Les 5 Principes apologétiques de Nancy Pearcey (2) débusquer le réductionnisme de l’idole

Vous vous rappelez, j’espère que pour Nancy Pearcey, toute vision du monde a besoin d’un point de départ. Ce point est une référence ou une fondation inquestionnée pour construire toute une vision du monde. Mais il ne faut pas s’en arrêter là. Les conséquences des idoles sont grandes. Je vous propose donc de chercher à comprendre un peu quelles sont ces conséquences.

L’insuffisance des idoles

Schaeffer émet ce constat qui l’attriste énormément : « les dieux [romains] étaient une humanité amplifiée, pas une divinité. Comme les Grecs, les Romains n’avaient pas de dieu infini. Cela étant, ils n’avaient pas de point de référence suffisant sur le plan intellectuel, c’est-à-dire qu’ils n’avaient rien d’assez grand ou d’assez permanent auquel se référer pour penser ou vivre. Par conséquent, leur système de valeurs n’était pas assez solide pour supporter les tensions de la vie, qu’elles soient individuelles ou politiques. Tous leurs dieux réunis ne pouvaient leur donner une base suffisante pour la vie, la morale, les valeurs et les décisions finales. »1 Lorsque l’être humain ne commence pas son raisonnement avec quelque chose d’assez grand, il est perdu et « emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes » (Ep 4, 14).

Une image revient ainsi plusieurs fois2 dans les écrits de Schaeffer : « dans les Alpes suisses il arrive souvent qu’une vallée baignée par un lac en avoisine une autre qui est sèche. Mais une voie d’eau peut filtrer sous la montagne, et la seconde vallée commence à se remplir. Si le niveau d’eau atteint y reste inférieur ou égal à celui de la première, on conclura naturellement que le second lac tire sa source du premier. Mais s’il vient à le dépasser de plusieurs mètres, notre explication facile ne tient plus, le problème reste posé. De même, si nous reconnaissons qu’il y a eu quelque chose de personnel au commencement de toutes choses, nous pouvons comprendre pourquoi l’homme aspire à la personnalité. Mais si dans sa recherche il ne trouve pas de modèle qui la précède et qui la fonde, le problème reste sans réponse. Si au commencement, il y eut moins que la personnalité, nous sommes finalement obligés de réduire le personnel à l’impersonnel. Ramener le supérieur à l’inférieur, la science moderne le fait par une sorte de réductionnisme où le concept de personnalité ne représente plus que l’impersonnel auquel s’est ajouté la complexité. »3 Si le monde a réellement été créé par Dieu et que nous avons été créés pour lui, tout doit refléter sa personne. Malheureusement, le péché nous a séparé de Dieu et nous avons transformé « la gloire du Dieu incorruptible en images représentant l’homme corruptible » (Rm 1, 23). Ces idoles nous détournent de Dieu, de la vérité et de la réalité du monde. « Or, puisque le christianisme rend compte de celle-ci avec vérité, le rejeter en s’appuyant sur un autre système équivaut à s’écarter du monde réel »4. Le non-chrétien, ainsi que ses systèmes de pensées, ne peut donc pas rendre compte de la réalité.

Les idoles n’expliquent qu’une partie de la réalité

Suivant son mentor, Nancy Pearcey va développer la même idée dans ses ouvrages. Toujours en se basant sur ce concept d’idole et de présupposés, elle écrit : « Mais bien sûr, quelle que soit la partie de la réalité qui est absolutisée, ce n’est toujours qu’une partie. Par conséquent, la vision du monde basée sur cette fondation sera toujours partielle, incomplète, unilatérale et déséquilibrée. Il y aura toujours des choses qui ne correspondent pas à ses catégories d’explication, qui tombent en dehors de sa grille, qui sortent de la boîte. Que faire alors ? Tout ce qui sort de la boîte est simplement rejeté ou nié. Par exemple, le matérialisme insiste sur le fait que tout ce qui est au-delà de la matière n’est pas réel. L’empirisme affirme que tout ce qui est au-delà des sens n’est pas réel. Le naturalisme affirme que tout ce qui est au-delà du naturel n’est pas réel. Le panthéisme affirme que tout ce qui n’est pas l’Unique, qui englobe tout, n’est pas réel. Ce sont toutes des formes de réductionnisme, car elles ramènent à un seul niveau la réalité complexe et à plusieurs niveaux que Dieu a créée. (…) Parce que le christianisme part d’un Créateur transcendant, il n’idolâtre aucune partie de la création. Et par conséquent, il ne nie ni ne dénigre aucune autre partie. »5

Toute vision du monde non-chrétienne est ainsi réductrice pour Pearcey, tout comme Schaeffer. Une de nos tâches en tant que chrétiens est de montrer aux autres que les idoles réduisent la réalité des choses. Les prochains articles montreront en partie comment utiliser cette faiblesse des visions non-chrétiennes.

1 SCHAEFFER Francis, How Should We Then Live ? The Rise and Decline of Western Thought and Culture, Fleming H. Revell Company, Old Tappan, New Jersey, 1976, p. 21.

2 Nous retrouvons cette image dans Dieu ni silencieux ni lointain, une philosophie chrétienne (Cf la citation supra) mais aussi dans SCHAEFFER Francis, Dieu, illusion ou réalité ?, Éditions Kerygma Aix-en-Provence, FRANCE, 1989, p. 76.

3 SCHAEFFER Francis, Dieu ni silencieux ni lointain, une philosophie chrétienne, Éditions Cruciforme, Montréal, 2014, p. 27-28.

4 SCHAEFFER Francis, Dieu, illusion ou réalité ?, Éditions Kerygma Aix-en-Provence, FRANCE, 1989, p. 105-106.

5 PEARCEY Nancy, Saving Leonardo, A Call to Resist the Secular Assault on Mind, Morals, & Meaning, B&H Publishing Group, Nashville, Tennessee, 2010, p. 244-245.

Laisser un commentaire