Avant de retourner un peu sur la question du développement personnel et de l’apologétique, c’est-à-dire la présentation et la défense de la foi chrétienne, je voudrais retourner un peu sur le concept de liturgie en poursuivant notre citation de Justin Earley:
« Toutes ces liturgies de croyances erronées ont été importantes pour me former à l’anxiété, mais la dernière du tableau est particulièrement dangereuse : la liturgie de la liberté. Pourquoi la liturgie de la liberté est-elle si dangereuse ? Parce qu’elle accentue l’esclavage de toutes les autres habitudes – ironiquement. Toutes ces liturgies de croyances erronées ont été importantes pour me former à l’anxiété, mais la dernière du tableau est particulièrement dangereuse : la liturgie de la liberté.
La liturgie de la liberté est dangereuse pour deux raisons. Premièrement, elle ne produit pas réellement la liberté. Nous pensons qu’en rejetant toute limite à nos habitudes, nous restons libres de choisir. En réalité, en nous bombardant de choix, nous devenons si fatigués de prendre des décisions que nous sommes incapables de bien choisir. Comme nous sommes trop fatigués pour prendre de bonnes décisions, nous sommes extrêmement susceptibles de laisser d’autres personnes – des patrons manipulateurs aux programmeurs invisibles de smartphones – prendre les décisions à notre place. La poursuite obstinée de ce type de liberté s’effondre toujours en esclavage, ce qui nous amène à la deuxième raison pour laquelle la liturgie de la liberté est dangereuse.
La deuxième raison est qu’elle nous aveugle sur ce qu’est réellement la bonne vie. Lorsque nous mettons en pratique la liturgie de la liberté « sans limites, jamais », nous supposons que la bonne vie vient de la liberté de faire tout ce que nous voulons. Ainsi, pour garantir la bonne vie, nous devons garantir notre capacité à choisir à chaque instant. Et si la bonne vie ne venait pas de la capacité à faire ce que nous voulons, mais de la capacité à faire ce pour quoi nous sommes faits ? Et si la véritable liberté consistait à choisir les bonnes limites, et non à éviter toutes les limites ?
Rétrospectivement, cette nuit au restaurant avec mes amis, en train d’esquisser un plan d’habitudes, a été un moment si important parce que j’ai finalement renoncé à l’habitude clé de la liberté. J’ai décidé que les limites étaient une meilleure façon de vivre, et c’est là que tout a changé. J’avais vécu toute ma vie en pensant que toutes les limites détruisaient la liberté, alors que c’est le contraire qui s’est produit : la bonne limite crée la liberté.
Cette prise de conscience ne s’est pas faite du jour au lendemain, mais alors que la vie commençait à changer, j’ai commencé à me demander pourquoi l’abandon de la liturgie de la liberté et l’acceptation des limites étaient si difficiles pour moi et pour les Américains [Français] en général. J’ai commencé à me demander comment nous en étions arrivés à croire à une définition aussi bizarre de la liberté, et s’il existait des exemples vivants d’une meilleure liberté.
J’ai trouvé la réponse dans la vie de Jésus. »1
Avoir des cadres, vraiment?
Notre société moderne n’aime pas le principe de cadre parce qu’elle ne comprend pas à quel point c’est libérateur. D’ailleurs, le principe des lois est normalement de donner un cadre pour que l’on puisse vivre ensemble dans la paix et dans la joie. Sans ces lois un pays tomberait dans l’anarchie la plus totale. Prenons quelques exemples. Lorsque j’étais enfant, mes parents m’ont donné un cadre à la maison: ne pas jouer à l’ordinateur sauf à un moment précis de la semaine. Alors bien sûr, lorsque j’étais jeune ce cadre m’a parfois exaspéré mais je vois maintenant ce qu’il m’a permis de vivre et d’être. Un autre cadre que j’ai eu a été d’aller au culte tous les dimanches même si je n’avais pas toujours envie de me lever. S’ils m’avaient laissé choisir en prétextant me laisser libre, je pense que je serai parti petit à petit de l’Église parce que je n’y trouvais pas d’amis. Ce cadre m’a permis de découvrir la vraie liberté en Christ.
J’espère que vous comprenez bien qu’il n’y a pas de neutralité dans nos choix: soit ils nous rapprochent du Christ soit ils nous éloignent de lui. Lorsque nous permettons aux enfants de nos Églises de ne pas venir nous prétextons leur donner une « liturgie de la liberté » alors qu’en réalité nous les incitons plutôt à s’éloigner du Christ. Alors, bien sûr, il faut avoir beaucoup de tact quant à la manière que nous utilisons pour les amener au culte. Il faut réussir à leur expliquer pourquoi c’est important et leur montrer la joie que ça nous apporte d’adorer Dieu. Mais lorsque nous commençons à marquer cette habitude, et d’autres encore, notre famille se transformera à l’image du Christ.
Je ne peux pas évoquer la liberté des cadres sans parler rapidement du cadre du mariage pour la sexualité. Nous reviendrons sur plusieurs de ces sujets tabous dans quelques mois en essayant de comprendre plusieurs objections et d’y répondre avec douceur. Dans ce paragraphe, je voulais simplement souligner que lorsque la Bible enseigne que la sexualité doit être faite entre un homme et une femme dans le cadre du mariage, elle ne désire pas nous assouvir sous des commandements mais nous donner un cadre pour nous permettre de vivre notre vraie liberté. Il nous arrive souvent de nous rebeller contre ces cadres mais dans bien des cas c’est parce que nous ne comprenons pas à quel point ils sont sources de vie. Puissions-nous être comme le psalmiste et dire « Si ta loi n’eût fait mes délices, j’eusse alors péri dans ma misère. Je n’oublierai jamais tes ordonnances, car c’est par elles que tu me rends la vie… Tes commandements me rendent plus sage que mes ennemis, car je les ai toujours avec moi. Je suis plus instruit que tous mes maîtres, car tes préceptes sont l’objet de ma méditation… Que tes paroles sont douces à mon palais, plus que le miel à ma bouche! » (Psaumes 119, 92-103).
1 Justin Earley, The Common Rule, Habits of Purpose for an Age of Distraction, (trad. Deeple), Intervarsity press, Illinois, 2019, p.10-12




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