L’homme est-il bon? (1)

Comme nous l’avons vu dans nos derniers articles, beaucoup d’entre nous présupposent que l’homme est bon par nature. De fait, la Bible part d’un constat qui nous étonne aujourd’hui : « Il n’y a point de juste, pas même un seul; nul n’est intelligent, nul ne cherche Dieu; tous sont égarés, tous sont pervertis; il n’en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul » (Rom 3,10-12).

Malheureusement, cette compréhension biblique a, pour la plupart, été abandonnée. Les implications de cet abandon sont nombreux. Nous avons, par exemple, déjà parlé du post-modernisme qui conduit au chaos en enlevant tout frein à nos pulsions. La première fois que j’ai réfléchi à ce que cet abandon avait causé, était lorsque je lisais The 5 Seconds Rule de Melanie Robbins. Selon elle, « Lorsqu’il s’agit d’objectifs, de rêves et de changement de vie, votre sagesse intérieure est un génie. Vos impulsions, vos besoins et vos instincts liés aux objectifs sont là pour vous guider. Vous devez apprendre à miser sur eux. »1 Un peu plus loin, elle décrit une situation que nous vivons tous: « Vos valeurs et votre instinct vont vous dire ce que vous devez faire. Et vos sentiments vont crier: « NON ». »2 Comme vous avez pu le constater, tout cela part du principe que nos impulsions et valeurs sont naturellement bonnes et donc que nous pouvons nous faire confiance. Mais… que faut-il en penser? Dans cet article, nous regarderons surtout les problèmes de cette manière de penser. Nous regarderons ce que dit la Bible sur le mal dans un prochain article.

Deux types d’humanités?

Le christianisme nous a amené à penser que l’être humain a un problème de péché ancré en lui-même. Cependant, au cours des années, notre mentalité a changé. Comme le disait le pasteur Timothée Keller: « de nombreux penseurs non-croyants considèrent le mal humain comme résultant de mauvais systèmes sociaux ou de maladies psychologiques. Au dix-neuvième siècle, on a commencé à suggérer que les tueurs en série étaient le produit d’une mauvaise éducation, de la pauvreté ou d’une privation quelconque. Il devait leur être arrivé quelque chose pour qu’ils en arrivent à commettre un meurtre, le mal n’étant pas inhérent aux êtres humains. »3 En niant le problème inhérent à tout être humain et affirmant que nos instincts de bases sont bons, le seul moyen d’expliquer le mal, sans nier son existence, est d’affirmer qu’il vient d’anormalités physiques, psychologiques, sociales ou mentales. Cela nous conduit à considérer ceux qui font le mal comme des personnes atypiques (d’une manière ou d’une autre) que nous devons contrôler à travers des enseignements, des médicaments, etc. D’un côté se trouvent les « normaux » qui sont considérés comme bons et de l’autre les « atypiques », qui sont considéré comme mauvais. Avec cela découle un sentiment de supériorité ou de haine vis-à-vis d’un certain type de personne, ce qui conduit, bien sûr, à un certain type de racisme dans notre société.

Un mal banalisé

Cela nous conduit également à ne plus voir le problème en nous mais dans les circonstances autour de nous. Le mal est ainsi banalisé et bien souvent nous nous demandons: « comment pouvons-nous punir quelqu’un qui a été poussé à bout par les circonstances? » Dans ce cas de figure, l’être humain ne peut pas être responsabilisé parce que le mal n’a pas de consistance. C’est d’ailleurs assez paradoxal, parce que nous déplorons souvent le manque de justice de notre société ou l’insolence des jeunes: Comment est-ce possible que cette personne qui a tué vingt personnes s’en retrouve avec seulement 20 mois de prison? C’est parce que l’on pense que problème ne vient pas de la personne mais d’un trouble psychique. Pourquoi les enfants sont-ils souvent insupportables dans les écoles? C’est parce qu’on leur apprend qu’ils n’ont pas de problèmes et donc qu’ils ne peuvent pas être responsabilisés.

Cette manière de penser s’écroule souvent lorsque l’on réalise à quel point ceux qui font le mal sont, le plus souvent, parfaitement normaux. Un des grands mystères pour notre société est que les nazis étaient des personnes très cultivées, que certains tueurs aient grandis dans de belles familles et n’aient pas de problèmes d’argent, que les dictateurs étaient aimés par leurs épouses parce qu’ils étaient normaux et bons avec elles. Affirmer que l’homme est normal et que ce ne sont que les « anormaux » qui sont mauvais ne correspond pas à ce que nous voyons de la réalité et nous détruit petit à petit. Il nous faut penser autrement…

  1. ROBBINS Melanie, The 5 Seconds Rule, Transform Your Life, Work, and Confidence with Everyday Courage, Savio rebublic book, États-Unis, 2017, ch. 2 ↩︎
  2. Ibid, ch. 5 ↩︎
  3. KELLER Timothée, Rencontres avec Jésus, des réponses inattendues aux plus grandes questions de la vie, Ourania, Suisse, 2015. ↩︎

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