Depuis quelques temps, l’UNEPREF essaie de réfléchir un peu plus sur la famille et la manière de mieux la vivre. Dernièrement, nous avons eu les « ateliers d’avril » où nous avons parlé du couple et de la relation parents-enfants. Ici, nous verrons d’abord les relations dans le couple. Dans un prochain article nous verrons les relations parents-enfants. Ces interventions ont été données par Clémence Bury et Serge Regruto.
Introduction
Depuis 2 ans, le plan d’engagement de la coordination édification voté en synode concernant la place et le rôle des anciens et des diacres nous a permis de redécouvrir l’importance des dons spirituels et de nous mettre à l’écoute de Dieu qui équipe Son église comme Il l’entend, même si parfois cela nous surprend sur notre propre positionnement ou celui de notre voisin ! De la même façon, la réalité des dons spirituels permet d’aborder la question de la famille et du rôle de chacun d’une manière plus apaisée mais néanmoins biblique ! Cela permet une approche qui n’est plus uniquement centrée sur les notions de soumission et d’autorité, même si elles gardent une importance non négligeable. Ces notions elles-mêmes doivent être revisitées, creusées pour chercher à les comprendre en Christ et à les vivre par l’Esprit.
La difficulté d’aborder ces questions vient du fait qu’on aie un problème avec les notions d’autorité et de soumission. Ces notions ont été mal enseignées, mal vécues, mal perçues. Autorité ne veut pas dire domination, soumission ne veut pas dire obéissance. Rappel que l’étymologie d’« autorité », c’est « augmenter », viser la maturité chez l’autre…
L’autorité que Dieu nous délègue, c’est une autorité de service, c’est l’autorité de Christ « qui n’a pas considéré comme une proie à arracher de se faire l’égal de Dieu mais qui s’est humilié, devenant obéissant jusqu’à la mort de la croix ». C’est l’autorité du Roi-Serviteur, une autorité pleine d’amour et d’humilité, de compassion et de recherche du bien de l’autre (cf. 1 Co. 13). Cette sorte d’autorité là, que ce soit dans la famille ou dans l’Église, ne peut se vivre que par l’Esprit. Ce n’est pas parce que l’Histoire ou l’Église en ont souvent mal parlé, que les hommes en ont souvent été des contre-exemples, que cela doit cesser (tout simplement) d’exister ! Dieu n’a pas changé, ses préceptes non plus et la difficulté pour nous est de parvenir à les entendre tout à nouveau par l’Esprit, en nous débarrassant de la chair et en faisant preuve d’humilité face à des notions qui ne nous laissent pas indifférents ; soit parce que nous voudrions imposer notre compréhension par la force, soit parce que nous voulons nous en débarrasser par la force !
Ceci étant dit, il nous revient de reconnaître les abus qui découlent de ces mauvaises compréhensions : abus du patriarcat et abus du féminisme…
I. Homme et femme : époux et épouse
1) Les abus de notre société
Éphésiens 2 : « Nous étions par nature des enfants de colère » (la colère de Dieu était sur nous à cause de notre rébellion). Lorsque nous ne marchons pas l’Esprit du Christ, notre chair et les ennemis de notre âme nous attirent dans une sorte de triangle des Bermudes : le triangle dramatique de la nature humaine laissée à ses propres forces et ses propres penchants.
Les possibles abus du patriarcat (sauveur-tyrannie) :
a. La pratique écrasante et étouffante
J’ai assisté plusieurs fois dans des foyers chrétiens, à une domination de l’homme vis-à-vis de son épouse, qui ne la laisse pas prier, ni participer à une décision spirituelle ; en tout cas aucun encouragement à prier ou à parler de la Bible. Comme si la femme ne pouvait pas avoir de don du Saint Esprit pour cela. Comme si c’était à l’homme d’être l’unique directeur spirituel de la maison.
b. La force et la violence
Il y a (également) parfois les abus de l’autorité et de la force. J’ai déjà entendu cette menace venant d’un époux à son épouse : « Je t’ai prise dans le ruisseau (position sauveur) ; si tu continues tu vas y retourner (position tyran) ». J’ai parfois dû aller dans une maison où la violence était presque quotidienne « L’épouse criait après son mari ; et lui la frappait dès qu’elle criait car cela lui rappelait son père qui criait après lui. ».
J’ai lu un témoignage concernant des chrétiens engagés dans une Église ; à la maison ils se frappaient tellement qu’il y avait des trous dans les murs, de la vaisselle cassée, des coups et blessures de part et d’autre. Les hommes, comme tous les humains ont tendance à vouloir résoudre les problèmes avec leurs propres moyens et pour les hommes c’est souvent la force physique. Les hommes ont très souvent du mal à reconnaître leur faiblesse car ils ont comme une petite voix qui murmure à leurs oreilles : « Sois fort ». Et en utilisant la force pour forcer leur femme à être soumise, les hommes ont bien souvent écrasé leur épouse. Plusieurs ont étouffé la vocation de leur épouse, en leur laissant le rôle de celle qui doit leur obéir alors que ce verbe n’est pas utilisé dans la lettre aux Éphésiens pour ce qui concerne l’épouse. Ce verbe est utilisé pour les enfants.
Tous ces abus génèrent beaucoup de souffrance et d’irritabilité au point où nous ne pouvons plus entendre le verbe « être soumis ». Pourtant ce verbe associé à « être rempli de l’Esprit » Eph 5.18-21 est porteur d’espérance et de bons fruits.
A suivre …
Abus de la position féministe
Écraser, étouffer et contraindre, ce sont des attitudes qui entraînent pour celui ou celle qui les subit un désir de vengeance, un retour de balancier, une volonté de promouvoir non seulement l’égalité mais parfois même la supériorité. Et voilà comment on se retrouve avec l’opposé de ce qu’on espérait ! Le féminisme poussé à l’extrême tente d’annihiler les différences créationnelles (intrinsèques) qui existent entre homme et femme, certes ces différences ne se situent pas sur le terrain de la valeur mais quand même, nous ne sommes pas interchangeables ! Un homme n’est pas une femme, une femme n’est pas un homme, contrairement à ce que l’on tente de nous faire croire aujourd’hui (voilà pourquoi parfois un raccourci hasardeux et malencontreux est établi dès lors qu’on parle d’égalité, comme si ce faisant, on promouvait l’homosexualité et le lobby transgenre !). Vous voyez comme les positions peuvent parfois être caricaturales et caricaturées, d’un côté comme de l’autre !
Il n’empêche que tout aplatir sur la même ligne, c’est faire atteinte à la façon dont Dieu crée, Lui qui aime la diversité et l’abondance, Lui qui met de l’ordre dans le chaos indifférencié. Et je précise ici qu’ordre ne signifie pas nécessairement hiérarchie, mais plutôt harmonie et paix.
2) Vivre bibliquement le couple
A) Notre identité en Christ
La source du débordement de la grâce vient de l’alliance de vie qui se trouve en Christ ; dans la famille cela passe en premier par le couple. Veillons sur notre cœur, sur nos paroles et sur notre relation avec notre conjoint car là se trouve les sources de la vie de la famille (Cf. 1 Pi 3.7).
D’ailleurs, la lettre aux Éphésiens reprend le fondement de cette alliance :
a) Notre identité en Christ
Éphésiens 2 v 22: En lui, vous aussi, vous êtes édifiés ensemble pour être une habitation de Dieu en Esprit.
Nous (hommes, femmes, enfants) sommes le temple de Dieu.
Éphésiens 3 v 1 à 13: C’est pourquoi, je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute famille dans les cieux et sur la terre tire son nom
Notre identité ne vient pas de que nous faisons, ni de notre rôle dans une famille ; non ! notre identité vient de notre Père céleste qui donne un nom et une identité à la famille. Donc le fondement de notre identité c’est bien Dieu, le Père.
Paul encourage les Éphésiens parce qu’ils avaient tendance à se dévaloriser. Mais Paul leur a fait comprendre qu’ils sont pleinement intégrés, qu’ils ne sont pas inférieurs ou pauvres, que tous les croyants ont reçu l’Esprit car nous avons tous été intégrés dans la famille de Christ ; nous sommes donc tous co-héritiers avec Christ.
b) La croissance en Christ
Plus nous faisons l’expérience de cette force intérieure qui nous dépasse, plus nous goûtons à l’amour sans limites de Christ, plus nous avançons vers la maturité ensemble.
Éphésiens 4: A chacun de nous la grâce a été donnée à la mesure du don de Christ.
Nous sommes tous des serviteurs et des servantes de Dieu. Pour le servir, Dieu a fait des dons aux chrétiens, hommes, femmes et enfants :
- Chacun a reçu au moins un don spirituel pour servir Christ dans sa famille.
- Christ a donné des ministères au sein de la famille pour équiper et encourager chacun à servir.
Il faut d’abord rappeler que le mot ministère signifie exactement service. À ce titre, il concerne tous les chrétiens, hommes et femmes.
Cette articulation de la vocation forte de chacun, avec les dons spirituels, avec les ministères, implique la soumission mutuelle dans la crainte de Christ (Eph 5.21). La soumission au Saint Esprit implique la soumission à la vocation de l’autre.
Sans cette soumission à l’Esprit Saint et donc cette soumission mutuelle, il n’y a pas de victoire, pas de (spectacle à) démonstration de la gloire de Dieu.
Lorsque nous manquons de modèles, nous perdons du terrain et les choses deviennent floues, théoriques et incohérentes.
c) Une famille unie : besoin de modèle
Éphésiens 5.18-21 nous donne une comparaison du mariage avec notre relation à Christ, notre époux. Cela nous pousse et nous élève à l’amour allianciel et sacrificiel du Christ pour son épouse, l’Église. C’est l’œuvre du Saint-Esprit en nous, qui nous fait avancer dans la ressemblance avec le Seigneur. La restauration passera par la soumission mutuelle dans la crainte de Christ. Ainsi l’autorité du Christ permet une grande liberté et une bonne croissance en Christ.
d) L’alliance de vie
Ensemble, dans l’interdépendance, Dieu nous appelle à cette haute vocation.
Éphésiens 5.31: C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair.
Dieu fait alliance avec l’homme et la femme en leur confiant la terre. Ensemble, ils doivent vivre cette réalité: Quitter, s’attacher et devenir ensemble une seule chair : une alliance de vie !
Quitter : En me mariant, je n’avais aucune idée de l’énormité des liens que j’avais encore avec ma famille, avec mon père, ma mère, ma sœur : ce sont des liens profonds, qui constituent ma mentalité, ma culture, mes traditions de pensées, des liens parfois avec les ténèbres … avec un contrôle autre que celui du Seigneur… J’ai dû apprendre à les abandonner à Dieu… Que signifie quitter pour vous? Pierre nous exhorte à remettre toutes choses à Dieu : « Remettez à Dieu ce qui vous tient le plus à cœur et faites-lui confiance pour porter ces choses ! » (1 Pi 5:7).
S’attacher : Ici, s’attacher signifie « faire confiance » (batach = s’accrocher ou adhérer à quelque chose ou s’attacher à quelqu’un). Vous n’êtes sur le chemin de Jésus que lorsque vous devez vous accrocher à Jésus tout au long du chemin. Un attachement sain guérit des dépendances nocives.
Devenir des adorateurs de Dieu : Ce passage d’Éphésiens est une citation du second récit de la Création (Gn 2 v 24) : pour être le vis-à-vis de l’homme, la femme doit être semblable à lui (v. 18), être sa pareille, de manière à lui correspondre – si bien que les deux pourront devenir une seule chair (v. 24). Ce devenir « un » dit l’égalité d’une manière qui ne suppose aucune atténuation. Ce n’est pas une fusion, mais une union dans une alliance de vie ; devenir un couple qui produit la vie car il tient sa source du Dieu de l’alliance de vie.
B) La complémentarité : racines et débordement, rôle du père et de la mère ;
1. Vis-à-vis
Si l’égalité entre hommes et femmes est aujourd’hui indéniable, je crois qu’une autre notion l’est tout autant : il s’agit de la complémentarité. Un mot magnifique pour exprimer toute la sagesse du Créateur qui a fait de nous des êtres de relation, des êtres qui ont besoin d’altérité, un autre qui soit à la fois semblable et différent. C’est ce qui est exprimé dans le cri de joie d’Adam en Genèse 2 : 23 : « Os de mes os, chair de ma chair », on pourrait dire « un autre moi-même » ou encore « moi au féminin », sous-entendu par le « a », marque du féminin, accolé au mot par lequel Adam se définit (en hébreu ish : homme, isha : femme)… C’est aussi l’idée du « vis-à-vis », quelqu’un qui est « en face de moi », qui parfois est « avec moi » ou « pour moi », mais parfois aussi « contre moi » !
« Genèse 2 souligne la force d’une partenaire égale à l’homme, le « sauvant » de sa solitude. Elle est sa contrepartie : une compagne et une amie qui le complète dans l’exercice de domination sur la terre. Elle l’accomplit et ainsi tous deux peuvent être féconds et prendre soin de la terre. »
L’homme et la femme, créés tous les deux à l’image de Dieu, ont reçu, en Genèse 1, la même responsabilité de prendre soin de la terre ainsi que de ceux et celles que Dieu allait leur confier. Ils sont appelés à le faire dans un partenariat où ni l’un ni l’autre n’est placé au-dessus, mais où ils travaillent ensemble, côte à côte, où chacun peut apprendre de l’autre justement parce que cet autre est différent. L’être humain homme ou femme a besoin d’être complété par l’altérité. L’homme est aussi un vis-à-vis pour la femme. La femme aussi est concernée par la solitude et le besoin d’un vis-à-vis. Ressemblance et différence. Besoin de quelqu’un avec qui dialoguer. Besoin d’une personne en face de laquelle on peut se tenir. Besoin de quelqu’un qui m’équilibre.
Lorsqu’un homme et une femme sortent des rapports de pouvoir et de domination qui marquent notre monde, et qu’ils entrent dans cette relation de partenariat, ils réintègrent en réalité le dessein originel de Dieu pour chaque couple humain. Être vis-à-vis l’un pour l’autre c’est une des plus belles choses qui existent dans une relation, pas seulement dans le couple, mais dans toute expérience relationnelle que nous pouvons avoir en tant qu’être humain. Mais c’est aussi exigeant. Il s’agit d’apprendre à connaître ses compétences et celles de son conjoint, et les limites de ces compétences pour chacun. En l’autre, en apprenant à vivre ensemble et à le connaître, je découvre aussi une partie de qui je suis.
2. Soumission mutuelle
Dans Éphésiens 4 : 7-11, la communauté reçoit des dons sous formes d’êtres humains appelés à des ministères pour l’édification commune. Il en va un peu de même dans le couple puisque chacun est un don pour l’autre. Il y a une reconnaissance mutuelle de l’autre comme correspondant à soi en même temps que différent, quelqu’un de complémentaire qui, par ses dons autres que les miens, va compléter ce qui me manque et inversement.
« La complémentarité entre l’homme et la femme existe lorsqu’ils reconnaissent la grande diversité des dons qui leur ont été offerts, dans l’assurance que chacun a besoin des dons spirituels de l’autre. »
« La seule vocation commune à tous ceux qui vivent à la suite de Jésus est celle d’être disciple. Cette vocation partagée par l’homme et la femme est celle de grandir ensemble en Christ.
- L’homme et la femme ne sont pas appelés à devenir de plus en plus différents l’un de l’autre en devenant de plus en plus « protecteur » d’un côté ou « aide » de l’autre.
- Ils ne sont pas non plus appelés à se ressembler, mais à ressembler de plus en plus à Christ. En s’approchant de Jésus, ils se laissent imprégner par la plénitude des qualités incarnées en lui, et en particulier celles de l’amour et du service.
Comme toute autorité en Christ, il s’agit d’une autorité de service et jamais de domination. Jésus a en effet interdit toute forme d’autorité de domination dans son Royaume (Matthieu 20:25-28), mais il a défini l’autorité comme le privilège de servir les autres par amour (Jean 13:13-15). L’autorité voulue et vécue par Jésus-Christ est uniquement celle qui est au service de l’autre. »
« En Éphésiens 5 : 21-22, la soumission de l’épouse est une facette de la soumission mutuelle, chacun renonçant à lui-même dans l’amour. Paul exhorte et les épouses et les maris à s’appuyer l’un sur l’autre et à s’encourager l’un l’autre. Christ est le modèle de tous les croyants, des épouses comme des maris (5.2). »
« L’homme est invité à faire le pas de l’abaissement, comme Christ, pour se faire serviteur, et l’épouse celui de la soumission responsable. Le « mystère » de la relation Christ-Église invite ainsi à la soumission mutuelle où chacun prend la place du serviteur en élevant l’autre. »
Nous avons donc : « soumission et respect de l’épouse envers son mari ; sacrifice et amour de l’époux envers sa femme », cela signifie qu’hommes et femmes sont invités, dans la vie conjugale, à considérer les besoins et désirs de l’autre en premier et les siens en second seulement.
Le mariage chrétien, cela commence avec deux personnes transformées par Christ et prêtes à se laisser encore transformer. L’homme comme la femme sont avant tout disciples de Christ.
Dans Éphésiens 5 l’apôtre Paul dresse un parallèle entre la relation conjugale et la relation de Christ et l’Église. Paul appelle la femme à la soumission, mais il n’appelle pas l’homme à la domination. Il l’appelle à l’amour…
C’est certain : l’homme doit assumer ses responsabilités dans son foyer, prendre des initiatives pour le bien de la famille, utiliser ses forces au service de celle-ci, valoriser son épouse. Mais cela n’est-il pas vrai de la femme ?
Oui, la femme doit respecter son mari dans l’exercice de ses compétences, le soutenir dans ses défis, être attentive à ce qu’il dit, veiller au bien de chacun dans le foyer… Mais il en va de même pour l’homme.
Paul appelle tous les chrétiens à la soumission mutuelle et à la complémentarité intelligente qui contribue à laisser émerger ce qu’il y a de meilleur en chacun, en fonctions des dons de l’Esprit.
Chacun reste qui il est, un homme ou une femme, mais il est appelé à donner le meilleur de lui(elle)-même, dans la recherche du bien de l’autre et de la gloire de Dieu.
Egalité sans confusion, complémentarité sans domination ni subordination. Semblables mais non interchangeables, différents mais sans hiérarchie.




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