Cet article est une prédication qui est donnée à l’occasion des formations de l’UNEPREF lors des dons spirituels. Il se situe en continuité avec ce que j’avais dit dans mon article À la recherche de la paix.
Bonjour à tous, c’est un plaisir d’être parmi vous ce matin ! Pour ceux que je n’ai pas encore rencontré ce week-end, je m’appelle Lucas Cobb, je suis étudiant en dernière année de master à la faculté Jean Calvin et je suis également stagiaire à l’Église réformée évangélique de Berre-l’Étang. Ce week-end, avec le pasteur Serge Regruto, nous avons été invités pour parler des dons spirituels et comme nous l’avons déjà souligné, quelque chose qui nous frappe beaucoup est que, lorsque l’on parle des dons spirituels, on finit toujours par parler d’autre chose, et notamment de ce qu’est l’Église. La question des dons spirituels est indissociable de notre vision de l’Église. C’est pour cela que j’aimerais qu’on s’arrête ce matin sur la manière dont la Bible décrit de l’Église et j’aimerais qu’on commence par imaginer ce à quoi ressemblerait l’Église parfaite à vos yeux ! À quoi devrait ressembler l’Église selon vous ? Peut-être que vous imaginez qu’il devrait y avoir plus de musiciens et de chanteurs, des chants plus anciens ou plus modernes, plus de repas d’Église, plus de volleyball (j’ai cru comprendre que vous aimiez beaucoup le volleyball à la grand-combe), etc. Pour réfléchir à comment la Bible décrit l’Église, je vous invite à lire avec dans l’épitre aux Éphésiens 4,1-16
Je vous exhorte donc, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de la vocation qui vous a été adressée, 2 en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant les uns les autres avec charité, 3 vous efforçant de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix. 4 Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation; 5 il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, 6 un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous. 7 Mais à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ. 8 C’est pourquoi il est dit: Étant monté en haut, il a emmené des captifs, Et il a fait des dons aux hommes. 9 Or, que signifie: Il est monté, sinon qu’il est aussi descendu dans les régions inférieures de la terre? 10 Celui qui est descendu, c’est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toutes choses. 11 Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, 12 pour le perfectionnement des saints en vue de l’oeuvre du ministère et de l’édification du corps de Christ, 13 jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ, 14 afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction, 15 mais que, professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous égards en celui qui est le chef, Christ. 16 C’est de lui, et grâce à tous les liens de son assistance, que tout le corps, bien coordonné et formant un solide assemblage, tire son accroissement selon la force qui convient à chacune de ses parties, et s’édifie lui-même dans la charité.
I. La vie communautaire : la vision
Alors, à quoi devrait ressembler l’Église ? C’est un débat qui a fait couler beaucoup d’encre et qui va continuer à en faire couler parce que nous avons souvent des préférences personnelles que nous cherchons à imposer aux autres. C’est capital de ne pas réduire l’Église à nos préférences personnelles. Le théologien allemand Dietrich Bonhoeffer disait que « Celui qui aime son rêve de communauté plus que la communauté chrétienne elle-même devient un destructeur de cette dernière, même si ses intentions personnelles sont toujours aussi honnêtes, sincères et sacrificielles. »1 Lorsque l’on réfléchit à cela, il est important de ne pas perdre de vue ce qui fait l’essence-même de l’Église. Souvent, on réfléchit à l’Église comme étant une association ou un club auquel les personnes du même type se retrouvent pour passer du bon temps ensemble. En fait, l’Église c’est une communauté, un peuple qui est uni, non parce que ses membres ont une passion commune ou un intérêt commun mais parce qu’ils ont été choisis par Christ pour faire partie d’une même famille, pour être pardonnés et sauvés. L’Église c’est un peuple qui a décidé d’abandonner le péché et de se soumettre ensemble au Christ qui est leur roi, leur tête. Ce n’est pas pour rien que Paul parle de Jésus comme étant la tête/chef du corps (v. 16), c’est de lui que viennent tous les ordres pour que le corps soit bien coordonné. Mais ça implique que l’on est rattaché ensemble par des liens qui sont plus grands que nos simples sentiments, pas par ce qui est naturel mais par ce qui est spirituel. Regardez le verset 3, nous sommes unis par l’Esprit-Saint (et c’est une réalité qui est déjà donnée mais qui doit se vivre). Ce qui nous unis c’est que nous avons un même roi que nous voulons aimer et obéir. Sans comprendre cela, nous ne pouvons pas saisir ce qu’est l’Église. Dietrich Bonhoeffer distinguait d’ailleurs très fortement les communautés spirituelles et les communautés qu’il appelle humaines ou psychiques, parce qu’elles sont basées sur des capacités humaines. Voilà ce qu’il disait :
Dans le domaine spirituel, c’est l’Esprit qui gouverne ; dans la communauté humaine, ce sont les techniques et les méthodes psychologiques. Dans le premier cas, une vie d’aide naïve, non psychologique, non méthodologique, est tendue vers le frère ; dans le second, l’analyse et la construction psychologiques ; dans l’un, le service du frère est simple et humble ; dans l’autre, le service consiste à analyser l’étranger avec minutie, en le calculant.2
Dans la communauté qui puise ses forces en ses propres capacités, le lien entre les uns et les autres va être un amour malsain, un attachement possessif à l’autre. Alors que dans une communauté spirituelle, le lien entre les uns et les autres va être le Christ : au lieu de s’attacher à un idéal de communauté, on va s’attacher à ce qui est meilleur pour les autres.
Vous avez sans doute déjà dû aider un ami à prendre une décision qui allait être difficile pour vous mais qui était pour son bien. Lorsque qu’un de mes amis a commencé à fréquenter pour la première fois, je me rappelle très bien que je le soutenais parce que c’était une fille engagée dans la foi qui allait le faire grandir. Mais je me rappelle que ça m’a coûté parce que j’ai dû me détacher de mon amour possessif pour mon ami et j’ai dû accroître mon amour pour Jésus en le l’encourageant à passer du temps avec cette fille, parce que je savais qu’il allait plus grandir spirituellement en passant du temps avec elle que de passer du temps avec moi. Dans l’Église, ça devrait être pareil, notre amour devrait d’abord passer par le Christ. Bonhoeffer continue en disant :
Parce que le Christ se tient entre moi et les autres, je n’ose pas désirer une communion directe avec eux. De même que seul le Christ peut me parler de manière à ce que je sois sauvé, de même les autres ne peuvent être sauvés que par le Christ lui-même. Cela signifie que je dois libérer l’autre personne de toute tentative de ma part de la réglementer, de la contraindre et de la dominer par mon amour. L’autre a besoin de conserver son indépendance par rapport à moi ; d’être aimé pour ce qu’il est, celui pour qui le Christ s’est fait homme, est mort et ressuscité, pour qui le Christ a acheté le pardon des péchés et la vie éternelle. Parce que le Christ a depuis longtemps agi de manière décisive pour mon frère, avant que je puisse commencer à agir, je dois lui laisser sa liberté d’être au Christ ; je ne dois rencontrer les autres que par la médiation du Christ. C’est le sens de la proposition selon laquelle nous ne pouvons rencontrer les autres que par la médiation du Christ. L’amour humain construit sa propre image de l’autre, de ce qu’il est et de ce qu’il doit devenir. Il prend la vie de l’autre entre ses mains. L’amour spirituel reconnaît la véritable image de l’autre qu’il a reçue de Jésus-Christ ; l’image que Jésus-Christ a incarnée lui-même et qu’il veut imprimer à tous les hommes3.
Il faut qu’on se rappelle constamment que dans l’Église ce qui nous rattache les uns aux autres c’est le Christ (v. 5) et ce qu’il a fait pour nous, c’est l’amour de Dieu le Père (v. 6). Du coup, notre amour pour les autres implique, non de les amener à nous, mais de les amener vers le Christ, vers Dieu même si ça nous coûte, même si ça peut parfois briser la relation. C’est là où ce que dit Paul est capital à comprendre : il nous faut dire « la vérité avec amour » (v. 15). Dans l’UNEPREF, on aime bien être « bienveillant » et on oublie parfois qu’il faut dire la vérité : on doit rappeler qu’on est pécheurs, qu’on n’aime pas Dieu par nature, que parfois (souvent) on s’écarte de lui, etc. Mais cela doit toujours fait avec amour, en ce rappelant que c’est ce que Dieu a fait pour nous : il a été ; à la fois, juste et amour en envoyant son Fils Jésus mourir sur la croix.
II. La diversité dans l’unité : les dons spirituels
Ce qui nous rattache les uns aux autres c’est le Christ (v. 5) et ce qu’il a fait pour nous, c’est l’amour de Dieu le Père (v. 6). Dieu n’a pas voulu que l’on soit des chrétiens seuls mais il a voulu créer l’Église pour que nous puissions grandir ensemble et c’est ce que Paul essaie d’expliquer ici. Dans cette forte unité, nous sommes aussi différents les uns des autres. Nous sommes donc complémentaires et inter-dépendants les uns des autres. Dieu n’a pas voulu donné à tous les mêmes dons. En faisant cela, Dieu nous apprend que si l’on est tout seul, on ne peut pas grandir efficacement. Par exemple, comment est-ce que je pourrais grandir dans le don de miséricorde si je ne vois de chrétiens faire miséricorde ? Comment je pourrais grandir dans le don de générosité, si je ne suis pas encouragé par quelqu’un qui a un don générosité ? Dans ce passage Paul dit d’ailleurs quelque chose qui m’a toujours étonné : C’est par Jésus que le corps « tire son accroissement… et s’édifie lui-même dans l’amour » (v. 16). En fait, dans ce passage on trouve un fonctionnement intéressant. Les responsables d’Église ne sont pas là pour faire et organiser toutes les activités de l’Église mais pour l’outillage des saints : pour que les membres de l’Église puissent s’édifier les uns les autres et qu’on puisse grandir ensemble dans l’Église.
Imaginez un enfant que les parents ne responsabilisent pas du tout. Les parents vont tout faire pour lui et vont essayer de le protéger de tous les problèmes de la vie. Cet enfant va grandir et va être immature et ne va pas pouvoir rentrer dans la vie adulte. C’est assez marquant que Paul prenne cette image d’ailleurs. Il dit que « nous ne serons plus des enfants » (v. 14). Le mot grec que Paul emploie, νήπιος, fait référence à un enfant qui est un peu crédule et qui n’a rien connu de la vie. Paul dit que, justement, lorsque l’on ne s’organise pas selon les dons et que les responsables font tout, au lieu d’équiper l’Église, alors nous serons comme des enfants et nous n’aurons pas de force.
Ce passage nous appelle donc à revoir notre manière de comprendre l’Église. Les pasteurs, les anciens, les diacres et les évangélistes ne sont pas là pour faire le travail à la place des autres mais pour discerner la volonté de Dieu pour l’Église, communiquer cette vision et aider l’Église à s’organiser de telle sorte qu’elle vive selon les dons spirituels. Si nous vivons cela, en puisant notre force en Jésus-Christ, nous vivrons une unité spirituelle, une unité de pensée, une croissance spirituelle où nous remettons toutes les parties de notre vie à Christ et nous pourrons vivre un véritable amour les uns pour les autres. Non pas un amour humain mais un amour divin où notre but n’est pas d’attirer les personnes vers nous mais vers le Christ. Nous pouvons vivre cela parce que le Christ nous a aimé et s’est sacrifié pour nous, parce que son amour nous a tellement touché et marqué que l’on veut que les autres aussi le vive dans tous les domaines de ma vie.
1 BONHOFFER D., Life Together, trad. DOBERSTEIN J., Harper & Row Publishers, San Francisco, 1954, (trad. Personnelle en français), p. 27.
2 BONHOFFER D., Life Together, trad. DOBERSTEIN J., Harper & Row Publishers, San Francisco, 1954, (trad. Personnelle en français), p. 32.
3BONHOFFER D., Life Together, trad. DOBERSTEIN J., Harper & Row Publishers, San Francisco, 1954, (trad. Personnelle en français),p. 35-36.




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