Dans mon dernier article j’avais mis en note en bas de page: « Lorsque l’on parle de l’acceptation de soi on perd tout concept de péché. » Cette note a pu choquer certains: ne dit-on pas justement que Dieu nous accepte comme nous sommes? La grâce de Dieu est inconditionnelle, n’est-ce pas? Pour répondre à ces questions il nous faut, encore une fois, réfléchir à la manière dont nous pensons et comment notre culture nous a influencé.
Tout commence avec… Rousseau
Lors de mon article sur la véritable liberté (l’homme libre), j’avais évoqué rapidement la pensée du philosophe Jean-Jacques Rousseau. D’une certaine manière, nous pourrions dire que Rousseau est le père du post-modernisme parce que c’est de lui que viennent de nombreux concepts philosophiques de notre époque. Un de ses principes est justement celui de l’expression de son « vrai soi ». Pour Rousseau, puisque l’homme est naturellement bon, il ne devrait pas enfermer ses envies et ses instincts mais plutôt les embrasser. Cela vous semble plutôt familier, non? Dans notre société, en réaction à l’hypocrisie de tant de personnes, les post-modernes ont décidés de vivre une vie sans hypocrisie où chacun s’accepte tel qu’il est.
Au premier abord cette philosophie, comme pour la plupart des philosophies non-chrétiennes, peut paraître très attrayante! Nous pouvons enfin vivre notre vraie personnalité et connaître les autres pour ce qu’ils sont vraiment. Malheureusement, cette manière de voir les choses est utopique et ne prend pas assez en compte le fait que l’homme est déchu, c’est-à-dire qu’il est mauvais. Une société où tout le monde fait ce qu’il veut finit dans le chaos et « à chaque fois que le chaos a eu lieu, même pour une petite période, ça a conduit à l’imposition d’un contrôle arbitraire »1. C’est pour cette raison précisément qu’il faut faire très attention lorsque l’on parle de l’acceptation de soi. Un exemple personnel peut sans doute vous aider à comprendre en quoi ça nous affecte concrètement. Dernièrement je suis allé à un mariage où j’ai discuté avec une personne qui m’a dit: « j’ai décidé de vivre ma vie sans hypocrisie, depuis quelques années j’ai décidé de m’accepter comme j’étais ». En parlant avec elle, j’ai rapidement réalisé que toute la discussion tournait autour de cette personne et que personne n’arrivait à la supporter parce qu’elle avait choisi de considérer ses défauts comme étant des bonnes choses à mettre en avant. Ainsi, elle a refusé de délaisser son hypocrisie pour pouvoir être « naturelle », etc. Dans le cas de Rousseau, ses pulsions « naturelles » l’a conduit à abandonner ses enfants. Je ne connais pas assez cette dame que j’ai rencontré à ce mariage mais il ne serait pas étonnant qu’elle aie également quitté son conjoint et ses enfants pour être plus « naturelle ».
Lorsque l’on réalise que l’homme a des désirs qui sont mauvais, on comprend que l’acceptation de soi, telle qu’elle est prônée dans notre société, n’est pas la solution.
Et Dieu dans tout ça?
Ceci dit, il ne faut pas minimiser les bonnes choses que cette philosophie post-moderne a apporté dans tout ça. Ce désir de vivre une vie sans hypocrisie et d’accepter les autres malgré leurs différences est bien quelque chose de biblique. En tant que chrétiens, nous attendons avec impatience le jour où nous seront purifiés de nos mauvais désirs et où toutes nos envies seront bonnes. Nous pourrons alors vivre cette expression de soi, parce que tout nos mauvais désirs seront supprimés. Cependant, une question se pose: que faut-il faire en attendant ce jour glorieux où Christ nous transformera en son image?
L’acceptation de soi chrétienne c’est l’acceptation de comment Dieu nous a créé et de comment nous devrions être. Dans ce cas de figure on ne s’accepte pas pleinement dans notre état actuel. Nous sommes appelés à ne pas accepter nos désirs pécheurs (envie, jalousie, etc) et notre situation pécheresse. En ce qui concerne notre condition physique, la question est un peu plus compliquée : Dieu nous appelle à lutter contre les effets néfastes du péché (la maladie, les membres manquants, etc) tout en acceptant sa direction quand les choses sont trop grandes pour nous (les décès et les maladies incurables notamment). Dans le cas d’un paraplégique, par exemple, il y a à la fois l’acceptation que l’on ne peut rien par notre propre force pour changer cette condition, et la non-satisfaction de cette condition parce que Dieu nous ressuscitera dans un corps sans maladie ni souffrance, bref dans un corps pleinement fonctionnel!
La frontière entre le christianisme et le post-modernisme peut paraître fine mais elle reste capitale pour une bonne vie de foi. Je suis appelé à m’accepter tel que Dieu m’a créé: je suis quelque de très introverti, qui passe du temps à sur-réfléchir les choses. En même temps, je ne suis pas appelé à me replier complètement sur moi-même et à éviter de parler à des inconnus, comme je le fais parfois. Si l’on ne comprend pas cela, on minimisera nos péchés en disant que nous devons les accepter. Cette position post-moderne peut conduire à un certain désespoir puisqu’elle ne donne pas la capacité d’avoir une véritable croissance (s’il n’y a que l’acceptation de soi, que faut-il changer?). Le Christianisme seul permet une acceptation saine tout en nous poussant à progresser. Puissions-nous nous regarder les uns les autres avec le regard de Dieu: un regard plein d’amour et de compassion mais aussi plein de justice et de sainteté.
La croix comme réponse à la justice et l’amour de Dieu
La dynamique de la mort de Jésus montre bien cela. Le pardon de Dieu ne signifie pas que Dieu aurait simplement décidé de « fermer l’œil » lorsque l’on pèche, cela aurait été injuste. Pour manifester sa justice, Dieu a voulu réellement nous juger pour nos péchés, c’est-à-dire pour ce que l’on a fait et pour ce que l’on a omis de faire. Mais en même temps, Dieu a voulu montrer sa grâce et son pardon. La mort de Jésus sur la croix est le prix de notre rébellion contre Dieu. Par cette mort notre dette est acquitté et justice est faite. En prenant nos péchés, Jésus nous rend juste aux yeux de Dieu. La résurrection de Jésus nous permet de grandir et d’abandonner nos mauvais travers.
En tant que chrétiens, nous sommes appelés à refléter cette justice et cette grâce de Dieu. La justice se trouve en condamnant réellement ce qui est mauvais. En même temps, la grâce de Dieu nous appelle à être patients, compatissants et bienveillants. Si nous essayons de vivre l’un sans l’autre nous serons soit cassants (en cherchant à tout prix que tout soit parfait) soit inutiles (en suggérant qu’il n’y a jamais de problèmes). Maintenir la justice et la grâce ensemble n’est pas évident mais c’est notre appel en tant que fils de Dieu, étant façonnés à son image.
- SCHAEFFER Francis, The Great Evangelical disaster, Crossway Books, Illinois, 1984, p. 21. ↩︎




Laisser un commentaire