Les 5 Principes apologétiques de Nancy Pearcey (1) débusquer l’idole

Qu’est-ce que l’apologétique?

La première question qui vous vient probablement à l’esprit lorsque vous entendez ce titre est: « euh… qu’est-ce que l’apologétique? ». L’apologétique est tout simplement la présentation et la défense de la foi. Dans ce cadre-ci, nous parlons de l’apologétique chrétienne, c’est-à-dire que nous défendons la foi chrétienne et non pas une autre. Alors, par où faut-il commencer lorsque l’on présente la foi à quelqu’un?

Par où commencer?

Plusieurs méthodes ont été proposées à chaque époque. Certains d’entre nous connaissent bien, par exemple, la présentation de l’évangile en 4 points: 1) Dieu m’aime, 2) j’ai péché, 3) Jésus est mort et ressuscité pour moi, 4) Est-ce que je veux vivre pour Jésus maintenant. Je ne veux pas remettre en question la véracité de ces propos mais il faut tout de même remarquer que si je présentais l’évangile autour de moi avec ces 4 points, on me répondrait sans doute: 1) Je ne crois pas que Dieu existe, d’ailleurs s’il existerait il ne serait pas amour 2) je ne me considère pas comme une mauvaise personne ou il n’y a pas de vérité/éthique absolue 3) les miracles n’existent pas, la science l’a prouvé 4) Pourquoi est-ce que je voudrais vivre pour quelqu’un qui est un gourou et qui impose sa volonté sur la mienne? Chaque point évoqué dans cette présentation de l’évangile va susciter des questions auxquelles il faudra répondre. Du fait que notre culture est de plus en plus déchristianisée, nous n’avons plus les mêmes bases de dialogue. Si je dis que Jésus est ressuscité on me répondra: je suis content que ça marche pour toi, moi j’ai ma spiritualité qui marche pour moi. L’évangéliste Francis Schaeffer a très bien compris cela et dit: « l’efficacité de l’apologétique classique tenait au fait que chrétiens et non-chrétiens raisonnaient de la même manière et qu’ils ne se posaient pas plus de questions les uns que les autres sur leurs présupposés. Ainsi lorsqu’un prédicateur disait « croyez ceci, c’est vrai! », ses auditeurs concluaient en eux-mêmes « l’inverse est donc faux ». Un tel a priori était évident pour tous. Et il ne faut pas oublier que le christianisme historique est fondé sur cette conception, qui éclaire toute sa démarche… Une sorte de ligne de démarcation temporelle – que j’appelle la « ligne du désespoir » – partage l’histoire et se situe vers 1890 en Europe et vers 1935 aux Etats-Unis. Avant cette ligne, les hommes ont des absolus, mais sans fondements logique suffisant. Après elle, tout change. La notion de vérité est perçue autrement; aussi, plus que jamais, une apologétique tenant compte des présupposés est-elle indispensable » 1. Plus tard, il dit qu’une pré-évangélisation est fondamentale pour pouvoir s’exprimer de manière intelligible à notre société. C’est-à-dire qu’avant qu’une personne puisse accepter les 4 points de l’évangile présentés ci-dessus, il doit d’abord être capable de répondre aux questions sur l’existence de Dieu, sur la vérité, sur le mal, sur sa condition humaine, etc. Dans notre société par exemple, les questions éthiques et vérité absolues vont être des points à expliquer. Il faut répondre à chacun en fonction de là où il en est. C’est ce que fait la Bible d’ailleurs. Lorsque les prophètes, comme Élie (1 Rois 18, 20-46), se retrouvent dans une situation polythéiste ils vont montrer la toute-puissance de Dieu et la fausseté des dieux étrangers. Par contre, lorsque les apôtres parlent aux juifs, ils s’appuient sur leur connaissance des Saintes Écritures et essaient de leur montrer pourquoi Jésus est bien le Messie qui devait venir (Ac 2, 14-41). Notre approche doit être personnalisée.

Les présupposés

Mais sur quelle base cette approche doit-elle être personnalisée? C’est ici que l’approche de Nancy Pearcey devient intéressante. Elle développe cette idée, qu’elle tient de Romains 1, que puisque nous avons été créés pour Dieu nous devons vivre pour quelque chose ou quelqu’un. Ceux qui ne vivent pas pour Dieu ont donc des idoles. C’est-à-dire que l’on prend quelque chose de fini, de créationnel pour ensuite lui attribuer des qualités divines comme l’omniscience, l’omniprésence, l’immortalité, etc. Un exemple qui revient régulièrement dans les écrits de Pearcey est celui de la matière. En rejetant Dieu, l’homme moderne a été obligé de se trouver un substitut : la matière. Elle est ainsi devenue immortelle et omniprésente puisqu’elle est décrite comme la seule chose qui existe au monde. Personne ne peut expliquer la raison ou la cause de son existence, elle se suffit à elle-même. Pearcey explique que « d’après Romains 1, ceux qui rejettent le Créateur vont créer une idole. Ils vont absolutiser certains pouvoirs ou éléments immanent dans le cosmos, en l’élevant au rang de principe absolu [qui définit tout] -un faux absolu. »2. À partir de ce, ou ces présupposés l’homme se construit une vision du monde, une carte pour l’aider à comprendre et à vivre dans notre univers. Mais cela implique que chaque vision du monde commence avec un aspect inquestionnable et inquestionné. Chaque vision du monde doit donc commencer avec un pas de foi. Lorsque nous construisons un raisonnement déductif du type « si A et B sont vrais alors C l’est aussi », il nous faut d’abord accepter A et B. Quelques pages plus loin, Pearcey dit :

« Il est impossible de penser sans avoir un point de départ. Si l’on ne commence pas avec Dieu, on doit commencer ailleurs. On doit proposer quelque chose d’autre qui soit ultime, éternel, une réalité non-créée qui est la cause et la source de toutes les autres choses… Les personnes sécularisées accusent souvent les chrétiens d’avoir de la « foi », proclamant qu’ils basent leurs convictions seulement sur des faits et sur la raison. Pas vraiment. Si vous poussez n’importe quel ensemble d’idée assez loin, vous arriverez finalement à un point ultime-quelque chose qui est pris comme une réalité auto-suffisante [auto-existente] sur laquelle tout dépend. Ce postulat de départ ne peut pas être basée sur la raison, parce que si elle l’était, vous pourriez demander d’où cette raison commence-et ainsi de suite… À un moment donné, n’importe quel système de penser doit dire, ceci est mon point de départ. Il n’a pas de raison pour son existence. Elle « est » tout simplement »3.

Nous comprenons bien ici cette idée d’idole et de substitution du Dieu vivant par quelque chose de moindre. Toute vision a un point de départ inquestionné. C’est cette idole (ou ces idoles) qu’il faut identifier pour pouvoir évangéliser en comprenant les personnes qui sont en face de nous.

1 SCHAEFFER Francis, Dieu, illusion ou réalité ?, Éditions Kerygma Aix-en-Provence, FRANCE, 1989, p. 7.

2 PEARCEY Nancy, Finding Truth, 5 Principles for Unmasking Atheism, Secularism, and Other God Substitutes, David C. Cook, Colorado Springs, USA, 2015, p. 60-61.

3 PEARCEY Nancy, Finding Truth, 5 Principles for Unmasking Atheism, Secularism, and Other God Substitutes, David C. Cook, Colorado Springs, USA, 2015, p. 62-63.

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