Un monde déchristianisé
Nous vivons dans une société très déchristianisée. Cela à tel point que, pour la première fois depuis la croissance de l’Église en Occident, nous affirmons être dans une période de post-chrétienneté. L’Église est maintenant, en effet, de plus en plus en position de minorité. Ce qu’il faut toutefois comprendre c’est que ces différences ne reposent pas d’abord sur des valeurs (comme la sexualité, l’avortement, le système économique, la bio-éthique, etc) mais bien sur des visions du monde. Nous avons vu dans le dernier article (ici) que notre manière de voir les choses et de penser édictait au final ce que l’on faisait. Les questions éthiques actuelles ne révèlent donc que des divisions profondes dans un monde occidental très déchristianisé.
Quelle réaction avoir?
Dans un monde où la foi chrétienne est devenue minoritaire, nous avons essentiellement tenu deux tendances opposées. L’une a été de fuir le monde dans lequel Dieu nous a placé. Ici, l’idée est de réduire autant que possible les interactions avec un monde débauché et délabré. Cette attitude était un moyen de rester épargnés du péché de notre société. C’est cela en partie que les moines ont décidé de faire. En se retirant du monde, l’Église a toutefois perdu sa saveur, celle qu’elle a été appelé à donner au monde autour d’elle (Mt 5, 13). En se repliant sur elle-même, l’Église a parfois oublié sa dimension missionnaire1. Dieu nous appelle à vivre en tant que ses ambassadeurs, c’est-à-dire que notre vocation est de le représenter et de le refléter dans un monde qui ne le connait pas. L’apôtre Paul confronte les chrétiens de Corinthe à ce sujet en disant : « Dans ma précédente lettre, je vous ai écrit de ne pas avoir de contact avec ceux qui vivent dans l’immoralité. Je ne visais pas, d’une façon générale, tous ceux qui, dans ce monde, sont immoraux, envieux, voleurs, ou adorateurs d’idoles. Sinon, vous devriez sortir du monde ! » (1 Cor 5, 9-10). Bien qu’appelés à la sainteté, nous devons également vivre dans le monde et partager la grâce divine.
L’autre tendance que nous avons eu a été d’accepter les opinions non-chrétiennes parce que nous nous sommes trop intégrés à la culture à laquelle nous appartenons. Dans son adresse au parlement britannique (ici), Timothée Keller reprend l’image du sel. Pour que le sel puisse préserver la nourriture et lui donner du goût, il est impératif qu’il soit différent de la viande qu’il assaisonne. En tant que chrétiens, nous ne pouvons donc pas simplement nous conformer à notre société, nous sommes tenus d’être distincts du monde. Cela se fait par notre appel prophétique, c’est-à-dire par notre dénonciation des péchés de la société et par notre exhortation à accepter l’amour tout-puissant de Dieu.
Vers une solution…
Ainsi, Dieu a rassemblé un peuple, non pas pour que nous restions entre nous, ni pour que nous soyons en tous points comme le reste de l’humanité. Nous avons été rattachés au peuple de Dieu pour que nous le représentions à nouveau sur cette terre. Chacune de nos paroles et de nos actes devraient refléter le caractère et la personne de Dieu. Alors, comment accomplir un tel exploit ? Comment réussir à interpeler le monde dans lequel nous sommes sans pour autant accepter ses compromis ? Bien sûr, il nous faut prier et grandir mais si nous ne savons pas dans quelle direction aller, grandir ne sert à rien. Il nous faut donc commencer à chercher à avoir une bonne vision du monde, c’est-à-dire une vision qui est vraie et qui reflète réellement le monde dans lequel Dieu nous a placé. Il nous faut également comprendre les différentes visions du monde qui nous influencent, sans parfois même qu’on le sache, et qui nous empêchent d’adhérer à ce que dit Dieu. Les prochains articles s’efforceront donc de confronter plusieurs questions de notre société avec la Parole de Dieu.
1 Un autre problème important dans cette manière de penser est que l’on oublie que le péché vient du cœur de l’homme, et non de la société. Ainsi, partout où l’homme sera, il y aura le mal. Sortir du monde est donc une manière utopiste d’atteindre la perfection. Si nous tombons face aux tentations de la société c’est parce que nous ne sommes pas assez ancrés en Christ, sortir du monde ne nous fera donc aucun bien.




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