecter », « obéir » mais aussi « se repentir » et « pardonner ». On y apprendra à exercer l’autorité de manière saine, sans violence mais motivé au contraire par l’amour.
La famille est aussi un lieu de transmission de la foi, lieu de transmission des valeurs, lieu d’exemplarité, lieu de cohérence, lieu de témoignage, lieu d’éducation. Élever, c’est porter plus haut. Cela recouvre à la fois les notions de prendre soin comme aussi de former (sur le plan psychologique, intellectuel, social, spirituel, etc.) et d’éduquer. Éduquer, c’est conduire hors de. Il s’agit de former quelqu’un en développant sa personnalité. Cela renvoie à la discipline et à l’instruction. Instruire, c’est mettre en possession de connaissances nouvelles, former, dispenser un enseignement. Enseigner, c’est transmettre afin que l’autre comprenne et assimile. Transmettre, c’est faire passer quelque chose d’une personne à une autre.
Dans le modèle biblique, en plus de ce qui est valable pour toute famille, la question de foi, de sainteté, de consécration a une valeur capitale. C’est d’abord dans la famille que l’on va acquérir des connaissances sur Dieu et sa Parole ; pas seulement des connaissances intellectuelles (même si elles sont importantes) mais aussi des connaissances expérimentées. Dieu commande aux parents de transmettre, instruire, corriger, conduire, enseigner leurs enfants. C’est une responsabilité importante qu’il convient de réinvestir aujourd’hui, si nous voulons faire la volonté de notre Père qui est dans les cieux.
Concernant les rôles spécifiques du père (amener à l’autonomie) et de la mère (prendre soin), on les trouve même dans les livres de psychologie même si c’est parfois caricatural et réducteur ; nous choisissons aujourd’hui d’axer la discussion sur l’importance de la complémentarité et l’idée d’assumer ces choses en équipe parentale, chacun selon ce qu’il est : une équipe qui dirige, conduit, transmet, reprend, élève, fait grandir, etc. mais sans « irriter » !
2. …à assumer en équipe !
Dieu, avant de penser la famille, a d’abord penser le couple, la relation ; une relation d’alliance, un véritable partenariat de deux personnes semblables et différentes, égales et complémentaires, avec des dons différents mais qui ensemble, vont chercher l’édification commune de ceux dont ils ont la charge : leurs enfants mais aussi leurs parents, leurs frères et sœurs, neveux et nièces, amis etc. C’est ainsi que la famille rayonne et que la grâce déborde !
Dieu a donc donné à l’enfant des parents, non pas un seul mais deux, non pas deux fois le même mais deux qui ne forment qu’un parce qu’ils ont appris à fonctionner ensemble, à s’appuyer l’un sur l’autre, à s’aider mutuellement, à se tirer vers le haut mutuellement, etc.
L’enfant va donc avoir une mère et un père, chacun avec ses spécificités non seulement physiques mais aussi psychologiques, chacun avec sa posture, avec son histoire, avec le fruit de ce qu’il est devenu. Et c’est ensemble que le père et la mère sont appelés à produire du fruit, à créer une parentalité qui leur ressemble parce qu’ils sont uniques, l’équipe qu’ils forment est spécifique. Là non plus, il ne s’agit pas de dire que la mère et le père sont interchangeables, mais bien plutôt qu’ils ont besoin l’un de l’autre pour être ensemble des parents ! Dans le livre des Proverbes, par exemple, nous lisons que les deux parents sont appelés à enseigner, à instruire, à conduire (Pr. 1 : 8 et 6 : 20-23). Pourtant, il est clair qu’ils ne le feront pas de la même façon !
Même si on compare deux mères ensemble, ou deux pères ensemble, ce sera déjà différent car nous sommes divers ! Même si ‘on prend le même père et la même mère mais qu’on compare leur parentalité en fonction du premier ou du deuxième (ou plus !) enfant, là aussi on observera des différences ! Nous sommes des êtres en perpétuel mouvement ! Et pourtant, les scientifiques ont observé qu’un nourrisson pourrait reconnaître son père ou sa mère (ou même un homme ou une femme qui ne soient pas ses parents) rien qu’à la façon dont l’un ou l’autre le porte !
Chacun a besoin d’apporter qui il est en Christ, ses dons, sa soumission mutuelle, son respect mutuel, son amour mutuel, sa confiance dans les capacités de son vis-à-vis, etc. Cette équipe doit conduire ses enfants dans l’amour et la crainte du Seigneur, transmettre sa foi, permettre l’apprentissage d’une vie de prière par l’exemple, car nous parlons bien d’une famille chrétienne.
Cela implique que les parents sont conscients de la responsabilité qui est la leur d’être d’abord les enfants du Père, de devoir eux-aussi grandir dans la dépendance à Christ vers la maturité spirituelle, d’être eux-mêmes disciples afin de faire des disciples dans leur propre maison ! « Moi et ma maison, nous servirons l’Eternel » Josué 24 : 15.
B) les enfants, leur rôle et leur responsabilité : honorer, obéir, recevoir, porter du fruit…
Soumettez-vous les uns les autres dans la crainte de Christ (Ep 5,21)
C’est une soumission à l’autorité établie par Dieu. C’est en se soumettant à la vocation des parents qui nous enseignent que nous recevons la Parole de Dieu : c’est ainsi que nous recevons le Saint-Esprit : en recevant la Parole de Dieu par la foi, c’est-à-dire en nous soumettant à la parole annoncée à travers eux (cela n’empêche pas de vérifier comme les chrétiens de Bérée dans Actes 17 v 10-11 et retenir ce qui est bon 1 Thess 5 v 21). Le témoignage d’une dame de notre Église le montre bien:
« Voici un exemple que ma mère m’a raconté maintes fois lorsque j’étais petite :
En m’attendant, ma mère a dû rester alitée pendant de longues semaines. Je suis née 6 ans et demi après ma sœur et j’étais une surprise pour mes parents. En me racontant cette histoire, ma mère aurait pu insister sur le fait que c’était un temps difficile avec déjà trois enfants à la maison et le fait de n’être pas bien si longtemps sans pouvoir se lever. Mes parents ont choisi de croire que j’étais un cadeau envoyé de Dieu et qu’il y avait une belle raison pour moi d’exister. Combien de fois l’ai-je entendu me dire : Dieu t’a envoyée dans notre famille, il a voulu que tu sois là, ce n’est pas pour rien que tu existes, il a des projets pour toi. Cette histoire m’a marquée dès mon jeune âge, j’ai toujours eu la conviction que Dieu m’appelait à le servir.«
1. Rôle des enfants
Honorer : c’est donner du poids aux liens d’alliance avec ses parents : c’est un commandement assorti d’une promesse. En honorant, nous recevons : c’est la transmission de la vie. Par cela même, nous portons du fruit. Un enfant est appelé à mûrir, à grandir, à devenir adulte. Et, à bien des égards, nous sommes tous dans la posture de l’enfant : des écoutants, des apprenants, des obéissants. Et s’il nous arrive de l’oublier, il nous faudra “repasser par la case enfant”, si nous voulons reprendre notre marche vers la maturité.
Enfants, c’est votre devoir devant le Seigneur d’obéir à vos parents, car cela est juste. 2 « Honore ton père et ta mère » est le premier commandement suivi d’une promesse : 3 « afin que tu sois heureux et que tu jouisses d’une longue vie sur la terre. » 4 Et vous, pères, n’allez pas irriter vos enfants par votre attitude. Mais élevez-les en leur donnant une éducation et une discipline inspirées par le Seigneur. (Éph 6.1-4)
Obéir : La première chose à apprendre est d’obéir. Jésus a appris l’obéissance dès son enfance et aussi pendant toute sa vie de souffrance. Jésus (âgé de 12 ans) descendit avec ses parents pour aller à Nazareth, et il leur était soumis. (…) Il croissait en sagesse, en stature et en grâce devant Dieu et devant les hommes (Lc 2.51-52). Pour l’enfant (comme pour le disciple), l’humilité est une des conditions de la croissance1.
2. Rôle des parents
Ne prenons pas les enfants pour des adultes, mais ne les infantilisons pas ! Un enfant peut connaître la régénération de son cœur et de son intelligence par l’action du Saint-Esprit. Il n’est pas seulement “un élève qui écoute”. Cela concerne déjà les très jeunes enfants : souvenons-nous du tressaillement de Jean-Baptiste dans le sein de sa mère, lors de la visite de Marie (Lc 1.44).
Il faut également se laisser équiper pour le combat. Très tôt un enfant effectue des choix : s’ouvrir ou se fermer, obéir ou se rebeller, mentir ou être sincère, être séduit par le mal (par le Malin) ou lui résister. Ne remettons pas à plus tard de lui parler de cela, de l’équiper, de lui montrer l’importance de se positionner. Mettons les enfants en contact avec la vérité de Dieu. En effet, Nous ne le cacherons pas à nos enfants, afin qu’ils mettent en Dieu leur confiance (Ps 78.5-8).
Il nous faut également savoir combattre le bon combat selon la position spirituelle donnée par le Seigneur (combat par l’Esprit dans un esprit de prière et de dépendance au Seigneur)
Or, à celui qui, par la puissance qui agit en nous, peut faire infiniment au–delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui la gloire dans l’Église et en Christ–Jésus, dans toutes les générations, aux siècles des siècles. Amen. (Éph 3.13)
L’éducation et la transmission aux enfants passe par accueillir par la foi cette puissance de Dieu. L’éducation et la transmission passe par une démonstration de puissance, par un modèle vécu en marchant par l’Esprit du Christ. Toute l’éducation de l’enfant doit se faire selon le Seigneur : c’est-à-dire par le Seigneur et pour Lui.
Et si l’éducation reçue n’est pas selon le Seigneur mais selon une mauvaise orientation ?
Dans ces conditions, comment obéir à ses parents et être éduqué selon le Seigneur ?
3. Ne pas oublier l’apprentissage mutuel
Il est vrai que les parents enseignent les enfants mais il est aussi vrai que les enfants peuvent tout à fait nous apprendre certaines choses, notamment à nous émerveiller. Dernièrement, j’ai entendu un enfant dire: « C’est Dieu qui a planté cette fleur ici ? ». En tant qu’adultes, nous passons bien souvent rapidement devant des réalités qui sont aussi grandes et aussi importante que celle-ci. N’hésitons pas à écouter les enfants.
Conclusion
Le fait même qu’il y aie égalité de valeur et, en même temps, des différences de position, de rôle, créer des tensions. Pour que ces tensions soient fécondes, il n’y a qu’en étant conduit par l’Esprit Saint, l’Esprit du Christ, que l’articulation et l’interdépendance peut se vivre.
Si chacun est bien positionné par l’Esprit Saint alors les choses avancent et s’ouvrent. Les parents ensemble donnent la direction ; les parents ensemble donnent l’énergie à cette direction et tous, parents et enfants, sont serviteurs, soutiennent cette direction en soulageant chacun dans les divers besoins qui se présentent.
Laissons faire l’Esprit du Christ !
25Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie la femme de Clopas et Marie de Magdala. 26Jésus vit sa mère et, près d’elle, le disciple qu’il aimait. Il dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » 27Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès ce moment-là, le disciple la prit chez lui.
Marie et Jean doivent accepter d’obéir à la parole de Christ, jour après jour, aussi longtemps qu’ils vivront. Ils connaîtront des moments de lutte, mais ils resteront ensemble comme un fils qui prend soin de sa mère et une mère qui se laisse aimer par son fils.
Il en est de même pour nous : notre vocation est donnée par Christ du haut de la croix ; il nous donne de vivre nos relations familiales selon sa Parole, son autorité et sa grâce. Renouvelés en Christ, nous pouvons vivre des tensions contradictoires dans l’espérance. La lutte est toujours présente, et le péché demeure en nous. Mais Dieu se sert de nos problèmes pour nous garder patients, humbles, fidèles. Dans la famille, grâce au Saint-Esprit, le péché peut être traité dans la lumière (vérité) avec compassion (pour le pécheur), et l’amour peut être vécu de façon concrète entre époux et épouse, entre frères et sœurs, mères et fils, pères et enfants. Du haut de la croix, Jésus manifeste sa seigneurie sur les siens.
La famille tient son identité de la parole de Christ
1 Il ne faut pas que l’ancien soit un nouveau converti, de peur que… (1 Tm 3.6). Vous qui êtes jeunes, soyez soumis aux anciens (1 Pi 5.5). L’humilité précède la gloire (Pr 15.33).




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